Foehn

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Ne doit pas être confondu avec Effet de foehn.

Le foehn est à l'origine un vent sec et chaud de secteur sud qui souffle en général en automne et à la fin de l'hiver, début du printemps, sur le versant nord des Alpes en Suisse et en Autriche. Le nom foehn est depuis utilisé pour désigner tous les vents secs et chauds issus de l'effet de foehn dans les montagnes. Ainsi dans le Tessin le vent du nord est appelé par extension foehn du nord (ou favonio en italien).

Origine du mot[modifier | modifier le code]

Le mot foehn, de l'allemand Föhn, prononcé [føːn], trouve son origine dans les Alpes. L'allemand Föhn vient en effet du latin favōnius (vent doux), et fut adopté par les dialectes allemands alpins, certainement via l'ancêtre du romanche (qui dit aujourd'hui favuogn, fuogn, favugn). Le foehn désigne donc à la base un vent de la région des Alpes germanophones. De nos jours, dans certaines régions comme la Suisse ou l'Alsace, le mot fœhn est également utilisé pour désigner le sèche-cheveux.

Orthographe[modifier | modifier le code]

En français, selon les dictionnaires on peut écrire foehn (Le Petit Robert), föhn ou fœhn (transcription de l'Umlaut, donnée par Le Petit Larousse). C'est aussi l'orthographe donnée par le dictionnaire de l'Académie française.

Principe[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIXe siècle, le mécanisme du foehn n'était pas compris. La phénoménologie était connue et par exemple la tempête du 23 septembre 1866 a été étudiée en détail[1]. Toutefois, beaucoup d'auteurs pensaient que le foehn était un vent provenant du Sahara et donc était naturellement chaud. Déjà en 1742, les auteurs italiens avaient remarqué qu'au nord de l'Italie, le sirocco était un vent douçâtre et gorgé d'humidité[2] et donc les auteurs ne comprenaient pas qu’un vent douçâtre pût se transformer dans les vallées nord en un vent brûlant. Dufour ne comprenait pas ce phénomène et publia une monographie en 1868 discutant la tempête de 1866 où il tenta d'interpréter ledit phénomène[1]. Toutefois, en octobre 1866 (donc deux ans auparavant), Julius von Hann avait publié une interprétation à peu près correcte de l'effet de foehn[3],[4].

Conditions météorologiques[modifier | modifier le code]

Au nord de l'arc alpin, le foehn souffle du sud, et est souvent associé à la circulation d'air mise en place par un système de basses pressions sur les Îles Britanniques et le nord de la France (loi de Buys-Ballot). Dans la plaine du Pô et sur le versant sud des Alpes, le flux d'air est chargé d'humidité du fait de son passage sur la mer Méditerranée.

Par forçage mécanique, l'air humide s'élève en franchissant les Alpes et refroidit avec la température : si l'air est saturé en humidité, la vapeur d'eau se condense et peut causer des précipitations abondantes sur le versant sud. Si la masse d'air est stable, un flux d'air descendant se met en place de l'autre côté des crêtes et empêche la formation de nuages, formant parfois un mur de foehn au niveau des crêtes.

Les vallées et le piémont sous le vent subissent une descente d'air d'altitude, chaud et sec. Ce courant descendant inhibe la formation de nuages sur quelques kilomètres à quelques dizaines de kilomètres en aval de la ligne de crête et amène un temps ensoleillé, ou du moins dégagé à basse et moyenne altitude.

Effets sur la température[modifier | modifier le code]

Variation de la température en amont et en aval de l'obstacle

La température de l'air saturé évolue suivant le gradient adiabatique humide, qui est de l'ordre de 6 K/km, tandis que celle de l'air sec évolue selon le gradient adiabatique sec qui est proche de 9,75 K/km[Note 1]. Aux moyennes latitudes, le gradient de température moyen est de l'ordre de 7 K/km.

Les sommets alpins au nord de Milan sont à environ 3500 mètres d'altitude. On suppose que la base de la couche nuageuse est à 1 000 mètres d'altitude. Donc dans les vallées nord, le réchauffement ΔT à 1 000 mètres va être :

Le vent de foehn peut faire localement monter la température de plus de 10 °C sur un intervalle de quelques minutes, et, en montagne, plusieurs heures peuvent entraîner une disparition rapide du manteau neigeux par fonte voire sublimation.

Les 7 et 8 novembre 1982, un épisode dit centennal se produisit au nord de la Suisse. Les rafales de vent atteignirent 80 nœuds sur le Jungfraujoch et 108 nœuds à la forteresse de Gütsch. Le gradient de pression était de 18 hPa entre le nord des Alpes et le sud. Une dépression s'était formée en altitude et un régime de vent du sud s'était établi. La température était de 2 °C dans la plaine du Pô alors qu'elle atteignit 20 °C à Zürich[5].

Ondes orographiques[modifier | modifier le code]

Au nord de la chaîne alpine il se forme des ondes orographiques et donc il se forme des rotors qui peuvent être extrêmement violents. Un rotor peut provoquer des rafales de vent violentes[6] suivies d'un calme plat à brefs intervalles qui donnent un effet similaire au phénomène de Loewe mais avec un mécanisme différent. De plus l'air est accéléré dans les vallées par effet Venturi et des vents ayant la force d'ouragan, soit 118 km/h ou plus, ont été enregistrés. Ainsi, des vents de 130 km/h avec des pointes à 200 km/h ont été mesurés[7].

Évolution générale du temps[modifier | modifier le code]

Comme il a été vu plus haut, le foehn est associé à un système dépressionnaire et donc à une perturbation se déplaçant d'ouest en est. Le ciel peut être d'un bleu profond seulement agrémenté de quelques nuages lenticulaires[8]. Par vent modéré, les conditions météorologiques semblent être du grand beau temps chaud. Toutefois, ces conditions sont trompeuses et lorsque le vent cessera de souffler les conditions vont se dégrader en laissant place à un temps instable à la suite du passage d'un front froid[9].

De plus, comme l'air est renouvelé et comprimé en permanence, un régime de foehn se traduit par des nuits beaucoup plus chaudes qu'à l'accoutumée[10], vu que le réchauffement de l'air est lié à un phénomène mécanique. Ainsi, le 23 septembre 2013, la température est restée au-dessus de 24 ⁰C durant la nuit entière à Schattendorf et Altdorf et ce par une nuit d'automne en montagne[10].

Effets[modifier | modifier le code]

Effets sur les biens[modifier | modifier le code]

Il arrive que des forêts soient dévastées et que des toits soient arrachés. Le foehn peut aussi provoquer des coupures d'électricité en détruisant les lignes d'alimentation électriques[7].

Effets sur les personnes[modifier | modifier le code]

Une étude de l'université Louis-et-Maximilien de Munich a trouvé une augmentation de 10 % des suicides et accidents lors d'épisodes de foehn en Europe. La mythologie populaire associe également diverses affections allant de la migraine à la psychose. Celui qui commet un crime passionnel un jour de foehn en Bavière bénéficiera de circonstances atténuantes, dit-on... Cependant, ces croyances ne sont qu'anecdotiques. Ainsi, un dicton paysan allemand dit : Kriegt der Knecht vom Föhn einen Wahn, schlachtet er den Wetterhahn (« Un valet d'étable rendu fou par le foehn ira tuer le coq-girouette.»)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. De manière moins formelle, cela exprime que la température d'une parcelle d'air s'élevant adiabatiquement voit sa température diminuer d'environ 10 °C par km.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dufour
  2. Dufour, p. 21
  3. (en) Petra Sebeirt, « Hann’s Thermodynamic Foehn Theory and its Presentation in Meteorological Textbooks in the Course of Time » [PDF], Preprints ICHM Polling 2004, Institut de météorologie Université des ressources naturelles de Vienne, (consulté le 23 octobre 2013)
  4. (en) Petra Sebeirt, « Hann’s Thermodynamic Foehn Theory and its Presentation in Meteorological Textbooks in the Course of Time (présentation orale) » [PDF], Institut de météorologie Université des ressources naturelles de Vienne, (consulté le 23 octobre 2013)
  5. Mountain Weather and Climate, p. 395
  6. Sylvie Malardel, Fondamentaux de météorologie, deuxième édition, Cépaduès, 711 année=2009 p. (ISBN 978-285428-851-3), p. 552
  7. a et b « Foehn du sud », Plate-forme nationale « Dangers naturels », Confédération suisse (consulté le 23 octobre 2013)
  8. Guide météo, p. 60
  9. Guide météo, p. 61
  10. a et b « Nuit tropicale dans les vallées à foehn », Le Matin,‎ (lire en ligne)

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) [Dufour] M.L. Dufour, « Recherches sur le foehn du 23 septembre 1866 », Bulletin de la Société vaudoise de sciences naturelles, Société vaudoise de sciences naturelles, vol. IX, no 58,‎ 1868 (lire en ligne)
  • [Guide météo] Günter D. Roth, Guide la météorologie, delachiaux et niestlé, , 320 p. (ISBN 978-2-603-01693-0)