Château d'Yvoire

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Château d'Yvoire
Image illustrative de l’article Château d'Yvoire
Le château d'Yvoire vu depuis le lac Léman.
Période ou style Médiévale
Type Donjon
Début construction Début XIIIe siècle
Propriétaire initial Comte Amédée V de Savoie
Destination initiale Château fort
Propriétaire actuel Famille Bouvier d'Yvoire
Destination actuelle Fermé au public
Coordonnées 46° 22′ 17″ nord, 6° 19′ 34″ est
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Comté de Savoie
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Haute-Savoie
Commune Yvoire

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Le château d'Yvoire est un ancien château fort, du XIIIe siècle, centre de la seigneurie d'Yvoire érigée en baronnie, qui se dresse sur la commune d'Yvoire dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Situation[modifier | modifier le code]

Le château d'Yvoire est situé dans le département français de la Haute-Savoie sur la commune d'Yvoire, au bord du Léman[1].

Le bourg s'est développé sur un promontoire qui s'enfonce dans le lac et marquant la limite entre le petit lac et le grand lac[1]. Cette position stratégique, tant du point de vue commercial que militaire, amène à installer une fortification, en lien avec le rôle important du transport lacustre et la cité de Genève[1],[2].

La cité se trouve également aux marges des domaines princiers des Savoie, des Genève et des Faucigny, lui conférant un rôle sur cette rive gauche du lac[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Période médiévale[modifier | modifier le code]

L'édification du château est estimée au début du XIIIe siècle[1]. Les premiers seigneurs appartiennent à la famille de Compey, vassaux des comtes de Genève[1]. L'un d'eux, en 1289, Anthelme (Anselme, Nanteleme, Nantelin) de Compey rend hommage pour son fief à Béatrice de Faucigny[1].

La première mention du « domus fortis » date de 1306[3]. Il s'agit de l'acquisition de la seigneurie par le comte de Savoie Amédée V (1249-1323) auprès des enfants d'Anthelme de Compey, le [1],[2],[3]. En échange, les Compey reçoivent entre autres une maison forte à Marin ainsi que la mestralie de Thônon[4].

Dans le contexte de la longue guerre delphino-savoyarde, le comte de Savoie fait reconstruire le château fort sur l'emplacement de l'ancienne place, en même temps que les fortifications du bourg d'Yvoire[5],[6]. Il garde cependant le donjon initial[5]. La reconstruction de la fortification prend plusieurs années[5]. La plupart des éléments de la reconstruction sont acheminés par bateau, alors que la guerre se poursuit[5]. Le bourg est également fortifié[7]. Il obtient d'une charte des franchises de la part du comte Édouard de Savoie, en 1324[7],[3].

Son positionnement en fait un « point d'appui » pour les opérations militaires dans la région, notamment contre ses voisins le comte de Genève ou le baron de Faucigny[3]. En 1307, le comte Amédée V profite de l'achat de la seigneurie pour assiéger le château faucignerand de Rovorée voisin, qui est pris au cours de l'été et rasé[1]. Le conflit dure jusqu'à l'acquisition du Faucigny en 1355[7]. Le retour à une certaine sérénité dans la région fait perdre au château son rôle stratégique[8]. C'est pourquoi, en 1366, le comte donne le fief à un noble savoyard, Antoine de Miolans d'Urtières[8],[9]. Par ailleurs, à la suite de la réunion du Faucigny aux États de Savoie, le fief de Rovorée est attaché à la seigneurie d'Yvoire[10].

Le comté de Genève, dernière principauté rivale de la maison de Savoie dans la région, disparait vers le tout début du XVe siècle. Le rôle militaire d'Yvoire devient moindre[11].

Dix familles se succèdent à la tête de la seigneurie, à la suite des Miolans[9]. Ainsi par mariage, la seigneurie passe aux Rovorée de 1402 à 1478, puis Poypon de 1478 à 1494[12]. Vers la fin du XVe siècle, un certain Georges d'Antioche, favori de la duchesse Anne de Chypre, en hérite[9]. Elle reste au sein de cette famille de 1494 à 1521[12].

Période moderne[modifier | modifier le code]

Le chevalier Louis de Viry dit Sardet, coseigneur de Viry[13], l'acquiert de 1521 à 1528, puis la seigneurie passe aux Saint-Jeoire de 1528 à 1594[12].

Au XVIe siècle, la cité de Genève, passée au protestantisme, se sent menacée par les ducs de Savoie. Berne intervient pour aider la cité de Calvin, la région est occupée[7]. Le port revêt en effet un intérêt stratégique durant le conflits opposant les deux camps autour du Léman, jusqu'à la fin du siècle[14]. Les Bernois prennent le château en 1536[12]. Les Genevois aidés par les Français mettent le siège en 1589[12]. À la suite d'une décision du de la République de Genève, il est décidé d'« abatre et [de] ruyner la muraille qui fait le front costé du lac », par crainte du rôle stratégique de la ville[12]. Il ne reste alors que les fossés et les murs d’enceinte du grand donjon quadrangulaire actuel qui est alors partiellement aménagé pour être rendu habitable.

Les Forestier sont les seigneurs des lieux de 1594 à 1625, avant de céder la place aux Favre de Pérouges de 1627 à 1634, puis aux Fornier de 1632 à 1635[12]. En 1655, Georges Bouvier, un membre de la Famille Bouvier, originaire du Bugey et qui s'est implantée dans la région[9], acquiert la seigneurie[12]. La famille portera le nom de Bouvier d'Yvoire. En 1772, le fief d'Yvoire est érigé en baronnie[9].

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Entre 1926-27 et 1938-1939, le baron Félix Bouvier d’Yvoire entreprend d'importants travaux de restauration du donjon d'origine pour lui donner sa forme actuelle, avec entre autres la reconstruction en 1939 du toit et des quatre échauguettes d’angles[9].

La place et une partie des fossés sont remplacées par des jardins[9].

En 1986, Yves et Anne-Monique d'Yvoire font transformer l'ancien jardin potager du château en jardin botanique touristique baptisé « Labyrinthe Jardin des Cinq Sens », classé depuis jardin remarquable.

Avec son bourg médiéval touristique pittoresque, Yvoire fait partie du patrimoine des Pays de Savoie et elle adhère à l’association « Les Plus Beaux Villages de France »[15], depuis 1982[16].

Description[modifier | modifier le code]

Le château d'Yvoire se présente aujourd'hui sous la forme d'une grosse tour quadrangulaire de 25,50−26 × 15,10−14,90 mètres de côté et des murs épais de 2,30 mètres.

Selon l'historien Louis Blondel, la tour ne serait pas antérieur au début du XIIIe siècle[6], date de la mention des seigneurs de Compey à l'origine de la construction[1]. Ce donjon possédait les dimensions qu'on lui connait aujourd'hui, une hauteur 40 mètres, et une base rectangulaire de 26 m sur 14 m, sur quatre niveaux[5]. L'accès se faisait par le premier étage, sur la façade nord de l'édifice[5]. Chaque niveau correspond à une unique salle où l'on observe quatre piliers[5]. Si les étages sont éclairés par des fenêtres à meneau, le rez-de-chaussée était quant à lui agrémenté de meurtrières[5].

Le haut de la tour est garni d'un toit[5]. Celui-ci est réparé, selon les comptes de châtellenie, au tout début du XIVe siècle[5]. Le sommet était garnit de hourds en bois[5].

Le donjon était entouré d'une enceinte associée à des fossés[5]. Cette protection protège le château et l'isole du bourg d'Yvoire[5]. À l'extrémité des douves, deux ports ont été aménagés[5]. Leur accès était protégé par des chaines[5], d'une longueur de 26 pieds[14].

Châtellenie d'Yvoire[modifier | modifier le code]

Le château d'Yvoire est le centre d'une châtellenie, dit aussi mandement[17], au cours du XIVe siècle.

Dans le comté de Savoie, le châtelain est un « [officier], nommé pour une durée définie, révocable et amovible »[18],[19]. Il est chargé de la gestion de la châtellenie ou mandement, il perçoit les revenus fiscaux du domaine, et il s'occupe de l'entretien du château[20]. Le châtelain est parfois aidé par un receveur des comptes, qui rédige « au net [...] le rapport annuellement rendu par le châtelain ou son lieutenant »[21].


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Baud, Jean-Yves Mariotte, Histoire des communes savoyardes : Le Chablais, Roanne, Éditions Horvath, , 422 p. (ISBN 978-2-7171-0099-0), p. 283-350, « Le canton de Douvaine (présentation) », pp. 344-350, « Yvoire ».
  • Louis Blondel, Châteaux de l'ancien diocèse de Genève, vol. 7, Société d'histoire et d'archéologie de Genève (réimpr. 1978) (1re éd. 1956), 486 p..
  • Georges Chapier, Châteaux savoyards - Faucigny et Chablais, vol. 5, Grenoble, Éditions Revue Les Alpes, , 410 p. .

Fonds d'archives[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Histoire des communes savoyardes 1980, p. 344, « Présentation ».
  2. a et b Bernard Sache, Le siècle de Ripaille, 1350-1450 : Quand le Duc de Savoie rêvait d'être roi, La Fontaine de Siloé, , 324 p. (ISBN 978-2-8420-6358-0, lire en ligne), p. 65.
  3. a b c et d Ruth Mariotte Löber, Ville et seigneurie : Les chartes de franchises des comtes de Savoie, fin XIIe siècle-1343, Librairie Droz - Académie florimontane, , 266 p. (ISBN 978-2-60004-503-2, lire en ligne), p. 103, 196.
  4. Émile Vuarnet, « Messery - Nernier et leurs environs », Mémoires & documents publiés par l'Académie chablaisienne, vol. 1898,‎ , p. 59 (lire en ligne)
    Émile Vuarnet (1867-1963) historien local et membre de l'Académie chablaisienne.
  5. a b c d e f g h i j k l m n et o Histoire des communes savoyardes 1980, p. 344-345, « La forteresse du moyen Âge ».
  6. a et b Matthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève : Étude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIe - XIVe siècle), Annecy, Académie salésienne, , 646 p. (ISBN 978-2-90110-218-2), p. 293.
  7. a b c et d Histoire des communes savoyardes 1980, p. 345, « Le bourg ».
  8. a et b Châteaux savoyards, 1961, p. xx[réf. incomplète].
  9. a b c d e f et g Histoire des communes savoyardes 1980, p. 347-349, « Les possesseurs du fief et le château actuel ».
  10. Michel Germain, Jean-Louis Hebrard et Gilbert Jond, Dictionnaire des communes de Haute-Savoie, Éditions Horvath, , 450 p. (ISBN 978-2-71710-933-7), p. 198.
  11. Bernard Sache, Le siècle de Ripaille, 1350-1450 : Quand le Duc de Savoie rêvait d'être roi, La Fontaine de Siloé, , 324 p. (ISBN 978-2-8420-6358-0, lire en ligne), p. 271-272.
  12. a b c d e f g et h Blondel 1956, p. 406.
  13. François Bonivard, Chroniques de Genève (1505-1526) : Édition critique par Micheline Tripet, vol. 2, Genève, Librairie Droz, , 350 p. (ISBN 978-2-60000-940-9, lire en ligne), p. 188.
  14. a et b Histoire des communes savoyardes 1980, p. 346-347, « Vie économique ».
  15. « Yvoire », sur le site Les Plus Beaux Villages de France - www.les-plus-beaux-villages-de-france.org (consulté en mai 2018).
  16. La Rédaction, « Artisans et artistes des “Plus beaux villages de France” exposent », Le Dauphiné libéré,‎ (lire en ligne).
  17. Payraud 2009, Annexe 8 : liste des ensembles fortifiés intégrés au corpus.
  18. Christian Sorrel, Histoire de la Savoie : images, récits, La Fontaine de Siloé, , 461 p. (ISBN 978-2-8420-6347-4, lire en ligne), p. 146-147.
  19. Nicolas Carrier, « Une justice pour rétablir la « concorde » : la justice de composition dans la Savoie de la fin du Moyen Âge (fin XIIIe -début XVIe siècle) », dans Dominique Barthélemy, Nicolas Offenstadt, Le règlement des conflits au Moyen Âge. Actes du XXXIe Congrès de la SHMESP (Angers, 2000), Paris, Publications de la Sorbonne, , 391 p. (ISBN 978-2-85944-438-9), p. 237-257.
  20. Alessandro Barbero, « Les châtelains des comtes, puis ducs de Savoie en vallée d'Aoste (XIIIe-XVIe siècle) », dans Guido Castelnuovo, Olivier Mattéoni, « De part et d'autre des Alpes » : les châtelains des princes à la fin du moyen âge : actes de la table ronde de Chambéry, 11 et 12 octobre 2001, , 266 p. (lire en ligne).
  21. Nicolas Carrier, « A travers les archives médiévales de la principauté savoyarde - Les comptes de châtellenies », sur le site de mutualisation des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org (consulté en mars 2018).
  22. ADS1.
  23. a b et c Nicolas Payraud, Châteaux, espace et société en Dauphiné et en Savoie du milieu du XIIIe siècle à la fin du XVe siècle : Thèse de doctorat d'Histoire, Lyon, Université Lumière Lyon-II, (lire en ligne), p. 671-682, Annexe 11 : liste des châtelains recensés dans le cadre de cette étude.
  24. a b c d e f g h i et j Louis-Etienne Piccard, L'Abbaye de Filly et quelques seigneurs du voisinage, Thonon-les-Bains, Mémoires & documents publiés par l'Académie chablaisienne - A. Dubouloz, , 526 p. (lire en ligne), p. 367-368, N°44, Chatelains d'Yvoire, de la Ravovêe et de Nernier qui eurent des rapports avec Filly