Soupçons

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Soupçons

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Cary Grant et Joan Fontaine

Titre original Suspicion
Réalisation Alfred Hitchcock
Scénario Joan Harrison
Samson Raphaelson
Alma Reville
Acteurs principaux
Sociétés de production RKO Radio Pictures
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Sortie 1941
Durée 99 minutes (h 39)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Soupçons (Suspicion) est un film américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en 1941.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Johnnie Aysgarth est un joueur séduisant, masquant son oisiveté par son charme. Il rencontre la douce et riche Lina MacKinlaw dans un train, essayant de voyager en première classe avec un billet de troisième. Il lui fait la cour et l'épouse rapidement. Lina ne découvre la vraie personnalité de son mari qu'au retour de la lune de miel et devient suspicieuse au moment où l'ami et associé de Johnnie est tué mystérieusement.

Elle soupçonne alors son mari d'avoir tué son ami pour récupérer de l'argent. Elle va même jusqu'à penser qu'il tente de la tuer, mais Johnnie arrive finalement à la convaincre de son innocence.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage s’est déroulé du 10 février au 16 mai 1941 soit 4 mois, puis 3 jours de tournage se sont ajoutés les 23 juillet, 24 juillet et 29 août de la même année. Le film sortira cette année-là.

La production assurée par la RKO pictures, représentée par Harry E. Edington, avait déjà ce projet depuis 1935. Ce devait être réalisé par Louis Hayward sur un scénario d’Emlyn Williams. En 1939, l’aventure avait été re-envisagée avec Robert Montgomery et Geraldine Fitzgerald mais en vain. La même année, la RKO avait aussi essayé avec Laurence Olivier et Maureen O’Hara. En réalisant ce film, Hitchcock réalise donc un projet très désiré par la firme.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Lina McLaidlaw surnommée Monkey Face dans la version originale et Ouistiti dans la version française est jouée par Joan Fontaine, qui venait de tourner dans le film Rebecca (1940) du même Hitchcock. Johnnie Aysgarth est joué par Cary Grant dont c’est le premier rôle avec le réalisateur, qu'il a retrouvé plusieurs fois par la suite.
  • Caméo d'Alfred Hitchcock : l'homme postant une lettre à la 45e minute.
  • Le scénario est annoncé comme adapté du roman Before the Fact (Préméditation) de Francis Iles (pseudonyme d'Anthony Berkeley). À ne pas confondre avec Malice Aforethought (Complicité) du même auteur comme c'est le cas à la première page d'une des éditions Gallimard.
  • Patrick Brion dans son livre consacré à l'œuvre d'Hitchcock (Hitchcock, biographie, filmographie illustrée, analyse critique, Patrick Brion, p.451) écrit que « le film invite le spectateur à s’interroger sur la fragilité des indices et des témoignages. », comme c’est le cas pour plusieurs films du réalisateur, dont Le Faux Coupable (The Wrong Man) ou Frenzy.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Joan Fontaine remporte deux titres de meilleure actrice pour son rôle d'épouse suspicieuse :

  • en 1941, le New York Film Critics Circle Award
  • l'Oscar de la meilleure actrice en 1942. Seule statuette remportée pour ce film également nommé pour la meilleure musique, Franz Waxman, et le meilleur film.

Le roman Before the Fact[modifier | modifier le code]

Le roman est l’histoire d’une femme Lina McLaidlaw qui épouse un beau gentleman John Aysgarth par amour, mais découvre dans la douleur que son mari est menteur, tricheur, dragueur invétéré et voleur. Elle finit par le quitter puis revient espérant le changement ; mais cette fois le projet de son mari est au-delà de son imagination : la tuer et récupérer l’argent de l’assurance. Ne pouvant plus moralement lutter elle jouera le jeu jusqu’à la prise de ce verre « empoisonné ».

Commentaires subjectifs[modifier | modifier le code]

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Dans ce film Hitchcock conduit inlassablement vers des fausses pistes comme c’est le cas pour la plupart des films policiers. Elle pensait que son mari était un grand enfant : c’était le cas. Et surtout avec l’apparition de son ami Beaky qui est son double exacerbé.

Hitchcock conditionne à ne plus croire Johnnie et à croire sa femme. D’abord, il focalise l'attention sur les deux personnages principaux. Johnnie fait des choses déplorables et Lina en est terriblement désolée. Non seulement il agit mal, mais en plus il ne lui dit rien jusqu’à ce qu’elle découvre les choses par elle-même. Son côté toujours jovial est admirable mais pour un temps seulement. Après un moment, cela devient exaspérant face à toute cette irresponsabilité.

Lina a jusque là toujours eu finalement raison, sauf peut-être pour les fauteuils offerts par son père que Johnnie avait vendus puis a fini par racheter pour se faire pardonner.

Il y a comme une montée d’adrénaline qui se produit dans la voiture lorsque Johnnie veut la tuer en la précipitant hors de la voiture qui est en pleine course. Et comment encore lors de la chute du drame, Johnnie lui révèle qu’en fait il n’en peut plus de ses dettes et qu’il veut se donner la mort.

Le titre[modifier | modifier le code]

Dans le roman, Francis Isles conduit à adopter le point de vue de l’héroïne qui raisonne toujours avant les faits, d’où le titre Before the Fact ou Préméditation. Elle nourrit ses soupçons.

Dans le film, le titre rejoint donc le thème du livre et renvoie directement aux soupçons du mal. Patrick Brion nous apprend que le film finit par s’appeler « Soupçons » après hésitation entre trois premiers titres « Before the Fact» comme le roman, « Fright » et « Suspicious Lady ». Dans la bande annonce du film (disponible actuellement sur youtube), Lina dira : "There is something strange about Johnnie Aysgarth. I knew it long before I met him » (Il y a quelque chose d'étrange concernant Johnnie Aysgarth. Je l'ai su bien avant que je le rencontre), introduisant le thème de before the fact.

Les deux œuvres ne racontent pas la même histoire, les personnages sont les mêmes mais le dénouement du film transforme complètement le récit du livre. Et pourtant les deux titres reflètent bien le sujet principal du film : « Before the Fact » pour jugement avant les faits. C'est un renvoi aux préjugés qui se révèlent fondés dans le cas du livre. Et dans le cas du film « soupçons » pour soupçons du mal, et donc aussi préjugé « opinion, idée préconçue adoptée sans examen. » (d'après le dictionnaire Hachette de 1991) dont le dernier et plus grave se révèle infondé à la fin du film.

Personnages[modifier | modifier le code]

Les personnages du roman que Hitchcock reprend sont : Lina, Johnnie, Beaky, les parents de Lina, le capitaine Melbeck, Ethel la servante de Lina. Il ne reprend pas la sœur de Lina ni sa meilleure amie Janet, qui toutes deux jouent un rôle important dans le roman.

Lina McLaidlaw[modifier | modifier le code]

Le film se divise en deux parties tout comme le roman. Néanmoins les parties sont différentes. Premièrement le décor est planté avec la présentation des personnages. C’est dans cette première partie qu’on comprend bien que Lina élevée à l’ancienne, est très brillante dans ses études mais son avenir émotionnel semble en péril. Ses parents s’inquiètent pour elle, se demandant si elle trouvera un mari.

Cette première partie rejoint celle du livre à l’exception que dans le livre elle était comparée à sa sœur Joyce, qui jugée plus belle qu’elle avait rapidement trouvé un mari. Les parents de Lina comptaient maintenant sur l’intelligence de leur fille, et non sur son apparence physique pour qu'elle trouve un homme.

L’inquiétude des parents est restituée par Hitchcock. Lina surprend leur conversation. Pour Hitchcock c’est l’occasion de donner à cette cause une autre tournure. C'est sa peur de ne pas trouver de mari qui pousse Lina à se jeter dans les bras de Johnnie. D’ailleurs, le plan où elle surprend la conversation est cadré sur elle à la fenêtre. Puis quand elle a entendu la conversation de ses parents la concernant, la caméra ouvre le champ et on voit Johnnie qui, tout près a aussi suivi la scène. Elle se jette alors sur lui tandis qu’une musique intense joue sa surprise de voir Johnnie. Elle lui administre là son premier baiser.

Les valeurs de Lina nous sont suggérées dès le début. Dès les premiers plans, de la façon dont John Aysgarth qu’elle rencontre dans le train la regarde, de bas en haut, on voit que toute son apparence appartient à une classe assez prude.

John Aysgarth[modifier | modifier le code]

Quant à John Aysgarth, il est présenté comme un dragueur. Il est adoré par la gent féminine, dragueur invétéré, et excentrique. Tout son côté joueur, menteur n’est pas très visible dans la première partie mais suggéré. En effet, on a quelques indices de sa potentielle malhonnêteté dans la scène du train ; quand il pousse sa voisine de devant, qui n’est autre que Lina à lui payer le supplément de sa place de train. Il a un billet de classe moyenne et se trouve en première classe. Son côté enfantin est aussi suggéré quand, donnant un timbre au contrôleur à la place d’une pièce, il lui fait une blague que ce dernier ne reçoit pas avec joie. Ce côté enfantin et drôle, courant du jeune homme aimé de ses dames – faisant de lui dans un premier temps, le vicomte de Valmont du film - suit une continuité dans les deux parties, mais est moins présent dans la suite. Il a toujours le sourire, et a toujours le mot pour susciter la bonne humeur. C’est un éternel enfant comme dira Lina. Il faut noter cependant qu’il n’avait pas une bonne réputation, car le père de Lina prétendait qu’il avait triché au jeu lors d’un repas à table avec sa famille ou avait eu un problème de femme.

Cette scène du déjeuner en famille est présente dans le livre avec la particularité suivante : Lina se met à parler en français pour dire à son père que la servante pourrait entendre ses paroles désobligeantes. Dans le livre cet élément relève à la fois la grande instruction de Lina et la réserve de la famille quant à leur honneur en public.

Dans le film, On peut dire que la deuxième partie commence après leur lune de miel. Les Aysgarth se sont mariés, à l’insu de la famille MacLaidlaw et ils ont aménagé dans une grande maison sous l’instigation de Johnnie, ce dernier estimant qu’il veut faire plaisir à sa femme. C’est dans cette deuxième partie que sont révélés les défauts cachés de Johnnie. Tant qu’il était célibataire, ces défauts-là étaient encore gérables et de moindre importance. Mais le voilà marié maintenant, et chacune de ses actions a des répercussions sur le couple entier. Or Johnnie était un menteur, un voleur et un tricheur.

Dans le livre, il est en plus adultère. Il s’assagit un peu à la fin du livre ; mais non sans avoir mis enceinte la servante et avoir eu une relation avec la meilleure amie de Lina : Janet.

Analyse par évènements clé[modifier | modifier le code]

Dans le roman : La rencontre de Lina et John Aysgarth se fait dans un pique-nique. Les parents de Lina espèrent que son intelligence lui donnera un mari. Elle a l’intelligence, sa sœur Joyce a la beauté. Lina reçoit quatre fauteuils comme cadeau de mariage de sa mère. Le personnage de Beaky Twaitte est d’une crédulité déconcertante, surtout pour Lina. Lina apprend pour le détournement de son mari chez le général Melbeck après l’avoir invité chez elle. Le père de Lina meurt à Noël et Lina hérite d’une fortune. Le verre de lait est le dernier évènement du roman, bien après la scène de la voiture.

Dans le film : La rencontre de Lina et John Aysgarth se fait dans un wagon de train où les deux sont seuls et voisins d’en face. Lina entend une conversation entre ses parents s’inquiétant pour son mariage. Dans le film elle n’a pas de sœur. Lina reçoit deux fauteuils comme cadeau de mariage de son père. Le choix de faire offrir les fauteuils par le père renforce le fossé existant entre le père de Lina et son mari, qui ne voit dans ce cadeau aucun profit. Ce sera même l’occasion pour Hitchcock de faire faire à son personnage un regard caméra complètement ironique suggérant au spectateur de compatir à son air désolé.

Le personnage de Beaky Twaitte est le même que dans le livre. Lina rend visite au général Melbeck et apprend pour le détournement. Le père de Lina meurt après qu’elle apprend le détournement et elle n’hérite de presque rien. Quand Lina apprend que Johnny a détourné de l’argent à son travail et qu’elle s’apprête à le quitter. Le plan qui présente Johnny arrivant derrière sa femme montre comment les deux époux vivant ensemble sous le même toit sont paradoxalement dans deux mondes différents. Les deux personnages sont tristes mais pas pour la même raison : le père de Lina est mort. Johnny dit : « tu as appris la nouvelle ». Ici Hitchcock fait une économie en combinant plusieurs évènements dans une seule scène. Lina veut quitter Johnny mais se ravise, son père meurt, et ils iront plus tard écouter la lecture du testament. Dans le film la scène du verre de lait est un climax, le film s’achève avec la scène de la voiture.

Dans le roman d’origine tout porte à croire que le mari est véritablement un assassin. D’ailleurs dans sa fin alternative, Hitchcock voulait que la femme meure en écrivant une lettre à sa mère pour la mettre en garde elle et la société contre son dangereux et meurtrier de mari : John Aysgarth. Comme il l'explique dans son entretien avec François Truffaut. Le mari restait donc un assassin. Toutefois, cette fin là donne un tout autre sens au film. Le spectateur complice du Ouistiti, de cette femme, si bien éduquée se retrouve abusé à la fin du film.

Liens externes[modifier | modifier le code]