La Nuit juste avant les forêts

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La Nuit juste avant les forêts
Auteur Bernard-Marie Koltès
Pays France
Genre théâtre, roman
Version originale
Langue français
Version française
Éditeur Éditions de Minuit
Date de parution 1988
Nombre de pages 64
ISBN 9782707311634

La Nuit juste avant les forêts est une œuvre de Bernard-Marie Koltès créée en 1977 et publiée en 1988[1].

Il s'agit de la seule publication que les Éditions de Minuit n’associent à aucun genre littéraire dans l’index des œuvres de l’auteur.   

La Nuit juste avant les forêts pourrait être l'œuvre fondatrice de Koltès, parce qu'elle marque un nouveau départ pour lui. En effet, suite à ses premières créations (de 1970 à 1973 : Les Amertumes, La Marche, Procès Ivre, L'Héritage et Récits morts) qui s'accompagnent de la fondation de sa propre troupe en tant qu'auteur et metteur en scène (le Théâtre du Quai) après un court séjour au Théâtre national de Strasbourg, il cesse d'écrire pendant trois ans[2]. Il voyage en URSS, s'inscrit (temporairement) au parti communiste français, commet une tentative de suicide, est emporté dans des problèmes de drogue, s'engage dans un processus de désintoxication, puis déménage à Paris[2] : c'est une période mouvementée et difficile. Il est donc possible de comprendre pourquoi la création de La Nuit juste avant les forêts se présente en 1977 comme une renaissance sur le plan personnel pour l’auteur. Il s’agit également d'un renouveau sur le plan formel alors que Koltès réalise que l'imagination ne sert peut-être pas à inventer, mais à plutôt à se représenter ce qu'il est possible et ce qu'il faut inventer, à prendre conscience du matériau à disposition pour le faire[3].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

L'intrigue[modifier | modifier le code]

Un homme, sans réelle identité outre le fait d'être étranger, en rencontre un autre, sous la pluie, et lui demande une chambre pour une partie de la nuit. Sa parole ne connaît pas de répit, ne laisse pas de place au silence. À la fin du récit, l'homme se trouve toujours sous la pluie, et n'a toujours pas de chambre.

Il n'y a donc pas vraiment d'intrigue, sauf peut-être dans les « micro-récits[4] », qui s'entremêlent au propos généraux. L'homme parle d'une rencontre avec des racistes, d'une nuit d’amour avec un personnage connu sous le nom de « mama », du suicide d'une prostituée, d'une agression dans le métro. Toutefois, aucune de ces crises ne se déroulent durant le récit : elles le précèdent toutes.

Les thèmes[modifier | modifier le code]

Dans les propos généraux de l'homme qui parle, il possible de déceler des motifs qui traversent l'œuvre complète de Bernard-Marie Koltès. Les thèmes qui sont abordés dans le discours sont ceux de l'amour (et plus largement des relations interpersonnelles), de la guerre (et de la paix), du travail, de la politique et de l'économie, puis enfin, et c'est peut-être le thème central, de l'Autre[4].

La forme[modifier | modifier le code]

Le texte est largement associé au théâtre. Koltès l'écrit en effet pour le comédien Yves Ferry, puis l'œuvre est représenté en 1977, au festival off d’Avignon, puis qu’il n’est publié que bien plus tard, en 1988[3].

Cette pièce prend la forme d'un monologue ou celle d'un soliloque. Il est possible de parler de monologue, car, malgré l'absence d'identification d'un personnage, le texte s'ouvre et se termine avec des guillemets, ce qui suggère la présence d'une énonciation seconde (sans même qu’une première n'ait été introduite) et qui crée un distance avec l'instance écrivante par le déplacement sans médiation vers un personnage[5]. Aussi, le premier mot est le pronom personnel « Tu » et le texte est construit sous forme d'adresse (la demande d'une chambre), ce qui renvoie au soliloque, car ce « Tu » reste muet, et même sa présence est à remettre en question.

Aussi, il s'agit d'une seule longue phrase qui ne présente pas même de point final : la parole refuse de s'arrêter. Koltès suggère d'ailleures que la pièce soit jouée à l'infini[4]. La quadruple répétition des mots « la pluie », à la toute fin, suggère un perpetuum mobile (procédé oxymorique, sur le mode langagier, dans le cas présent), qui incitaterait le spectateur à poursuivre le dernier mouvement.

Mises en scène[modifier | modifier le code]

Édition[modifier | modifier le code]

Bernard-Marie Koltès, La Nuit juste avant les forêts, Paris, Éditions de Minuit, , 64 p. (ISBN 9782707311634)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Adler, « La nuit juste avant les forêts » [PDF], sur centrepompidou.fr, (consulté le 11 janvier 2018), p. 4
  2. a et b « Koltès Bernard-Marie », sur www.leseditionsdeminuit.fr (consulté le 5 décembre 2018)
  3. a et b Encyclopædia Universalis, « BERNARD-MARIE KOLTÈS », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 5 décembre 2018)
  4. a b et c Florence Bernard, Koltès, une poétique des contraintes, Paris, Honoré Champion, , 423 p.
  5. André Petitjean (dir.), Andrée Chauvin-Vileno et Mongi Maldini, Bernard-Marie Koltès : les registres d’un style, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, , 301 p., « La Nuit juste avant les forêts, une parole sous tension », p. 18