José Andrade

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José Andrade
JoseLeandroAndrade1926.JPG
José Leandro Andrade en équipe nationale (1926).
Biographie
Nom José Leandro Andrade
Nationalité Drapeau : Uruguay Uruguayen
Naissance 20 novembre 1901
Lieu Salto (Uruguay)
Décès 5 octobre 1957 (à 55 ans)
Lieu Montevideo (Uruguay)
Taille 1,79 m (5 10)
Période pro. 1923–1937
Poste Demi-droit
Parcours professionnel 1
Saisons Club M. (B.)
1921 Drapeau : Uruguay Peñarol
1921–1923 Drapeau : Uruguay Miramar Misiones
1923 Drapeau : Uruguay Reformers
1923–1925 Drapeau : Uruguay Bella Vista 071 (7)
1925–1930 Drapeau : Uruguay Nacional 105 (4)
1931–1932 Drapeau : Uruguay Peñarol 088 (3)
1933 Drapeau : Uruguay Wanderers 017 (0)
Sélections en équipe nationale 2
Années Équipe M. (B.)
1923–1930 Drapeau : Uruguay Uruguay 034 (1)
1 Compétitions officielles nationales et internationales.
2 Matchs officiels.

José Leandro Andrade (né le 20 novembre 1901 à Salto et mort le 5 octobre 1957 à Montevideo[note 1]) est un footballeur uruguayen évoluant au poste de demi-droit durant l'entre-deux-guerres et considéré comme le premier grand joueur noir dans l'histoire du football.

Sa façon raffinée de manier le ballon séduit le public parisien au cours des Jeux olympiques de 1924, au point qu'il le surnomme « la Merveille noire »[note 2]. Double champion olympique à Paris en 1924 puis à Amsterdam en 1928, Andrade remporte la première édition de la Coupe du monde sur ses terres. Son habileté balle au pied fait de lui l'un des principaux artisans de ces trois titres internationaux, tandis que son élégance naturelle captive Colette et Joséphine Baker.

Doté d'une conduite de balle phénoménale, il est surtout connu comme le premier joueur noir champion du monde de football, avec la Céleste. Adulé des foules au faîte de sa gloire, puis musicien de cabarets au piano bar (en) malgré une cécité débutante, il meurt à 55 ans dans le dénuement le plus complet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

José Leandro Andrade naît à Salto en 1901 d'une mère argentine. José Ignacio Andrade, qui est supposé être son père biologique, n'est inscrit sur l'acte de naissance qu'en qualité de témoin. Le doyen de la famille Andrade, âgé de 98 ans au moment de la naissance de José, est un expert en magie africaine et esclave d'origine africaine échappé du Brésil[1].

Né au milieu de descendants d'esclaves noirs de Salto, dans la région pauvre du nord-ouest de l'Uruguay, José Leandro Andrade s'installe à l'adolescence chez sa tante dans le barrio de Palermo (en) de la capitale Montevideo, où il travaille comme musicien de rue, cireur de chaussures et vendeur de journaux[2],[3].

Avant l'introduction du football professionnel en Uruguay, Andrade gagne sa vie comme musicien de carnaval, jouant de la batterie, du violon et du tambourin[4],[3],[5], puis conduisant la fanfare pour le carnaval comparsa (en) Libertadores de Africa[6].

Carrière en club[modifier | modifier le code]

Andrade débute le football au club de Misiones basé à Montevideo. Au début des années 1920, Andrade signe à Bella Vista, où il joue 71 matches et marque sept buts. Il connaît parallèlement ses premières convocations en équipe nationale[2],[7].

Andrade est ensuite recruté par le Nacional avec qui il remporte quatre championnats uruguayens et trois coupes nationales[8]. Il dispute 105 rencontres et inscrit quatre buts sous le maillot du Nacional[9].

En 1930, Andrade est transféré à Peñarol où il joue 88 matchs au cours des années suivantes.

Au milieu des années 1930, Andrade joue pour un certain nombre d'équipes en Argentine, dont Atlanta. Il signe également un bref passage aux Wanderers.

Carrière internationale[modifier | modifier le code]

Andrade (derrière le bar) servant à boire à ses coéquipiers à Amsterdam (1928).

José Leandro Andrade est appelé pour la première fois en équipe d'Uruguay le 23 juin 1923[10], pour un match nul et vierge avec l'Argentine. La même année, il remporte le championnat d'Amérique du Sud, son premier titre avec la Celeste[11].

En 1924, Andrade débarque en Europe avec ses coéquipiers pour participer aux Jeux olympiques de Paris. Andrade, premier joueur noir à participer au tournoi olympique de football[12], s'impose comme la révélation aux yeux du public parisien qui le surnomme « la Merveille noire » voire « la Perle noire », un surnom affublé à Pelé quarante ans plus tard[13],[14]. Dès le premier match, les Uruguayens offrent un récital face à l'une des meilleures équipes en Europe à cette époque, la Yougoslavie, écrasée sept buts à zéro[15]. Le 29 mai, les Sud-Américains disposent des États-Unis par trois buts à zéro, puis battent trois jours plus tard l'équipe de France au stade olympique de Colombes sur le score de cinq buts à un, après un match à deux visages. En effet, ravis de leur accueil à Argenteuil et désireux de ne pas humilier leurs hôtes, les Uruguayens se contentent d'un but d'avance à la mi-temps, Paul Nicolas ayant répondu au but d'Héctor Scarone avant que ce dernier ne réalise le doublé. Mais en deuxième mi-temps, le public parisien siffle Andrade à la suite d'une faute. La « Merveille noire » s'énerve et offre trois passes décisives à Pedro Petrone (doublé) et Ángel Romano, dont l'une d'elles après avoir dribblé sept adversaires depuis son propre camp[16]. Seuls les Pays-Bas parviennent à accrocher la Celeste en demi-finale[17] avant de céder sur un penalty contesté[14]. En finale, les Uruguayens viennent aisément à bout des Suisses par trois buts à zéro, signés Petrone, Cea et Romano[18]. Après cette victoire, Andrade reste pendant plusieurs mois à Paris, où il apprécie les « années folles ». Il parcourt en chantant et en dansant les boîtes de nuit, bars et cafés le long de la Seine. Lui qui a dormi sur un sol en terre battue et passé peu de temps à l'école, il fréquente Colette et Joséphine Baker, elle aussi surnommée « la Perle noire » par la presse française[13].

En réaction à la victoire olympique de 1924, l'équipe uruguayenne est conviée trois mois plus tard à une série de deux matchs par l'Argentine. Au cours du deuxième match à l'Estadio Sportivo Barracas (en) de Buenos Aires, Andrade est la cible de jets de pierres par la foule argentine, à laquelle Andrade et ses coéquipiers répondent en renvoyant les pierres. Dans la rixe, un membre de la Celeste est arrêté et les Uruguayens refusent de terminer le match[3]. Quelques semaines plus tard, l'équipe d'Uruguay remporte le championnat d'Amérique du Sud, mais Andrade ne joue pas[19]. En 1926, l'Uruguay signe une nouvelle victoire dans le championnat sud-américain[20]. Cette fois-ci, Andrade tient un rôle prépondérant et est élu meilleur joueur du tournoi[21].

En 1928, Andrade remporte sa deuxième médaille d'or olympique aux Jeux olympiques d'Amsterdam après deux finales spectaculaires contre le voisin argentin[22]. Initialement, Andrade refuse un nouveau périple à travers l'océan Atlantique, Eduardo Martínez est donc retenu à sa place. Cependant, juste avant que le navire ne largue les amarres, Andrade change d'avis et se rend aux Pays-Bas. Martínez fait quand même le voyage, mais ne figure pas dans la liste officielle du tournoi et est baptisé El Olímpico 23 (en français : « le 23e olympien »)[23]. En demi-finale contre l'Italie, Andrade entre en collision avec un poteau de but et se blesse grièvement à l'œil. Après sa carrière, la blessure s'aggrave au point qu'il devient aveugle de cet œil.

La Celeste championne du monde en 1930. Andrade est le 5e joueur debout.

Les succès olympiques aident la candidature de l'Uruguay pour l'organisation de la première Coupe du monde. Bien que vieillissant, Andrade parvient à mener ses jeunes coéquipiers au titre mondial, vainquant une nouvelle fois l'Argentine en finale, par quatre buts à deux[24]. Ainsi, alors que le score est de deux buts partout, Andrade se jette pour contrer d'un tacle le tir d'un attaquant argentin en pleine surface de réparation et parvient à écarter le danger. Le gardien de but uruguayen Ballestero le félicite chaleureusement après ce sauvetage. À la fin du tournoi, Andrade est sélectionné dans l'équipe-type[7],[25],[26]. En 1994, il est classé dixième par le magazine France Football dans une liste des « 100 Héros de la Coupe du monde », loin devant son capitaine José Nasazzi[27].

Une plaque est érigée au stade Centenario en son honneur[28].

Son neveu, Víctor Pablo Rodríguez Andrade, champion d'Uruguay en 1953 et en 1954 avec Peñarol, est champion du monde avec l'Uruguay en 1950, vainqueur du championnat sud-américain en 1956, et joue la petite finale de la Coupe du monde en 1954.

Clubs successifs[modifier | modifier le code]

Palmarès[modifier | modifier le code]

  • Nommé Meilleur joueur d'Amérique du Sud à trois reprises
  • Une Coupe olympique lui a été personnellement décernée par le CIO, après les victoires uruguayennes de 1924 et 1928

Sélection nationale[modifier | modifier le code]

Clubs[modifier | modifier le code]

  • Champion d'Uruguay 1932 (Peñarol)
  • Tournée européenne du National de 1925 (153 jours, à travers 9 États)
  • Tournée nord et centre américaine du National de 1927

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. José Leandro Andrade est mort dans l'asile Piñeyro del Campo.
  2. Au cours de sa carrière, Andrade est aussi surnommé « Le footballeur au pied d'or », « Le plus Grand des grands Uruguayens », ou « La tijera ».
  3. But marqué contre le Pérou au Championnat sud-américain de football de 1929.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Hans Ulrich Gumbrecht, In praise of athletic beauty, Harvard University Press,‎ 2006 (ISBN 0-674-02172-X), p. 249–251
  2. a et b (es) Miguel Abalos, « José Leandro Andrade », espaciolatino.com (consulté le 8 décembre 2014)
  3. a, b et c (en) David Goldblatt, The Ball is Round: A Global History of Football, Viking,‎ 2006 (ISBN 0-670-91480-0), p. 244–247
  4. (en) Tim Vickery, « Music meets football in South America », BBC Online,‎ 23 février 2009 (consulté le 8 décembre 2014)
  5. (es) Edward Galeano, El fútbol a sol y sombra, Siglo XXI,‎ 2006 (ISBN 968-23-197-14), p. 51–54
  6. (en) George Reid Andrews, « Rhythm Nation », ReVista - Harvard Review of Latin America, David Rockefeller Center for Latin American Studies,‎ 2003
  7. a et b (en) « JOSÉ ANDRADE », World Football Legends (consulté le 8 décembre 2014)
  8. (pt) Guilherme Pannain, « Andrade, a "Maravilha Negra" », Trivela.com,‎ 4 novembre 2008 (consulté le 8 décembre 2014)
  9. (es) « Ídolos - José Leandro Andrade (La maravilla negra) », Club Nacional de Football (consulté le 8 décembre 2014)
  10. a et b (en) « Uruguay - Record International Players », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  11. (en) « Southamerican Championship 1923 », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  12. (en) John E. Findling et Kimberly D. Pelle, Encyclopedia of the modern Olympic movement, Greenwood Publishing Group,‎ 2004 (ISBN 0-313-32278-3), p. 84
  13. a et b (en) « Before Pelé there was Andrade », The Guardian,‎ 24 mai 2014 (consulté le 8 décembre 2014)
  14. a et b « Paris, 1924 », FIFA (consulté le 8 décembre 2014)
  15. « Yougoslavie - Uruguay », FIFA (consulté le 8 décembre 2014)
  16. Jean-Michel Cazal, Pierre Cazal et Michel Oreggia, L'intégrale de l'équipe de France de football, 1904-1998, First Éditions,‎ 1998 (ISBN 2-87691-437-9)
  17. « Pays-Bas - Uruguay », FIFA (consulté le 8 décembre 2014)
  18. « Suisse - Uruguay », FIFA (consulté le 8 décembre 2014)
  19. (en) « Southamerican Championship 1924 », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  20. (en) « Southamerican Championship 1926 », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  21. (en) « Copa América Best Players », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  22. « Uruguay - Argentine », FIFA (consulté le 8 décembre 2014)
  23. (en) « OLYMPIC GAMES 1928 », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  24. (en) « World Cup 1930 », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  25. « José Andrade », FIFA (consulté le 8 décembre 2014)
  26. (en) « José Leandro Andrade », Sports Reference (consulté le 8 décembre 2014)
  27. (en) « France Football's World Cup Top-100 1930–1990 », RSSSF (consulté le 8 décembre 2014)
  28. (en) Bill Murray et William J. Murray, The World's Game : A History of Soccer, University of Illinois Press,‎ 1998 (ISBN 0-252-06718-5)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jorge Chagas (de) - Gloria y tormento: la novela de José Leandro Andrade, éd. La Gotera, 2003 (Montevideo)