DIN 31635
DIN 31635 est une norme du Deutsches Institut für Normung adoptée en 1982 pour la translittération de l'alphabet arabe en caractères latins. C'est la norme de romanisation de l'arabe la plus fréquemment utilisée dans le domaine des études arabes en Occident.
Principaux systèmes de translittération arabe–latin
[modifier | modifier le code]Selon un article paru en 2022 dans la revue ALTRALANG Journal, les principaux systèmes de translittération arabe–latin destinés à être lus par des humains comprennent DIN‑31635, ISO 233‑2, les recommandations de l’International Journal of Middle East Studies (IJMES), celles de l’Encyclopaedia of Islam (3e éd.), la norme ALA‑LC (American Library Association / Library of Congress, 1997) et le système des Nations unies (UNGEGN, 1972)[1].
Plusieurs guides de style académiques importants (par exemple ceux de l’International Journal of Middle East Studies, de l’Encyclopaedia of Islam et de certaines bibliothèques de recherche) utilisent des systèmes de translittération tels que DIN 31635, le système de l’Encyclopaedia of Islam, le système IJMES, ainsi que les normes ALA‑LC et ISO 233 [1].
Ces systèmes sont privilégiés dans les contextes où l’on exige une translittération précise avec diacritiques (par exemple dans les éditions critiques, la lexicographie et certains ouvrages de référence), ainsi que dans les catalogues de bibliothèques qui visent une romanisation stable et, en principe, réversible[2],[3],[4].
Histoire
[modifier | modifier le code]Elle est adoptée en 1982 à partir des règles de la Société orientale allemande, société savante allemande consacrée à l'orientalisme scientifique[5]. Ces règles sont modifiées par le congrès international des orientalistes en 1936 à Rome, le changement le plus important étant l'abandon de la lettre j qui se prononce comme la consonne affriquée post-alvéolaire voisée [d͡ʒ] en anglais et comme la consonne spirante palatale voisée [j] en allemand.
La norme DIN 31635 est popularisée, entre autres, par le linguiste Carl Brockelmann dans sa Geschichte der arabischen Litteratur (1937-1943) et Hans Wehr dans son Dictionnaire de l'arabe écrit moderne (Arabisches Wörterbuch für die Schriftsprache der Gegenwart). Toutefois, la version anglaise du dictionnaire de Hans Wehr, qui est la plus couramment utilisée en France (Dictionary of Modern Written Arabic), n'emploie pas cette translittération.
Cette norme allemande inspire partiellement une autre norme de translittération, celle de la revue Arabica[6]. La principale et significative différence entre DIN 31635 et la translittération Arabica porte sur le traitement de l'article al-, par exemple aš-šams et al-kitāb avec la translittération DIN 31635 et al-šams et al-kitāb avec la translittération Arabica. DIN 31635 est la norme recommandée dans le domaine des études arabes en France[réf. nécessaire], mais les programmes du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré et de l'agrégation d'arabe utilisent de leur côté la translittération Arabica.
Pour le signalement de leurs fonds en arabe, les bibliothèques françaises recourent dans leur majorité à la norme internationale de translittération ISO 233-2 (1993)[7] ; c'est le cas notamment du système universitaire de documentation et de la Bibliothèque nationale de France pour les titres d'ouvrages en langue arabe. La norme ISO 233-2 (1993) se veut légèrement différente de la norme DIN 31635, notamment par un traitement uniforme de l'article al- et de la tāʾ marbūṭah.
Caractéristiques
[modifier | modifier le code]Les principales caractéristiques de la norme DIN 31635 sont les suivantes[8] :
- Les symboles utilisés sont des caractères latins minuscules (sauf dans les premières éditions où des majuscules sont employées), ainsi que les deux demi-anneaux ʾ et ʿ.
- Aucun digramme n'est utilisé.
- Des diacritiques sont utilisés : le point suscrit, le point souscrit, le caron, le macron (souscrit pour les consonnes, suscrit pour les voyelles longues) et la brève souscrite.
| Arabe | Translittération DIN 31635 | Prononciation en arabe littéral (API) |
|---|---|---|
| ﺀ | ʾ | [ʔ] |
| ا | ā | [aː] |
| ب | b | [b] |
| ت | t | [t] |
| ث | ṯ | [θ] |
| ج | ǧ | [d͡ʒ] |
| ح | ḥ | [ħ] |
| خ | ḫ | [x] |
| د | d | [d] |
| ذ | ḏ | [ð] |
| ر | r | [r] |
| ز | z | [z] |
| س | s | [s] |
| ش | š | [ʃ] |
| ص | ṣ | [sˤ] |
| ض | ḍ | [dˤ] |
| ط | ṭ | [tˤ] |
| ﻅ | ẓ | [ðˤ] |
| ع | ʿ | [ʕ] |
| غ | ġ | [ʁ] |
| ف | f | [f] |
| ق | q | [q] |
| ك | k | [k] |
| ل | l | [l] |
| م | m | [m] |
| ن | n | [n] |
| ه | h | [h] |
| ة | h (t à l'état construit) | [ʰ] ([t]) |
| و | w (ū s'il s'agit d'une voyelle longue) | [w] ([uː]) |
| ي | y (ī s'il s'agit d'une voyelle longue) | [j] ([iː]) |
| ى | ā | [aː] |
| پ | p | [p] |
| ﭺ | č | [t͡ʃ] |
| ژ | ž | [ʒ] |
| ڤ | v | [v] |
| ڥ | v | [v] |
| ف | q | [q] |
| ڢ | f | [f] |
| گ | g | [g] |
| ڭ | g | [g] |
| ۋ | v | [v] |
Les dix dernières lettres du tableau n'existent pas dans l'alphabet arabe classique. Elles sont utilisées dans des langues autres que l'arabe qui s'écrivent cependant avec l'alphabet arabe, comme le persan.
Le sukūn n'est pas translittéré. La šaddah est rendue par un doublement de la lettre, sauf dans le cas du lām de l'article dont la transcription tient compte de l'assimilation éventuelle à la lettre qui le suit : al-qamar (la Lune), aš-šams (le Soleil). Un trait d'union sépare différents éléments grammaticaux d'une même unité en écriture arabe (bi-, wa-, etc.). La tāʾ marbūṭah est translittérée -h, sauf à l'état construit, auquel cas elle est translittérée -t : šaǧarah (arbre), šaǧarat al-ʿāʾilah (l'arbre de la famille).
La hamzah, quelle que soit sa position, est toujours translittérée ʾ. Un ʾalif marquant le son [aː] est translittéré ā. Le ʾalif initial qui n'a pas de hamzah est translittéré sans ʾ au début, seule la première voyelle est rendue : istiqlāl (indépendance), ʾīmān (foi). Les voyelles longues [uː] et [iː] sont transcrites ū et ī. Les diacritiques fatḥah, ḍammah et kasrah, qui notent des voyelles courtes, sont respectivement translittérés a, u et i. Le suffixe de la nisbah est translittéré -iyy au masculin et iyyah au féminin : miṣriyy (égyptien), miṣriyyah (égyptienne).
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Mahmoud Fawzi Mammeri, « La Translittération arabe-latin à l'ère du numérique », ALTRALANG Journal, t. 4, no 2, , p. 155–171 (ISSN 2710-8619, DOI 10.52919/altralang.v4i02.209).
- ↑ « Guides: Middle Eastern Studies: General E-Resources », sur Guides at Stanford University, (consulté le )
- ↑ « IJMES Translation and Transliteration guide » (consulté le )
- ↑ Anaïs Salamon, « A quick guide to transliterating Arabic, Persian or Urdu on your computer », (consulté le )
- ↑ (de) Deutsche Morgenländische Gesellschaft, « Nützliches und Informatives für Islamwissenschaftler », sur Deutsche Morgenländische Gesellschaft (consulté le ).
- ↑ (en + fr) Arabica, « Instructions for Authors » [PDF], sur Brill, Brill, (consulté le ).
- ↑ Bibliothèque nationale de France, « Translittération de l’arabe à la BnF : utilisation de la norme ISO 233-2 (1993) », sur Bibliothèque nationale de France, (consulté le ).
- ↑ (en) Thomas T. Pedersen, « Transliteration of Arabic » [PDF], sur Transliteration of Non-Roman Scripts, (consulté le ).