Cheyenne Carron

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Cheyenne Carron
Description de cette image, également commentée ci-après
Cheyenne Carron (date non précisée).
Naissance (44 ans)
Valence[1]
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Réalisatrice, scénariste et productrice
Films notables L'Apôtre
Site internet cheyennecarron.com

Cheyenne-Marie Carron, dite Cheyenne Carron, est une cinéaste, écrivaine, bijoutière et parfumeuse française, née le à Valence (Drôme).

Elle fait partie des rares réalisateurs à écrire l'intégralité de ses films, sans l'aide d'un scénariste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née de parents kabyles, elle est abandonnée à l'âge de 3 mois, sans procédure, ce qui fait que sa famille d'accueil, française et catholique, ne peut l'adopter légalement qu'à ses 20 ans. Elle choisit son prénom en référence à son petit frère adoptif, un Indien du Guatemala. Sa famille d'accueil a adopté trois enfants, en plus de ses deux enfants naturels.

Cheyenne est baptisée sous le prénom Cheyenne-Marie le jour de Pâques 2014[2].

À 18 ans, après avoir passé un CAP de secrétariat et « des milliers d’heures passées à regarder des films en VHS avec son père [adoptif] ([films de] Rohmer, Pialat en tête), elle décrète qu’elle sera cinéaste[3] ».

2001-2009 - Premières œuvres cinématographiques[modifier | modifier le code]

En 2001, âgée de 23 ans, elle réalise son premier court-métrage, À une Madone, qui raconte l'histoire d'une jeune prostituée se replongeant dans des souvenirs d’enfance, cela au cours d’une passe avec un client. La jeune réalisatrice se met également en scène, ce qu'elle reconnaît être « une catastrophe » plusieurs années plus tard : « Je ne sais pas ce qui m’a pris de vouloir être devant et derrière la caméra, mais ça n’est pas la meilleure idée que j’ai eue. Pour le reste, l’histoire ne raconte pas grand-chose, c’est décousu et ça manque de cohérence... Malgré tout cela, j’ai un certain attachement à ce film, un peu comme les premières histoires d’amour[4] ».

En 2005, elle réalise Écorchés, qui réunit à l'écran Mélanie Thierry et Vincent Martinez dans le rôle d'un couple qui passe des vacances en amoureux dans une maison de campagne isolée et qui commence un rapport de force de plus en plus extrême, jusqu'au drame. Cette œuvre, sélectionnée dans plusieurs festivals, obtient le prix du meilleur film au festival Rebelfest à Toronto, ainsi que le prix de la meilleure interprétation féminine pour Mélanie Thierry au Festival de Saint-Jean-de-Luz et le prix de la meilleure interprétation masculine pour Vincent Martinez au Festival Baja California, au Mexique, en 2005.

En 2008, elle réalise un nouveau court-métrage, La Charité romaine, qui évoque un homme emprisonné et condamné à mourir de faim, qui reçoit la visite de sa fille, laquelle, pour l'empêcher de mourir, décide de l'allaiter. Georges d'Audignon et Marie Kremer interprètent cette étonnante inversion des rapports filiaux.

2010-2018 - Cinéma, indépendance et foi[modifier | modifier le code]

Extase (2010)[modifier | modifier le code]

Extase, en 2010, est son premier long-métrage à évoquer explicitement des questionnements liés à la foi en Dieu, questionnements qui reviendront dans la quasi-totalité de ses œuvres postérieures, comme interrogations principales ou en tant qu'allusions éphémères. Àstrid Bergès-Frisbey interprète Jeanne, qui tente désespéramment d’éveiller sa foi en Dieu. Avec son fiancé interprété par Swann Arlaud, elle se laisse envahir par les souvenirs, les rêves et les fantasmes... Ce film connaît un bel accueil critique en Amérique du Sud, avec notamment trois sélections dans des festivals argentins et une autre au festival Foco de Cine Inusual - FIACID, à Lima.

Extase se veut également un film expérimental, ainsi que le confie la réalisatrice : « J’ai décidé de le produire toute seule avec des moyens modestes, car j’ai parfaitement conscience qu’il n’y a aucune chance pour que ce film intéresse un producteur. J’ai mis dans ce film, la plupart de mes économies, et je n’ai aucun regret. Il y a des films que l’on doit faire envers et contre tout[5]. »

Ne nous soumets pas à la tentation (2011)[modifier | modifier le code]

L'année suivante, elle poursuit sa réflexion au cœur de laquelle l'allusion à la foi intervient dès le titre, qui reprend une parole de la prière du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation ». Une jeune fille, interprétée par Agnès Delachair, entre soudain dans la vie d'un couple, interprété par Jean-François Garreaud et Guillemette Barioz. Derrière le classique adultère, Cheyenne Carron veut inscrire « trois personnages, trois mensonges, trois points de vue[6] ». Le film est sélectionné dans différents festivals du monde entier, en France, Californie ou encore en Corée : il obtient le prix KINEMA au 25e festival Film Fest de Braunschweig, en Allemagne (2011).

La Fille publique : une semi-autobiographie (2012)[modifier | modifier le code]

En 2012, encouragée par le réalisateur Xavier Beauvois[7], elle réalise La Fille publique, film en partie autobiographique puisque l'héroïne, Yasmeen (Doria Achour), est placée dans une famille d'accueil depuis l'âge de 3 mois, que dix-sept années s'écoulent et que des liens d'amour indéfectibles se tissent avec ses parents (Anne Lambert et Joël Ravon), ainsi que ses frères et sœurs. La fiction intervient lorsque Yasmeen, sur le point d'être adoptée et d'être enfin reconnue officiellement comme un membre de sa famille, est harcelée par une femme qui prétend être sa mère... Le film apparaît dans des festivals en Argentine (trois sélections), en Russie et en Suisse[3].

L'Apôtre : sujet délicat à la veille des attentats (2014)[modifier | modifier le code]

Deux ans plus tard, soit un an avant les attentats de 2015, elle réalise L'Apôtre, avec Fayçal Safi, Brahim Tekfa et Sarah Zaher, film sur un sujet délicat : la conversion d'un jeune musulman au christianisme. Akim, destiné à devenir imam, est un jour bouleversé par l'amour total du Christ pour les hommes ; il tente alors de faire admettre sa conversion à son entourage. À la suite de l'attentat contre Charlie Hebdo en , et sur demande de la DGSI, deux projections de ce film à Neuilly[8] et à Nantes sont temporairement déprogrammées par crainte d'un attentat[9]

Patries (2015)[modifier | modifier le code]

En 2015, paraît Patries, avec Jackee Toto et Augustin Raguenet, qui raconte le racisme anti-blanc.

La Chute des hommes et La Morsure des dieux (2016)[modifier | modifier le code]

La Chute des hommes raconte l'histoire de Lucie, jeune femme passionnée de parfumerie, qui croise Younes, chauffeur de taxi, lors d'un voyage d’études au Moyen-Orient ; Younes livre alors Lucie aux mains de ravisseurs islamistes, [pas clair]ainsi que celui d’Abou, djihadiste lui aussi originaire de France.

La Morsure des dieux est un face à face amoureux qui entremêle deux mondes, deux cultures et deux conceptions de la foi, au cœur du Pays basque. François Pouron et Fleur Greffier interprètent Sébastien et Juliette.

Jeunesse aux cœurs ardents (2017)[modifier | modifier le code]

David, 20 ans, habite chez ses parents. Brillant dans ses études et promis à une belle carrière, il accompagne pourtant ses amis, désabusés, dans leurs braquages. Un jour, une de leur victime s’avère être un ancien légionnaire ayant vécu la guerre d’Algérie. David se rapproche peu à peu du vieil homme : de leur amitié naîtra sa nouvelle vocation[10]

Ce film s'inspire d'un désir adolescent de la réalisatrice d'entrer dans la Légion. Mais lorsqu’elle a poussé la porte de la caserne près de chez elle, des militaires lui ont expliqué que la Légion n’acceptait pas les femmes[7].

Le Corps Sauvage (2018)[modifier | modifier le code]

Le Corps sauvage, sorti dans les salles françaises le [11], se concentre sur le personnage de Diane (Nina Klinkhamer), jeune femme amoureuse de la chasse et de la nature, « figure mythologique et évanescente », qui vit au cœur d'un village breton.

Parfumeuse[modifier | modifier le code]

Cinéaste indépendante, Cheyenne Carron peine parfois à trouver des financements pour ses films. En 2018, elle crée la ligne « Parfums d'Europe ». C'est pour elle « le moyen d'assouvir une passion de toujours » et « de lancer son imaginaire sur de nouveaux sentiers », mais aussi, peut-être, d'aider au financement de ses films. Les six premières fragrances (trois féminines et trois masculines) portent un nom lié à l'identité de l'Europe, à l'instar de Marie, de Mythique Légionnaire et du Parfum d'Yseult[12].

Réception critique[modifier | modifier le code]

« La réalisatrice Cheyenne Carron poursuit son œuvre étonnante, en dehors de tous les circuits traditionnels, financiers comme artistiques. Il y a quelque chose d’insaisissable dans chacune de ses productions, comme une irrépressible envie de liberté et une absence – parfois – de rigueur, autant sur le plan technique que sur celui du propos. »[11]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisatrice[modifier | modifier le code]

Court-métrage[modifier | modifier le code]

  • 2001 : À une madone
  • 2008 : La Charité romaine

Long-métrage[modifier | modifier le code]

Actrice[modifier | modifier le code]

2001 : À une madone

2011 : Ne nous soumets pas à la tentation : la passante dans la voiture

Collaborateurs réguliers[modifier | modifier le code]

Acteurs Films Rôles
François Pouron
  • 2016 : La Chute des Hommes
  • 2017 : La Morsure des Dieux
  • 2018 : Le Corps Sauvage
  • 2020 : Le Soleil Reviendra
  • Abou Abdel Rachid
  • Sébastien
  • Paul
  • le soldat blesser
Pascal Elso
  • 2013 : La Fille Publique
  • 2017 : La Morsure des Dieux
  • 2018 : Jeunesse aux Coeurs Ardents
  • ...
  • le conseiller à la banque
  • le père de David
Arnaud Jouan
  • 2018 : Jeunsesse aux coeurs ardents
  • 2019 : Le Fils d'un Roi
  • David
  • Elias
Swann Arlaud
  • 2010 : Extase
  • 2011 : Ne nous soumets pas à la tentation
  • Hugo
  • Stéphane

Autres[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le cinéma ou rien, Paris, Hésiode, 2018.
  • Éloge de l'abandon, ainsi naissent les enfants du soleil, Paris, Hésiode, 2019. (ISBN 978-2-9569969-0-3)

Parfumeuse[modifier | modifier le code]

Sous sa marque "Parfum d'Europe", Cheyenne Carron développe des parfums pour femmes et hommes à l'image de ses personnages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cheyenne Carron. Mademoiselle sans gène ».
  2. Édouard Huber, Fille adoptive du Père, Famille chrétienne, no 1889 du au .
  3. a et b Ondine Millot, « Cheyenne Carron. Mademoiselle sans gène », sur Libération,
  4. « Interview - À une Madone », sur cheyennecarron.com (consulté le 1er mars 2019).
  5. « Bande annonce - EXTASE, Long métrage - 2010 », sur cheyennecarron.com (consulté le 1er mars 2019)
  6. « Ne nous soumets pas à la tentation - Bande-annonce », sur YouTube.com (consulté le 1er mars 2019)
  7. a et b « La Fille publique », sur Allociné.fr (consulté le 1er mars 2019)
  8. Cheyenne Carron : «L'Apôtre est un film de paix»
  9. Par crainte d'attentat, le film L'Apôtre déprogrammé à Nantes
  10. Sylvain Dorient, « Le cœur ardent de Cheyenne Carron », sur Aleteia.fr,
  11. a et b Pierre Monastier, « “Le Corps sauvage” de Cheyenne Carron : chasse, pêche, nature et traditions », sur Profession-Spectacle.fr,
  12. « Cheyenne-Marie Carron au parfum », Valeurs actuelles, no 4237,‎ , p. 21.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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