John Evelyn

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
John Evelyn, écrivain anglais du XVIIe siècle.

John Evelyn (né le 31 octobre 1620 à Wotton dans le Surrey et mort le 27 février 1706 à Londres) est un écrivain, paysagiste et mémorialiste anglais qui entretint une correspondance suivie avec Samuel Pepys. Son journal constitue un témoignage précieux sur les arts, la culture et la politique du XVIIe siècle : il fut témoin de l'exécution de Charles Ier et du trépas d’Oliver Cromwell, de la Grande peste de Londres, et du Grand incendie de Londres en 1666.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils cadet d'une famille de négociants ayant fait fortune dans la production de poudre à canon, John Evelyn grandit chez son grand-père dans le Sussex à Lewes[1], où il fréquenta l'école de Southover[2]. Il étudia ensuite à Balliol College (Oxford) puis à Middle Temple. Lors de son séjour à Londres, il assista à d'importants événements comme le procès et l’exécution de Thomas Wentworth, le comte de Strafford. Volontaire quelque temps dans l'armée royaliste, il s'embarqua pour l’étranger afin d'éviter de prendre part à une guerre civile[3]. Après avoir gagné l'Italie, il fréquenta en 1644 le Collège anglais de Rome, où les prêtres catholiques étaient instruits pour prêcher en Angleterre. Il assista à des conférences d’anatomie à Padoue en 1646, où il se procura les planches Evelyn, l'une des plus vieilles préparations anatomiques connues, qu'il expédia à Londres.

De passage en France en 1647, il épousa Mary Browne, fille de l'ambassadeur anglais à Paris[4].

En 1652, Evelyn et sa femme s'établirent à Deptford (aujourd'hui un faubourg du sud-est de Londres). Leur hôtel particulier, Sayes Court (voisin de l'arsenal), fut racheté par Evelyn à son beau-père Sir Richard Browne en 1653 ; bientôt il se mit à revoir le dessin des jardins. En 1671, il fit la connaissance du sculpteur sur bois Grinling Gibbons (qui était locataire d'un des pavillons du parc de Sayes Court) et le présenta à Sir Christopher Wren.

Mais ce n’est véritablement qu’après la Première restauration que la carrière d’Evelyn prit son envol. En 1660, Il devint l'un des fondateurs de la Royal Society. L'année suivante, il écrivit le Fumifugium (sous titré Les inconvénients de la propagation des miasmes et des fumées de Londres), l’un des premiers livres consacrés à la pollution (en l'occurrence à Londres).

Page de titre de la seconde édition de la Sylva, datée de 1670 bien que, d'après son Journal, Evelyn eût publié cette nouvelle édition dès 1669.
La devise d’Evelyn apposée sur un livre qu'il acheta à Paris en 1651.

Il était réputé pour ses connaissances profondes de la sylviculture : son traité sur ce sujet, Sylva, A Discourse of Forest Trees (1664), invite les grands propriétaires à planter des arbres pour fournir le bois d’œuvre exigé par le développement de la Royal Navy naissante. De nouvelles éditions parurent de son vivant même (en 1670 et en 1679), et la quatrième édition (1706), qui parut juste après sa mort, porte en frontispice une effigie d’Evelyn gravée quelque 50 ans auparavant (en 1651) par Robert Nanteuil à Paris. De nouvelles éditions parurent tout au long des XVIIIe siècle et XIXe siècle : celles-ci, au contraire, présentent un portrait médiocre de l'auteur, exécuté par Francesco Bartolozzi.

Après le Grand incendie de 1666, qu'il décrit avec force détails dans son Journal, Evelyn présenta ses propres projets de reconstruction de Londres (Wren présentant un projet concurrent), qui furent tous rejetés sans façon par Charles II. Il suivit de près la reconstruction de la cathédrale St Paul par Wren (faisant bénéficier les travaux des talents de Gibbons). Sa passion pour les jardins en fit l'un des grands créateurs dans ce domaine, comme en témoigne le parc d’Euston Hall.

Evelyn était un auteur prolifique, abordant des sujets aussi divers que la théologie, la numismatique, la politique, l’horticulture, l’architecture et le végétarisme, tout en participant aux débats contemporains de la vie politique et culturelle sous les Stuart. Comme Pepys, Evelyn fut tout sa vie un bibliophile passionné : à sa mort, sa bibliothèque comptait 3 859 livres et 822 brochures. La plupart étaient reliés à la française et portaient l’ex libris : Omnia explorate ; meliora retinete (« Examinez tout ; ne gardez que le meilleur ») tirée de 1 Th 5 21.

Sa fille, Maria Evelyn (1665–1685), est généralement considérée comme l'auteur pseudonyme du Mundus Muliebris de 1690[5], un guide satirique en vers tournant en dérision la mode francophile et son langage affecté, mais on considère également parfois que John Evelyn, qui a fait publier ce livre à la mort de sa fille, a lui aussi eu part à cet ouvrage.

En 1694 Evelyn retourna au domaine familial de Wotton, son frère aîné George n'ayant laissé aucun héritier mâle. Ce domaine ne demeura dans la famille Evelyn que grâce au propre fils de l'écrivain, John IIe du nom (1655-99) et au petit-fils John Evelyn III de Wotton (1682–1763) qui devint lui-même baronnet. Le domaine de Sayes Court fut mis en location. Ses plus illustres locataires furent le tsar Pierre le Grand qui y passa trois mois en 1698 (et saccagea l'hôtel autant que les jardins...). L'hôtel a disparu, mais il existe toujours un parc dans Evelyn Street.

John et Mary Evelyn eurent huit enfants : Richard (1652–8), John Standsfield (1653–4), John (1655–99), George (1657–8), Richard II Evelyn (1664), Mary (1665–85), Elizabeth (1667–85) et Susanna (1669–1754). Seule Susanna survécut à ses parents.

Evelyn mourut en 1706 à son domicile de Dover Street, à Londres. Sa femme Mary lui survécut encore trois ans. Tous deux sont inhumés dans la chapelle de la famille Evelyn dans l'église Saint-Jean de Wotton. En 1992, leurs crânes ont été volés par des inconnus qui avaient attaqué à la pioche le sarcophage de pierre sous le dallage de la chapelle et brisé les cercueils. On ne les a jamais retrouvés.


La terre de Wotton passa à l'arrière-arrière-petit-fils d’Evelyn, Frederick Evelyn 3e du nom (1733–1812). Puis le titre de baronnet passa aux cousins de Frederick Evelyn, Sir John Evelyn (1757–1833) et Hugh Evelyn (1769–1848). Ces deux hommes étant incapables, c'est un cousin issu du premier mariage de l'écrivain qui hérita des terres ; et c’est cette lignée qui jouit encore aujourd'hui des biens familiaux, même si elle n'habite plus le domaine de Wotton. Le titre nobiliaire s'est éteint en 1848. Pourtant, il y a encore des descendants de John Evelyn l'écrivain, par sa fille Susanna, Mrs William Draper, et sa petite-fille Elizabeth, Mrs Simon Harcourt.

Postérité[modifier | modifier le code]

La bibliothèque d’Evelyn, demeurée à peu près intacte, fut dispersée en l'espace de huit ventes aux enchères entre 1977 et 1978 chez Christie's[6]. La British Library détient une collection importante des manuscrits d’Evelyn, dont celui de son célèbre Journal[7]. Le Victoria and Albert Museum possède également dans ses collections un secrétaire qui aurait contenu le manuscrit de ce Journal.

En 2005, Gillian Darley, qui a pu consulter librement les archives, a publié une biographie détaillée, encore inédite en français[8].

Hommages à John Evelyn[modifier | modifier le code]

  • Evelyn (Londres), est une circonscription électorale du London Borough of Lewisham comprenant Deptford où John Evelyn vivait.
  • Evelyn College for Women était un lycée de l’Université de Princeton, aux USA
  • Il y a un college Evelyn à l’Addey and Stanhope School de Londres
  • Crabtree & Evelyn est une société britannique spécialisée dans les produits de beauté
  • La « rose Evelyn » est une rose de senteur utilisée dans la gamme de produits Crabtree & Evelyn
  • Evelyn est également la rubrique des ragots dans le journal étudiant d’Oxford intitulé Cherwell
  • Evelyn Street est une rue de Deptford
  • John Evelyn Primary School se trouve au coin de Rolt Street, à Deptford.
  • Le pub John Evelyn se trouve dans Evelyn Street à Deptford (et forme l'un des décors de la série télévisée britannique The Tower)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Kalendarium, edited by E.S. de Beer, Oxford Standard Authors Series, 1959, p. 5: "1625. I was this yeare [...] sent by my Father to Lewes in Sussex, to be wih my Grandfather, wih whom I pass'd my Child-hood."
  2. The Kalendarium, p. 6: "[1630] For I was now put to shoole to one Mr. Potts in the Cliff; from whom on the 7th of Jan: [...] I went to the Free-schole at Southover neere the Towne, of which one Agnes Morley had been the Foundresse, and now Edw: Snatt the Master, under whom I remain'd till I was sent to the University."
  3. The Kalendarium, p. 47: "finding it impossible to evade the doing of very unhandsome things" [...], "[he] obtayn'd a Lycense of his Majestie [...] to travell againe."
  4. D'après Douglas D. C. Chambers, Evelyn, John (1620–1706), vol. Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004 (lire en ligne).
  5. Titre complet : Mundus Muliebris: or, The Ladies Dressing Room Unlock'd and Her Toilette Spread. In Burlesque. Together with the Fop-Dictionary, Compiled for the Use of the Fair Sex
  6. Cf. The Evelyn Library: Sold by Order of the Trustees of the Wills of J. H. C. Evelyn, deceased and Major Peter Evelyn, deceased., Christie, Manson & Woods Ltd.,‎ 1977.
  7. The John Evelyn archives
  8. Open Letters Monthly: An Arts and Literature Review » Wider Stranger Worlds

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]