Extraction de sable

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Extraction de sable en Pologne.

L’extraction de sable est une pratique qui est utilisée pour prélever et exploiter le sable (sable siliceux ou calcaire) dans des carrières, des dunes ou des plages, ou pour le draguer dans le lit des rivières ou des océans.

Le marché du sable[modifier | modifier le code]

Demandes et utilisations[modifier | modifier le code]

Le granulat (sable, graviers, charges minérales) est utilisé dans l'industrie manufacturière comme abrasif. Il est également utilisé dans l'industrie du verre, des lentilles, miroirs, lasers, isolateurs, dans la technique de la fracturation hydraulique. L'extraction du sable est également une source de matières premières stratégiques comme les minéraux lourds (ilménite, zircon, rutile), le silicium, le thorium, le titane, l’uranium, etc. Les principaux besoins en sable sont la construction et la poldérisation[1].

Depuis l'invention du béton armé par Joseph Monier qui en a déposé les brevets dès 1870, ce matériau s'est imposé dans la construction grâce à ses performances techniques (moules qui permettent une liberté de forme, armatures de fer qui permettent de résister à des charges importantes, à la flexion comme à la traction) et un coût relativement bas par rapport à celui de la pierre. L'essor de ce matériau s’articule en outre avec celui du capitalisme bancaire et de la grande industrie (en particulier la sidérurgie, les cimenteries et les constructeurs) qui ont permis sa diffusion mondiale, ainsi les deux tiers des constructions sont réalisées en béton armé en 2012[1].

Or le béton est composé de deux tiers de granulats (sable et graviers). Pour construire une maison de taille moyenne, il faut entre 100 à 300 tonnes de granulats, pour un bâtiment plus grand comme un hôpital ou un lycée, il en faut entre 20 000 à 40 000 tonnes, chaque kilomètre de voie ferrée nécessite 10 000 tonnes de granulats, et d’autoroute 30 000, enfin pour construire une centrale nucléaire, il faut 12 millions de tonnes[2]. Notons toutefois que les routes font surtout appel aux granulats concassés issus des carrières de roche massive ainsi qu'aux déblais issus des démolitions et de l'emprise routière elle-même.

La poldérisation (îles artificielles de Dubaï avec ses Palm Islands, Émirats arabes unis avec The World, Singapour) a nécessité également des millions de tonnes de sable [1].

Le granulat est donc devenu la troisième ressource mondiale la plus utilisée après l'air et l'eau mais devant le pétrole. Chaque année, à l'échelle mondiale, 15 milliards de tonnes de granulats sont extraites à cet effet, ce qui représente un volume d’échanges internationaux de 70 milliards de dollars par an[3].

La raréfaction de la ressource en granulats roulés entraîne l’adoption de solutions alternatives, notamment pour les sables à savoir les « sables de substitution » : sable marin issu du dragage, sable de concassage (sable obtenu par broyage de matériaux de démolition d'ouvrage ou de roches massives)[4].

Offre[modifier | modifier le code]

Extraction de sable artisanale au Mali
Drague moderne avec élinde trainante de 9000 m3

Depuis 5 000 ans, les hommes ont extrait des roches (exploitation de mines, déforestation et extraction de granulats) de l'équivalent d'une montagne de 4 kilomètres de haut, 40 kilomètres de large et 100 kilomètres de long[5].

L'extraction de granulats (sables, graviers et galets) est majoritairement effectuée dans des carrières de sable et de gravier (granulats roulés) et de roches massives (granulats concassés, roches ornementales). Face à l'épuisement des ressources terrestres en granulats alluvionnaires et aux désordres engendrés par la surexploitation dans les rivières (approfondissement du lit, déchaussement d'ouvrages d'art), les industriels se sont tournés vers des ressources de substitution, notamment les granulats marins[6]. L'exploitation de sable marin s'est développée depuis les années 1970 et est en plein essor depuis. Certains navires de drague peuvent pomper par jour entre 4 000 et 400 000 m3 de sable au fond de la mer, chaque drague équivalant à un investissement de l’ordre de 20 à 150 millions d’euros[1].

En France, sur les 380 millions de tonnes de granulats consommés annuellement, 7 millions sont d'origine marine. 2% des matériaux de construction proviennent des granulats marins, soit environ 7,5 millions de tonnes[7].

Le sable du désert, d'origine éolienne, n'est pas une alternative valable. Il est en effet inadéquat en construction et poldérisation à cause de sa granulométrie trop fine et trop ronde qui empêche les grains de s’agréger[6].

Impacts[modifier | modifier le code]

Impacts écologiques[modifier | modifier le code]

En creusant pour extraire les granulats d'une gravière, on baisse le niveau de la nappe phréatique qui l'alimente, ce qui a des impacts sur la capacité de stockage de l'eau souterraine et sur les infrastructures en surface (pont, route, chemin de fer)[8].

Le dragage excessif de sable marin favorise l'intrusion de l'eau de mer dans les nappes souterraines et leur contamination par le sel[9].

Le dragage intensif est à l'origine de la destruction d'habitat et de la fragmentation des écosystèmes fragiles, ce qui menace la biodiversité. Ainsi, les tortues de mer qui pondent sur les plages de sable sont perturbées lorsque leurs sables sont exploités, l'impact est le même pour les Gavial du Gange qui sont en danger critique d'extinction[10].

L'urbanisation des côtes, les 845 000 barrages qui retiennent un quart des réserves de sable dans le monde et l'extraction de sable dans les rivières qui en retiennent un autre quart, provoquent l'érosion du littoral[11], ainsi au moins 70% des plages du monde entier sont en recul et entre 75 et 90% des plages sont menacées de disparition[12].

L'extraction de sable de rivière et de mer provoque une augmentation de la turbidité dans l'eau, nuisant à la croissance d'organismes qui ont besoin de lumière, tels les coraux ou le phytoplancton, nourriture de nombreux poissons, d'où un impact négatif sur la pêche. Cette turbidité a de plus des impacts négatifs dans certaines zones sensibles pour la pêche (frayères, nourriceries) et la conchyliculture[1].

Cette érosion du littoral affecte aussi les îles lagunaires dont certaines disparaissent[12].

Impacts sociaux et économiques[modifier | modifier le code]

Le sable marin nécessite un lavage ou égouttage afin de diminuer son taux de chlorure qui cause la corrosion des aciers du béton armé. Le sable exige également un triage puis éventuellement un broyage avant son utilisation dans le béton. Or de nombreux sites illégaux d’extraction se développent et des chefs de chantier peu scrupuleux ne respectent pas ces pratiques, ce qui met en danger à terme les habitants dans les bâtiments en béton qui menacent de s'effondrer sur eux[1].

L'érosion du littoral a pour conséquence une moindre protection des côtes contre les tempêtes, les tsunamis et menace l'économie touristique des régions touchées par le phénomène[13].

En Floride, 9 plages sur 10 sont en voie de disparition à cause de cette érosion, ce qui nécessite un remblayage tous les ans. En Indonésie, 25 îles ont disparu pour alimenter Singapour en sable[14]. Aux Maldives, l’extraction de sable est telle qu'elle a engendré la montée des eaux et l'évacuation de 120 îles de leurs habitants[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Denis Delestrac, documentaire « Le Sable : enquête sur une disparition », sur Arte, 28 mai 2013
  2. (en) W.H. Langer, V.M. Glanzman, Natural aggregate, building America's future, U.S. G.P.O.,‎ 1993, 39 p.
  3. (en) Jessica Elzea Kogel, Nikhil C. Trivedi, James M. Barker, Industrial Minerals and Rocks : Commodities, Markets, and Users, SME,‎ 2006, p. 172
  4. Mohammed El Harrati, « Comment faire face à la pénurie de sable », sur leconomiste.com,‎ 16 février 2013
  5. (en) Roger LeB. Hooke, « On the history of humans as geomorphic agents », Geology, vol. 28, no 9,‎ septembre 2000, p. 843-846
  6. a et b Denis Delestrac et Alain Bidal, « Pénurie en vue : par quoi peut-on remplacer le sable ? », sur Atlantico,‎ 29 mai 2013
  7. Source : Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM), rapport 2011 du groupe de travail sur l'extraction de matériaux marins (WGEXT)
  8. (en) G.M. Kondolf, M. Smeltzer, L. Kimbal, Freshwater Gravel Mining and Dredging Issues, Whitepaper prepared for Washington Department of Fish and Wildlife, Center for Environmental Design Research, Université de Californie, avril 2002
  9. (en) S. Viswanathan, « Mining Dangers », May India's National Magazine, vol. 19, no 10,‎ 11-24 mai 2002 (lire en ligne)
  10. (en) G. Myers, « Political Ecology and Urbanisation : Zanzibar's Construction Materials Industry », The Journal of Modern African Studies, vol. 37, no 1,‎ mars 1999, p. 83-108
  11. (en) M. R. Byrnes et col, « Effects of Sand Mining on Physical Processes and Biological Communities Offshore New Jersey », Journal of Coastal Research, vol. 20, no 1,‎ 2004, p. 25–43
  12. a et b (en) E. Bird, Coastline Changes, Wiley & Sons,‎ 1985, 219 p.
  13. (en) R. Young et A. Griffith, « Documenting the global impacts of beach sand mining », Geophysical Research Abstracts, vol. 14,‎ 2009, p. 11593 (lire en ligne)
  14. Documentaire Le Sable sur Arte TV

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]