Herman le Dalmate

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Herman de Carinthie illustré par Matthieu Paris

Herman de Carinthie ou Herman le Dalmate (latin : Sclavus Dalmata, Sclavus Secundus) ou encore Herman Dalmatin (1110-1154), né en Istrie (région de Croatie), alors partie du duché de Carinthie (au sud de l'Autriche), est un érudit du XIIe siècle, élève de l’école de Chartres de 1130 à 1134, philologue, philosophe, astronome, astrologue, mathématicien, traducteur et auteur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Herman est né à Saint Peter im Holz, en Carinthie, près de la côte dalmate. de là vient son surnom : le Dalmate (dalmaticus).

Il vint très jeune en 1135 en France à Paris et à Chartres étudier les arts libéraux (le trivium) sous la direction de Thierry de Chartres, platonicien de renom.

Il rencontra Robert de Chester (R. de Ketton) qui devint son ami en Espagne, en 1141-1142. L'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, poussa Herman à traduire à écrire sur la vie et l'oeuvre de Mahomet (De generatione Mahumet. Doctrina Mahumet), Robert de Chester à traduire le Coran (Lex Mahumet pseudoprophete). Tous deux partirent en voyage à Bagdad, Constantinople, Damas, où ils apprirent l'arabe et la philosophie, passant au retour, vers 1138, en Espagne. Ils étudièrent, dans les bibliothèques, les manuscrits arabes et l'astronomie. Ils firent alors connaissance de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui admira leur profonde connaissance des lettres arabo-musulmanes, dans le domaine des sciences et de la littérature, due à la fréquentation des bibliothèques arabes et leur confia le travail de la traduction du Coran et d'autres textes islamiques, appelé ensuite Corpus de Tolède. En 1140 il traduit l' Introductorium maius d'Albumasar, célèbre ouvrage d'astrologie.

Il passa dans le Leon en 1141, puis à Toulouse (où il traduit de l'arabe le Planisphère de Ptolémée), ensuite à Béziers où vit une communauté arabe, où il écrit son De essentiis.

Il mourut après 1160.

Le Corpus de Tolède[modifier | modifier le code]

Le Corpus toledanum ou Collectio toledana (1ère éd. 1543) est une collection de traductions en latin de textes islamiques par une commission de traducteurs réunie par Pierre le Vénérable en 1142 ou 1141.

La commission comprend Herman le Dalmate, Robert de Chester (de Ketton), Pierre de Tolède, Pierre de Poitiers (secrétaire de Pierre le Vénérable), un musulman nommé Mahomet

La collection comprend :

  • le Coran, intitulé Lex Sarracenorum (Loi des Sarrasins), et, selon bien des sources, ce fut Robert de Chester le principal traducteur, en latin
  • Fabulae Sarracenorum, trad. par Robert de Chester : la Création, Mahomet, les patriarches et prophètes musulmans, les sept califes
  • Liber generationis Mahumet (Kitab nasab Rasul Allah, de Sa'id ibn 'Umar), trad. par Herman le Dalmate : la "lumière prophétique", d'Adam jusqu'à Mahomet
  • Doctrina Mahumet (de Mas'il 'Abdallah ibn-Salam), trad. par Herman le Dalmate : rencontre de Mahomet avec quatre juifs posant cent questions sur le judaïsme
  • Epistola Sarraceni et Rescriptum christiani, trad. du Risala de al-Kindi, par Pierre de Tolède et Pierre de Poitiers.

Pierre le Vénérable :

« Je suis donc allé trouver [en 1242, en Espagne] des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière et qu’aucune erreur ne vienne fausser la plénitude de notre compréhension, aux traducteurs chrétiens j’en ai adjoint un Sarrasin. Voici les noms des chrétiens : Robert de Chester, Hermann le Dalmate, Pierre de Tolède ; le Sarrasin s’appelait Mahomet. Cette équipe après avoir fouillé à fond les bibliothèques de ce peuple barbare en a tiré un gros livre qu’ils ont publié pour les lecteurs latins. Ce travail a été fait l’année où je suis allé en Espagne et où j’ai eu une entrevue avec le seigneur Alphonse, empereur victorieux des Espagnes, c’est-à-dire en l’année du Seigneur 1141. »[1]

Cette traduction du Coran quoique imparfaite, fut utilisée sous forme manuscrite jusqu'au XVIe siècle avant d'être imprimée, en 1543 à Bâle, par Théodore Bibliander dans une édition qui mentionne les traités sur l'Islam traduits par Herman le Dalmate, avec une préface de Martin Luther.

Travaux sur l'astronomie[modifier | modifier le code]

Hermann reprend ensuite ses activités d'enseignant et, à Toulouse en 1143, traduit la Planisphère de Ptolémée, traité d'astronomie connu des Arabes sous le nom d' Almageste dédié à Thierry de Chartres, avec les Commentaires de Maslama al-Mayriti qui étudia à Cordoue au Xe siècle. La même année, il rédige, à Beziers, le De essentiis, traité astrologique et cosmologique qui synthétise la philosophie de Platon (acquise grâce à Thierry de Chartres) avec Aristote (catégories causa, motus, spatium, tempus, habitudo) et l'hermétisme arabe. Hermann fit une traduction des tables astronomiques d'Al-Khawarizmi[2]. Il étudia aussi les écrits de Sahl ibn Bishr, astronome juif, le livre sixième d'un traité de prophéties et divinations sur le mouvement des planètes et des comètes (Zaelis fatidica).

Herman a traduit de l'arabe vers le latin un vingtaine d'œuvres dont L'Introduction générale à l'astronomie d'Albumasar[3],[4], Les Éléments d'Euclide et La Planisphère de Ptolémée. Il devient auteur d'œuvres telles Des substances, le Livre sur les précipitations et De l'astrolabe. Les traductions de Herman furent publiées très souvent sous le titre : Liber introductorius in astronomiam Albumasaris, Abalachii (Augusta Vindelicorum, Augsburg 1489 Venise 1495 et 1506). Une grande partie de ses traductions furent recopiées dans le livre de Roger de Hereford, Astronomical Judgements.

Herman le Dalmate a contribué par ses travaux à une plus grande connaissance et une meilleure compréhension du monde arabo-musulman chez les intellectuels occidentaux. « Dans sa traduction de la Grande introduction à la science astronomique d'Albumasar (787-886), son interprétation de la dénomination de la constellation de la Vierge, reprise dans le Roman de la Rose, contribua à l'instauration de la fête chrétienne de l'Assomption. »[5]

Richard de Fournival indique que la première bibliothèque d'Europe comprenait quatre ouvrages d'Herman le Dalmate[6].

Attributions[modifier | modifier le code]

D'autres œuvres sont attribuées à Herman Dalmatin :

  • Météorologie : Liber imbrium (sur les précipitations, en termes de prédictions astrologiques) (1140 à 1141)
  • Astrologie : De indagatione cordis (après 1140). Dans cet ouvrage (De indagatione cordis) étaient mentionnés les noms et travaux des scientifiques que Herman connaissait : Abu Mas'har (Albumasar, 787-886), Sahl ibn Bishr, Aomar Tiberia, Abu al-Kindi (801-873), l'astrologue juif du VIII° siècle : Al Batrig Mashallah (Messahalla), Hermes, et Dorotheos of Sidon[7].
  • Mathématiques : De mensura, De utilitatibus astrolabii, De compositione et usu astrolabii (avant 1143). Il fut sûrement intéressé par l'Astrolabe.

Albert Le Grand (s'il en est l'auteur) se réfère à Herman le Dalmate dans Speculum astronomiae (1260).

Philosophie[modifier | modifier le code]

"Dans le De essentiis Hermann décrit, dans un style fort fleuri, la formation de l'univers et ses causes. Dieu (causa primordialis) crée trois principes : la forme, la matière et la cause efficiente. L'auteur expose ensuite le rôle des causes secondes, parmi lesquelles la Nature occupe une place de premier plan. Conçue comme le principe de continuité et d'ordre du monde physique, la Nature engendre et préserve les êtres sensibles et elle est, précisément, causa secundaria par rapport à Dieu, la cause première. Les planètes et les étoiles déterminent les mouvements dans la partie inférieure de l'univers, qui est le lieu de la génération et de la corruption, de l'action et de la passion" (Irène Caiazzo, in Dictionnaire du Moyen Âge, PUF, 2002, p. 671).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Oeuvres de Hermann le Dalmate[modifier | modifier le code]

  • De indagatione cordis (L'investigation du cœur) (après 1140), édi. par Sheila Low-Beer, The Liber imbrium, The Fatidica and the De indagatione Cordis, Thèse, University of New York, 1979. Sur les interrogations en astrologie.
  • De essentiis (Traité des essences) (vers 1144), édi. par Charles Burnett, Leyde, Brill, 1982 : Hermann of Carinthia De essentiis. A Critical Edition with Translation and Commentary.
  • De generatione Mahumet. Doctrina Mahumet, Bâle, 1543.
  • traduction de l' Introductorium maius (Liber introductorii maioris ad scientiam judiciorum astrorum) d'Albumasar (1140), édi. par R. Lemay, Naples, Istituto universitario orientale, 1996.

Études sur Hermann le Dalmate[modifier | modifier le code]

  • CLERVAL A-J, 1891, Hermann le Dalmate et les premières traductions latines des traités arabes d'astronomie au Moyen Âge. Paris, Picard
  • BURNETT Charles, "Hermann of Carinthia", in P. Dronke (dir.), History of Twelfth-century Western Philosophy, Cambridge University Press, 1988, p. 386-406.
  • SANJEK F., Herman le Dalmate (v. 1110-apr. 26-II-1154) et la connaissance de l'Islam dans l'occident médiéval  ; Revue d'histoire ecclésiastique, 1993, vol. 88, n° 2, pp. 492-501, Université catholique de Louvain, Louvain, BELGIQUE (1900)
  • CUBELIC Alojz, Herman dalmatin i intelektualni preporod zapadu u 12. Stocjeću = Hermann the dalmatian and intellectual revival of the west in the twelfth century, 2006, vol. 30, n° 57, pp. 1-30 Hongrois Serbo-Croate (latin) Krscanska sadasnjost, Zagreb, CROATIE (1977)
  • DADIC Zarko, Herman of Dalmatia, Skolska knjiga, Zagreb, 212 pp ( Édition bilingue croate anglais)

et [4] Hermann the Dalmatian as Astronomer

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] cité par Jacques le Goff, Les Intellectuels au Moyen Age, coll. "Le temps qui court", Le Seuil, 1957.
  2. Traduites aussi en 1126 par Adélard de Bath (1075-1164).
  3. Ila ilm ahkam al nujum (Introduction à l'Astronomie), traduit également par Jean de Séville en 1133.
  4. « Introduction à l'astronomie, contenant les huit livres divisés d'Abu Ma'shar Abalachus », sur World Digital Library,‎ 1506 (consulté le 2013-07-15)
  5. [2] Sciences et techniques croates.
  6. [3]actes du Colloque international d'histoire de Reims.
  7. De indagatione cordis. Le texte latin complet disponible en une édition critique de Sheila Low-Beer dans sa thèse sur Herman de Carinthie : The Liber imbriam, The Fatidica and the De indagatione Cordis, University of New York.