Regina Jonas
Regina Jonas ( né le 3 août, 1902 - décédée approximativement vers le 12 octobre 1944) est une femme rabbin originaire de Berlin, académicienne judéo-allemande du XXe siècle et figure de proue du Judaïsme progressiste. Historiquement, elle est la première femme juive à pratiquer la carrière de rabbin, à être ordonnée et à remplir la fonction sociale, théologique et religieuse liée à cette ordination.
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[modifier] Jeunesse
Jonas grandit dans Scheunenviertel, un quartier pauvre de Berlin[1] où habitent des juifs religieux arrivés en Allemagne à la fin du XIXe siècle d'Europe orientale. Regina Jonas perd très jeune son père, en 1913. Il meurt de tuberculose[1]. Sa mère, veuve sans le sou, doit subvenir seule à ses trois enfants: Sarah l'ainée, et Abraham, le cadet, et Regina.
La mort du père force la petite famille à déménager dans un autre quartier de Berlin. Dans le nouvel appartement, à côté d'une petite synagogue orthodoxe, la Rykestrasse, la vie de Regina Jonas change. Elle est attirée par l'atmosphère de la synagogue. Le Rabbi, Dr Max Weil la prend sous son aile[1]. Il paie pour ses études, d'abord dans une école juive et ensuite dans la Hochschule (un lycée). En 1923, Jonas passe son Abitur à la Weissensee Oberlyzeum. Comme beaucoup de femmes à l'époque, elle devint institutrice. Par la suite, en 1924, elle s'inscrit à la Hochschule fuer die Wissenschaft des Judentums, l'Institut supérieur d'Études Juives ou Académie des Sciences du Judaïsme[1], où elle suit un séminaire destiné aux rabbins et éducateurs et obtint la certification "Enseignante académique de religion" en décembre 1930.
Comme elle désire devenir rabbin, Regina Jonas écrit une thèse (de 88 pages) intitulée "Une Femme peut-elle être rabbin selon les sources halakhiques ?". Elle conclut: selon les sources bibliques, talmudiques et rabbiniques, il est possible pour une femme de devenir rabbin. Ce document est la première tentative connue pour une justification halakhique de l'ordination des femmes[1]. Le Rabbin Eduard Baneth, professeur de Talmud à la Hochschule et responsable de la coordination rabbinique, est le superviseur de la thèse écrite par Jonas[1]. La thèse de Jonas reçoit la note «bon»[1].
Regina Jonas ne s'est jamais mariée et vit avec sa mère jusqu'à ce qu'elles soit toutes deux envoyées au ghetto juif. Avec sa mère elle mène une vie religieuse orthodoxe, même pendant ses études à un établissement d'enseignement juif libéral. Elle se comporte en orthodoxe, car elle croit qu'il n'y a pas de contradiction entre la halakha et son désir de servir dans le rabbinat[2].
[modifier] Ordination
Le Rabbin Hénoc Albeck, son professeur d'études talmudiques responsable des ordinations, refuse de l'ordonner. Rav Albeck explique son refus en disant qu'il n'est pas disposé à ordonner une femme[2]. Regina fait appel au rabbin Leo Baeck, chef spirituel de la communauté juive allemande, son professeur à la Hochschule. Peut-être par peur d'exacerber les tensions avec le rabbinat orthodoxe allemand, celui-ci aussi refuse. Bien que Rabbi Baeck soutient Jonas et l'encourage dans ses études, il n'est pas disposé à risquer cette unité entre les branches juives pour ordonner rabbin une femme. Deux ans plus tard, quand un rabbin libéral accepte d'ordonner Jonas, Rabbi Baeck se hâte de lui envoyer une lettre de félicitations. Cette lettre, retrouvée dans des archives par une historienne en 1991, est ignorée par le rabbinat pendant 46 ans[2]
Le 27 décembre 1935, Regina Jonas reçoit sa Semikha et est ordonnée par le Rabbi Max Dienemann à Offenbach. Celui-ci est à la tête de l'Association des rabbins libéraux d'Allemagne. Même après qu'elle est ordonnée rabbin, et en dépit du fait que le début des persécutions nazies cause une diminution importante dans la direction spirituelle des communautés juives en Allemagne, la Rabbi Jonas est incapable de trouver une congrégation prête à l'embaucher en tant que rabbin. Elle trouve finalement du travail en tant qu'aumônier dans diverses institutions juives.
[modifier] Persécution
La persécution nazie se poursuit. Ceci force de nombreux rabbins allemands à émigrer. Plusieurs communautés se trouvent privées de rabbin, ce qui permet à Regina Jonas de trouver un travail en tant que rabbin et de prêcher dans une synagogue, la Berlin Jewish Gemeinde, pour une brève période seulement; car comme la majorité des Juifs allemands, elle est bientôt mise au travail forcé par les autorités nazies. Malgré tout, elle continue son travail rabbinique, à enseigner ainsi qu'à prêcher. Rabbi Jonas donne des conférences à des groupes de la WIZO et le Frauenbund Jüdischer[1]. Elle visite aussi les malades de l'Hôpital juif et prend soin de ceux dont la situation économique est devenue désespérée après le pogrom "Kristallnacht" des 9 et 10 novembre 1938[1].
Durant l'hiver 1940-1941, le Reichsvereinigung der Juden in Deutschland (l'organisation d'enregistrement obligatoire des Juifs allemands établis par les nazis) l’envoie dans plusieurs villes où les juifs sont sans rabbins[1]. Elle donne des sermons et des conférences à Braunschweig, Göttingen, Francfort-sur-Oder, Wolfenbüttel et Brême[1].
Le 3 novembre 1942, Regina Jonas doit remplir un inventaire de l'ensemble de ses biens, y compris ses livres. Deux jours plus tard, l'ensemble de ses avoirs est confisqué "au profit du grand Reich allemand". Le 6 novembre 1942, elle est arrêtée par la Gestapo et déportée au Camp de concentration de Theresienstadt, où elle continue sa travail de rabbin. Elle aide le psychologue Viktor Frankl, lui aussi prisonnier à Theresienstadt, à créer un service d'intervention en cas de crise afin de prévenir les suicides. Jonas se charge d'aller à la rencontre des nouveaux arrivants à la gare, où elle les aide à surmonter le choc émotionnel et le stress causés par l'arrivée dans un camp de concentration.
Au camp nazi de Theresienstadt, elle rencontre de nouveau le Rabbi Baeck. Contrairement au Rabbin Jonas, le Rabbin Baeck survit à la Shoa, mais jusqu'à sa mort à Londres, en 1956, il évite la mention de l'activité spirituelle et d'aide thérapeutique fait par le Rabbin Jonas dans le camps de concentration de Theresienstadt. Viktor Frankl, qui survit aussi à la Shoa, évite lui aussi de mentionner Jonas dans son prochain livre. En 1946, Frankl écrit dans la préface à son livre "Man's Search for Meaning," qu'il a effacé de sa mémoire tout ce qui s'est passé avant son entrée aux portes d'Auschwitz[2].
Après avoir travaillé sans arrêt pendant deux ans à Theresinstadt, Regina Jonas est déportée le 12 octobre 1944 àAuschwitz où elle est tuée à l'âge de 42 ans. Le fichier qui porte son nom ne comporte que deux pages. Nous ne connaissons pas la date exacte de son assassinat par les nazis[1].
[modifier] Héritage
Un document écrit à la main intitulé Exposés de la seule et unique femme rabbin, Regina Jonas existe toujours et peut être consulté dans les archives du camp de concentration Theresienstadt[3] : Ce sont 24 exposés réunis: cinq des textes traitent de l'histoire des femmes juives, cinq autres de sujets talmudiques, deux textes de thèmes bibliques, trois autres textes sur de sujets pastoraux et neuf autres textes offrent une introduction à l'éthique, aux croyances et aux fêtes juives. Ces textes ont été retrouvés et conservés grâce au dévouement de la Maison de kibboutz Guivat Haïm Ihoud, une institution qui travaille pour commémorer les Juifs qui ont passé du temps de détention au camp Theresienstadt,
En 1972, le mouvement du Judaïsme réformiste ordonne rabbin Sally Priesand, la seconde femme rabbin après Regina Jonas mais lorsqu'elle est ordonnée rabbin en 1972, Sally Priesand est qualifiée de «première femme rabbin», alors que l'existence du Rabbin Regina Jonas est connue[1]. Quand le Mur de Berlin tombe, les archives de l'Allemagne de l'Est deviennent accessibles, une historienne féministe trouve alors des preuves tangibles de l'existence du Rabbi Regina Jonas. En 1995, Bea Wyler, après avoir fait ses études rabbiniques au Séminaire théologique juif à New York, devient la première femme rabbin depuis Regina Jonas en Allemagne, suivie quelque temps plus tard d'Alina Treiger[4]
[modifier] Redécouverte de Regina Jonas
L’existence de Regina Jonas est ignorée pendant une cinquantaine d'années. Dans les années 1990, Regina Jones est redécouverte grâce notamment aux travaux de l'historienne israélienne Margalit Shlain de l'Université Bar Ilan[2]. Dr Katerina von Kellenbach chercheur et conférencière au département de philosophie et de théologie de l'Université St. Mary aux États-Unis est venue à Berlin-Est en 1991 pour trouver du matériel sur l'histoire religieuse allemande. Elle découvre dans des archives, une enveloppe contenant un document, rédigé en allemand et en hébreu, intitulé certificat d'enseignement reçu par Regina Jonas de l'administration de la Hochschule für die Wissenschaft der Judentums (l'institution rabbinique d'études judaïques de l'époque fondée en 1896 et détruit en 1942 par les nazis)[2]. Le document est donné à Regina Jonas le 12 décembre 1930. Il autorise Jonas à enseigner les études judaïques, y compris la langue hébraïque, dans les écoles de la communauté juive allemande[2].
Dans la même enveloppe trouvée par Dr Katerina von Kellenbach se trouve une photo de Regina Jonas portant une robe rabbinique et tenant un livre dans sa main[5]. Dr Von Kellenbach poursuit ses recherches et trouve un document que Regina Jonas reçoit cinq ans plus tard en 1935[2]. Ce document est signé par le Rabbin Dr Dienemann Max, ( chef de l'Association libérale des rabbins dans la ville d'Offenbach), qui le 25 décembre 1935, ordonne Reginas Jonas pour servir comme rabbin dans les communautés juives allemandes[2].
Dans aucune études publiée jusque-là, il n'est fait mention qu'une femme est ordonné par le rabbinat en Allemagne dans les années 1930[2] et que Regina Jonas reçoit - comme en témoigne l'une des lettres trouvées dans l'enveloppe - la bénédiction du Dr Léo Baeck[2].
[modifier] Références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Regina Jonas » (voir la liste des auteurs).
[modifier] Bibliographie
: Ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article:
- (en) Katharina von Kellenbach, God Does Not Oppress Any Human Being: The Life and Thought of Rabbi Regina Jonas.” dans le Leo Baeck Institute: Yearbook numéro XXXIX ,1994.

- (en) Katharina von Kellenbach, Preaching Hope: Denial and Defiance of Genocidal Reality in Rabbi Regina Jonas’ Work, dans la revue Shofar. 1998.
- (en) Elisa Klapheck, Fräulein Rabbiner Jonas: The Story of the First Woman Rabbi, Editeur An Arthur Kurzweil book , San Francisco. 2004. (traduit de la langue allemande par Toby Axelrod) ISBN 0-7879-6987-7, lire en ligne Fräulein Rabbiner Jonas: The Story of the First Woman Rabbi

- (en) Elisa Klapheck, My Journey toward Regina Jonas, part one pp 13 et My Journey Toward Regina Jonas, Part Two, pp 2.

- (fr) Clémence Boulouque, Nuit ouverte, Édition Flammarion, 2007
- (en) Toby Axelrod, My Year with Regina Jonas, dans la revue Bridges: A Jewish Feminist Journal - Volume 14, Number 2, Autumn 2009, pp. 27-31

[modifier] Liens externes
- (en) The First Woman Rabbi in the World.
- (en) Bibliographie dans Jewish Women's Encyclopedia.
- (en) Rabbi Janet Marder, A Story That Was Lost du 15 février 2008.
- (en) Four Centuries of Jewish Women's Spirituality,2008.