Plan Calcul

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : Plankalkül.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Calcul.

Le Plan Calcul était un plan gouvernemental français lancé en 1966 par le général De Gaulle sur l'impulsion de Michel Debré et d'un groupe de hauts fonctionnaires et d'industriels, destiné à assurer l'indépendance du pays en matière de gros ordinateurs.

Historique et objectifs[modifier | modifier le code]

Contrairement à une légende[1] qui résiste à toutes les études sérieuses[2], ce plan ne faisait nullement suite au « refus américain de vendre un superordinateur Control Data au Commissariat à l'énergie atomique en 1965 ». Depuis la fin des années 1950, le CEA consacrait d'énormes budgets aux calculs de physique nucléaire, et était largement équipé en gros ordinateurs IBM.

L'origine du Plan Calcul est en réalité l'Affaire Bull: la prise de contrôle de la firme française Bull par General Electric avait en 1964 affaibli, l'un des concurrents d'IBM », le leader mondial, qui exerçait déjà une domination écrasante sur le marché. C'est en réaction contre les difficultés de l'industrie électronique française que général de Gaulle décida alors de lancer le Plan Calcul à la suite du rapport de François-Xavier Ortoli, directeur de cabinet du Premier ministre Georges Pompidou. Ses objectifs étaient de développer une industrie nationale informatique et d'en faire un élément d'une future industrie informatique européenne. Le Plan Calcul a décidé la création de l'IRIA, grand organisme public de recherche (devenu depuis l'INRIA), et d'une grande compagnie d'informatique privée mais aidée par l'État : la Compagnie internationale pour l'informatique (CII), pilotée par Thomson et la Compagnie Générale d'Électricité (CGE). Contrairement à une légende, ce ne sont pas les applications militaires et scientifiques qui y furent privilégiées, mais les systèmes de gestion. La CII, d'abord très dépendante des technologies de son licencieur SDS, acquit progressivement une véritable autonomie technique et une aptitude à développer des matériels compétitifs, notamment des mini-ordinateurs et des disques magnétiques.

Le Plan Calcul comportait d'autres volets :

  • Un Plan Composants visait à accélérer le développement de l'industrie française des circuits intégrés. Il obtint des résultats, mais servit trop souvent de béquille financière aux grands groupes industriels (CGE, Thomson) et fut malencontreusement dilué dans un « Plan Electronique civile ».
  • Un vaste effort de formation à l'informatique, à la fois dans l'Éducation nationale et dans divers organismes publics ou privés[3], par la création d'un ensemble de diplômes, la reconnaissance de l'informatique comme discipline scientifique et l'opération des « 58 lycées » à partir de 1972.

En 1971, la CII lança un projet européen qui devait devenir en 1973 Unidata (CII, Philips, Siemens), pour une grande industrie informatique européenne à l'identique d'Airbus dans l'aéronautique. Chacun des trois participants se chargeait de développer une partie de la nouvelle gamme d'ordinateurs compatibles.

Valéry Giscard d'Estaing, élu président en 1974, mit fin au projet en 1975 : la France dénonça unilatéralement l'accord Unidata et CII fusionna avec Honeywell-Bull.

La dotation budgétaire de Plan Calcul est restée stable à environ 300 millions de francs (MF) dans les années 1968 à 1974. À partir de 1975, la réorganisation autour de CII-Honeywell-Bull. a obligé à faire passer le budget à 2 milliards de francs par an. L'essentiel des subventions publiques à CII-Honeywell-Bull a été versé dans les années 1975 à 1977. À partir de 1978, les aides publiques vont à divers plans de croissance en péri-informatique (avec des industriels comme Logabax, Sagem, CSEE, Intertechnique/IER, Benson) et dans le domaine des logiciels, des bases de données et des usages de l'informatique[4].

Plus tard, le Plan informatique pour tous connut lui aussi un échec sévère[5], et fut le dernier projet ambitieux du gouvernement français en informatique.

Dates clefs[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • 1966 : La France lance le plan Calcul, un documentaire d'Amélie Meffre et Anne Franchini, puis entretien entre Pierre-Éric Mounier-Kuhn et Emmanuel Laurentin (émission « La fabrique de l'histoire » du 26 septembre 2006, sur France culture).
  • J.-P. Brulé, L’Informatique malade de l’État, Paris, Les Belles-Lettres, 1993.
  • P. Mounier-Kuhn, L’Informatique en France, de la seconde guerre mondiale au Plan Calcul. L’émergence d’une science, Paris, PUPS, 2010.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette légende se trouve notamment dans l'ouvrage de Jacques Jublin et J.-M. Quatrepoint, French ordinateurs, éd. A. Moreau, 1976, et répétée en boucle dans presque tous les articles journalistiques mentionnant le Plan Calcul
  2. Institut Charles de Gaulle, De Gaulle en son siècle, tome 3 : Moderniser la France, 1992. J.-P. Brulé, L’Informatique malade de l’État, Paris, Les Belles-Lettres, 1993. P. Mounier-Kuhn, "Le Plan Calcul, Bull et l’industrie des composants : les contradictions d’une stratégie”, Revue historique, 1995, no 1, p. 123-153.
  3. P. Mounier-Kuhn, L’Informatique en France, de la seconde guerre mondiale au Plan Calcul. L’émergence d’une science, Paris, PUPS, 2010, ch. 6.
  4. French ordinateurs, Jacques Jublin et J.-M. Quatrepoint, éd. Moreau, 1985
  5. J.-P. Brulé, L’Informatique malade de l’État, Paris, Les Belles-Lettres, 1993.
  6. Présentation de l'IRIS 50 sur le site FEB-patrimoine : [1]
  7. Présentation de l'IRIS 80 sur le site FEB-patrimoine : [2]