Circuit court

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En général, un circuit court est un circuit de distribution dans lequel on trouve 1 intermédiaire maximum entre le producteur et le consommateur[1].

Les circuits courts font partie du problème de la révision des modes de production et de consommation, qui est l'un des enjeux du développement durable. Ils ont été fréquemment évoqués en France lors du Grenelle de l'environnement[2].

On évoque assez souvent les circuits courts pour les produits agricoles, mais on voit apparaitre cette notion pour la fabrication et la distribution de matériaux (terre, chanvre, ardoise, chaux, carrières locales et.) en particulier pour la restauration du patrimoine bâti.

Le circuit court dispose maintenant en France d'une définition officielle. Selon le Ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche, est considéré comme un circuit court un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu'il n'y ait qu'un seul intermédiaire. En France et en 2010, les achats faits en circuit court représentaient 6 à 7 % des achats alimentaires d'après l'Ademe qui estime que ces circuits courts sont « aujourd'hui une opportunité économique non négligeable que ce soit pour le producteur (sécurisation de son modèle économique), le consommateur (prix ajusté au coût réel) ou un territoire (création d'emplois locaux) »[3]. Selon le Recensement Agricole de 2010, 21% des agriculteurs français vendent tout ou partie de leur production en circuits courts[4].

Émergence de la notion moderne de circuit court[modifier | modifier le code]

Les circuits courts étaient historiquement des modes de distribution très répandus, notamment aux abords des villes. L'agriculture périurbaine était une fonction ancienne d'approvisionnement des villes. Il y avait par exemple des villages maraîchers autour de Paris pour approvisionner les Halles et les marchés.

Au XVIIIe siècle Alexandre Grimod de la Reynière devient négociant en ouvrant à Lyon le commerce « Grimod et compagnie, aux Magasins de Montpellier, rue Mercière » : épicerie, de droguerie et de parfumerie en gros et fabrique de broderie et imagine les principes d’« achat direct au producteur », de « chaines de magasins » et de « vente à prix fixé ». Il étend les activités de sa société Grimod et Cie à d’autres villes françaises, où il ouvre des établissements[5]

Les circuits courts ont décliné au cours du XXe siècle avec l'étalement urbain, le développement des transports, et l'internationalisation des marchés et des structures industrielles.

Les circuits courts ont trouvé un regain d'intérêt depuis les années 2000. Les circuits courts font aujourd'hui l'objet de recherches, notamment en France à l'INRA. Ils couvrent également le thème des matériaux locaux pour la construction ou la restauration de patrimoine (carrières de pierres, de lauzes, d'ardoises; champs de chanvre, fours à chaux, tuileries briqueterie…)

Terminologie[modifier | modifier le code]

Distinction entre circuit court et vente directe[modifier | modifier le code]

Le circuit court inclut la vente directe, pour laquelle il n'y a pas d'intermédiaire entre le producteur et le consommateur, mais il est plus large qu'elle, car il inclut aussi la vente indirecte lorsqu'il n'y a qu'un seul intermédiaire[6].

Distinction entre circuit court et relocalisation[modifier | modifier le code]

Le circuit est dit « court » lorsqu'il y a, au maximum, un intermédiaire : il n'y a pas de notion géographique, le producteur peut être proche ou non du consommateur. On parle de relocalisation lorsque le producteur se rapproche géographiquement du consommateur, indépendamment des intermédiaires.

Différents types de circuits courts[modifier | modifier le code]

En vente directe :

  • vente à la ferme ;
  • libre cueillette sur le lieu de production ;
  • ferme auberge ;
  • vente collective ;
  • vente aux marchés ;
  • ventes en tournées ;
  • vente à domicile ;
  • vente à distance par correspondance ;
  • vente sur Internet ;
  • vente dans les foires et salons ;
  • vente en AMAP ;
  • vente en distributeur automatique (lait cru, fruits, légumes)

En vente indirecte :

  • à la restauration (restauration traditionnelle, restauration collective) ;
  • à un commerçant ;
  • à un non-commerçant ;
  • à des artisans du bâtiment.

En agriculture, les producteurs en circuits courts peuvent avoir plusieurs modes de vente mais la majorité (6 sur 10) n'en ont qu'un. Au sein des circuits courts, la vente directe domine : les modes de vente les plus utilisés par les producteurs sont d'abord la vente à la ferme (la moitié des producteurs en circuits courts), puis la vente sur les marchés, et à des commerçants détaillants[7].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Répartition[modifier | modifier le code]

Ce phénomène est reparti de façon inégale sur le territoire français avec une tendance à se développer dans les espaces périurbains et touristiques permettant un maintien de l’agriculture dans ces zones. On remarque un développement plus important dans le sud-est, le nord, la Corse et l’Alsace ainsi que dans le Rhône–Alpes où les points de vente collectifs sont les plus nombreux.

Produits vendus par circuits courts[modifier | modifier le code]

Les produits les plus vendus par circuits courts sont[8] :

En agriculture, les circuits courts sont plus pratiqués pour les productions végétales que les productions animales. En 2010, ce sont les producteurs de miel qui vendent le plus en circuits courts (51% d'entre eux), suivis des producteurs de légumes (46%), de fruits (26%) et des viticulteurs (25%)[9].

Avantages des circuits courts[modifier | modifier le code]

D’un point de vue social, ils permettent de restaurer le lien social entre les consommateurs et les producteurs.

D’un point de vue économique, ces circuits ont un grand potentiel car ils permettent la réalisation d’économies sur toute la chaîne de production (transport, suppression d’intermédiaire) donc une augmentation des marges, et un paiement immédiat pour l'agriculteur-producteur permettant de diversifier ses activités agricoles et ainsi favoriser l’emploi : en Île-de-France, les fermes mixtes ont une moyenne de 76ha de surface agricole utile et 4,4 employés à pleins temps contre 136ha et 1,2 employés par circuit conventionnel. De manière générale, par rapport à la moyenne des exploitations françaises, celles en circuits courts sont de taille plus petite, emploient plus de main d'oeuvre, et développent davantage d'activités de diversification (transformation, restauration, hébergement...)[10].

D’un point de vue écologique, ces circuits sont souvent perçus comme une promotion à des pratiques favorables à l’environnement. En effet, ils favorisent, pour répondre à la demande des consommateurs, un retour de certaines variétés de fruits ou de légumes dits « oubliés » avec un calibre ou un aspect moins exigent que la production standard et par ce fait diminuent l’utilisation de pesticides et engrais de synthèse au profit de méthodes manuelles favorisant la main d’œuvre. Ils sont « éco-responsables », limitent l’emballage et le conditionnement. Ventes directes à la ferme, marchés d'agriculteurs, systèmes de paniers, ferme-cueillette, jardins d’insertion ou d’Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP)… ces systèmes permettent le maintien d’une activité agricole locale. Ils offrent une transparence sur la provenance de la nourriture, les prix et leur mode de production[11].

Impact énergétique et climatique des circuits courts[modifier | modifier le code]

Bilan énergétique : Les études d'Elmar Schlich et d'autres montrent que certaines filières internationales (banane par exemple, transportée en grande quantité par cargo) peuvent consommer moins d’énergie finale que des distributions en circuits courts et ce, malgré les longues distances parcourues. La « camionnette régionale » à moitié remplie est en concurrence avec les porte-conteneurs et les poids lourds pleinement chargés au niveau mondial. Le système de circuits courts n’est pas encore à l’équilibre et il convient donc de soutenir son développement. Les filières longues internationales ont, quant à elles, su optimiser leurs systèmes de production et de distribution depuis longtemps.

Ne raisonner que sur l’énergie finale fait cependant oublier d’autres critères environnementaux tels que la quantité d’intrants ou la pollution émise à tous les niveaux, ainsi que les avantages sociaux. Selon Elmar Schlich , « tous les exemples ont montré que les chaînes d’approvisionnement régionales sont compétitives sur le plan de l’énergie, peuvent l’être, ou du moins peuvent améliorer leur efficacité énergétique ». Il soutient même que cela peut être obtenu facilement grâce à des coopérations ou des coopératives, ce qui est le cas pour de nombreuses filières par circuits courts[11].

Il semble que l'un des atouts des circuits courts soit la prise en considération du système de production. Par exemple, selon le recensement agricole de 2010, l'agriculture biologique est plus pratiquée par les agriculteurs en circuits courts que par ceux en circuits longs (10% contre 2% en 2010)[12]. Mais les circuits longs ont beaucoup à apporter en matière d'organisation logistique de distribution.

Bilan carbone : sur le plan des émissions de CO2, selon le CGDD et un avis de l'Ademe d'avril 2012, les circuits courts ne sont pas toujours les plus intéressants (notamment pour les produits qui ne sont pas de saisons) ; En France, 57 % des émissions de GES de la chaîne alimentaire sont induits par la phase de production alors que le transport ne serait responsable que de 17 % de ces émissions[13]. De plus, le caractère local d'un produit et des « distances réduites » entre le producteur et le consommateur « ne suffisent pas à affirmer leur qualité environnementale », prévient le CGDD, mais ces produits ont des avantages « socio-économiques » en favorisant la petite agriculture de proximité, plus créatrice d'emplois[13]. Ceci semble partagé par le public français selon l'enquête annuelle du cabinet Ethicity publiée le 2 avril 2013 qui a trouvé que 56 % des Français (+14 points par rapport à 2012) déclarent qu'"un produit permettant de consommer responsable doit être fabriqué localement"[13].

Enjeu gouvernemental[modifier | modifier le code]

Le phénomène des circuits courts devient un enjeu gouvernemental avec le plan de soutien des circuits courts édité en 2009 par le ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche et avec le projet SALT en 2010 (Systèmes Alimentaires Territoriaux) du fait de leur importance non négligeable dans la production française. En effet, en 2007, les marchés de producteurs (ou d'agriculteurs) représentaient plus de 1000 exploitations et 100 000 consommateurs, mais il existe aussi de nombreux marchés mixtes qui valorisent les productions locales. De plus ils représentent 26 % des UTA (unité de travail agricole) et donc une part importante de l’emploi agricole.

Enjeu pour les collectivités territoriales[modifier | modifier le code]

Les villes voient de plus en plus leurs périphéries se changer en des quartiers résidentiels. Elles doivent alors avec leur conseil régional penser au développement des circuits courts au sein de leurs agglomérations; afin de préserver l’agriculture. L’idée est de développer dans les territoires la mise en commun des compétences, des acteurs de la ville et de l’agriculture, pour mettre en place des politiques agricoles périurbaines co-construites. Aujourd'hui en France, les circuits courts présentent un paradoxe, ils sont plus polluants que les circuits conventionnels longs. Les trajets sont plus courts, mais les transports se font principalement en ville entre le producteur et le consommateur. C'est un trajet en ville, avec une circulation dense, auquel peut s'ajouter un aller et/ou retour à vide. La grande distribution profite de ses réseaux logistiques très performants, déplacent de très gros volumes ce qui en termes de pollution ramenée au poids transporté est largement inférieur pour les circuits conventionnels que pour les circuits courts. Afin d’éviter ce paradoxe et d’éventuelles dérives de coopération entre les producteurs locaux et en particulier les ententes sur les prix, la collectivité territoriale pourrait dans le cas des circuits courts jouer un rôle d’arbitre. La création d'un service de transport publique de marchandises entre les producteurs et les commerçants de proximité, intégralement financé par les collectivités pourrait permettre ainsi de rendre les prix accessibles à tous; le service pourrait être financé par les taxes. Ainsi on pourrait augmenter le dynamisme économique sur un territoire avec des recettes en plus pour les collectivités et sans hausse des impôts pour les habitants. Cela favoriserait une agriculture plus durable, l'agriculture Bio pourrait être ainsi mise en avant, les circuits courts seraient un atout, le Bio pourrait devenir un argument de vente et non un moyen d'augmenter les prix, et serait ainsi un exemple et un moteur pour les produits futurs.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Définition dans le lexique du marketing », sur www.marketing-strategique.com (consulté le 7 mai 2010)
  2. « Groupe de travail n°4 du Grenelle de l'environnement, adopter des modes de production et de consommation durables : agriculture, pêche, agroalimentaire, distribution, forêts et usages durables des territoires », sur www.legrenelle-environnement.fr (consulté le 7 mai 2010)
  3. Rachida oughriet (2013), Alimentation : le bilan carbone des circuits courts pointé par le CGDD Le Commissariat général au développement durable pointe les performances environnementales des circuits de proximité en matière de consommation d'énergie et d'émissions de CO2 générées lors de la production et du transport des produits locaux ; Actu-Environnement 2013-04-05, consulté 2013-04-13
  4. Agreste Primeur (numéro 275 - janvier 2012), http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_primeur275.pdf Un producteur sur cinq vend en circuit court, sur < agreste.agriculture.gouv.fr >. Consulté le <9 février 2014>.
  5. http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Alexandre_Balthazar_Laurent_Grimod_de_La_Reyni%C3%A8re&action=edit&section=3
  6. « Différents types de circuits courts », sur Rural Infos.org (consulté le 7 mai 2010)
  7. Agreste Primeur (numéro 275 - janvier 2012), http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_primeur275.pdf Un producteur sur cinq vend en circuit court, sur < agreste.agriculture.gouv.fr >. Consulté le <9 mars 2014>.
  8. « Cas de la région Midi-Pyrénées. », sur www.mp.chambagri.fr (consulté le 7 mai 2010)
  9. Agreste Primeur (numéro 275 - janvier 2012), http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_primeur275.pdf Un producteur sur cinq vend en circuit court, sur < agreste.agriculture.gouv.fr >. Consulté le <9 mars 2014>.
  10. Agreste Primeur (numéro 275 - janvier 2012), http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_primeur275.pdf Un producteur sur cinq vend en circuit court, sur < agreste.agriculture.gouv.fr >. Consulté le <9 mars 2014>.
  11. a et b « Circuits courts, l’avenir de l’agriculture ? », sur www.natura-sciences.com (consulté le 5 mars 2012)
  12. Agreste Primeur (numéro 275 - janvier 2012), http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_primeur275.pdf Un producteur sur cinq vend en circuit court (page 3), sur < agreste.agriculture.gouv.fr >. Consulté le <9 février 2014>.
  13. a, b et c Rachida Boughriet (2013), Alimentation : le bilan carbone des circuits courts pointé par le CGDD Le Commissariat général au développement durable pointe les performances environnementales des circuits de proximité en matière de consommation d'énergie et d'émissions de CO2 générées lors de la production et du transport des produits locaux ; Actu-Environnement 2013-04-05, consulté 2013-04-09

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]