Conjecture de Poincaré

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La conjecture de Poincaré était une conjecture mathématiques du domaine de la topologie algébrique portant sur la caractérisation d'une variété particulière, la sphère de dimension trois ; elle fut démontrée en 2003 par le Russe Grigori Perelman.

Elle faisait jusqu'alors partie des problèmes de Smale et des sept « problèmes du prix du millénaire » recensés et mis à prix en 2000 par l'Institut de mathématiques Clay[1]. En 2006, cette démonstration a été validée par l'attribution d'une médaille Fields à Perelman (qu'il a refusée) ; de plus, en mars 2010, l'institut Clay a officiellement décerné le prix correspondant à Perelman, prix qu'il a également refusé, en raison d'un « désaccord avec les décisions de la communauté mathématique[2] ».

Historique[modifier | modifier le code]

Formulation[modifier | modifier le code]

La conjecture fut formulée pour la première fois par Henri Poincaré en 1904, et s'énonce ainsi :

« Soit une variété compacte V simplement connexe, à 3 dimensions, sans bord. Alors V est homéomorphe à une hypersphère de dimension 3. »

Poincaré ajouta, avec beaucoup de clairvoyance, un commentaire : « mais cette question nous entraînerait trop loin ».

Précisément, la question est de savoir si toute variété de dimension 3 fermée, simplement connexe et sans bord, est homéomorphe à une sphère. Plus grossièrement, il s'agit de déterminer si « un objet à trois dimensions » donné possédant les mêmes propriétés que celles d'une sphère (notamment que toutes les boucles de celui-ci peuvent être resserrées en un point), est bien seulement une « déformation » d'une sphère tridimensionnelle (la sphère ordinaire — surface dans l'espace ordinaire — possède seulement deux dimensions).

Ni la sphère ni un autre espace tridimensionnel dépourvu de frontière autre que \mathbb{R}^3 (l'espace ordinaire) ne peuvent être dessinés proprement comme objets dans l'espace ordinaire à trois dimensions. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est difficile de visualiser mentalement le contenu de la conjecture.

Progrès récents[modifier | modifier le code]

Vers la fin de l'année 2002, des publications sur arXiv[3],[4],[5] de Grigori Perelman, de l'Institut de mathématiques Steklov de Saint-Pétersbourg, laissent penser qu'il pourrait avoir trouvé une preuve de la « conjecture de géométrisation » (voir ci-dessous), mettant en œuvre un programme décrit plus tôt par Richard Hamilton. En 2003, il publia un deuxième rapport et donna une série de conférences aux États-Unis. En 2006, un consensus d'experts a conclu que le travail récent de Perelman en 2003 résolvait ce problème[6],[7],[8], près d'un siècle après son premier énoncé. Cette reconnaissance a été annoncée officiellement lors du congrès international des mathématiciens le 22 août 2006 à Madrid au cours duquel la médaille Fields lui a été décernée conjointement avec trois autres mathématiciens. Cependant Perelman a refusé la médaille, et laissé entendre qu'il refuserait également le prix Clay. Ce prix lui a été décerné le 18 mars 2010[9],[10], prix accompagné d'une récompense d'un million de dollars, et il l'a effectivement refusé. Il a déclaré au journal Komsomolskaïa Pravda le 29 avril 2011[11] :

« Pourquoi ai-je mis tant d'années pour résoudre la conjecture de Poincaré ? J'ai appris à détecter les vides. Avec mes collègues nous étudions les mécanismes visant à combler les vides sociaux et économiques. Les vides sont partout. On peut les détecter et cela donne beaucoup de possibilités… Je sais comment diriger l'Univers. Dites-moi alors, à quoi bon courir après un million de dollars ? »

Éléments liés à la preuve de la conjecture[modifier | modifier le code]

Si la conjecture a induit une longue liste de preuves incorrectes, certaines d'entre elles ont toutefois mené à une meilleure compréhension de la topologie en petites dimensions.

Sa résolution est liée au problème de classification des variétés de dimension 3. Une classification des variétés de dimension 3 est généralement considérée comme la production d'une liste de toutes les variétés de dimension 3 à un homéomorphisme près (sans répétition). Une telle classification est équivalente à un algorithme de reconnaissance, qui pourrait vérifier si deux variétés de dimension 3 sont homéomorphes ou pas.

On peut ainsi considérer la conjecture de Poincaré comme un cas particulier de la conjecture de géométrisation de Thurston. Cette dernière conjecture, une fois prouvée (ce qu'a fait Perelman en 2003), achève la question de la classification des variétés de dimension 3.

Les seules parties de la conjecture de géométrisation qu'il restait à démontrer après sa formulation par Thurston vers 1980, étaient appelées la conjecture d'« hyperbolisation » et la conjecture d'« elliptisation ». La conjecture d'« elliptisation » déclare que toute variété de dimension 3 fermée ayant un groupe fondamental fini, a une géométrie sphérique, c'est-à-dire est couverte par la 3-sphère. La conjecture de Poincaré correspond au cas où le groupe fondamental est trivial.

Problèmes mathématiques reliés[modifier | modifier le code]

Des conjectures analogues à celles de Poincaré dans des dimensions autres que 3 peuvent également être formulées :

Toute variété compacte de dimension n qui est homotopiquement équivalente à la sphère unité est homéomorphe à la sphère unité.

La conjecture de Poincaré donnée précédemment apparaît comme le cas particulier n = 3.

La difficulté de la basse dimension en topologie est accentuée par le fait que tous les résultats analogues avaient été prouvés :

alors que la version à trois dimensions originale de la conjecture de Poincaré demeurait sans solution.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Description de la conjecture de Poincaré par l'institut de mathématiques Clay
  2. « Le mathématicien Perelman refuse un prix d'un million de dollars », La Croix, 2 juillet 2010.
  3. (en) G. Perelman, The entropy formula for the Ricci flow and its geometric applications, 2002. Texte en accès libre sur arXiv : math.DG/0211159.
  4. (en) G. Perelman, Ricci flow with surgery on three-manifolds, 2003. Texte en accès libre sur arXiv : math.DG/0303109.
  5. (en) G. Perelman, Finite extinction time for the solutions to the Ricci flow on certain three-manifolds, 2003. Texte en accès libre sur arXiv : math.DG/0307245.
  6. (en) Bruce Kleiner (en) et John Lott (en), Notes on Perelman's papers, 2006. Texte en accès libre sur arXiv : math.DG/0605667.
  7. (en) John Morgan (en) et Gang Tian (en), Ricci flow and the Poincare conjecture, 2006. Texte en accès libre sur arXiv : math.DG/0607607.
  8. (en) Huai-Dong Cao (en) et Xi-Ping Zhu (en), A Complete Proof of the Poincaré and Geometrization Conjectures - application of the Hamilton-Perelman theory of the Ricci flow [PDF], Asian J. of Math, vol. 10, n° 2, juin 2006
  9. (en) Communiqué de presse de l'Institut de mathématiques Clay
  10. Dépêche de l'AFP du 18 mars 2010 : prix Clay décerné à Perelman
  11. « Russie : le mathématicien qui refuse un million de dollars s'exprime », Voix de la Russie, 29 avril 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]