Pandoure

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Pandoures croates de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1742)
Type de Pandour autrichien en 1760.
"Pandoures de Trenck" á Požega, aujourd'hui

Le terme pandoure ou pandour désigne à l’origine des gardes du corps des boyards croates, serbes ou roumains, ultérieurement intégrés comme troupes irrégulières mais aussi comme gardes impériaux dans les armées de l’Empire d'Autriche, notamment dans le cadre des "Militärgrenze" le long des frontières avec l’Empire ottoman. Le terme viendrait du nom propre « Pandur » qui serait le nom d'un village de Hongrie et peut aussi désigner un soldat d’une milice irrégulière recrutée parmi les Esclavons ou les Valaques et formant des unités auxiliaires, disparates et indisciplinées, mais très mobiles, de cavalerie légère et d’infanterie.

Aujourd'hui le terme de Pandour est parfois utilisé pour désigner un homme et/ou un soldat brutal.

Le nom de « Pandur » a également été donné à un véhicule de combat moderne de fabrication autrichienne.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les « pandoures » (terme croate initialement) sont signalés dès la fin du Moyen Âge et passent ensuite au service des Habsbourg. Être pandoure était un efficace "ascenseur social" pour les Slaves et des Roumains d'Autriche, citoyens de seconde zone dans cet empire, en comparaison des germanophones et des magyars. En principauté de Valachie, le terme "pandoure" recouvrait les corps de garde des grands boyards et des voïvodes. Ces "pandoures" étaient distincts de l'armée régulière de la principauté : "dorobantsi" (infanterie), "calarasi" (cavalerie) ou "rosiori" (chevau-légers) ainsi que des mercenaires ("arvanitsi") et des irréguliers ("acangii") qui eux, relevaient du Sultan ottoman (suzerain des principautés chrétiennes de Moldavie, Valachie et Serbie) et étaient encasernés à part. Les "pandoures" étaient très inégaux en termes de formation militaire. Par extension, on a appelé "pandoures" toute l'armée révolutionnaire de Tudor Vladimirescu, en 1821, alors que le gros des "pandoures" de Vladimirescu étaient des ruraux sans terre issus des familles très nombreuses de l'époque (autour de 10 enfants était la norme) en quête d'un sort meilleur. Vladimirescu les recrutait en parcourant les villages, un gros pain dans une main et un fusil dans l'autre. Ils lui ont permis de prendre brièvement Bucarest et d'y proclamer la République le 21 mars 1821, avant les violentes représailles ottomanes qui firent plus de 800 victimes en août et rétablirent le Hospodar sur son trône. Les "Pandoures" disparaissent avec les "Militärgrenze", en 1881[1].

Suite aux contacts entre les armées de Napoléon 1er et Napoléon III et celles de l'Empire d'Autriche, il semble que le terme "pandoure" soit à l'origine du terme argotique français "pandore" pour désigner un gendarme, terme attesté avec certitude en 1853 dans la chanson "Pandore, ou les Deux Gendarmes" de Gustave Nadaud (1820 – 1893).

Les Pandoures en Alsace[modifier | modifier le code]

Les Pandoures apparaissent dans l'une des légendes alsaciennes recensées par le folkloriste alsacien Auguste Stoeber au XIXe siècle[2], en lien avec des faits historiques. En 1744, Saverne fut prise par le baron de Trenck et le général Nadasti, et les Pandoures occupèrent le château du Haut-Barr, évacué par les Français. Selon la légende, un jeune fils de fermier était resté sur place, monté sur le plus haut rocher, et nourri du lait d'une chèvre qu'il avait emmenée avec lui. De là-haut, il lapidait l'ennemi. Les Pandoures finirent par juger inutile de continuer la lutte et abandonnèrent le château. Le terme de Pandoure est resté longtemps dans le vocabulaire local pour évoquer une sorte de croquemitaine qui faisait peur aux enfants ; le temps de l'occupation de l'Alsace par les Pandoures est resté connu sous le terme de Grabuge des Pandoures (Pandurenlärm) et un lieu-dit près de Saverne s'appelait le coupe-gorge des Pandoures.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michael Hochedlinger, Austria's Wars of Emergence : War, State and Society in the Habsburg Austria, Pearson Education, 2003, 466 p. (ISBN 0582290848)
  2. Auguste Stoeber, Légendes d'Alsace, collecte choisie et présentée par Françoise Morvan, Éd. Ouest-France, 2010 (ISBN 978-2-7373-4850-1)