Camping à la ferme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Camping à la ferme (film).

Le camping à la ferme est un terme courant désignant une forme dérivée de camping ou d'accueil en hôtellerie de plein air, situé sur un terrain appartenant à une exploitation agricole, où la famille d'agriculteurs accueille directement ses hôtes. Il est ainsi considéré comme un mode d'accueil chez l'habitant. L'implantation sur l'exploitation favorise la découverte du mode de vie agricole ou rural.

Forme d'agritourisme, l'activité de camping permet un complément de revenu à l'agriculteur, et s'accompagne parfois de vente de produits fermiers ou de restauration à la ferme. Les modalités du développement de l'activité peuvent varier selon les pays.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'accueil à la ferme remonte à la fin du XIXe siècle dans le Sud Tyrol ou dans la campagne anglaise sous la forme de chambres d'hôtes[1],[2]. Il s'est par la suite développé en Europe, à partir des années 1960, lorsque l’offre d’hébergement en milieu rural a été complétée par une proposition d’activités de loisirs[1]. Le développement de ce qu'on appelle l'agritourisme repose « quasi exclusivement sur l'hébergement : camping à la ferme, chambres d'hôtes, gîtes ruraux »[1].

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le géographe Roger Béteille note une multiplication de grands terrains de campings en milieu agricole, proposant divers types d'hébergements à tendances pérennes, dans « le Bassin de Londres, les Midlands ou les campagnes périphériques des principales agglomérations du Benelux »[3]. L'activité se développe dans les décennies suivantes sans pour autant prendre de grandes proportions[4]. Cet accueil paysan se fait principalement à proximité des grandes agglomérations, dans les arrière-pays immédiats des zones touristiques littorales ou dans l'espace montagnard[4].

Structure d'accueil[modifier | modifier le code]

Terrain de camping et hébergements[modifier | modifier le code]

Un terrain de camping à la ferme propose des emplacements à la location sur lesquels les voyageurs peuvent séjourner avec leurs tentes, caravanes ou autocaravanes.

L'installation sur le terrain de l'exploitation agricole revêt une forme de recherche de calme, dans un cadre campagnard, contrairement aux campings traditionnels des stations balnéaires ou de lieux touristiques majeurs[5]. Les touristes perçoivent le camping dans un cadre agricole comme « une recherche d’authenticité et d’œuvre de salut »[6]. Il semble également que les campeurs recherchent une sorte d'authenticité dans l'accueil et les paysages agricoles[5]. En effet, sa localisation sur l'exploitation permet également aux vacanciers la découverte du mode de vie agricole ou rural et de ses activités spécifiques[5].

Le nombre d'emplacements limités, comme le stipulent les législations françaises ou belges (voir ci-après), reste un critère privilégié dans la mesure où l'activité touristique reste annexe par rapport à l'activité principale.

Équipements[modifier | modifier le code]

Le terrain d'accueil propose selon les normes en vigueur dans chaque pays ou régions, des installations d'hygiène, mis à disposition des campeurs (point d'eau potable, toilettes, douches avec eau chaude, lavabo, poubelles), des points d'accès à l'électricité.

En fonction des normes de sécurité en vigueur pour les établissements recevant du public, et des commissions de sécurité locales on peut remarquer entre autres la présence d'extincteurs et de plans d'évacuation (incendie, inondation...).

Un complément de revenu pour l'agriculteur[modifier | modifier le code]

Le camping à la ferme est à placer dans un contexte de diversification des activités, que l'on nomme parfois tourisme à la ferme[7]. En France, le « tourisme à la ferme » est défini par « les activités de restauration seule (...), d’hébergement seul (camping à la ferme, gîte rural, gîte d’étape, gîte de groupe, chambre d’hôte, etc.), de restauration et hébergement. »[8]. On place également cette activité dans le tourisme rural, prenant la forme d'agritourisme[9],[1] et de tourisme vert[10]. Pour le géographe Roger Béteille, dans un article comparant des régions françaises et britanniques, paru en 1997, rappelle que la diversification est souvent mise en place afin de palier une baisse des revenus en temps de crise[11]. Le choix du camping à la ferme pour l'exploitant est assez ancien et est perçu comme une forme de diversification peu contraignante[12]. Toutefois cette activité d'accueil en camping ne peut se faire qu'en complément d'une activité agricole peu absorbante pour les agriculteurs et ne se limiterait qu'à la période estivale la plupart du temps[13].

Le camping à la ferme dans les pays[modifier | modifier le code]

Circle-icons-globe.svg
Cette section adopte un point de vue régional ou culturel particulier et doit être internationalisée (novembre 2014).

Union européenne[modifier | modifier le code]

Un rapport pour la Commission européenne de 1993 faisait un état des lieux de la pratique du camping à la ferme dans l'espace européen, observant qu'elle était « peu présente en Irlande (la préférence est donnée aux hébergements en dur à la ferme et à la petite hôtellerie), en Grèce (le camping est peu encouragé pour des raisons d'ordre environnemental), en Italie et au Portugal ; il connaît en revanche un large développement aux Pays-Bas (principale forme de l'accueil à la ferme), en Allemagne (5 % des exploitations agricoles), en France (sous les deux formes du camping à la ferme traditionnel et des aires naturelles de camping), en Grande-Bretagne ; il est aussi présent en Belgique et en Espagne »[14]. Toutefois, ce rapport classe le camping à la ferme dans le camping rural, l'associant avec les campings ruraux privés et les campings ruraux municipaux[14]. Un tableau permettait ainsi de présenter les différentes classifications nationales à cette période (p. 33).

Belgique[modifier | modifier le code]

En Wallonie, la Réglementation relative aux terrains de camping touristique et aux terrains de caravanage ne considère que la notion de « terrains de camping touristique » comme appellation protégée depuis la réglementation de 1991[15]. Le Code wallon du Tourisme organise le camping à la ferme sur son territoire et donne une définition stricte quant à sa localisation sur un « terrain de camping à la ferme » appartenant à une exploitation agricole, mais excluant la présence de caravanes de type résidentiel[16]. L'Atlas - Lexique administratif et juridique wallon considère que la « caravane de type résidentiel » comprend uniquement les caravanes, ainsi que les « caravanes dites « chalets » caractérisées par un revêtement en bois ou en matériaux y ressemblant par l’aspect »[17]. Un agriculteur souhaitant développer une activité de camping doit adhérer à une association spécifique de tourisme à la ferme ayant reçu un agrément[18]. Par ailleurs, la durée d'ouverture du camping à la ferme est également soumise à des périodes précises[16].

Le code précise que le terrain doit se situer à une « distance raisonnable des bâtiments agricoles », pour être à proximité des équipements d"hygiène et pour rester sur le territoire de la ferme[18],[16]. Le terrain de camping ne peut accueillir qu'un certain nombre de touristes selon la période (durant l'été 60 personnes pour 20 hébergements, en dehors de cette période 45 personnes pour 15 hébergements)[16].

France[modifier | modifier le code]

État des lieux[modifier | modifier le code]

En 1995, selon une étude menée par les journalistes de Libération, le territoire français comptait 11 600 campings, dont 2 300 appartenaient au monde rural (campings communaux) ou à la ferme[10]. Le Service central des enquêtes et études statistiques (SCEES) du Ministère de l'Agriculture indiquait, à travers sa publication Agreste - Primeur, que « Moins de 2 % des exploitations proposaient un hébergement » en 2002[19] (1,9 %)[20], chiffre un peu plus élevé que celui observé en 1988 (1,5 %)[20]. D'après le recensement agricole de 2005, on observe une certaine évolution avec environ 17 700 exploitations agricoles, soit 3 % de l'ensemble des exploitations que compte le territoire, ont une activité annexe liée au tourisme, dont les deux tiers offrent un mode d'hébergement et 16 % une activité de restauration[21].

En 2014, la Fédération française de camping et de caravaning (FFCC) comptabilise 9842 campings[22]. La FFCC dénombre 1461 terrains dits ruraux correspondant aux aires naturelles et campings à la ferme, proposant ainsi 23 415 emplacements[22].

Réseaux[modifier | modifier le code]

L'agriculteur loueur adhère à un des deux réseaux existant et à leurs règlements, le nombre d'emplacements relativement grands et espacés est limité à six maximum. Le cahier des charges d'un camping à la ferme, appelé également campings en ferme d'accueil[23], ou camping rural est de cinq emplacements maximum pour le réseau Bienvenue à la ferme et de six pour le réseau Accueil paysan. Le contact avec l'agriculteur ou l'agricultrice et éventuellement sa famille est privilégié. Il permet aux campeurs de découvrir l'activité de l'exploitant agricole et la région. Certains sont échus à l'écotourisme ou au naturisme. Le gérant peut parfois proposer des aires de jeux, des abris de détente, une salle d'activité et des animations[23].

La marque Bienvenue à la ferme propose une appellation non réglementaire « campings en ferme d'accueil »[23]. En 2005, elle regroupe 435 campings[23]. Il s'agit en réalité d'une marque collective que l'association Agriculture et tourisme gère, association affiliée à la Fédération Française de Camping et de Caravaning[23] Le cahier des charges est ainsi spécifique à cette marque[23].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [PDF] Danièle Capt et Anne-Marie Dussol, « Exploitations diversifiées : un contenu en emploi plus élevé », Agreste Cahiers, no 2,‎ , p. 11-18 (lire en ligne)
  • Article d'Emmanuelle Marcelpoil, Jacques Perret, « La richesse des pratiques de tourisme à la ferme » (pages 43-52), paru dans Jean-Jacques Tolron, Aménités rurales. Une nouvelle lecture des enjeux territoriaux, Éditions Quæ, coll. « Hors-série de la revue Ingénieries - eau, agriculture, territoires », , 195 p. (ISBN 978-2-85362-681-1)
  • Arlaud Samuel et Dehoorne Olivier, « Les agriculteurs face au tourisme : quelle place pour le tourisme à la ferme en France ? », dans Jean Soumagne (sous la dir.), Les nouveaux espaces ruraux de l'Europe atlantique: hommage au professeur Roger Béteille, Maison des Sciences de l'Homme et de la Société - Université de Poitiers, , 479 p. (ISBN 978-2-9513050-4-5).
  • [PDF] « Le tourisme à la ferme reste marginal », Agreste - Primeur, no 107,‎ , p. 11-18 (lire en ligne)
  • Olivier Sirost, « Camper ou l’expérience de la vie précaire au grand air », Ethnologie française, no 4,‎ , p. 581 - 589 (ISBN 978-2-13051-508-1, lire en ligne)
  • André Rauch, « Les loisirs sous la tente. Traditions et innovations d’une pratique sociale », Ethnologie française, no 4,‎ , p. 599 - 605 (ISBN 978-2-13051-508-1, lire en ligne)
  • Roger Béteille, « La diversification des exploitations agricoles à travers quelques évolutions régionales récentes », Norois, no 173,‎ , p. 141-154 (ISBN 978-2-13051-508-1, lire en ligne)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d René Béteille, « L’agritourisme dans les espaces ruraux européens », dans Annales de Géographie, (lire en ligne), p. 584-602.
  2. Jacky Herbin, Le Tyrol ou la réussite exemplaire du tourisme autrichien : Thèse d'État Lettres et sciences humaines, Grenoble, Université de Grenoble I, .
  3. Béteille 1997, p. 146.
  4. a et b Béteille 1997, p. 148.
  5. a, b et c ABE 1982.
  6. Sirost 2001, p. paragraphe 5.
  7. Capt, Dussol 2014, p. 11.
  8. Capt, Dussol 2014, p. 18.
  9. Lexitour. Les 1700 mots des métiers du tourisme, Éditions Bréal, , 156 p. (ISBN 978-2-84291-900-9), p. 10.
  10. a et b Rauch 2001, p. paragraphes 30-31.
  11. Béteille 1997, p. 141.
  12. Béteille 1997, p. 147.
  13. Béteille 1997, p. 150-151.
  14. a et b Suzanne Thibal (Rapporteur Général, Secrétaire général d'EUROTER), Pour une signalétique européenne harmonisée dans le domaine du tourisme rural et analyse des circuits d'information, Editions OPOCE, 1993, (ISBN 92-826-5987-9), 227 pages, p. 31 et suivantes, Lire en ligne.
  15. Directions du Commissariat général au Tourisme en Wallonie, « Cellule campings, Villages de vacances et Motor-homes », Hébergements touristiques en Wallonie, sur site officiel du Commissariat général au Tourisme CGT e-administration (consulté en décembre 2014).
  16. a, b, c et d « Code wallon du Tourisme », Code wallon du Tourisme, sur site du Portail de Wallonie - Le droit en Wallonie - wallex.wallonie.be (consulté en décembre 2014) : « Code wallon du Tourisme est établi le 1er avril 2010, puis modifié le 23 septembre 2010 ».
  17. « Caravane de type résidentiel », Accueil > Lexique, sur site de l'Atlas - Lexique administratif et juridique - atlas.wallonie.be (consulté en décembre 2014), Décret du 18 décembre 2003 relatif aux établissements d’hébergement touristique, Art.2. 17°,(M.B. du 11/03/2004, p. 13669).
  18. a et b Francis Haumont, L' urbanisme: Région wallonne, Larcier, , 1041 p. (ISBN 978-2-80440-299-0), p. 998-1005.
  19. SCEES 2002, p. 1.
  20. a et b SCEES 2002, p. 2.
  21. « Le tourisme rural », sur du Ministère de l'Agriculture - agriculture.gouv.fr (consulté le 23 novembre 2014).
  22. a et b « Le camping en France - Chiffres clés », Camping, sur de la Fédération française de camping et de caravaning - www.ffcc.fr (consulté en novembre 2014).
  23. a, b, c, d, e et f François Moinet, Le tourisme rural : concevoir, créer-gérer, France Agricole Editions, , 462 p. (ISBN 978-2-85557-129-4), p. 24.