Tchicaya U Tam'si

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Tchicaya U Tam'si

Activités Poète, romancier, dramaturge
Naissance 25 août 1931
Mpili (Congo-Brazzaville)
Décès 22 avril 1988 (à 56 ans)
Bazancourt (Oise) (France)
Langue d'écriture Français
Mouvement rimbaldien africain
Genres poésie engagée
Distinctions Grand Prix de Poésie du Festival mondial des Arts nègres, Dakar, 1966

Œuvres principales

  • Le mauvais sang,
  • Feu de brousse,
  • Le Ventre

Tchicaya U Tam'si (de son vrai nom Gérald-Félix Tchicaya, Mpili, 25 août 1931 - Bazancourt (Oise), 22 avril 1988) est un écrivain congolais (République du Congo). Il est le fils de Jean-Félix Tchicaya qui représenta l'Afrique équatoriale au parlement français de 1944 à 1958. Il est considéré comme l'un des grands poètes du continent africain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Figure d'ancêtre hemba.

Il passe son enfance à Pointe-Noire, il quitte son pays dès l'âge de 15 ans puis fait des études en France. Il y fait paraître ses premiers poèmes dès 1955. Gérald-Félix Tchikaya prend en 1957 le pseudonyme de U Tam'si (celui qui parle pour son pays), pseudonyme que prendra aussi Marcel Sony dit Sony Labou Tansi.

Le père « prédestine son fils au métier de magistrat mais l'enfant rebelle quitte l'école avant son baccalauréat pour exercer plusieurs petits métiers et se livrer à l'écriture ».

À 24 ans, il publie son premier recueil Le Mauvais sang, inspiré de Rimbaud, et il est unanimement considéré comme le poète africain le plus doué de sa génération. Sa voix, qui pourtant refuse de s'associer aux chantres de la négritude, demeure la plus importante qui se soit révélée depuis celle d'Aimé Césaire.

En 1960, au moment des indépendances africaines, il retourne dans son pays, il met sa plume au service de Patrice Lumumba, mais celui-ci est assassiné ; cela le convainc de partir. Son écriture s'inscrit dans la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations sans pour autant faire partie du mouvement de la négritude.

Dans le poème Natte à tisser, U Tam'si écrit : « Il venait de livrer le secret du soleil / et voulut écrire le poème de sa vie / pourquoi des cristaux dans son sang / pourquoi des globules dans son rire / il avait l'âme mûre / quand quelqu'un lui cria / sale tête de nègre / depuis il lui reste l'acte suave de son rire / et l'arbre géant d'une déchirure vive / qu'était ce pays qu'il habite en fauve / derrière les fauves devant derrière des fauves »[1].

En 1964, il publie Le Ventre. « L'Afrique venait à peine de conquérir son indépendance. Mais face aux jeux obscurs des forces impérialistes provoquant dans nombre de pays africains, singulièrement au Congo, des antagonismes politiques, des querelles intestines et des luttes tribales, il était devenu difficile à quiconque s'est trouvé mêlé au drame du peuple noir, de garder le silence. Le Ventre fut alors un cri de douleur et un chant de deuil.

Route de la corniche
Patrice Lumumba

La figure de Patrice Lumumba, martyr de l'indépendance congolaise, qui sert de toile de fond au recueil, conférait à la parole du poète une dimension tragique. La réédition de Le Ventre enrichi des deux poèmes inédits, La Conga des mutins et La Mise à mort, s'imposait donc. Aujourd'hui, plus de dix ans après la disparition du poète, on verra que le cri de Tchicaya u Tam'si n'a rien perdu de sa force et que sa parole dense et toujours exigeante se veut le lieu de rencontre de l'homme avec sa terre, l'espace toujours renouvelé d'une quête passionnée de sa propre identité[2]. »

Il travaille à l'UNESCO jusqu'en 1986, date à laquelle il prend une retraite anticipée pour se consacrer entièrement à l'écriture, jusqu'à sa mort en 1988 à 56 ans[3]. Il est aussi l'auteur de quatre romans et de trois pièces de théâtre, mais il demeure avant tout comme poète.

Si les hommes politiques disparaissent de la mémoire de hommes, les poètes restent parmi les vivants. Tchicaya U Tam'si le savait, lui qui avait prédit tel un rebelle prophète bantou : « Et je serai de la résurrection ! / Et l'on portera mon âme sous un dais d'or / dans les foires les nuits d'équinoxe. / Puis un orage d'ongles racornis au feu éclatera / dont les éclats me troueront l'âme ! / Et je supplierai qu'on m'aime debout ! / Afin d'être de la résurrection des corps / parce que j'aurai été le pain et le levain / sinon ce fleuve de joie pour un cœur / multipliant mon cœur dans le pardon [4]! » Il ouvre ainsi la voie de la modernité à d'autres poètes, comme Léopold Congo-Mbemba par exemple, suivant le sillon déjà creusé par Aimé Césaire.

Jugements littéraires[modifier | modifier le code]

Masque facial enveloppé de cornes (Kwele)

« En 1955, Le mauvais sang de Tchicaya m'avait frappé, m'était entré dans la chair jusqu'au cœur. Il avait le caractère insolite du message. Et plus encore Feu de brousse avec ses retournements soudains, ses cris de passion. J'avais découvert un poète bantou », écrivait L.S. Senghor en préface à la première édition d'Épitomé (1962). Depuis, la voix de Tchicaya U Tam'si s'est affirmée comme la plus importante qui se soit révélée depuis celle de Césaire et celle (trop tôt interrompue) de David Diop[5].

Pour Roger Chemain[6], « original et puissant, Tchicaya U'Tamsi qui, tout au long de sa vie d'écrivain n'a cessé d'afficher sa méfiance envers la négritude, comme du reste envers tout dogme ou toute théorie, laisse une des œuvres les plus riches de la littérature d'Afrique francophone, à la fois profondément congolaise, nationale et universelle[7]. »

Poème[modifier | modifier le code]

« Donc fichu mon destin sauvez seul mon cerveau
Laissez-moi un atout rien qu'un cerveau d'enfant !
Où le soleil courait comme un crabe embêtant
Où les mers refluaient m'habillaient de coraux...

Ils ne conviendront pas qu'enfant j'eus les boyaux
durs comme fer et la jambe raide et clopant
j'allais terrible et noir et fièvre dans le vent
L'esprit, un roc, m'y faisait entrevoir une eau ;

Et ceux qui s'y baignaient se muaient en soleil
Je m'élançais vers eux des crocs de mon sommeil
Dans ce rut fabuleux ma tête s'est fêlée...

Donc fichu mon destin l'eau qui rouille le fer...
d'un clair de lune froid monte une terre ourlée
le soleil vrille encor franc dans mon poitrail clair. »

— Le mauvais sang, no XVII, p. 27.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Le Mauvais Sang, Pierre Jean Oswald, 1955 ; réédition avec Feu de brousse et A triche cœur, L'Harmattan. Document utilisé pour la rédaction de l’article [Ouvrage de référence]
  • Épitomé, coll. « L'aube dissout les monstres », P. J. Oswald Éditeur, Honfleur 1962.
  • Le Ventre, 1964 suivi de Le Pain ou la Cendre 1978, réédité éd. Présence africaine 1999. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • J’étais nu pour le premier baiser de ma mère, Œuvres complètes I, Gallimard, coll. « Continent noir », 2013

Romans[modifier | modifier le code]

  • Les Cancrelats, Albin Michel, 1980.
  • Les Méduses, Albin Michel, 1982.
  • Les Phalènes, Albin Michel, 1984.
  • Ces fruits si doux de l'arbre à pain, Seghers, 1987.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le Zulu suivi de Vwène Le Fondateur, Nubia, 1977.
  • Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku, prince qu'on sort, Présence africaine, 1979.
  • Le Bal de N'dinga, éd. L'Atelier imaginaire/Éditions L'Âge d'Homme : Tarbes, 1987.

Hommage[modifier | modifier le code]

Un prix international a été créé en hommage à Tchicaya U Tam'si. Ainsi, depuis 1989, le Prix Tchicaya U Tam'si pour la poésie africaine est décerné tous les deux ans à Assilah, au Maroc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. p. 56 de Le mauvais sang, éd. L'Harmattan, 1978.
  2. 4e de couv. de la nouvelle édition du livre Le Ventre suivi de Le Pain ou la Cendre, éd. Présence africaine. (ISBN 9782708706969[à vérifier : isbn invalide])
  3. D'après la présentation de l'auteur selon la maison d'édition « Présence africaine. »
  4. Chant IV dans Soul le ciel de soi, Le Ventre, éd. Présence africaine, Paris 1999, p. 115.
  5. 4e de couv. du livre aux éd. L'Harmattan, Paris 1978, (ISBN 9782858020841[à vérifier : isbn invalide]) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  6. Voir : De Gérald Félix Tchicaya À Tchicaya U TAM'SI par Roger Chemain, Arlette Chemain-Degrange, préface de Jean-Baptiste Tati Loutard, éd L'Harmattan
  7. Dictionnaire universel des littératures, (Tome III, de P à Z), sous la direction de Béatrice Didier, PUF 1994, p. 3742. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Boniface Mongo-Mboussa, Tchicaya U Tam’Si, le viol de la lune. Vie et œuvre d’un maudit, éd. Vents d’ailleurs, 144 pages, 2014.(ISBN 9782364130432)
  • Maurice Amuri Mpala-Lutebele, Testament de Tchicaya U Tam'Si, L'Harmattan, Paris, 2008, 257 p. (ISBN 978-2-296-05633-6)
  • Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain, De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si : hommage, Paris, L’Harmattan, 2009, 502 p. (ISBN 978-2-296-07555-9)
  • Joël Planque, Le Rimbaud noir, Tchicaya U Tam'Si, Paris, Moreux, 2000, 159 p. (ISBN 2-85112-010-7)
  • Tchicaya passion (articles d'Henri Lopes, Alain Mabanckou, Dieudonné Niangouna, Wilfried N'Sondé), CulturesFrance, 2008, 157 p. (numéro de Cultures Sud : Notre librairie : revue des littératures d'Afrique, des Caraïbes et de l'océan indien, 2008, n° 171)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Tchicaya, la petite feuille qui chante son pays, film de Léandre-Alain Baker, Play Film, Paris, 2001, 52 min (DVD), sélectionné au Festival d'Amiens en 2001, au FESPACO en 2003. (Diffusion sur France Ô et TV5)

Liens externes[modifier | modifier le code]