Tetraoninae

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Tétraoninés ou Tetraoninae sont une sous-famille d’oiseaux comprenant tétras, gélinottes et lagopèdes. Ce sont des oiseaux dodus au dimorphisme sexuel important chez certaines espèces.

Les Tétraoninés vivent tous dans l’hémisphère nord, de l’Espagne aux États-Unis, en passant par de nombreux pays. Ils sont tous adaptés aux climats froids des montagnes ou des zones boréales.

Biologie des tétraoninés[modifier | modifier le code]

Tétras du Canada.

Tous les tétraoninés, - soit dix-huit espèces - sont adaptés à un rude climat nordique ou montagnard, donc des régions froides. Ils sont présents dans de nombreuses régions dont les plus méridionales sont les Monts Cantabriques, les Balkans, le Caucase au Texas, et les plus septentrionales sont la Scandinavie, la Sibérie et l’Alaska, en passant également par le Kazakhstan, la Mongolie et la Chine nordique. Leurs habitats varient selon les différentes espèces : pelouses alpines, forêts boréales, toundras ou steppes. Les Tétraoninés sont lourds, chaudement revêtus d’un plumage aux formes arrondies.

Adaptation au froid[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Acclimatation au froid.

Les tétras comptent parmi les oiseaux les plus adaptés au froid : tout un cortège d’adaptations les différencie des autres oiseaux qui leur sont néanmoins proches (perdrix, faisans, cailles…); une autre spécialisation des plumes est la possession d’hyporachis (ou double-plume), les aidant au maximum.

Leurs narines sont emplumées, probablement pour réchauffer l’air inspiré. Tous les Tétraoninés (mâles et femelles) ont un court bec noir convexe, à l’exception du mâle Grand Tétras, dont le bec est blanc et allongé.

Lagopède alpin en plumage hivernal.

Leurs courts tarses (pattes) sont également emplumés, surtout chez les lagopèdes en hiver, ce qui leur évite les gelures. Des pectinations cornées sont situées sur leurs doigts ; ces « peignes » augmentent leurs surfaces plantaires et s’élargissent en hiver afin de leur servir de « raquettes » sur la neige, mais également à mieux se tenir sur des branches verglacées.

Les lagopèdes présentent une variabilité saisonnière du plumage : blanc en hiver et gris-marbré en été, c’est une adaptation rare chez les oiseaux.

Nourriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Système digestif aviaire.

Les tétraoninés sont des oiseaux principalement herbivores, mais leur régime alimentaire varie selon leur âge.

  • En été, les poussins se nourrissent d’insectes et de baies, les adultes de fruits (baies), de graines et d’herbes.
  • En hiver, ils se nourrissent exclusivement d’aiguilles, de châtons et de bourgeons.
  • Au printemps, les feuilles et les bourgeons débourrant composent leur nourriture.
Appareil digestif du tétras du Canada.

Les tétraoninés ont une digestion remarquablement adaptée à plusieurs types de nourriture, dont la matière ligneuse (aiguilles). Leur intestin est également remarquable dans le traitement de la cellulose, leurs cæcums sont également bien développés.

C’est en hiver, en examinant leurs fientes accumulées sous leurs perchoirs et dans leurs gîtes nocturnes que l’on remarque un feutrage de particules ligneuses. Ce sont de précieux indices de présence servant à déterminer à la fois la nourriture de l’oiseau et l’espèce.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Tétras du Gunnison en parade.

Les tétraoninés sont surtout connus par leurs parades amoureuses printanières.

  • Coqs de bruyères et tétras de prairies sont des espèces polygames. Tous les ans, au printemps, les mâles (dits « coqs ») se retrouvent dans des zones dégagées appelées aires de parade, « places de chant » ou « leks » pour chanter, parader puis s’accoupler avec les femelles (dites « poules »), ces espèces ont un dimorphisme sexuel important dont les extrêmes sont les coqs de bruyères. Après l’accouplement, la poule couve seule et élève seule ses petits.
  • Gélinottes et lagopèdes sont des espèces monogames. Le coq et la poule possèdent des liaisons toute l’année, le coq veille sur son territoire et chasse les intrus, ils peuvent élever à deux leurs poussins.

Les pontes se font à terre, cachées dans un fourré, à l’abri des prédateurs. Après l’éclosion, la mère élève ses petits avant la dispersion des couvées, en automne.

Hybridations[modifier | modifier le code]

Représentation d'un « rackelhahn ».

Il arrive que les espèces vivant sur un même endroit puissent s’accoupler et donner naissance à des hybrides, parfois même avec d’autres oiseaux telle la poule domestique ou le faisan ; c’est pourtant souvent quand l’habitat de l’une des espèces est très fragmenté, qu’une poule d’une espèce va sur une place de chant d’une autre espèce, ou parfois le contraire.

L’hybride le plus fréquent est le « rackelhahn » (mot d’origine germanique), né d’une mère Grand Tétras et d’un père tétras lyre, ou vice-versa, mais il reste tout de même rare.


Liste des hybridations recensées entre les tétraoninés :

  • Modèle : Nom scientifique du parent ♂ x Nom scientifique du parent ♀ (Auteur et date)
  • Bonasa umbellus x Falcipennis canadensis (H. Ouellet, 1974)
  • Centrocercus urophasianus x Dendragapus obscurus (Johnsgard, 1983)
  • Centrocercus urophasianus x Tympanuchus phasianellus (C. L. Aldridge, S. J. Oyler-McCance & R. M. Brigham, 2001)
  • Dendragapus obscurus x Centrocercus urophasianus (J. A. Rensel & C. M. White, 1988)
  • Dendragapus obscurus x Tympanuchus phasianellus (A. Brooks, 1907)
  • Falcipennis canadensis x Dendragapus obscurus (M. Jollie, 1955)
  • Dendragapus obscurus x Bonasa umbellus
  • Lagopus lagopus x Falcipennis canadensis (Taverner, 1932)
  • Lyrurus tetrix x Tetrao urogallus (Klein, 1759) - Rackelhahn
  • Lyrurus tetrix x lagopus lagopus (Macgillivray, 1837)
  • Lyrurus tetrix x Lagopus mutus (Wurm, 1922)
  • Lyrurus tetrix x Tetrastes bonasia (Schaanning, 1916)
  • Tetrao urogallus x Lagopus lagopus (J. A. Grieg, 1889)
  • Tetrao urogallus x Lyrurus tetrix
  • Tetrao urogallus x Tetrao parvirostris (C. A. Vorobiev, 1954)
  • Tetrastes bonasia x Lyrurus tetrix (Collett, 1905)
  • Tympanuchus phasianellus x Tympanuchus cupido (Wilson, 1918)
  • Tympanuchus cupido x Tympanuchus phasianellus (W. Rowan, 1926)
  • Tympanuchus cupido x Tympanuchus pallidicinctus

Classification[modifier | modifier le code]

  • Tétras, lagopèdes et gélinottes sont regroupés dans une famille à part au sein de l’ordre des Gallinacées : les Tetraonidae (Vigors, 1825).
  • Cependant, depuis 1970, certains scientifiques pensent que les tétraoninés seraient une sous-famille de Phasianidae (Horsfield, 1821), regroupant faisans, cailles, perdrix, dindons, et peut-être les tétras (voir Gray, le premier émetteur de cette théorie).
  • Les études récentes tentent maintenant de déterminer à quelle familles ils appartiennent ; l’une d’elle, basée sur les séquences d’ADN des différentes espèces, comparées à celles d’autres Gallinacées, montre qu’il s’agirait d’une sous-famille (R.J. Gutiérrez, G.F. Barrowclough, & J.G. Groth – 2000) ; l’étude de Spaulding (2007) donne à croire qu’il s’agirait d’une famille distincte comprenant dix-huit espèces.
  • Alan Peterson, dans sa liste, inclut ces espèces dans les Phasianidae.
  • Le « Grouse Specialist Group » ne reconnaît que la famille des Tetraonidae.

Les différents auteurs ne sont donc pas tous d’accord pour la classification des tétraoninés ; bien qu’ils soient Tetraonidae, ou bien Phasianidae, ils appartiennent à l’ordre des Galliformes (Temminck, 1820).

Sous-familles, tribus et sous-tribus[modifier | modifier le code]

Ici est reconnue la famille des Tetraonidae, il est bien sûr convenable d’abaisser d’un rang les taxons ci-dessus si l’on considère la sous-famille des Tetraoninae (soit Centrocercini, Tetraonini et Tetrastini).

  • Famille des Tetraonidae (Vigors, 1825)
  • Centrocercinae : Regroupant les genres Centrocercus, Dendragapus, Lagopus et Tympanuchus (soit 9 espèces)
  • Tetraoninae : Regroupant les genres Falcipennis, Lyrurus et Tetrao (soit 6 espèces)
  • Tetrastinae : Regroupant les genres Bonasa et Tetrastes (soit 3 espèces)

Modèle de Gutiérrez, Barrowclough & Groth (2000), d’après leur étude basée sur les séquences d’ADN :

  • Famille des Phasianidae, sous-famille des Tetraoninae
  • Tribu des Bonasini : Regroupant le genre Bonasa – 1 espèce
  • Tribu des Tetrastini : Regroupant le genre Tetrastes – 2 espèces
  • Tribu des Tetraonini : Regroupant cinq sous-tribus :
    • Falcipennina : Regroupant le genre Falcipennis – 1 espèce
    • Canachitina : Regroupant le genre Canachites – 1 espèce
    • Tetraonina : Regroupant les genres Lyrurus et Tetrao – 4 espèces
    • Centrocercina : Regroupant les genres Centrocercus, Tympanuchus et Dendragapus – 6 espèces
    • Lagopodina : Regroupant le genre Lagopus – 3 espèces

Malgré cette récente étude, la plupart des scientifiques se basent sur la première classification présentée précédemment.

Liste des genres et espèces actuelles[modifier | modifier le code]

Gélinotte huppée.

Genre Bonasa (Stephens, 1819) - Gélinottes huppées.

Une seule espèce.

Tétras des armoises.

Genre Centrocercus (Swainson, 1832) - Tétras des armoises.

Deux espèces, dont une récemment reconnue comme espèce distincte.

  • Espèce Centrocercus minimus (J. R. Young, C. E. Braun, S. J. Oyler-McCance, J. R. Hupp & T. W. Quinn, 2000) - Tétras du Gunnison (=C. urophasianus minimus).
Tétras fuligineux.

Genre Dendragapus (Elliot, 1864) - Tétras sombres.

Une espèce valide, divisée en deux groupes, il pourrait en effet s’agir de deux espèces.

  • Espèce Dendragapus fuliginosus (Ridgway, 1873) - Tétras fuligineux (=D. obscurus fuliginosus).
Tétras du Canada.

Genre Falcipennis (Elliot, 1864) - Tétras des savanes.

Trois espèces, dont deux pourraient appartenir à un genre à part (Canachites) ; une espèce est douteuse. Certains auteurs rapportent ce genre dans Dendragapus.

  • Espèce Falcipennis canadensis (Linnaeus, 1758) - Tétras du Canada (=Canachites canadensis).
  • Espèce Falcipennis franklinii (Douglas, 1829) - Tétras de Franklin (=F. canadensis franklinii).
Lagopède des saules.

Genre Lagopus (Brisson, 1760) - Lagopèdes.

Trois espèces, plus une quatrième possible.

Tétras-lyre.

Genre Lyrurus (Swainson, 1832) - Tétras-lyres.

Deux espèces, genre parfois inclus dans Tetrao.

  • Espèce Lyrurus mlokosiewiczi (Taczanowski, 1875) - Tétras du Caucase (=Tetrao mlokosiewiczi).
  • Espèce Lyrurus tetrix (Linnaeus, 1758) - Tétras-lyre (=Tetrao tetrix).
Grand tétras.

Genre Tetrao (Linnaeus, 1758) - Grands tétras.

Genre type de la famille, deux espèces.

Gélinotte des bois.

Genre Tetrastes (Keyserling & J. H. Blasius, 1840) - Gélinottes.

Deux espèces, parfois incluses dans le genre Bonasa.

Tétras cupidon.

Genre Tympanuchus (Gloger, 1841) - Tétras de prairies.

Trois espèces, dont l’une pourrait être incluse dans un genre à part et une espèce pouvant être distincte.

  • Espèce Tympanuchus pallidicinctus (Ridgway, 1873) - Tétras pâle.
  • Espèce Tympanuchus pinnatus (Brewster, 1885) - Tétras de prairies (= T. cupido pinnatus car non reconnue à ce jour par la COI).

Origines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire évolutive des oiseaux.

Les premiers Galliformes seraient apparus dès l’Eocène, il y a environ 50 millions d’années, en Amérique du Nord, l’un des genres les plus primitifs est Gallinuloides (Eastman, 1900) ; depuis, de nombreuses espèces ont peuplé ces terres, et ont migré vers d’autres contrées, dont l’Eurasie.

Le Phylum des tétras apparaît au Miocène avec les espèces Palaealectoris incertus (Wetmore, 1930), du Nebraska (Miocène inférieur), ‘‘Tympanuchus’’ stirtoni (Miller, 1944), du dakota du Sud (Miocène inférieur), Archaeophasianus roberti (Stone, 1915) et A. miocaenicus (Shufeldt, 1915) d’Amérique du Nord (Miocène supérieur) ; c’est de ces espèces, également apparentées aux dindons, que semblent être dérivés les tétraoninés. On peut également noter la présence de Rustaviornis georgicus (Burchack-Abramovich & Meladze, 1972) en Géorgie (Pliocène inférieur), qui semble proche des tétraoninés.

Les premiers tétraoninés semblent être apparus au Pliocène inférieur en Europe de l’Est, appartenant au genre Tetrao, puis au Pléistocène moyen avec les genres Lagopus et Tetrastes, avant de migrer vers l'Asie, puis l'Amérique du Nord.

Des œuvres paléolithiques ont été trouvées, ce qui montre que nos ancêtres s'intéressaient déjà à ces oiseaux, dont un propulseur en bois de renne (Mas-d'Azil, Ariège)et un galet gravé de l'Abri de Laugerie-Bassa (Dordogne) représentant des coqs de bruyère.

Fossiles de tétraoninés[modifier | modifier le code]

  • Dendragapus gilli (Brodkorb, 1964), publié sous le nom original de Palaeotetrix gilli (Shufeldt, 1892), provient de l'Oregon (Pléistocène supérieur).
  • Dendragapus lucasi (Jehl, 1969), provient de l’Oregon (Pléistocène supérieur).
  • Dendragapus nanus (Jehl, 1969), synonyme de D. lucasi, de la même époque et provient du même gisement que D. lucasi.
  • Lagopus balcanicus (Boev, 1995) provient de Bulgarie (Pléistocène supérieur).
  • Lagopus (lagopus) atavus (D. Jánossy, 1974), provient de Pologne (Pléistocène supérieur).
  • lagopus lagopus noaillensis (Mourer-Chauviré, 1975), provient de Corrèze (Pléistocène moyen).
  • Lagopus mutus correzensis (Mourer-Chauviré, 1975), provient du même endroit et du même gisement que L. l. noaillensis.
  • Lyrurus partium (Kretzoi, 1962), provient de Roumanie, de Hongrie et d’Autriche (Pléistocène inférieur).
  • Lyrurus tetrix longipes (Mourer-Chauviré, 1975), provient de France (Pléistocène moyen).
  • Tetrao conjugens (D. Jánossy, 1974), provient de Pologne et de Hongrie (Pliocène inférieur).
  • Tetrao macropus (D. Jánossy, 1976), provient de Bulgarie (Pliocène inférieur).
  • Tetrao praeurogallus (D. Jánossy, 1979), provient de Hongrie, de Pologne et de Roumanie (Pléistocène inférieur et moyen).
  • Tetrao rhodopensis (Boev, 1998), provient de Bulgarie (Pliocène inférieur).
  • Tetrastes daliannsis (Hou, 1992), provient du nord de la Chine (Pléistocène supérieur).
  • Tetrastes praebonasia (D. Jánossy, 1974), provient de Hongrie, de France et de Pologne (Pléistocène moyen).
  • Tympanuchus lulli (Shufeldt, 1915), provient du New jersey (Pléistocène supérieur).
  • Tympanuchus ceres (Shufeldt, 1915), synonyme de T. lulli, provient de l’Arkansas (Pléistocène supérieur).
  • De nombreuses espèces présentes encore actuellement ont été retrouvées dans les dépôts du Pléistocène moyen et supérieur et de l’Holocène, on peut donc citer les espèces Bonasa umbellus, Centrocercus urophasianus, Dendragapus obscurus, Falcipennis canadensis, Lagopus lagopus, Lagopus mutus, Lyrurus tetrix, Tetrao urogallus, Tetrastes bonasia, Tympanuchus cupido, Tympanuchus pallidicinctus et Tympanuchus phasianellus.
  • Les paléontologues ont également identifié certains possibles hybrides fossiles entre tétraoninés.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Ne sont notées ici que les références les plus importantes :

  • ITIS : Tetraoninae
  • Grouse Specialist Group
  • Les coqs de bruyères, la gélinotte et le lagopède. A. Dragesco (Visuels Payot Lausanne) - 1989
  • Grands échassiers, gallinacées, râles d’Europe. P. Géroudet (Delachaux et Niestlé) - 1976
  • Les coqs de bruyères. M. Couturier - 1980
  • Rapid courtship evolution in grouse (Tetraonidae): contrasting patterns of acceleration between the Eurasian and North American polygynous clades. A. Spaulding - 2007
  • Tetraonidae Vigors, 1825 (Galliformes – Aves) in the Neogene-Quaternary record of Bulgaria. Z. Boev - 2001

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :