Système monétaire de l'Ancien Régime

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Le système monétaire de l'Ancien régime se caractérise par sa base duodécimale, la distinction qu'il faisait entre monnaie de compte et monnaie de règlement, la complexité qui en découlait et, contre toute attente, sa longévité.

Monnaie de compte et monnaie de règlement[modifier | modifier le code]

Prix du beurre et des œufs à Paris le 8 janvier 1779, Journal de Paris, 9 janvier 1779, p. 35.

Sous l’Ancien Régime, le système monétaire se basait sur deux séries d'unités :

  • Les trois unités dites de compte, abstraites, qui servaient à exprimer une valeur et à compter : livre, sou, denier.
  • Les unités dites de règlement, concrètes, servaient à nommer les pièces de monnaie, frappées par les ateliers autorisés et utilisées pour les échanges : le louis, l'écu, le liard,…

L'extrait de journal ci-contre donne une liste de prix exprimés en unités de compte (Liv., S. et D. pour livre, sous et denier) qui ne sont pas celles des pièces de monnaies en circulation. Ce double système d'unités contraignait à des conversions continuelles et s'avérait complexe pour une population majoritairement analphabète.

Les unités de compte[modifier | modifier le code]

Les unités de compte étaient la livre, le sou et le denier. La livre vaut 20 sous ou 240 deniers.

Livre Sou Denier
Livre (£) 1 20 240
Sou (S) 1/ 20 1 12
Denier (d) 1/ 240 1/ 12 1

Les livres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Livre en France (monnaie).

Comme la livre était définie par rapport à un poids de métal dans lequel étaient taillés un certain nombre de flans destinés à la frappe mais que les poids et mesures n'étaient pas uniformes dans le royaume, le système de compte était alourdi par l'existence de deux livres différentes, de poids différents et donc de valeurs différentes. Le terme générique de livre fut donc rapidement flanqué d'un adjectif géographique indiquant l'unité de masse de référence. Deux livres surtout se sont imposées durant l'Ancien régime : la livre parisis (lp) et la livre tournois (lt). Ce n'est qu'en 1667 que la livre parisis sera définitivement supprimée et, à partir de 1720, toute ambigüité ayant disparu, la livre tournois peut se laisser appeler simplement la livre. Entretemps, à chacune de ces deux livres, correspondait le sou et le denier correspondants. Le rapport de valeurs était identique (une livre valant toujours 20 sous et un sou, 12 deniers), mais la valeur était différente parce que la quantité de métal initial était différente. On doit donc parler de sou parisis (sp), de denier tournois (dt),… et tenir compte de conversions supplémentaires.

  • 1 livre parisis = 5/4 livre tournois
  • 1,25 livre tournois = 1 livre parisis
  • Comme une livre vaut 20 sous, 1 livre parisis vaut \scriptstyle(5 / 4) \times20~ sous tournois, soit 25 sous tournois.
Livre tournois Sol tournois Denier tournois
  Livre parisis 5/4 25 300
  Sol parisis 1/16 5/4 15
  Denier parisis 1/192 5/48 5/4


Livre parisis Sol parisis Denier parisis
Livre tournois 4/5 16 192
Sol tournois 1/25 4/5 48/5
Denier tournois 1/300 1/15 4/5

Le sou[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sou.

Le denier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Denier (monnaie).

Système duodécimal[modifier | modifier le code]

Le système, souvent présenté comme duodécimal, ne l'était donc que partiellement, puisqu'une livre vaut 20 sous. L'intérêt majeur était de travailler à partir du nombre 240, dit hautement composé, c'est-à-dire aisément divisible.

L'idée d'un tel système remonte à 781, sous le règne de Charlemagne, et se maintiendra à travers tout l’Ancien Régime pendant plus d’un millénaire, jusqu’au 18 germinal an III, où un nouveau système d’unités de compte plus simple car fondé sur le système décimal, sera défini. Il survivra même jusqu'aux années 1970 dans sa version anglaise[1].

La période de transition monétaire va prendre 10 à 15 ans et s’étaler du Directoire au premier Empire (1795-1810).

  • Les décrets des 18 Germinal An III et 28 Thermidor An III ont établi la décimalisation du système monétaire (1 Franc = 100 centièmes) et le cours légal du franc à 4,5 grammes d'argent pur.
  • La Loi du 25 germinal an IV définit le taux de conversion monétaire entre le franc et la livre tournois en donnant une légère plus-value au franc afin de tenir compte du frai et de la tolérance de fabrication des monnaies royales apportées à l'échange.
101 livres tournois + 5 sols tournois  =  100 Francs.  Soit un taux livre tournois/ franc de 1,0125 : 1

Toutefois, une tolérance fut admise pour la conversion des espèces métalliques du 3 deniers au 30 sols. Ainsi, les espèces de 3 deniers furent converties au cours de 1,25 centime de franc (au lieu d’un cours théorique légal de 1,23 centime de franc).

  • Les décrets des 29 Vendémiaire An VII et 17 Floréal An VII ont rendu obligatoires l’établissement des comptes et l’exécution des paiements en francs.
  • La Loi du 7 germinal an XI décida la refonte générale des monnaies d’ancien régime et leur remplacement par les nouvelles monnaies napoléoniennes. Le poids du franc en or était fixé à 290,3225 milligrammes d'or fin. Le poids en argent restait celui fixé en 1795 (4,5 g d'argent fin). Soit un ratio argent/or de 15,5/1 environ.
  • le décret impérial du 18 aout 1810 égalisait les valeurs du franc et de la livre tournois afin d'achever la transition d'un système à l'autre, ralentie par la complexité du taux de conversion retenu.

Par extraordinaire, le cours du franc à cheval de Jean II de France (dit « le bon »), qui avait été fixé à 1 livre tournois en 1360, sera finalement le taux de conversion retenu 450 ans plus tard.

Chronologie.jpg

Les unités de règlement[modifier | modifier le code]

Les unités de règlement sont les pièces de monnaie physiques qui circulaient de main en main pour le règlement des transactions.

Concrètement, le Roi définit un type de monnaie avec une équivalence – immuable – en monnaie de compte. Le liard, par exemple, est créé en 1654 et défini comme valant 3 deniers. D'autres types monétaires sont créés de même qui se différencient par leur contre-valeur : les écus, liards, louis, les gros tournois, les gros blancs, les francs,… Les noms portés par ces unités monétaires dérivent parfois des noms des unités de masse utilisés à l'époque, telles le gros ou la maille.

Types monétaires
Nom[2] Définition[3] Création Disparition Métal Livre[4] Sou[5] Denier[6]
écu 3 livres 1253 or 3 60 720
louis 60 sous argent 3 60 720
1/2 louis 30 sous argent 1,5 30 360
1/4 louis 15 sous argent 0,75 15 180
1/6 louis 10 sous argent 0,50 10 120
1/12 louis 5 sous argent 0,25 5 60
gros tournois 12 deniers 1260-1263 argent 0,05 1 12
gros blanc Jean II, XIVe siècle argent
double tournois 2 deniers XIIIe siècle billon 0,0083 0,1660 2
liard 3 deniers 1654 1792 cuivre 0,0125 0,25 3
franc 1 livre 1360 or 1 20 240
maille 1/2 denier XIVe siècle 0,002083 0,0416 0,5
1/5 écu argent 0,6 12 144

À partir de cette définition[7], le Roi autorise un ou plusieurs ateliers à frapper des pièces, à Paris et en province[8].

Ces pièces ne portent aucune valeur faciale ; elles valent le poids du métal qui les compose[9]. Le Roi fait fluctuer la valeur de l'argent (politique monétaire) en modifiant le poids des pièces ou leur métal et les motifs qu'elles représentent[10]. Concrètement, les pièces nouvelles étaient généralement frappées, avec un nouveau motif, dans le métal refondu des anciennes.

Ainsi, pour un même type monétaire (écu, liard, louis,…), il existe plusieurs pièces différentes. Un écu, par exemple, vaudra toujours trois livres, mais il se frappe en or au XIIIe siècle et en argent (écu blanc) au XVIe siècle. De même, au XVIIIe siècle, l'écu en argent se décline en plusieurs pièces :

  • l'écu vertugadin[11] (1715) d'un poids théorique de 30,594 g ;
  • l'écu de Navarre[12] (1718) de 24,475 g ;
  • l'écu aux 8 L[13] (1721), de 23,590 g.

L'histoire de la numismatique française peut dès lors se synthétiser sous forme de tableaux comme ceux-ci.

Types monétaires2.jpg
Types monétaires.jpg

La frappe[modifier | modifier le code]

La frappe des pièces était confiée à un vaste réseau d'ateliers dûment accrédités, à Paris et en province.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Monnaies royales françaises 1610-1792, Monaco, Victor Gadoury,‎ 2001, 623 p. (ISBN 2-906602-19-1)
  • Bruno Collin, L'Atelier monétaire royal de Montpellier et la circulation monétaire en Languedoc de Louis XIII à la Révolution, Préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie, éditions du Balancier, Montpellier, 1986.
  • Ferdinand De Saulcy, Recueil de documents relatifs à l'histoire des monnaies frappées par les rois de France depuis Philippe II jusqu'à François Ier (tome premier), Paris,‎ 1879
  • Pierre Vilar, Or et monnaie dans l'histoire, Paris, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 1974, 439 p.
  • CGB : base de données numismatique.
  • Jean-Philippe Cormier, Monnaies médiévales, Rempart, 1998.
  • Jean Belaubre, Histoire numismatique et monétaire de France, Paris, Le Léopard d’Or, 1986.
  • Philip Grierson, Monnaies et monnayages, Paris, Aubier Montaigne, 1976.
  • Émile Caron, Monnaies féodales françaises, Paris, 1882.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En raison de l'invasion de la Grande-Bretagne par les Normands, qui y ont implanté la livre tournois, la livre sterling a adopté le même processus de division ; une livre sterling valait 20 shillings ; un shilling était subdivisé en 12 pence. La réforme monétaire britannique de 1972 préalable à l'entrée du pays dans la Communauté européenne a entraîné la suppression du shilling et la division de la livre en 100 pence.
  2. Ecrit volontairement avec une minuscule pour montrer qu'il s'agit d'un nom commun.
  3. Contre-valeur constante en monnaie de compte.
  4. Equivalence - constante - en livres.
  5. Equivalence - constante - en sous.
  6. Equivalence - constante - en deniers.
  7. Pour ajouter à la confusion, malgré le nom officiel de leur type, les pièces de monnaies pouvait prendre le nom de la monnaie de compte qui leur était équivalente. C'est ainsi que le franc, pièce valant une livre, fut également appelé livre.
  8. Les ateliers apposent généralement leur marque sur la pièce. Le héron, tête à droite, par exemple, caractérise la frappe de Jean Dupeiron, à Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
  9. L'usure physique de la pièce affectait donc son pouvoir d'achat. Dans cet esprit, il arrivait que des pièces soient limées pour en prélever du métal, revendu au poids.
  10. La politique monétaire n'était pas la seule raison de modifier l'apparence de la pièce ; un changement de règne pouvait le justifier également dans le chef du souverain
  11. exemple
  12. exemple
  13. exemple

Voir aussi[modifier | modifier le code]