Jean Nicolet

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Né à Hainneville ou à Cherbourg en 1598, fils de Thomas Nicollet (avec souvent deux "l" à l'origine), « messager ordinaire du roy entre Cherbourg et Paris », et de Marguerite de la Mer. Jean Nicolet est aussi dit le sieur de Belleborne, du nom qu'il donna à son fief, à Sillery, puisque clairement délimité par deux ruisseaux descendant de la colline de Québec. Une partie de ce fief, qu'il partageait avec Olivier Le Tardif, forme aujourd'hui le parc du Bois-de-Coulonge.

Jean Nicolet débarquant à la baie des Puants par Franz Rohrbeck (1852-1919), 1910

Commis et truchement[modifier | modifier le code]

En 1618, à 19 ans, il fait partie des 28 hommes qui rejoignent la Nouvelle-France. Il y sera tôt commis et « truchement » (interprète en langues indigènes et ambassadeur de bonne entente) de la Compagnie des marchands de Rouen et de Saint-Malo, puis de la Compagnie des Cent-Associés.

L’année de son arrivée, Jean Nicolet est chargé par Samuel de Champlain de se rendre à l’île aux Allumettes, sur la rivière des Outaouais, qui est alors le point de ralliement de la grande famille algonquine et un lieu stratégique connu pour être sur « la route des fourrures ». Il commence à vivre avec les Amérindiens de la région, les Algonquins et les Wendat-Hurons, se fait apprécier d’eux et apprend leurs langues pour devenir, à partir de 1624, un interprète reconnu, un intermédiaire privilégié entre les colons venus d'Europe et les Amérindiens, ce qui lui confère déjà un réel prestige.

Expatriation, mariage, paternité et retour à Québec[modifier | modifier le code]

En 1629, des forbans bretons au service de l'Angleterre, les frères Kirke de Dieppe, prennent le poste de Québec, « au nom du roi anglais ». Jean Nicolet fait partie des rares Français qui restent au Canada, tous célibataires, réfugiés à l'intérieur des terres chez leurs amis amérindiens pendant les trois années que durera cette occupation. On peut avancer que Nicolet croit alors la colonie perdue à jamais, acceptant d'épouser une Amérindienne. Il avait déjà 32 ans et vivait depuis 1620 chez les Nipissing (de la famille algonquine). Ceux-ci, l'ayant en très haute estime et l'ayant adopté comme l'un des leurs, lui donnèrent (vers 1630) une jeune épouse, suivant les seuls rites des « Pays d'en haut », en l'absence de prêtre missionnaire catholique.

De cette union, lui naît, vers 1631, une fille « naturelle », Euphrosine, aussi dite Madeleine Nicolet, qui, par deux mariages successifs[1], assurera jusqu'à nos jours une grande partie de la nombreuse descendance de Jean Nicolet.

En 1632, la Nouvelle-France est redonnée à la France (par le Traité de Saint-Germain-en-Laye). Samuel Champlain revient en 1633. Nicolet revient à Québec avec sa bambine, dont la mère est décédée. La petite est confiée au sédentaire Olivier Le Tardif (truchement à Québec et bientôt sur la côte de Beaupré, copropriétaire du fief de Belleborne), jouant le rôle de parrain, et elle est prise en charge par Marie Rollet, la veuve de Louis Hébert, qui hébergeait avec bonheur d'autres fillettes amérindiennes.

Il a un frère, Gilles Nicolet, prêtre séculier œuvrant en Nouvelle-France de 1635 à 1647.

Mission diplomatique et de grande exploration[modifier | modifier le code]

En juillet 1634, à la demande de Champlain qui souhaite, au nom du roi de France, que cessent les conflits entre les tribus des Outaouais et des Winnebagos dans l'espoir de développer le commerce des peaux, Jean Nicolet, accompagné de guides hurons et de quelques autres commerçants, est le premier à se lancer dans l'exploration des terres de l'ouest en direction d'une hypothétique mer de Chine.

Ainsi découvre-t-il de ses yeux propres les rives du lac Huron et du lac Michigan. Dans la baie des Puants (aujourd'hui "Green Bay"), il rencontre la tribu des Menominees dont il devient l'ami avant de poursuivre sa route au milieu d'une nature sauvage et hostile, à la recherche des paisibles Winnebagos. Il devient le premier homme blanc atteignant le futur État du Wisconsin.

Pensant atteindre la route de Cathay (autrement dit celle de la Chine), Jean Nicolet apporta et revêtit une tunique de damas de Chine, toute parsemée de fleurs et d’oiseaux multicolores, qui fit grande impression sur ses hôtes des divers peuples rencontrés.

Remariage[modifier | modifier le code]

Le 7 octobre 1637, à Québec, Jean Nicolet (réputé célibataire par les catholiques !) épouse la toute jeune Marguerite Couillard (âgée de 11 ans, petite-fille de Louis Hébert et Marie Rollet, elle est née en août 1626 à Québec), qui lui aurait donné deux enfants  : un garçon en 1639 (décédé à l'âge d'un an) et une fille en 1642, Marie-Marguerite Nicolet, qui épousera à 14 ans Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny, de qui elle aura vingt enfants (entre 1657 et 1684; le premier à 15 ans, le dernier à 42 ans), dont cinq eurent de la descendance.

Réputation[modifier | modifier le code]

Au cours de ces années, Jean Nicolet se comporte en véritable homme d'affaires, tout en rendant de grands services à la colonie, cela en raison de sa maîtrise des langues amérindiennes et de la confiance que les diverses tribus lui témoignent.

Mort tragique[modifier | modifier le code]

Ayant passé sa vie sur l'eau sans savoir nager, Jean Nicolet meurt tragiquement en se noyant dans l’anse de Sillery le 27 octobre 1642, dans le Saint-Laurent, sa chaloupe s’étant retournée dans une tempête, alors qu'il se rendait sur demande expresse à Trois-Rivières épargner du supplice un prisonnier iroquois. Son corps ne fut pas retrouvé.

Honneurs posthumes[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, Jean Nicolet est souvent considéré aux États-Unis comme « le père du Wisconsin et du Michigan occidental ».

Son nom fut attribué à la Nicolet National Forest, aux villes de Nicolet dans le Wisconsin et au Québec, à la rivière Nicolet au Québec, à des écoles ainsi qu'à de nombreuses rues, partout jusqu'à Hainneville, où il a des ancêtres, dans le département de la Manche.

Une plaque rappelle sa mémoire à Trois-Rivières, où il résidait souvent depuis la fondation du poste, en 1634.

Une statue rappelle son souvenir à Green Bay. Une plaque inaugurée en 1934, rappelle sa mémoire, sur Nicolet Drive, au nord-est de Green Bay. La poste des États-Unis a honoré sa mémoire par l'émission, dans cette même ville, le 7 juillet 1934, d'un timbre à l'occasion des 300 ans du Wisconsin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Euphrosine dite Madeleine Nicolet, demi-Amérindienne, épouse à Québec le Jean Leblanc, né vers 1623. On la dit alors âgée de 15 ans (elle serait née vers 1628 ??); en réalité, elle devait avoir 12 ans. Au recensement de 1666, on la dit âgée de 35 ans (née vers 1631 ?). Celui de 1681 lui accorde 48 ans (née vers 1633 ?); elle devait avoir près de 50 ans. Son acte de décès, le à l'Hôtel-Dieu de Québec, la dit alors âgée de 59 ans (née vers 1630 ?). Elle eut son premier enfant en août 1648 : comme pour la plupart des femmes de son époque, elle devait avoir 16 ou 17 ans (née vers 1631 ou 1632 ?). Son premier mari est tué par les Iroquois le 11 septembre 1662 à l'Île d'Orléans; en deuxième noce, le à Québec, elle épouse Élie Dussault dit Lafleur, matelot né en 1635. Son dernier enfant naît le 21 mai 1673 : comme pour la plupart des femmes de son époque, elle n'avait alors pas plus de 42 ou 43 ans (née vers 1630 ou 1631 ?). Un seul de ses 5 enfants Leblanc (une fille) et trois de ses 4 enfants Dussault (tous des garçons) se marièrent.
    — C'est de cette souche patronymique Dussault que sont issus Louisette Dussault (comédienne et soprano), sa sœur Céline Dussault (soprano, professeure), leur frère Michel Dussault (pianiste, professeur), Anne-Marie Dussault (avocate, journaliste, animatrice), leur cousine (tous descendants de Gédéon Dussault et Victorine Bilodeau, leurs arrières-grands-parents Dussault) et Catherine Sénart (actrice, fille de Céline Dussault).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

S'il a écrit des mémoires, comme les historiens le pensent, ils furent malheureusement perdus.

Toutefois, peu à peu, son parcours a pu être reconstitué avec une certaine précision grâce aux recherches dont témoigne une bibliographie relativement abondante, sur laquelle ce bref exposé s'est appuyé :

  • ALIX Alexandre, Histoire de Jean Nicolet de Hainneville, interprète et explorateur au Canada (1618-1642), Saint-Lô, Imprimerie de Basse-Normandie, 1908, 186 p.
  • BLEMUS René, Jean Nicollet en Nouvelle France. Un Normand à la découverte des Grands Lacs canadiens (1598-1642), Cherbourg, Isoète, coll. « Carnets de l'histoire », 1988, 143 p.
  • BRANDT Betty, The Adventures of Nicolet, Glenwood City (Wisconsin), Beaver Valley Publications, 1990, 153 p.
  • BRETON Yves, Jean Nicolet. La Vie captivante d'un honnête homme pionnier du Canada, Ottawa, Le Vermillon, coll. « Essais et recherches » 2012, 132 p.
  • GOSSELIN Auguste, Jean Nicolet et le Canada de son temps, Évreux, Imprimerie de l'Eure, 1893, 282 p. (réédité par l'imprimerie Laflamme, Québec, 1905).
  • GOSSELIN Auguste, Les Normands au Canada : Jean Nicolet, Évreux, Imprimerie de l'Eure, 1893, 56 p.
  • GRAVIER Gabriel, Découvertes et établissements de Cavelier de La Salle de Rouen dans l’Amérique du Nord : lacs Ontario, Érié, Huron, Michigan, vallées de l'Ohio et du Mississipi et Texas , Rouen, L. Deshays, 1870.
  • GUEGAN Robert, « Jean Nicollet. Un Cherbourgeois explore le Québec », Pays de Normandie, n° 18, janvier-février 1999, pages 36-43.
  • HEBERT Gérard, « Le premier blanc à résider au lac Nipissing », Documents historiques, n° 13, Sudbury, Société historique du Nouvel Ontario, Collège du Sacré-Cœur, 1947, pages 8-24.
  • JOUAN Henri, Jean Nicolet, interprète-voyageur au Canada, Bricquebec, L. Mahaut, 1886.
  • MARSH Carole, "Jean Nicolet, French Explorer", 1000 Readers #82, 1998, 12 p. (document synthétique de référence).
  • ROOP Connie, ROOP Peter & McELRATH-ESLICK Lori, Jean Nicolet and the Sign of the Thunderbird, River Road Publications, 2003, 62 p. (livre pour enfants).
  • VIMONT Barthélemy, Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France envoyee au R. pere provincial de la Compagnie de Jesus en la province de France par le P. Barthelemy Vimont de la mesme compagnie, superieur de la residence de Kebec, années 1640 à 1645, Paris, Cramoisy.

Liens externes[modifier | modifier le code]