André Boyer-Mas

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Tombe de Boyer-Mas au cimetière de Laroque-de-Fa

André Boyer-Mas, dit Abbé Boyer-Mas ou Monseigneur Boyer-Mas, né à Carcassonne (Aude), le et mort le dans un accident de voiture près de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), était un ecclésiastique et diplomate français.

Biographie[modifier | modifier le code]

André Boyer-Mas est issu d'une famille modeste de Laroque-de-Fa (Aude) dans les Hautes-Corbières, son père était loueur de chevaux et de voitures.

Après des études au séminaire de Carcassonne, il entre à l'Institut catholique de Toulouse de Toulouse pour y préparer sa prêtrise. Sa formation est interrompue par son service militaire, il est incorporé en mai 1925 au 25e BCA de Menton, il participe à la guerre coloniale du RIF au Maroc menée par le général Lyautey.

Après sa démobilisation, il reprend ses études et est ordonné prêtre le . Il est nommé vicaire à l'église Saint-Martin de Limoux, mais des rumeurs sur sa conduite conduisent l'évêque à chercher à couper court à un possible scandale.

Il est alors nommé professeur de lettres au petit séminaire de Castelnaudary au mois de mai 1931. Cette mesure disciplinaire le blesse profondément. Le 27 juillet, il écrit à des amis: « La société ne m'intéresse plus, même celle de mes confrères, car je ne puis plus me mêler à elle avec liberté et franchise. Je n'oublierai jamais ses petitesses, ses hypocrisies, ses jalousies et ses haines. Avec tous ces glaives, elle m'a blessé dans ce que j'ai et qui est plus que moi-même: mon sacerdoce. » .

La guerre d'Espagne[modifier | modifier le code]

Le , il retrouve une paroisse, comme curé à Puginier, petit village d'une centaine d'âmes situé sur les contreforts de la Montagne Noire dans l'Aude. Cette affectation semble être la continuité d'une punition pour lui.

Il crée une fondation qu'il confie à une congrégation de religieuses dominicaines dont la maison mère se trouve en Espagne. Les origines occitanes de Boyer-Mas font qu'il maîtrise parfaitement la langue ibérique, il va donc entretenir des contacts étroits avec ce pays.

Quand survient la Guerre d'Espagne, certains membres du clergé étant persécutés, il organise le passage de plus de 330 personnes vers la France, il se charge de leur convoiement et de leur hébergement. Une fois que Franco prend le pouvoir, les réfugiés regagnent l'Espagne.

Il se forge comme cela de solides amitiés, et bénéficie d'un crédit sans bornes auprès du régime franquiste et de ses partisans. Ses prises de positions dans la presse ne sont pas du goût des défenseurs des libertés, l'accusant d'un extrémisme religieux contraire à son engagement de serviteur de l'église...

Les relations franquistes[modifier | modifier le code]

Depuis Napoléon Ier, les relations entre la France et l'Espagne n'ont pas toujours été des meilleures. 1936, en pleine guerre civile, la presse française ne sait plus trop quoi penser... Certains accusent les républicains de persécuter les ecclésiastiques, d'incendier les églises. Les franquistes reprochent à la France son soutien inconditionnel au camp des « rouges »...

Il est aussi reproché à la France d'héberger l'or de la banque d'Espagne, des œuvres d'art, et des armes, que les républicains auraient fait passer par la frontière pyrénéenne. Bien que l'Espagne se déclare neutre dans le nouveau conflit mondial, en 1939, la France craint une alliance secrète avec l'Allemagne contre elle.

La France n'a pas beaucoup de marge de manœuvre, il lui faut donc jouer de la diplomatie, le gouvernement de la République française reconnaît le nouveau pouvoir franquiste le , Édouard Daladier nomme le Maréchal Pétain ambassadeur à Burgos. Jean Mistler, président de la commission des Affaires étrangères décide de lui adjoindre André Boyer-Mas comme attaché cultuel, personnage qui possède de nombreuses entrées dans le royaume hispanique.

Boyer-Mas prend sa mission à cœur, le , il organise une manifestation pour un pèlerinage de français vers Saragosse, comprenant 500 pèlerins et aussi plusieurs évêques, dont celui de Perpignan. L'accueil est chaleureux aux cris de « Vive la France, catholique et immortelle ! », l'opération est réussie, le peuple espagnol reprend confiance en son voisin...

Son engagement gaulliste[modifier | modifier le code]

Boyer-Mas est considérablement affecté par l'armistice du signé par la France, il s'inquiète des dérives possibles que le nazisme fait peser sur l'avenir du monde latino-catholique. Mais il reste fidèle à celui qui délivra la France de l'oppresseur pendant la première guerre mondiale. Comme beaucoup de diplomates il se range derrière la majorité de l'époque et renouvelle sa confiance dans le nouveau chef d'État et à ses pairs de Rome...

Il prend vite conscience de la gravité de la situation, il laisse de côté son admiration envers Pétain pour servir le gaullisme.

Le diplomate "Monsignor"[modifier | modifier le code]

Derrière le curé de campagne se cachait un fin diplomate. L'abbé Boyer-Mas avait également été remarqué par la Curie, il était devenu le confident particulier et ambassadeur du Pape Pie XII, fait Camérier du Saint-Père en 1941, avec le titre de Monseigneur, tel un légat officieux du Pape.

Il a donc aussi servi pendant des années comme informateur du gouvernement français, sur toutes les mouvances hispaniques, une sorte d'agent secret au service de l'État.

Les évadés de France[1][modifier | modifier le code]

Après l'appel du 18 Juin 1940, une poignée de français décidèrent de tout quitter, travail, famille, études, amis, pour rallier au péril de leur vie les Forces françaises libres en Afrique du Nord ou à Londres.

Pour cela, il fallait franchir les Pyrénées et l'Espagne franquiste, qui n'était pas alliée à l'Allemagne, mais n'y était pas hostile sur le fond. Au départ, les autorités espagnoles considéraient ces personnes comme des terroristes, les internaient dans des camps, notamment celui de Miranda de Ebro et les livrait par la suite aux forces allemandes du sud de la France.

À partir de 1943, la répression s'assouplie et la Croix Rouge prend en charges ces réfugiés, Boyer-Mas à la tête de la délégation organise de nombreux convois vers les ports de la Méditerranée pour embarquer vers l'Afrique du Nord à bord notamment des bateaux le « Gouverneur Général Lépine » et le « Sidi Brahim », sous escorte de navires de guerre[2],[3].

  • Par le Portugal
    • 19 février 1943
    • 28 avril 1943
    • 23 mai 1943
    • 9 juin 1943
    • 25 juin 1943
    • 15 juillet 1943
    • 18 août 1943
    • 21 septembre 1943
  • Par Malaga
    • 21 octobre 1943
    • 2 novembre 1943
    • 15 novembre 1943
    • 29 novembre 1943
    • 13 décembre 1943
    • 29 décembre 1943
  • Par Algésiras ou Gibraltar
    • 2 février 1944
    • 11 février 1944
    • 24 février 1944
    • 22 mars 1944
    • 1er avril 1944
    • 8 avril 1944
    • 15 avril 1944
    • 28 avril 1944
    • 7 mai 1944
    • 16 mai 1944
    • 26 mai 1944
    • 2 juillet 1944
    • 14 août 1944
    • 29 septembre 1944
    • 8 octobre 1944
    • 11 octobre 1944
    • 23 octobre 1944
    • 3 novembre 1944
    • 13 décembre 1944
    • 2 janvier 1945

De même qu'après la libération, il organisera des convois inverses vers la France :

  • 31 décembre 1944 (depuis Madrid)
  • 30 avril 1945 (depuis Barcelone)
  • 5 mai 1945 (depuis Barcelone)

La controverse[modifier | modifier le code]

Mgr Boyer-Mas fit également polémique en raison de sa vie qui ne correspondait pas à celle habituelle d'un prêtre. Ainsi, il était agent occasionnel des services secrets et un acteur de la diplomatie de guerre. Il menait un mode de vie décousu et fantasque. Il a été l'ami intime de l'actrice Cécile Sorel, qui disait de lui, quelle était toujours émue quand elle évoquait ce « corps d'athlète moulé dans ses robes, sa taille de matador serrée dans ses larges ceintures » qui le faisait apparaître tel un « Apollon en soutane ». Il était également propriétaire d'un cheval de course nommé « Stalingrad ».

Il prit comme devise la terrible parole de saint Paul, au chapitre VII de la 2e épître aux Corinthiens : « Per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam famam (Par l'honneur et le déshonneur, par la bonne et l'indigne renommée).».

Il rédige son testament spirituel quelques mois avant sa mort, en demandant « pardon à Dieu et aux hommes de tous ses péchés et de tous ses manquements », il y ajoute cette phrase qui résume sa philosophie : « Même quand on a été si près d'aller en rendre compte à la seule justice juste, on n'a rien à rectifier de tout ce que l'on a fait avec droiture et courage. Je pense que Dieu nous montrera pourquoi il a permis que nous nous trompions.»

Sa mort[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre 1972, sa voiture, conduite par sa cousine Élisabeth Danjard, percute un camion sur la RN 125 près de Saint-Gaudens.

Il a été inhumé à Laroque-de-Fa, dans la commune de ses ancêtres; sa tombe est agrémentée d'une plaque en marbre au nom de la reconnaissance des exilés espagnols pour l'action qu'il a mené pendant la guerre civile, et des résistants de la France libre pour l'aide qu'il apporté dans son action à la Résistance.

Chaque année, une délégation d'Espagnols rescapés de la guerre d'Espagne et de Français anciens résistants, vient fleurir sa tombe.

Hommages[modifier | modifier le code]

Le 20 septembre 2002 a eu lieu la commémoration du 30e anniversaire de la mort d'André Boyer-Mas, la cérémonie a été présidée par Monsieur Jacques Fabre, maire de Laroque-de-Fa, une messe a été dite dans l'église du village de Laroque-de-Fa, et un hommage sur sa tombe lui a été rendu, de nombreuses délégations d'anciens combattants, d'anciens de la France Libre, des évadés de France, et des internés d'Espagne, ainsi que douze drapeaux étaient présents lors de cette cérémonie. Sans oublier la Marseillaise et la sonnerie aux morts interprétées pas un détachement du 3e RPIMA de Carcassonne, présent aussi pour l'hommage au personnage.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Devises[modifier | modifier le code]

  • Par l'honneur et le déshonneur, par la bonne et l'indigne renommée (Saint Paul)
  • Seuls ceux qui ont erré peuvent enseigner le droit chemin aux autres

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comment le cœur de Turenne est à Saint-Paulet - A. Boyer-Mas - éd. Édouard Privat - 1938
  • La vie du groupe : itinéraire folklorique - A. Boyer-Mas - éd. CMLO - 1938
  • Les documents épiscopaux de l'ancien Régime - A. Boyer-Mas - éd. Folklore - 1939
  • Catalogue de l'exposition commémorative du 3e centenaire du mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse - A. Boyer-Mas - éd. Saint-Jean-de-Luz - 1960
  • Jacobo Fucar, un gran hombre de negocios del siglo XVI (es) - Léon Schick - éd. Antonin Mateos - 1961 - Traduction par A. Boyer-Mas
  • Un siècle de vie diocésaine dans l'église, 1868-1968 - A. Boyer-Mas - éd. Centenaire de la semaine religieuse - 1968 - ASIN B0014YAUPQ

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Sébastien Barrère, Pyrénées, l'échappée vers la liberté. Les évadés de France, Éditions Cairn 2005
  2. Association des évadés de France et des internés en Espagne
  3. Document daté du 14 juin 1977, fourni par la délégation générale en Espagne de la Croix Rouge français

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]