Simon Renard

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Simon Renard de Bermont

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Portrait de Simon Renard de Bermont par Antonio Moro

Naissance 1513
Vesoul
Décès 1573 (à 60 ans)
Madrid, enterré à l'Escurial
Pays de résidence Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau : Angleterre Angleterre
Flag of Cross of Burgundy.svg Espagne et Pays-Bas espagnols
Profession
Distinctions
Anobli en 1548, arme d'azur, à une ancre d'argent acc. de deux dauphins renversés d'argent mordant les branches de l'ancre et passés en sautoir, au chef triangulaire d'or, ch. d'une aigle éployée d'azur[1].
Conjoint
Jeanne Lullier

Simon Renard de Bermont (né en 1513 à Vesoul[2] (Franche-Comté), mort le 8 août 1573 à Madrid) fut conseiller de l'empereur Charles Quint et de son fils Philippe II d'Espagne, comtes de Bourgogne.

Il fut ambassadeur d'Espagne en France et en Angleterre. En Angleterre, il organisa le mariage de la reine Marie Tudor avec le futur roi d'Espagne Philippe II.

Formation[modifier | modifier le code]

Simon Renard a étudié à Dole, puis Louvain. Sa formation de docteur en droit lui permit d'être lieutenant général du grand Bailliage d'Amont, plus haute fonction militaire et juridique de ce qui correspond aujourd'hui à la Haute-Saône.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Pendant la ligue de Smalkalde, Simon Renard « fut du nombre des gentilshommes comtois qui allèrent volontairement combattre dans l'armée de Charles-Quint, en Allemagne. Ces braves passèrent l'Elbe à la nage et battirent les confédérés à Mulberg, en 1547[3] ». Cette circonstance le fit connaître particulièrement de l'empereur. Nicolas Perrenot de Granvelle et son fils Antoine, qui précédemment avaient su l'apprécier, le présentèrent à l'empereur. « Il était savant en droit et en diplomatie. Il avoit un esprit vif, entreprenant et courageux[4] ». Charles-Quint le fit chevalier, maître des requêtes, et le nomma son ambassadeur en France, en 1548. La même année, il entra au Conseil privé de Charles Quint, conseil chargé des grands enjeux politiques et composé de juristes dévoués à l'Empereur, par opposition au Conseil d'État, représentant l'aristocratie[5].

Ambassade en France et au Concile de Trente[modifier | modifier le code]

En mai 1549, en tant qu'ambassadeur de l'Empereur à Paris, il écrit divers rapports sur les négociations entre Français et Anglais pour terminer la guerre dite de Rough Wooing, les plans Français pour prendre et fortifier l'île d'Aurigny et sur l'avancement d'autres guerres[6]. Il participe aussi au Concile de Trente, où, envoyé par l'Empereur en 1552, il demande aux Evéques de Mayence et de Cologne de se retirer afin de laisser la possibilité d'une réconciliation avec les protestants[7].

Mariage de Marie Tudor avec Philippe II[modifier | modifier le code]

La reine Marie, 1554, par Antonio Moro, portrait envoyé par Simon Renard à Philippe II.

En juin 1553, à la suite de l'accession de Marie au trône d'Angleterre, Simon Renard fut nommé ambassadeur d'Espagne en Angleterre. Poste prestigieux mais qui n'est pas rétribué et qui l'oblige à quitter sa famille, restée à Bruxelles[8].

Dès les premiers jours du nouveau règne, il prit à la cour une influence prépondérante, égale sinon supérieure à celle des ministres[9]. Il prêchait à la reine la prudence en matière de religion — conseil qu'elle était peu encline à suivre — mais incitait à la rigueur sur le plan politique.

La reine qui, âgée de trente-sept ans, « était encore célibataire et n’aurait eu aucun amant », montrait de l’intérêt pour un mariage avec le futur roi d'Espagne, Philippe II. Le Conseil des Lords se divisait en deux partis. Les premiers voulaient la restauration rapide du catholicisme et un mariage avec un Anglais, les seconds recommandaient la prudence religieuse et l’union avec un prince étranger, parti mené par Simon Renard. Simon Renard fut l'artisan privilégié du mariage de Marie et Philippe II. Il fit échouer en particulier le complot dit de Wyatt et conseilla d'en punir les principaux instigateurs, y compris Elisabeth, pourtant héritière du trône.

Simon Renard avait donné le projet de mariage avec le Prince espagnol, il le fit réussir, et il eut l'honneur de représenter Philippe II lors de son mariage avec la reine, le 9 juin 1554, avant le mariage solennel un mois plus tard quand le prince fut présent.

Victor Hugo a repris cet épisode et l'a fortement romancé[10] dans sa pièce Marie Tudor.

La Crise des Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Jeanne Lullier, femme de Simon Renard.
Portrait par Antonio Moro (1557).
Musée du Temps de Besançon.
Portrait du cardinal Granvelle par Antonio Moro.

Au retour de son ambassade d'Angleterre, par patente du 17 novembre 1555, il entra au Conseil d'état à Bruxelles[11]. Simon Renard fut nommé ministre plénipotentiaire, et convint, en cette qualité, de la trêve de Vaucelles avec Henri II en 1556. Il fut envoyé une seconde fois ambassadeur en France en 1556.

À l'abdication de Charles Quint, l'amitié avec le cardinal Granvelle se transforma alors en solide inimitié, le cardinal ternissant ainsi la réputation de Renard auprès du roi Philippe en 1559, en l'accusant d'influence anti-espagnole[12] et en rappelant les problèmes de son secrétaire, compromis avec la France[13].

Pratiquement, Renard, après 1559, n’eut plus d’ambassade jusqu'à la chute de Granvelle. Il resta aux Pays-Bas où il se rapprocha de la noblesse néerlandaise, qui n’appréciait pas d’être écartée des décisions importantes[14]. La Réforme faisait de grands progrès aux Pays-Bas. Renard s'opposa fortement à la politique du cardinal Granvelle, sur l'application du concile de Trente et de l'Inquisition aux Pays-Bas. Il prôna une position plus souple avec la noblesse néerlandaise, qui ne fut pas comprise du cardinal Granvelle. Cette opposition assez vive[15] se termina par le renvoi du cardinal dans ses terres en mars 1564. Simon Renard fut proposé par la haute noblesse néerlandaise pour remplacer le cardinal au Conseil d'État mais le roi s'y opposa, montrant que la suspicion envers lui était toujours tenace[16]. Simon Renard fut mandé d'aller en Franche-Comté mais demanda à aller à Madrid car le cardinal tenait la Comté sous sa coupe.

Simon Renard en Espagne[modifier | modifier le code]

Portrait de Philippe II, par Antonio Moro.

Il alla présenter au roi Philippe II sa position sur les Pays-Bas et arriva en Espagne en janvier 1566. Il fut reçu en audience le 12 mai 1566, présentant une image des nobles hollandais plus positive que celles que recevait traditionnellement le roi[17]. À la suite de cette audience, il écrivit un mémoire où il donne une « très belle image de la situation des Pays-Bas[18] ». Son mémoire plaide pour l'application de la paix d'Augsbourg sur les terres de Philippe, ce qui se traduirait par l'obligation d'être catholique sur ses terres. Il plaide aussi pour la convocation des États généraux.

Néanmoins, la position intransigeante et centralisatrice sortit victorieuse et entraîna le soulèvement des Pays-Bas.

La chute du cardinal Granvelle n'a donc pas eu de conséquences particulièrement favorables pour Simon Renard et la fin de sa vie est plus confuse[19].

Le 8 août 1573, à Madrid, il meurt dans son lit[20],[21].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Armorial de J.B. Rietstap, sous « Renard de Bermont »
  2. On trouve la maison familiale à Vesoul, cf. Histoire de la ville de Vesoul
  3. Histoire de l'Université du Comté de Bourgogne et des différens sujets qui l'ont honorée: pour faire suite aux ouvrages historiques de M. Dunod de Nicolas-Antoine Labbey-de-Billy, C.F. Mourgeon, 1814. Annales franc-comtoises publié par Nicolas François Louis Besson, vol. 2 - 1864, p.367
  4. Nicolas-Antoine Labbey-de-Billy, ibid
  5. Correspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme avec Philippe II, Bruxelles, 1842, P.310
  6. Calendar of State Papers Spain, vol. 9, (1912), 380, 387, 395.
  7. Lettres et mémoires sur le concile de Trente Par Francisco de Vargas-Mejia,Michel Le Vassor, p. 560.
  8. Calendar State Papers Spanish, vol. 11, (1916), 306, 308, 393.
  9. Michel Duchein, Elisabeth Ire d'Angleterre, 1992, Fayard, p. 87
  10. Voir par exemple
  11. Correspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme avec Philippe II, Bruxelles, 1842 P. 310
  12. Le cardinal accusa Renard d'être à la source d'un vote anti-espagnol à la fin des États généraux de 1559 alors que Philippe II n'avait pas encore quitté les Pays-Bas à la suite des États généraux. Voir (nl) Liesbeth Geevers (thèse), De integratie van Oranje, Egmont en Horn in de Spaans-Habsburgse monarchie (1559-1567), p. 124 ; M. Tridon, « Simon Renard, ses ambassades, ses négociation, sa lutte avec le cardinal de Granvelle », dans Mémoires de la société d’émulation du Doubs, no 6 (1881), p. 109-375
  13. Etienne Quiclet, secrétaire de Simon Renard, fut accusé d'avoir vendu ses lettres à la France. Calendar State Papers Spanish, vol. 11, (1916), 248-9 & note.
  14. (nl) Liesbeth Geevers, op. cit., p. 111
  15. Une affaire levée par le cardinal Granvelle dans sa lutte contre Simon Renard eut des conséquences assez fâcheuses pour ce dernier : Étienne Quiclet, son maître d'hôtel à Paris en 1556, fut convaincu d'intelligence avec la France et pendu, malgré ses dénégations et les protestations de Simon Renard.
  16. (nl) E.M. Geevers, Gevallen vazallen : de integratie van Oranje, Egmont en Horn in de Spaans-Habsburgse monarchie (1559-1567)
  17. E.M. Geevers,Gevallen vazallen p.153
  18. E.M. Geevers,Gevallen vazallen p.156
  19. de l'Université du Comté de Bourgogne et des différents sujets qui l'ont honorée : pour faire suite aux ouvrages historiques de M. Dunod de Nicolas-Antoine Labbey-de-Billy, C.F. Mourgeon, 1814. Pour d'autres sources : Michel Baelde, Biographie Simon Renard, son séjour espagnol correspond plus à un régime de semi-liberté. Il semble surtout n'avoir pas voulu retourner en Franche-Comté tant que son ancien mentor y était avec temps de pouvoir.
  20. Selon certaines sources, il serait enterré à l'Escorial, ce qui voudrait souligner un rôle plus actif vis-à-vis de Philippe II
  21. Le cardinal Granvelle, qu'il n'avait pas revu depuis son renvoi, offre soutien financier à sa veuve, Jeanne Lullier d'après l'abbé Boisot, historien de Granvelle et Nicolas-Antoine Labbey-de-Billy, ibid. Cette réconciliation des deux familles comtoises n'est attestée que dans ce document. Le général de Mesmay écrit ainsi : « Conseiller au Conseil Privé de Madrid en 1564, et tombé peu après dans la disgrâce de S.M C, il y mourut le 8 août 1573, dans son lit, assassiné peut-être par les sbires de son ennemi Granvelle. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]