Amédée Ier (roi d'Espagne)

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Amédée Ier
Amédée de Savoie
Amédée de Savoie
Titre
Roi d'Espagne

(2 ans 2 mois et 26 jours)
Prédécesseur Isabelle II
Successeur Estanislao Figueras y Moragas
(président du pouvoir exécutif)
Biographie
Dynastie Maison de Savoie
Nom de naissance Amedeo Ferdinando Maria di Savoia
Date de naissance
Lieu de naissance Turin (Sardaigne)
Date de décès (à 44 ans)
Lieu de décès Turin (Italie)
Sépulture Basilique de Superga
Père Victor-Emmanuel II d'Italie
Mère Adélaïde de Habsbourg-Lorraine
Conjoint Maria Vittoria dal Pozzo
Marie-Laëtitia Bonaparte
Enfants Emmanuel Philibert de Savoie
Louis-Amédée de Savoie

Amédée Ier (roi d'Espagne)
Monarques d'Espagne

Amédée Ier d'Espagne (en espagnol : Amadeo I de España) né le 30 mai 1845 à Turin et mort dans cette même ville le 18 janvier 1890, est le second fils de Victor-Emmanuel II, roi d'Italie. Il est titré à sa naissance duc d'Aoste par son grand-père le roi Charles-Albert de Sardaigne. Il sera roi d'Espagne de 1870 à 1873.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Un prince de la maison de Savoie[modifier | modifier le code]

Amédée de Savoie est le second fils de Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne et à partir du 17 mars 1861, roi d'Italie, et d'Adélaïde de Habsbourg-Lorraine, arrière-petite-fille de Charles III d'Espagne qui est donc l'arrière-arrière-grand-père d'Amédée.

Son frère aîné, Humbert règnera sur l'Italie sous le nom d'Humbert Ier du 9 janvier 1878 jusqu'à son assassinat, le 29 juillet 1900. Sa sœur cadette, Maria-Pia de Savoie sera reine consort de Portugal de 1862 à 1889.

Formation militaire[modifier | modifier le code]

Amédée a reçu la formation militaire propre aux membres d'une famille royale. Il est entré dans l'armée italienne en 1859 et a démontré ses qualités au cours de la Troisième guerre d'indépendance italienne lors de la bataille de Custoza en 1866[1].

Il a également été franc-maçon et a atteint le 33e degré du Rite écossais ancien et accepté[2].

Mariage[modifier | modifier le code]

Amédée désire épouser Marie-Victoire, princesse de La Cisterne, mais Victor-Emmanuel II est opposé à ce mariage car la famille de la jeune fille n'est pas d'un rang suffisamment élevé et il espère marier son fils à une princesse allemande[3]. Cependant, le roi cède à l'insistance du député Francisco Cassins, et le 30 mai 1867, le mariage a lieu.

Malgré son titre de princesse, Marie-Victoire n'est pas de sang royal, sa famille appartient plutôt à la noblesse piémontaise. Elle est, cependant, la seule héritière de l'immense fortune de son père[3], dont les ducs d'Aoste hériteront par la suite en plus de l'apanage et de la dotation des rois d'Italie. Sa mère, Louise de Mérode, petite-fille du prince de Rubempré et de la princesse de Grimberghe, appartient à une des premières familles nobles de Belgique et a épousé le prince de La Cisterne en 1846 lors d'un double mariage par lequel sa plus jeune sœur, Antoinette de Mérode, a épousé Charles III, le prince régnant de Monaco[3].

Roi d'Espagne[modifier | modifier le code]

Cinq pesetas à l'effigie d'Amédée Ier (1871)

Prétention de la maison de Savoie sur le trône d'Espagne[modifier | modifier le code]

Le roi Ferdinand VII est mort en 1833 sans laisser d'héritier mâle. Pour remédier à cela, il avait fait abolir la loi salique en faveur de sa fille, encore enfant, qui allait devenir la reine Isabelle II. Mais la succession est contestée par l'infant don Carlos, frère du roi défunt.

La question est donc latente depuis 1830 et a donné naissance au carlisme. mais quand la reine Isabelle II est renversée en 1868, les carlistes ont été exclus du jeu politique car ils représentaient le parti le plus réactionnaire. Victor-Emmanuel II travaille alors activement afin qu'un membre de sa maison monte sur le trône d'Espagne. En réalité, Victor Amédée II de Savoie avait obtenu en 1718 en échange de la Sicile, la Sardaigne et le droit de monter sur le trône d'Espagne si la branche espagnole des Bourbons devait s'éteindre[réf. nécessaire].

En 1869, le roi d'Italie nomme donc un nouvel ambassadeur à Madrid en la personne du général et sénateur Enrico Cialdini qui connaît bien l'Espagne pour y avoir été en poste entre 1835 et 1848. Il agit dans les faits en qualité de représentant personnel du roi d'Italie.

L'abdication d'Isabelle II et l'élection d'Amédée Ier[modifier | modifier le code]

Après la révolution de 1868, Isabelle II s'exile et abdique en faveur de son fils, le futur Alphonse XII. Mais le Parlement espagnol prononce la déchéance de la Maison de Bourbon et adopte une Constitution en 1869, faisant de l'Espagne une monarchie constitutionnelle. Le général Francisco Serrano, régent du Royaume, et les Cortes se mettent à la recherche d'un roi, tâche ardue, et il faut attendre le 16 novembre 1870 pour trouver le bon candidat. Sur les 301 députés, 191 portent leurs voix sur le duc d'Aoste, 63 se déclarent pour la République, 27 pour le duc de Montpensier (fils de Louis-Philippe Ier, roi des Français, beau-frère d'Isabelle II), 8 pour le général Espartero, 2 pour Alphonse, fils d'Isabelle II, et 1 pour la duchesse de Montpensier, sœur de la reine déchue ; les 19 derniers votent blanc. Le président de l'Assemblée constituante, Manuel Ruiz Zorrilla, déclare : « Monseigneur le Duc d'Aoste est élu Roi des Espagnols ».

Une difficulté inhérente au changement de régime a été de trouver une personne qui accepte de devenir roi d'Espagne puisqu'en ces temps-là, le pays était appauvri et se trouvait dans une situation instable. Il fallait en plus trouver un monarque qui accepte de gouverner de manière constitutionnelle. Amédée de Savoie, duc d'Aoste remplissait toutes les conditions, provenait d'une dynastie ancienne liée à la famille royale espagnole, il était progressiste, catholique mais maçon[2].

L'arrivée à Madrid[modifier | modifier le code]

Départ du roi Amédée Ier pour l'Espagne dans le port de La Spezia. Tableau de Luis Álvarez Catalá

Une commission parlementaire se rend alors à Florence pour informer le duc qui accepte officiellement son élection le 4 décembre 1870 et quitte l'Italie pour l'Espagne peu après. Mais le général Juan Prim, son principal allié, meurt, avant son arrivée à Madrid, le 30 décembre à la suite d'un attentat survenu trois jours plus tôt.

Le même jour, Amédée débarque à Carthagène et arrive à Madrid le 2 janvier 1871. Il se rend d'abord à la basilique Notre-Dame d'Atocha pour se recueillir devant la dépouille de Prim, avant de se présenter devant les Cortes pour prononcer le serment que fait de lui officiellement le roi d'Espagne, Amédée Ier.

Le manque de légitimité et les difficultés à gouverner[modifier | modifier le code]

Portrait du roi Amédée Ier d'Espagne par Carlos Luis de Ribera y Fieve (Banque d'Espagne).

Les principaux problèmes du règne sont la guerre des Dix Ans à Cuba et à Puerto Rico, la Troisième guerre carliste, et surtout son problème de légitimité aux yeux des Espagnols car il n'est reconnu ni des nobles, ni des libéraux, ni des républicains.

En Espagne, la maison de Savoie jouit d'un prestige important en raison de l'unité italienne réalisée par eux mais Amédée doit tout de même faire face au rejet systématique des carlistes et des républicains mais aussi de l'aristocratie favorable au retour des Bourbons qui le considère comme un étranger, de l'Église en raison du désamortissement et pour être le fils du roi qui a envahi les États pontificaux, et enfin du peuple pour son manque de contact avec lui et sa difficulté à apprendre l'espagnol.

Le souverain doit régner avec pas moins de six gouvernements différents en un peu plus de deux ans de règne. Le gouvernement mis en place par Juan Prim éclate peu après sa mort. L'Union libérale, à l'exception de Francisco Serrano et quelques autres, embrasse la cause des Bourbon. Les progressistes se sont scindés entre les radicaux dirigés par Ruiz Zorrilla et les constitutionnalistes avec Sagasta à leur tête[4].

Le 19 juillet 1872, il échappe à un attentat en rentrant du théâtre avec la reine. Voulant sauver son épouse, le roi se lève et dit « tirez sur moi ! ». Un des assassins et un policier meurent mais ni le roi, ni la reine ne sont blessés dans l'attentat[1]. Il déclare alors : « Ah, perbacco, io non capisco niente. Siamo una gabbia di pazzi » (« Ah, nom d'un chien, je n'y comprends rien. C'est une maison de fous »). La situation ne promet pas de s'améliorer en raison de l'éclatement de la Troisième guerre carliste et de la recrudescence de la guerre à Cuba. Enfin, au début de l'année 1873, la coalition gouvernementale se sépare définitivement, chaque parti se présentant séparément aux élections[4].

L'abdication[modifier | modifier le code]

Ne se sentant pas accepté et incapable de mettre de l'ordre dans le climat politique troublé de l'époque, malgré de la bonne volonté et une certaine compétence politique, il abdique le . L'histoire raconte que ce jour-là à midi, il se trouve avec sa famille au restaurant Café de Fornos, il demande une grappa, rassemble ses proches et sans attendre l'autorisation des députés (en accord avec l'article 74.4 de la Constitution de 1869), et sans consulter personne, il se réfugie à l'ambassade d'Italie. Son célèbre message d'abdication qui tombe comme un coup de foudre sur l'Espagne se termine ainsi « Mes adversaires seraient des étrangers, que je resterais pour les combattre, mais comme ce sont des Espagnols, je m'en vais. »

Proclamée le même jour, la Première République espagnole ne dure cependant pas et les Bourbons retournent finalement sur le trône d'Espagne en la personne d'Alphonse XII, proclamé roi en janvier 1875.

Retour en Italie[modifier | modifier le code]

Après son abdication, il part pour Lisbonne accompagné de son chef de gouvernement et son dernier allié, Manuel Ruiz Zorrilla. Il retourne ensuite à Turin en Italie où il s'installe avec son épouse et ses trois fils[5].

Il porte le titre de duc d'Aoste et on lui confie des rôles de représentation officielle de son frère, le roi d'Italie, au couronnement d'Alexandre III à Moscou, au jubilé de la reine Victoria à Londres, au mariage du duc de Bragance avec la princesse Amélie d'Orléans à Lisbonne et aux obsèques de Guillaume Ier et de Frédéric III à Berlin[1].

Après la mort prématurée de sa première épouse le 8 novembre 1876 et une longue période de veuvage, Amédée se marie le 11 septembre 1888 à Turin avec sa nièce, la princesse française Marie-Laetitia Bonaparte, fille de sa sœur, Marie-Clotilde de Savoie.

Il meurt à Turin le 18 janvier 1890 d'une pneumonie aiguë et conformément à sa demande testamentaire, son corps ne sera ni embaumé, ni exposé[1]. Il est inhumé dans la crypte de la basilique de Superga.

Unions et postérité[modifier | modifier le code]

Amédée fut marié deux fois :

1) une première fois en 1867 avec Marie Victoire dal Pozzo della Cisterna (1847-1876), une aristocrate piémontaise, il en aura trois fils:

2) Remarié en 1888 avec Marie-Lætitia Bonaparte (1866-1926), la fille de sa sœur Clotilde, il en aura un fils,

Aymon de Savoie-Aoste, un des petits-fils d'Amédée (fils d'Emmanuel-Philibert de Savoie) sera roi de Croatie du 18 mai 1941 au 31 juillet 1943 sous le nom de Tomislav II.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Distinctions espagnoles[modifier | modifier le code]

Distinctions italiennes[modifier | modifier le code]

Distinctions étrangères[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Fiction[modifier | modifier le code]

En 2014, le réalisateur Luis Miñarro tourne un long-métrage intitulé "Étoile filante" (Estrella fugaz en espagnol) basé sur la vie du roi Amédée et de la reine Maria Vittoria d'Espagne. Le rôle d'Amédée est interprété par l'acteur Àlex Brendemühl[7],[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « La mort du duc d'Aoste », L'impartial,‎ (lire en ligne)
  2. a et b (es) Archivo Histórico Nacional de Salamanca (A.H.N.S.), Carta de la Logia Nueva Sparta al hermano (masón) Amadeo de Saboya, Grado 33º, Salamanca (A.H.N.S.),‎
  3. a, b et c Sabrina Pollock, « Spain's Forgotten Queen », European Royal History Journal, vol. 9.4, no LII,‎ , pages 25–26
  4. a et b Merino Merchant 1988.
  5. *(es) Ángel Bahamonde Magro, España en democracia. El Sexenio, 1868-1874, Madrid, Historia 16-Temas de Hoy,‎ (ISBN 84-7679-316-2), p. 74
  6. The Cambridge Companion to the String Quartet, p. 260
  7. Fotogramas
  8. El Cultural

Bibliographie[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]