Bernard-Marie Koltès

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Bernard-Marie Koltès
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Naissance
Metz
Décès (à 41 ans)
Paris 7e
Nationalité française
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Œuvres principales

Bernard-Marie Koltès, né à Metz le , et mort à Paris 7e le , est un auteur dramatique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bernard-Marie Koltès naît dans une famille bourgeoise de Metz. Troisième et dernier fils d'un militaire de carrière, il voit très peu son père durant son enfance. Supportant mal l'éloignement de sa famille, il vit difficilement sa scolarité au collège Saint-Clément de Metz, où il est pensionnaire. Il y reçoit un enseignement jésuite fondé sur « l’apport de la rhétorique, la volonté de considérer le dialogue comme une vraie argumentation, [et] le désir de faire apparaître un sens caché[1] », qui influencera son théâtre.

Il effectue son premier voyage au Canada à 18 ans, voyage qui le marque profondément[2]. Il s’initie à la musique de Bach avec l’organiste Louis Thiry.

Alors que rien ne le destinait au théâtre, il assiste, à l’âge de vingt ans, à une représentation de Médée interprétée par Maria Casarès à la Comédie de l'Est (mise en scène de George Lavelli). C'est un coup de foudre. Désirant devenir acteur, il tente le concours d'entrée du Théâtre national de Strasbourg (TNS) pour les sections jeu et régie, mais est refusé. Cela ne l’empêche pas de travailler sur une adaptation théâtrale d’Enfance, de Gorki, qui devient sa « première pièce », intitulée Les Amertumes. Il l'envoie à Hubert Gignoux, alors directeur du TNS qui, impressionné par son talent, lui propose d’intégrer l’école ; il y entre en section régie[3]. Cependant il y reste très peu de temps préférant monter sa propre compagnie en tant qu'auteur et metteur en scène, le « Théâtre du Quai ».

En 1970, Koltès écrit L’Héritage que Maria Casarès lit pour la radio. Ses premières pièces, expérimentales, ne connaissent pas le succès et il les reniera lorsqu'il évoluera vers un style plus narratif à la fin des années 1970, notamment à partir de Combat de nègre et de chiens. Entre un passage au Parti communiste français (1975-1978), de nombreux voyages en Amérique latine, en Afrique et à New York, sources importantes d'inspiration pour lui, il crée de nombreuses pièces, comme le long monologue écrit pour Yves Ferry, La Nuit juste avant les forêts, qu’il monte en off au festival d'Avignon en 1977, puis que monte, à sa demande, Moni Grégo au centre dramatique national de Lille.

Son théâtre, en rupture avec celui de la génération précédente, met en scène la perpétuelle et vaine tentative de communication entre les hommes.

Le dramaturge, passionné par Shakespeare, Marivaux, Tchekhov, est également un fervent lecteur de Dostoïevski[4] et des Pensées de Pascal[5]. Déjà, avec Les Amertumes, son travail était qualifié de « formaliste ». Koltès expliquait la « raison profonde de [s]on travail formel [par le fait que] le personnage psychologique ne [l’]intéress[ait] pas – pas plus d’ailleurs que le personnage raisonnable[6]. » Il ajoutait qu’il « redoutait presque autant Stanislavski que Brecht[6]. » À de nombreux égards, on le considère comme l’héritier du théâtre de l’après-guerre d’Artaud.

À la fin des années 1970, Koltès rencontre Patrice Chéreau. C’est le début d’une longue collaboration entre les deux hommes.

En 1984, Jérôme Lindon, fondateur des Éditions de Minuit, publie La Fuite à cheval très loin dans la ville. Par la suite, il éditera tous les textes de Koltès.

Bernard-Marie Koltès meurt le 15 avril 1989 des suites du sida, après un dernier voyage en Amérique latine et au Portugal. Il est inhumé à Paris au cimetière de Montmartre (14e division).

Koltès et Chéreau[modifier | modifier le code]

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En 1979, Bernard-Marie Koltès envoie deux de ses pièces, La Nuit juste avant les forêts et Combat de nègre et de chiens accompagnées d'une recommandation de Hubert Gignoux, au metteur en scène Patrice Chéreau, avec qui il désire ardemment travailler. Chéreau est immédiatement frappé par l'écriture de Koltès, mais aussi déstabilisé par le contenu, ce n'est alors pas un habitué du théâtre contemporain. Il est à cette époque occupé à monter Peer Gynt, ce qui ajourne sa décision. Koltès pendant ce temps ronge son frein et craint de ne jamais voir ses pièces montées.

Néanmoins, Chéreau finit par accepter de mettre en scène Combat de nègres et de chiens, mais refuse le monologue (La Nuit juste avant les forêts), admettant plus tard qu’il n’avait pas osé s’attaquer à ce qu’il qualifie de « grande phrase unique de vingt-cinq pages qui ne [lui] donnait aucune porte pour y entrer, pas une fenêtre, pas un soupirail pour regarder à l’intérieur[7] ». Après de nombreux contretemps, Combat de nègres et de chiens fait l'ouverture du théâtre des Amandiers à Nanterre en 1983. La pièce fait son effet, mais pas suffisamment pour les deux artistes, le public ne semble pas saisir l'ensemble du message. À partir de là, Chéreau décide de monter les futures pièces de Koltès, jusqu'à ce que ce dernier ne le veuille plus.

En 1986, ils présentent Quai Ouest à Nanterre. Malheureusement ils commettent l'erreur de vouloir donner plus de force à la représentation en lui donnant plus de moyens, ils jouent dans la grande salle du théâtre, avec un décor dispendieux et des effets de lumière, ce qui, en fin de compte, occulte la portée du texte (à ce propos Chéreau déclare franchement qu'ils avaient « perdu la tête »). L'année suivante pourtant, ils sortent Dans la solitude des champs de coton.

1988 sonne le glas du duo Koltès-Chéreau. Jusqu'à présent Koltès écrivait puis donnait son texte à traiter à Chéreau ; sur cette dernière collaboration l'écriture se fera quasiment en parallèle de la mise en scène (c'est le rêve de Chéreau, qui comparera leur relation à celle de Stanislavski et Tchekhov sur la fin). Cependant, Koltès est irascible, éprouvé par la maladie — il est alité durant la création du Retour au désert — et très sensible au sujet de cette pièce ; les deux hommes s'embrouillent plus souvent. Chéreau relate les colères de l'auteur, au sujet du décor, par exemple, qu'il jugeait trop froid ou trop sombre. Le Retour au désert se joue au Théâtre du Rond-Point en septembre 1988. Cette même année, alors que Koltès y est formellement opposé, Patrice Chéreau interprète le dealer de Dans la solitude des champs de coton dans le cadre du festival d'Avignon.

Koltès ne voudra pas de Chéreau pour monter sa dernière œuvre, Roberto Zucco, qu'il destine à Luc Bondy, et qui sera finalement mise en scène pour la première fois par Peter Stein.

La relation des deux artistes est tumultueuse. Chéreau est souvent embarrassé face aux textes de Koltès et craint toujours, surtout lorsque ce dernier assiste aux séances de travail, de commettre un contresens. En effet, contrairement à ce qu'on a pu dire, Bernard-Marie Koltès et Patrice Chéreau n'ont pas du tout le même monde, ni la même vision des choses[8]. Le metteur en scène dit avoir dû s'habituer à ce monde très radical, propre à Koltès. En effet, ce dernier n'admet presque aucune modification de ses textes lorsqu'il les donne à mettre en scène, il faut accepter « en bloc » les idées qu'il y expose, parfois sans les comprendre réellement, car Koltès se refuse également à donner des explications.

Néanmoins, les deux hommes ont cela en commun qu'ils font du théâtre pour dire quelque chose qui vaille la peine d'être dit et qui ne peut l'être autrement. Ils partagent à la fois la même vision du théâtre et le doute. Chéreau voit en Koltès le « dépositaire d'une œuvre » et, à titre personnel, un directeur de conscience.

Postérité[modifier | modifier le code]

Bernard-Marie Koltès, dont les textes sont traduits dans une trentaine de langues, est un des dramaturges français les plus joués dans le monde. Avec Le Retour au désert, il entre au répertoire de la Comédie-Française, dans une mise en scène de Muriel Mayette-Holtz, mais une controverse avec ses ayants droit conduit à l’annulation des trois dernières représentations, sur les trente-trois programmées. L'ouvrage de Cyril Desclés, L'Affaire Koltès revient sur cette polémique[9].

En février 2015, les manuscrits et les archives personnelles de Bernard-Marie Koltès sont donnés au département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France par son frère François Koltès, qui a par ailleurs réalisé une interview de Patrice Chéreau à propos de Bernard-Marie.

Analyse de l’œuvre[modifier | modifier le code]

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Le théâtre de Koltès, fondé sur des problèmes réels, exprime la tragédie de l’être solitaire et de la mort. Comme les auteurs absurdes, il se sent exilé. Cependant Koltès se fonde sur des racines classiques : Marivaux, Shakespeare dont il traduit Le Conte d'hiver, que l’on retrouve dans Roberto Zucco, pièce écrite à partir de l’histoire réelle du tueur Roberto Succo. L’une des scènes de Roberto Zucco a été empruntée à la prise d’otages de Gladbeck, en août 1988.

Influencé par Rimbaud et Claudel, il retient de ce dernier l’idée de communion avec le spectateur lors du théâtre. Auteur d’un théâtre de révolte, Koltès est homosexuel dans un monde hétérosexuel. En Afrique, il voit la culture africaine écrasée par les Européens. Ce sujet devient la pièce Combat de nègre et de chiens. Après une visite en Amérique, il écrit Le Retour au désert, drame familial se déroulant en France durant la guerre d'Algérie et qui montre le ravin qui sépare un frère et une sœur sur lesquels pèse le poids d'un père disparu.

Dans Prologue et autres textes, il décrit de manière explicite son sentiment d’étrangeté face au théâtre et à la culture de son temps : alors que le film de kung-fu Le Dernier Dragon n’a reçu pratiquement aucune critique et peu de spectateurs à Paris — « encore un film de kung-fu » — lui, en revanche, crache à terre de dépit en disant « encore un film d’amour ». Car, selon lui, la supériorité des films de kung-fu, c’est que c'est eux qui parlent paradoxalement le mieux d’amour tandis que les films d’amour parlent « connement de l’amour, mais en plus, ne parlent pas du tout de kung-fu. »

Dans Dans la solitude des champs de coton (1987) mais aussi à travers la plupart de ses pièces, les relations humaines sont envisagées parfois sous une perspective ethnologique (les êtres humains se rencontrent comme des chiens et des chats, sur des problèmes de territoire), voire économique (le contrat comme métaphore des relations entre individus et moteur d’une rencontre).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Récits[modifier | modifier le code]

Textes autobiographiques[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Comédien[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brigitte Salino, Bernard-Marie Koltès, Paris, Stock, , 351 p. (ISBN 9782234060838), p. 27.
  2. Olivier Goetz, « Biographie », Metz magazine,‎ .
  3. « Fiche d'inscription Bernard Marie Koltès »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur tns.fr/, (consulté le 22 octobre 14).
  4. Valérie Nativel, « Trente années de théâtre pour une mise en scène : les palimpsestes de La Nuit juste avant les forêts par Patrice Chéreau », Bernard-Marie Koltès : Les registres d’un style,‎ , p. 95-101.
  5. Catherine Douzou, « Les contes du passant solitaire », Bernard-Marie Koltès : Les registres d’un style,‎ , p. 51-60.
  6. a et b Brigitte Salino, Bernard-Marie Koltès, Paris, Stock, , 351 p. (ISBN 9782234060838), p. 63.
  7. « Patrice Chéreau au Louvre - les visages et les corps », sur Scribd (consulté le 14 janvier 2017).
  8. Eleven AM, « Chéreau/Koltès : Une rencontre », (consulté le 9 juin 2018).
  9. Cyril Desclés, L'Affaire Koltès, éditions L'Œil d'or, Paris, 2015, préface Michel Corvin, postface Georges Lavaudant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Théâtre aujourd'hui n° 5, Koltès, combats avec la scène, CNDP / Ministère de l'éducation nationale / Ministère de la culture et de la communication, 1996.
  • André Petitjean, Koltès : la question du lieu : actes des premières Rencontres internationales Bernard-Marie Koltès organisées par les Bibliothèques-Médiathèques de Metz, CRESEF, 2001.
  • Jacques Deville, La Bibliothèque de Koltès : réécritures et métissages : actes des secondes Rencontres internationales Bernard-Marie Koltès, organisées à Metz en octobre 2002 par les Bibliothèques-Médiathèques de Metz, 2004.
  • Revue Europe, « Bernard-Marie Koltès », 2007.
  • Stéphane Patrice, Koltès subversif, Descartes & Cie, Paris, 2008.
  • André Job, Koltès. La rhétorique vive, éditions Hermann, Paris, 2009.
  • Metz Magazine, « L’année Koltès », numéro hors-série, 2009.
  • Stina Palm, Bernard-Marie Koltès, vers une éthique de l’imagination, L’Harmattan, 2009.
  • Brigitte Salino, Bernard-Marie Koltès, Stock, 2009 (ISBN 978-2-234-06083-8)
  • Anne-Françoise Benhamou, Koltès dramaturge, Les Solitaires intempestifs, 2014
  • Jean-Marc Lanteri, En Noir et blanc, essai sur Bernard-Marie Koltès, Presses universitaires du Septentrion, 2014 (ISBN 978-2-7574-0778-3)
  • Cyril Desclés, L'Affaire Koltès, retour sur les enjeux d'une controverse, préface Michel Corvin, postface Georges Lavaudant, éd. L'Œil d'or, 2015 (ISBN 978-2-913661-68-4)
  • Arnaud Maïsetti, Bernard-Marie Koltès, Les éditions de Minuit, 2018 (ISBN 978-2-7073-4394-9)

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • Bruno Boëglin, Koltès voyage en Amérique Latine, 2009
  • Pierre Thilloy, Le Jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet, opéra créé à l'opéra-théâtre de Metz Métropole le 23 mars 2011
  • Le compositeur Régis Campo a composé son second opéra Quai Ouest (2013-2014) d'après la pièce homonyme. L'œuvre est créée le 27 septembre 2014 à l'opéra national du Rhin dans une mise en scène de Kristian Frédric, durant le festival Musica à Strasbourg, puis reprise durant la saison 2014-2015 en langue allemande au Théâtre national de Nuremberg.
  • Kadour Naimi a joué en 2004 le personnage de Tarek dans l'adaptation de Le Retour au désert à la radio italienne RAI3, en 2004.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]