Abbatiale Saint-Maurice d'Agaune

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Abbatiale Saint-Maurice d'Agaune
Image illustrative de l’article Abbatiale Saint-Maurice d'Agaune
Extérieur, vu de l'ouest
Présentation
Culte Catholique
Type Église abbatiale, basilique, Cathédrale
Début de la construction 515
Fin des travaux 1949
Architecte Claude Jaccottet
Protection Bien culturel d'importance nationale
Site web Site officiel
Géographie
Pays Suisse
Canton Valais
Ville Saint-Maurice
Coordonnées 46° 13′ 12″ nord, 7° 00′ 14″ est
Géolocalisation sur la carte : canton du Valais
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Abbatiale Saint-Maurice d'Agaune
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Abbatiale Saint-Maurice d'Agaune

L’église abbatiale de Saint-Maurice ou basilique Saint-Maurice fait partie de l’abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, en Valais, en Suisse. Elle est la cathédrale du Territoire Abbatial, siège de la communauté canoniale. Écrin destiné à abriter les reliques de saint Maurice d'Agaune et de la Légion thébaine, elle est un lieu de pèlerinage très fréquenté depuis que le roi burgonde Sigismond a fait reconstruire, en 515, l’église primitive abritant les restes de ces martyrs. Le complexe bâti résultant de transformations successives illustre plus de 1 500 ans d’histoire et fait partie des plus importantes institutions religieuses implantées au nord des Alpes.

Histoire[modifier | modifier le code]

L’église actuelle s’élève à proximité du Martolet, site archéologique découvert immédiatement au pied de la falaise. Six églises successives s’y sont succédé au fil des siècles. Les premières traces d’occupation remontent à fin du IIe siècle de notre ère, au voisinage d’une source sacrée de l’époque romaine, comme en témoigne un autel consacré aux Nymphes, découvert en 1947. Là, se développe bientôt une nécropole autour de la sépulture d’un personnage important non encore identifié. Dès le deuxième quart du IVe siècle, un mausolée familial est établi au-dessus de cette tombe, bientôt transformé en oratoire[1].

C’est donc là que Théodore, premier évêque du Valais[2], fait élever, vers 380, une première église en l’honneur des martyrs thébains. Selon une ancienne légende transmise au milieu du Ve siècle par l’évêque de Lyon Eucher, dans sa ‘’Passion des martyrs d’Agaune’’, cette légion romaine, dont les soldats d’origine égyptienne avaient adopté la religion chrétienne de tradition copte, auraient été massacrés en raison de leur foi entre 285 et 306. Théodore a fait relever les restes découverts à l’emplacement de leur martyre, un peu plus au sud de l’abbaye, au lieu-dit Vérolliez et rapidement, le site voit affluer les fidèles et l’église est reconstruite et agrandie à plusieurs reprises. Un développement important intervient avec la fondation de l’abbaye, en 515, par saint Sigismond, et l’érection d’une troisième église au Martolet, dotée d’un chevet plus spacieux[3].

Vers la fin du VIe siècle, une quatrième église, toujours plus grande, est érigée sur le site ; elle nécessite de nouvelles fondations sur tout son pourtour, et la création d’un nouveau couloir d’accès voûté (lactuel couloir dit des catacombes), faiblement éclairé par de petites fenêtres. Vers 775, le chevet de cette église est repris avec la construction d’une crypte à couloir semi-circulaire, dans laquelle est installé le tombeau-reliquaire de saint Maurice[4].

Un siècle plus tard, un nouveau grand chantier inverse l’orientation de l’église, dont le nouveau chœur, surélevé sur une crypte à couloir, se trouve désormais à l’ouest. Cette disposition est caractéristique des églises de pèlerinage de l’époque carolingienne, et l’on y déplace une fois de plus les reliques des martyrs. L’occidentalisation de l’édifice la rapproche du type de la basilique Saint-Pierre de Rome [5]. À la fin du Xe siècle, l’église reste un lieu à vocation funéraire, comme le montrent les nombreuses sépultures établies autour de l’abside et dans la nef, mais aussi dans le couloir d’accès. L’église du Martolet se termine à l’est par un clocher-porche du XIIe siècle[6].

Cette église du Martolet, encore réparée et agrandie à diverses reprises, est démolie au XVIIe siècle après la construction de la basilique actuelle, qui est consacrée en 1627. Cette dernière est orientée nord-sud, et quelque peu écartée de la falaise voisine, ce qui la rend moins sujette aux dégâts dus aux chutes de rochers. Le grand incendie de 1693, qui ravage les bâtiments conventuels, épargne heureusement l’église ; celle-ci est aménagée et mise au goût du jour au courant du XVIIIe siècle. Elle subit aussi une rénovation complète, dans le goût de l’historicisme, à fin du XIXe siècle.

Puis, à nouveau, en 1933, lorsque l’architecte Adolphe Guyonnet cherche à lui redonner son caractère. Le , toutefois, un rocher se détache de la falaise et écrase le clocher roman qui, trois jours plus tard, s’abat sur la dernière travée de la nef[7]. L’architecte Claude Jaccottet est chargé de la restauration de l’édifice. Il reconstruit le clocher et le cloître, tous deux dans le style roman, et réédifie en partie la nef. Il construit aussi une salle d’exposition pour le trésor de l’abbaye. L’ensemble est consacré le [7].

L’église actuelle, à trois vaisseaux voûtés d’arêtes, comporte une nef centrale flanquée de bas-côtés, avec arcades à arcs brisés retombant sur de massives colonnes, réutilisant en partie celles d’églises plus anciennes. Chœur à abside polygonale. À l’est, chapelles latérales dédiées à saint Louis de France, à saint Nicolas de Flue, saint Sébastien, au Calvaire, à saint Théodule, à saint Sigismond. Elles sont ornées de vitraux créés par Edmond Bille entre 1950 et 1956. Ailleurs, mosaïque de Paul Monnier, 1946[8].

Clocher[modifier | modifier le code]

La Thébaine (cloche 2) et Maurice (cloche 3).

La tour romane qui se dresse derrière la basilique remonte au XIe siècle mais a été reconstruite vers 1946. Les archives témoignent de l’existence de cloches à partir du XIIIe siècle en tout cas. Il est possible qu'il y en ait eu avant déjà. Actuellement, les cloches de volée sont au nombre de neuf : huit dans la tour principale, et une neuvième dans le clocheton au-dessus du chœur.

En 1818, Pierre Dreffet et son neveu Marc Tréboux, fondeurs de cloches installés à Vevey fondent six cloches. Elles sont toujours en place aujourd'hui. Le , pourtant, un bloc de rocher détaché de la falaise détruit le haut du clocher et une partie de la basilique; ce qui reste de la tour s'effondre quelques jours plus tard sous l'effet du foehn[9]. Fort heureusement, les cloches n'ont pas trop souffert de leur chute. Le clocher - tout comme la basilique - sera reconstruit de 1946 à 1949 par l'architecte Claude Jaccottet. Les six cloches de volée seront réinstallées au dernier étage du clocher. Leur sonnerie sera ensuite électrifiée. En 1947, une grosse cloche sera fondue par la fonderie Rüestchi d'Aarau en Argovie. En 1998, la Fonderie Paccard de Sevrier près d'Annecy en France réalise à Nantes une cloche nommée "Peace Bell" de 33 tonnes pour les États-Unis, à l'époque plus grosse cloche du monde. Comme la fonderie réalisait une cloche en dehors de son atelier d'origine, elle a décidé de faire un essai en réalisant d'abord une cloche de quatre tonnes pour ensuite la casser. Pour le jubilé de l'an 2000 l'Abbaye achète ce bourdon qu'elle baptisera Trinitas. Il sera installé un étage en dessous.

Quelques cloches du carillon

Chaque cloche étant équipée de marteaux électriques, et toutes accordées entre elles, elles peuvent carillonner, conformément aux traditions valaisannes, quelques airs religieux, utilisées pour des solennités ou des ritournelles.

Peu après l'installation du bourdon, l'abbaye lance un projet d'envergure : l'installation d'un carillon. Le projet fut au départ relativement modeste. Il prévoyait d'installer un instrument de trois octaves en se basant sur la plus grande cloche de 1818 et en utilisant toutes les cloches de volée en place. Une souscription fut alors lancée, et les dons affluaient, si bien que le projet a vite été porté à 49 cloches (quatre octaves) en utilisant les 4 grandes cloches de volée. En 2003, 45 cloches sont commandées à la fonderie Royal Eijsbouts aux Pays-Bas après un appel d'offres international. Elles seront livrées au printemps 2004. Elles seront solennellement bénies par monseigneur Joseph Roduit le . Le suivant (fête de Saint Maurice) le carillon est officiellement inauguré par Arie Abbenes, carillonneur d'Utrecht aux Pays-Bas.

Le clavier du carillon de l'Abbaye.

Quelques années après l’inauguration de celui-ci, le bourdon sonnait faux : il était fêlé. Alors, le , la Fonderie Paccard effectue la coulée du nouveau bourdon, légèrement plus lourd que l'ancien : celui-ci fait 4 100 kilos. Il sera hissé a son emplacement, au dernier étage du clocher abbatial le suivant. Après moult essais, le bourdon peut se joindre à la grande volée de la Saint Maurice du . En 2017, le battant du bourdon (qui pèse environ 180 kilos) est remplacé. Il est transporté au clocher grâce à un hélicoptère[10]. En 2012, les petites cloches de volées avaient déjà fait l'objet d'une restauration, les battants et la motorisation ont été changés.

Le bourdon "Trinitas"

Caractéristiques techniques des neuf cloches de volée :

Numéro Nom Fondeur(s) Année Masse (KG) Note Emplacement
1 Trinitas Fonderie Paccard 2010 4 100 Sol Dièse 2 clocher étage 1
2 Thébaine H. Rüestchi S.A. 1947 1 732 Do Dièse 3 clocher étage 2
3 St Maurice P. Dreffet & M. Tréboux 1818 920 Mi 3 clocher étage 2
4 St Sigismond P. Dreffet & M. Tréboux 1818 620 Fa Dièse 3 clocher étage 2
5 St Augustin P. Dreffet & M. Tréboux 1818 450 Sol Dièse 3 clocher étage 2
6 St Théodule P. Dreffet & M. Tréboux 1818 350 La 3 clocher étage 2
7 Ste Marie-Madeleine P. Dreffet & M. Tréboux 1818 260 Si 3 clocher étage 2
8 St Candide P. Dreffet & M. Tréboux 1818 180 Do Dièse 4 clocher étage 2
9 Marie-Élisabeth H. Rüestchi S.A. 1988 42 Si 4 clocheton

Le carillon, d'un poids de 14 tonnes, est composé de Trinitas (2010), Thébaine (1947), St Maurice et St Sigismond (1818) et de 45 cloches fondues en 2003-2004. Les nouvelles cloches (ré#3, fa3, sol3 à Do#7) ont un poids total de 6 800 kilos. Un agrandissement futur a été prévu : le clavier possède une pédale pour un si bémol grave de trois tonnes, environ.

Tessiture du carillon : sol#2 - do#3 ré#3 chromatique do#7.

Galerie[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Hans Jenny (dir.), Kunstführer durch die Schweiz : Genf, Neuenburg, Waadt, Wallis, Tessin, vol. 2, Zurich, Société d’histoire de l’art en Suisse /Büchler Verlag, , 725 p. (ISBN 3-7170-0165-5), p. 391-398.
  • Guide artistique de la Suisse : Fribourg, Freiburg, Valais, Wallis, vol. 4b, Berne, Société d'histoire de l'art en Suisse, , 604 p. (ISBN 978-3-906131-99-3), p. 471-476.
  • Pierre Alain Mariaux, Saint-Maurice d’Agaune, son Abbaye et son trésor, vol. n° 1000, Berne, Société d’histoire de l’art en Suisse, coll. « Guides d’art et d’histoire de la Suisse », , 48 p. (ISBN 978-3-03797-261-8).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mariaux 2016, p. 5
  2. Eric Chevalley, « Théodule [Théodore] » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  3. Mariaux 2016, p. 6-7
  4. Mariaux 2016, p. 8
  5. Mariaux 2016, p. 9
  6. Mariaux 2016, p. 10-11
  7. a et b Mariaux 2016, p. 12-14
  8. Guide artistique de la Suisse : Fribourg, Freiburg, Valais, Wallis, vol. 4b, Berne, Société d'histoire de l'art en Suisse, , 604 p. (ISBN 978-3-906131-99-3), p. 472-473.
  9. Feuille d'avis de Lausanne, 7 mars 1942, p. 6 (Scriptorium)
  10. « Voyage aérien pour le nouveau battant de Trinitas », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne, consulté le )