Raoul d'Ivry

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Raoul
Titre Comte d'Ivry
(entre 996/1006 et 1011[1] – ap. 1015)
Successeur Hugues d'Ivry?
Biographie
Décès ap.
Père Asperleng
Mère Sprota
Conjoint Éremburge
Aubrée de Canville
Enfants Hugues, Emma, Raoul, une fille, Jean d'Ivry

Raoul d'Ivry[2] (Radulfus[3]) († ap. 8 septembre 1015[4]), fils d'Asperleng (Esperleng) de Pîtres (fermier des moulins du Vaudreuil) et de Sprota (mariée en premières noces à Guillaume Ier de Normandie), il était le demi-frère du duc de Normandie Richard Ier.

La tutelle de Raoul d'Ivry sur le duc de Normandie[modifier | modifier le code]

En 996, le duc Richard Ier de Normandie meurt. Selon Dudon de Saint-Quentin, il demande à Richard qui de ses fils doit lui succéder et que deviendront ses autres enfants[5]. Il est en quelque sorte son exécuteur testamentaire[5]. Son successeur, Richard II, étant mineur, Raoul d'Ivry assure la transition en tant que demi-frère par sa mère du défunt. François Neveux estime : « selon toute apparence, c'est lui qui détenait la réalité du pouvoir pendant la minorité »[6]. Une place qu'il partage sûrement avec la veuve de Richard Ier, la duchesse Gunnor.

Le chroniqueur Guillaume de Jumièges nous apprend qu'il est chargé de mater les deux rébellions qui éclatent à la fin du Xe siècle en Normandie, d'une part celle de la paysannerie et d'autre part, celle d'une partie de l'aristocratie. Contre les paysans, il emploie la manière forte en faisant couper les pieds et les mains des meneurs[7]. Contre les nobles, il dirige une expédition qui conduit à l'arrestation du principal rebelle, Guillaume, comte d'Exmes[5]. Il est principal artisan de la paix dans le duché au début du règne de Richard II[3].

Le comte Raoul[modifier | modifier le code]

Au sein du duché de Normandie, les premiers comtes apparaissent autour de l'an 1000. Raoul est le premier attesté par un acte (1011). Il possède peut-être ce titre depuis longtemps car Robert de Torigni fait remonter cette attribution au temps du duc Richard Ier (donc avant 996). Le comté qui lui fut dévolu donna lieu à un débat parmi les historiens. Comme le rappelle le chercheur Pierre Bauduin à la suite de David Bates[8], " les désignations territoriales pour les comtes apparaissent seulement dans les années 1040 "[3]. Les actes d'époque et Dudon de Saint-Quentin présentent simplement Raoul comme " le comte Raoul " et jamais comme " Raoul d'Ivry " ou " le comte d'Ivry ". Ce sont des écrivains postérieurs qui attribuent un comté précis au demi-frère de Richard Ier : Orderic Vital le désigne par exemple comme comte de Bayeux. Mais les historiens considèrent que le moine se trompe. Pierre Bauduin pense qu'il s'agit d'une confusion avec son fils Hugues, évêque de Bayeux[3]. Ils préfèrent suivre un autre chroniqueur tardif, Robert de Torigni, qui décrit Raoul comme comte d'Ivry. David Douglas voit la confusion entre Évreux et Ivry par la parenté toponymique des formes anciennes de ces deux villes[3].

Possessions du comte Raoul[modifier | modifier le code]

Suivant l'héritage de son fils Hugues, Raoul était implanté dans la forêt de Vièvre en Lieuvin, dans l'Hiémois, au nord de la Seine et en Évrecin[9].

Raoul reçoit la forêt de Vièvre de Richard Ier après une partie de chasse, peut-être vers 960[9]. Cette concession aurait eu pour but de consolider le pouvoir ducal, tout comme ses biens dans l'Hiémois avec les diverses donations, qui ont permis un déplacement du centre de gravité du Hiémois vers Falaise[10]. Ses biens au nord de la Seine sont concentrés entre Rouen et l'Andelle[10]. Selon David Douglas, il aurait également tenu des terres près de Breteuil, à l'origine de l'honneur de Breteuil[11].

Son installation à Ivry revêt une importance stratégique et s'inscrit dans le but de consolider l'autorité du duc à la limite du duché[1], sur un carrefour important entre une voie romaine et la vallée de l'Eure. Depuis plusieurs dizaines d'années, la région fait l'objet d'une lutte d'influence entre le duc de Normandie et le comte de Blois-Chartres qui vient de prendre pied à Dreux. En plaçant un membre de sa famille à Ivry, Richard Ier (ou Richard II) conforte son autorité sur la marge sud-est de l'Évrecin.

Le château d'Ivry[modifier | modifier le code]

Intérieur des ruines du donjon.

L'actuel château d'Ivry-la-Bataille aurait été construit avant 996 par Éremburge (ou Aubrée), femme de Raoul, sur les plans de l'architecte Lanfred, auteur du donjon de Pithiviers, qu'elle aurait ensuite fait assassiner afin qu'il emporte avec lui ses secrets techniques. Le comte Raoul aurait tué plus tard sa femme pour garder le contrôle de la forteresse[12],[13]. Le château d'Ivry est attesté par un acte du cartulaire de Saint-Père de Chartres antérieur à 1034. En l'absence de fouilles exhaustives, une construction de la tour maîtresse du château à la fin du Xe siècle présentée dans les textes est possible[13].

Il est entièrement arasé en 1424 par les Anglais. A partir de 1968, un groupe de jeunes bénévoles le dégage sur plusieurs mètres de hauteur. Le site fait l'objet de fouilles archéologiques depuis 2007.

Unions et descendance[14][modifier | modifier le code]

Avec Éremburge († vers 1011):

Avec Aubrée de Canville (Caville/Cacheville):

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bauduin 2006, p. 209.
  2. Généalogie de Raoul d'Ivry, fils d'Esperleng de Pîtres sur le site Medieval Lands
  3. a, b, c, d et e Bauduin 2006, p. 200.
  4. Bauduin 2006, p. 210.
  5. a, b et c Bauduin 2006, p. 199.
  6. François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest-France, Rennes, 1998, p. 65
  7. Guillaume de Jumièges, Histoire des ducs de Normandie, éd. Guizot, 1826, avec interpolation de Robert de Torigni et d'Orderic Vital, p.111-114
  8. David Bates, Normandy before 1066, p.114
  9. a et b Bauduin 2006, p. 201.
  10. a et b Bauduin 2006, p. 205.
  11. Bauduin 2006, p. 207.
  12. M. Guizot, Histoire de la Normandie, tome III. pp364 (voir source)
  13. a et b Bauduin 2006, p. 196-197.
  14. Richard Allen, « ‘A proud and headstrong man’: John of Ivry, bishop of Avranches and archbishop of Rouen, 1060–79 », Historical Research, vol. 83, no 220 (mai 2010), p. 189-227.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Guillaume de Jumièges, Histoire des ducs de Normandie, éd. Guizot, 1826, avec interpolation de Robert de Torigni et d'Orderic Vital, p. 111-114 - [lire en ligne]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bauduin (préf. Régine Le Jan), La première Normandie (Xe-XIe siècle) : Sur les frontières de la haute Normandie: identité et construction d'une principauté, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Bibliothèque du pôle universitaire normand »,‎ 2006 (1re éd. 2004), 481 p. (ISBN 978-2-84133-299-1)
  • François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest-France, Rennes, 1998