Robert le Danois

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Robert le Danois
Image illustrative de l'article Robert le Danois
Biographie
Décès hiver 1037
Évêque de l’Église catholique
Archevêque de Rouen
987/989 – hiver 1037
Précédent Hugues II de Cavalcamp Mauger de Rouen Suivant
Autres fonctions
Fonction laïque
Comte d'Évreux

Robert le Danois, en latin Rotbertus[1] († 1037) fut archevêque de Rouen (989-1037) et comte d'Évreux (996-1037) au temps des premiers ducs de Normandie[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Fils du duc Richard Ier de Normandie[1] et de Gunnor, il fait donc partie de ce puissant groupe aristocratique appelé les Richardides. Il est le frère de Richard II de Normandie, duc de Normandie (996-1026) et oncle des ducs Richard III de Normandie (1026-1027) et Robert le Magnifique (1027-1035).

L'archevêque de Rouen[modifier | modifier le code]

Son père lui confie très jeune l'archevêché de Rouen, principal siège ecclésiastique du duché de Normandie. L'historiographe Guillaume de Jumièges rapporte que les clercs se sont opposés à cette décision tant que le duc refusait de se marier chrétiennement avec sa frilla Gunnor. Suivant le vœu du clergé, Richard Ier de Normandie épouse finalement Gunnor. Robert accède alors à l'archevêché.

Robert est un archevêque marié et, de surcroît, père! Même si la réforme grégorienne interviendra plus tard pour imposer le célibat, il faut avouer que les cas de mariage chez les hauts dignitaires ecclésiastiques sont déjà rares à cette époque. Quand son fils Richard d'Évreux devient comte d'Évreux en 1037, il le proclame ouvertement dans une charte solennelle pour Jumièges comme « Roberti archiepiscopi filius »[2]. Pour l'historien François Neveux, il ne fait pas de doute que Robert est « un archevêque plus profane que religieux[3] ».

Fresque représentant saint Olaf.

Malgré tout, en tant qu'archevêque, il se charge du baptême du futur saint Olaf[2] vers 1013, après le conflit avec Eudes II de Blois concernant la dot de Mathilde[4]. Il crée également un chapitre cathédral à la tête duquel il place un doyen[1].

Chapelle absidiale de la crypte de la cathédrale de Rouen.

À la fin des années 1020, nous savons qu'il commence les travaux d'agrandissement de sa cathédrale[1]. Il reconstruit le chœur dans un style roman et insère une crypte en dessous afin d’agrandir la basilique Notre-Dame existante[5]. La construction de la cathédrale de Rouen, tout comme celle de l’abbatiale de Bernay, jette les fondements de l’école romane normande, prototypes de l’architecture religieuse en Normandie, puis en Angleterre[6]. Les travaux s'interrompent à sa mort en 1037[7],[6].

Grâce aux fouilles de l'archéologue Jacques Le Maho, il est prouvé que l'archevêque transforme son château de Gravenchon en un véritable palais rural au tout début du XIe siècle. Il dédicace de nombreuses abbatiales, parmi lesquelles Fécamp (990) et Saint-Wandrille (1031)[1]. Il assiste vers 1020 à la dédicace par l'évêque Hugues, de la collégiale de La Ferté-en-Bray, fondée par Gautier, fils de Renaud et Aubrée, en présence du duc Richard II, de son fils Richard et du comte Robert[8].

Vers 1028/1033, il entreprend avec Robert le Magnifique de restaurer le patrimoine de la cathédrale de Rouen dont une grande partie des biens avaient été usurpés. Ils restituent et/ou confirment dans une grande charte de nombreux domaines, terres et églises[9]. Il rachète avant 1007 la terre de Douvrend à Gautier, comte de Mantes, dot attribuée par son prédécesseur Hugues au mariage de sa sœur avec Henri, parent de Gautier, et qui avait fait valoir ses droits à la mort d'Henri[10]. Peu avant sa mort, il acquiert Bouafles et peut-être Andely[11].

Le comte d'Évreux[modifier | modifier le code]

Peu est connu de Robert comme comte d'Évreux. Robert reçoit, peut-être juste avant la mort de son père en 996, la charge du comté d'Évreux[12]. Cette double fonction – archevêque de Rouen et comte – fait de lui le plus puissant personnage de Normandie après le duc. De surcroît, le nouveau duc, Richard II (996-1026), est son frère. Toutefois, il ne porte jamais le titre comtal dans ses actes et lui préfère celui d'archevêque[12]. La décision de le choisir comme comte d'Évreux est peut-être la volonté de consolider l'autorité ducale dans la région[13].

Il usurpe des biens au détriment de la cathédrale de Rouen (Douvrend en faveur de son fils Richard), de l'abbaye de Jumièges (Le Trait) et de la Trinité du Mont (église de Gravigny)[14].

Robert le Danois cumule donc une fonction religieuse et une fonction laïque. Au titre de comte d'Évreux, il se donne le droit de se marier : il épouse Herlève, probablement la fille de Turstin le Riche, dont il aura plusieurs enfants.

Conflit et réconciliation avec Robert le Magnifique[modifier | modifier le code]

Robert le Magnifique.

En 1026, Robert le Magnifique, le neveu de Robert, succède de façon controversée à Richard III en tant que duc de Normandie. Peu après son avènement, il s'attaque à Robert le Danois. Est-ce parce que ce dernier complote contre lui ? Ou est-ce parce que l'archevêque proteste contre les usurpations de terres d'Église que pratique le duc pour récompenser ses amis ? En tout cas, Robert doit quitter Rouen et s'enfermer avec quelques chevaliers dans sa ville comtale d'Évreux. Le duc l'assiège[12]. Après une résistance digne d'un chef de guerre, l'archevêque négocie son départ. Il quitte la Normandie pour la France auprès de Robert II mais, de son nouveau refuge, prononce l'excommunication du duc Robert le Magnifique et l'anathème sur la Normandie[12]. Il semble que cette sanction fasse plier le duc. Il se réconcilie avant 1030 avec Robert le Danois qui se voit restituer Évreux[12]. Il exerce une grande influence sur les affaires concernant le duché, à tel point que Michel de Boüard dit que « la réalité du pouvoir paraît bien avoir été détenue par l'archevêque Robert jusqu'à sa mort »[12].

Sa position est renforcée en 1035 après la mort de Robert le Magnifique qui laisse un enfant comme héritier (le futur Guillaume le Conquérant). Avant l'avènement du nouveau duc, Robert se charge de fortifier Évreux contre Guillaume[2]. Doyen des Richardides, l'archevêque-comte est l'homme fort du duché jusqu'à sa mort le 16 mars 1037 selon Michel de Boüard[12] ou au cours de l'hiver 1037[1],[15]. Il est enterré dans l'abbaye Saint-Père-en-Vallée, à Chartres[16].

Un mécène[modifier | modifier le code]

Mécène, il entretient un cénacle littéraire décrit par Lucien Musset, qui gravite autour de l'archevêque. À la mort de son père, il demande à Dudon de Saint-Quentin de poursuivre son œuvre, qui aboutira au De moribus et actis primorum Normanniae ducum[17].

Dudon est son protégé et rédige pour lui en 1011 une charte de donation en faveur de Saint-Ouen de Rouen. Il compose dans son œuvre 4 poèmes et une apostrophe, tandis que Garnier de Rouen lui dédie deux satires[17].

Descendance[modifier | modifier le code]

Marié, il est le père d'une nombreuse famille[1]. Il épouse Herlève de qui il aura au moins trois fils[12]:

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Neveux et Pierre Bouet (dir.), Les évêques normands du XIe siècle, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle (1993), Presses Universitaires de Caen, 1995.
  • Jules Thieury, Armorial des archevêques de Rouen, Imprimerie de F. et A. Lecointe Frères, Rouen, 1864, p. 45-46.
  • Pierre Bauduin (préf. Régine Le Jan), La première Normandie (Xe-XIe siècle) : Sur les frontières de la haute Normandie: identité et construction d'une principauté, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Bibliothèque du pôle universitaire normand »,‎ 2006 (réimpr. 2006) (1re éd. 2004), 481 p. (ISBN 978-2-84133-299-1)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Pierre Bouet et François Neveux, Les évêques normands du XIe siècle : Colloque de Cerisy-la-Salle (30 septembre - 3 octobre 1993), Caen, Presses universitaires de Caen,‎ 1995, 330 p. (ISBN 2-84133-021-4), « Les évêques normands de 985 à 1150 », p. 19-35
  2. a, b et c David Douglas (trad. Marie-Liliane de Bouard), « Les évêques de Normandie (1035-1066) », Annales de Normandie,‎ mai 1958, p. 87-102
  3. La Normandie, des ducs aux rois Xe-XIIe siècle, 1998, p.275
  4. Bauduin 2006, p. 182.
  5. François Lemoine et Jacques Tanguy, Rouen aux 100 clochers : Dictionnaire des églises et chapelles de Rouen (avant 1789), Rouen, PTC,‎ 2004, 200 p. (ISBN 2-906258-84-9, lien OCLC?), p. 21
  6. a et b Georges Lanfry, Bulletin des Amis des monuments rouennais, Rouen, Imprimerie Lecerf,‎ 1933, « La cathédrale de Rouen au XIe siècle », p. 118
  7. Anne-Marie Carment-Lanfry et Jacques Le Maho (préf. Jacques Le Maho), La cathédrale Notre-Dame de Rouen : édition revue et complétée par Jacques Le Maho, Mont-Saint-Aignan, Publications des Universités de Rouen et du Havre,‎ 2010 (1re éd. 1977), 312 p. (ISBN 978-2-87775-477-4), p. 24
  8. Bauduin 2006, p. 292.
  9. Bauduin 2006, p. 269.
  10. Bauduin 2006, p. 255.
  11. Bauduin 2006, p. 270.
  12. a, b, c, d, e, f, g et h Bauduin 2006, p. 325-330.
  13. Bauduin 2006, p. 194.
  14. Bauduin 2006, p. 345-347.
  15. François Neveux, L'aventure des Normands : VIIIe-XIIIe siècle, Paris, Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2009, 368 p. (ISBN 978-2-262-02981-4), p. 134
  16. Jules Thieury, Armorial des archevêques de Rouen, Imprimerie de F. et A. Lecointe Frères, Rouen, 1864, p. 45.
  17. a et b Bauduin 2006, p. 64-66.