État construit

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L'état construit (en latin status constructus) ou annexion est une forme morphologique du nom dans la grammaire de certaines langues afro-asiatiques, particulièrement dans certaines de ses branches  : les langues sémitiques (comprenant notamment l'arabe et l'hébreu), les langues berbères et l'égyptien ancien.

Dans les langues sémitiques, le nom prend l'état construit quand il est suivi d'un complément du nom, et s'en retrouve alors automatiquement défini.

En arabe[modifier | modifier le code]

En grammaire arabe[1], l'état construit est appelé al-ʼiḍāfah (الإضافة; littéralement ajout). On peut le considérer comme un des trois états de détermination possibles du nom, les deux autres étant l'indéfini et le défini. Ces trois états ne doivent pas être confondus avec les trois cas de l'arabe, dont le rôle est d'indiquer la fonction grammaticale du nom et non sa détermination.

L'état construit est très répandu en arabe moderne, employé librement ou dans des expressions figées:

حاسوبي ḥaasuubii mon ordinateur
تغيير المناخ taghyiir al-munaakh le changement climatique

En plus de noms basiques, l'état construit peut comprendre des pronoms joints ou noms propres:

خبراء مجالنا khubaraa' majaali-naa les connaisseurs/experts de notre domaine
عمل ماري كوري عamal maarii kuurii le travail de Marie Curie

Bien que l'état construit arabe ne dépende d'aucune préposition pour relier les composants, il les soumet[2] à un nombre de règles portant sur la prononciation (de ـة comme -at) et les terminaisons (suppression de ن sur les noms duels et les pluriels masculins réguliers).

لاعبو الفريق laaعibuu al-fariiq les joueurs de l'équipe
قطبا الكوكب quṭbaa al-kawkab les deux pôles de la planète
طاقة الشمس ṭaaqat ash-shams l'énergie du Soleil

L'état construit ne prend jamais l'article défini الـ, le nom complément peut le prendre ou non.

رمز الثورة ramz ath-thawrah le symbole de la révolution
بلد أحلام balad aḥlaam un pays de rêves
تمنّيات رئيس الحزب tamanniyaat ra'iis al-ḥizb les espoirs du président du parti

Tout adjectif qui décrit un des éléments vient après la suite de noms:

قافلة الملك الطويلة qaafilat al-malik aṭ-ṭawiilah le long convoi du roi

Faux état construit[modifier | modifier le code]

Il existe également un « faux » état construit (إضافة غير حقيقية) où le premier élément est un adjectif suivi par le trait qu'il qualifie (à l'instar de la structure française large d'épaules). Comme tout autre adjectif, celui-ci s'accorde avec le nom, en dehors de l'état construit, qu'il décrit. À la différence de la construction classique, l'adjectif en tête peut être soit indéfini, soit défini (selon les besoins de la phrase) alors que le nom du trait doit être défini (avec l'article الـ).

صواريخ طويلة المدى ṣawaariikh ṭawiilat al-madaa missiles de longue portée
الصاروخ الطويل المدى aṣ-ṣaaruukh aṭ-ṭawiil al-madaa le missile de longue portée
الرياضيون الواسعو الشُهرة ar-riyaaḍiyuun al-waasiعuu ash-shuhrah les sportifs de grande renommée

L'arabe, n'ayant pas de préfixes, utilise ce faux état construit pour traduire des éléments comme bi-, multi- ou ultra-.

رُباعي النفّاثات rubaaعii an-naffaathaat quadro-réacteur
متعدِّد الزوجات mutaعaddid az-zawjaat polygame
أدوات فائقة الدقّة 'adawaat faa'iqat ad-diqqah outils outre-précis

Arabe dialectal[modifier | modifier le code]

En arabe classique, les mots à l'état construit ne prend ni l'article défini al-, ni la marque d'indéfini -n (nounation) après la voyelle qui sert de marque casuelle. En arabe dialectal cependant, l'état construit peut prendre l'article défini quand le complément du nom qui suit prend lui-même l'article et se construit de façon périphrastique : par exemple, en arabe libyen, « la mère du cheikh est belle » se rend par al-ʼumm mtaʻ l-šayḫ ǧamillah, où le mot mtaʻ exprime la relation d'appartenance.

Les règles de prononciation du tāʾ marbūṭa sont étroitement liées à l'état construit, particulièrement en arabe dialectal où l'état construit est la seule situation où le tāʾ marbūṭa se prononce [t][3].

L'état construit se marque aussi au nombre duel pour le genre féminin comme masculin, ainsi qu'au pluriel des noms masculins formés par suffixation, dits « pluriels sains ». Dans les deux cas le -n final tombe à l'état construit. Cette chute ne se produit pas en arabe dialectal, sauf dans quelques expressions figées.

En hébreu[modifier | modifier le code]

En grammaire hébraïque[4], l'état construit s'appelle smikut (סמיכות, en transcription française smikhout, littéralement « contiguïté »). Exemples :

  • bayt — « (une) maison »
  • ha-bayt — « la maison »
  • bet — « maison de »
  • sefer — « un livre »
  • bet sefer — « (une) école » (littéralement « maison de livre »)
  • bet ha-sefer — « l'école » (en registre soutenu; littéralement « maison du livre »)
  • ha-bet-sefer — « l'école » (en registre courant, pour lequel bet-sefer est traité comme un item lexical unitaire; littéralement « la maison de livre »)
  • uga — « gâteau »
  • gvina — « fromage »
  • ugat gvina — « gâteau au fromage »
  • dibbur — « parole »
  • ħofeʃ — « liberté » (dans ce cas, l'état absolu et l'état construit sont identiques)
  • ħofeʃ ha-dibbur — « liberté de parole » (littéralement « liberté de la parole »)

L'hébreu moderne préfère exprimer la possession ou l'appartenance par la préposition ʃel (contraction de aʃer le- « qui est à »); l'usage de l'état construit tend ainsi à se réduire à des expressions figées telles que les mots composés, les titres et les noms propres. Par exemple, pour exprimer « la mère de l'enfant », l'hébreu biblique utilisera l'état construit : em ha-jɛlɛd, tandis que l'hébreu moderne préférera la construction à préposition : haˈima ʃel ha-jeled.

En berbère[modifier | modifier le code]

Dans les langues berbères, le nom se met à l'état construit pour exprimer le possesseur (ex. en tamazight du Maroc central : bab n uxxam « chef de la maisonnée » se forme à partir de bab + axxam), après une préposition, après un numéral, et en tant que sujet lorsque celui-ci précède le verbe (en déviation vis-à-vis de l'ordre des mots fondamental verbe-sujet-objet).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La transcription de l'arabe ici suivie est la norme DIN-31635, dite Arabica.
  2. Tous le composants sauf le dernier, dont la prononciation ou la terminaison reste inchangée.
  3. Il existe une exception dans certaines variétés d'arabe bédouin qui font un usage optionnel de la nounation. Le Tāʾ marbūṭa y participe alors en se prononçant [t] à l'état indéfini.
  4. La transcription de l'hébreu ici suivie, sauf mention contraire, se base sur l'alphabet phonétique international ; c'est une transription phonologique large.