Bois sacré

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Page d'aide sur les redirections Pour le film de 1939, voir Le Bois sacré.

Un bois sacré ou bosquet sacré est un bosquet d'arbres de grande importance religieuse pour une population particulière, liée à une culture ou tradition particulière.

Bois sacré de cèdres du Liban, épargné par la déforestation (nord du Liban)

De nombreuses cultures et civilisations ont conservé des bosquets, bois ou certaines parcelles de forêt interdits à la chasse, l'habitation, la coupe du bois ou l'agriculture, pour des raisons culturelles ou religieuses.

Histoire[modifier | modifier le code]

Petit temple hindou et "Bois sacré" près de Chandod sur les rives du Nerboudda
Minuscule bosquet sacré, entouré d'un enclos, protégeant l' esprit du bananier (Kreung, Cambodge)

Les « bosquets sacrés » sont cités dans l'Antiquité, notamment dans les textes de l'ancien Proche-Orient.
Il est possible et probable qu'ils existaient déjà bien antérieurement, notamment dans les sociétés animistes d'Afrique, par exemple chez les Sénoufos, mais aussi en Asie et en Europe préhistoriques.

On en retrouve des exemples ou des traces presque partout dans le monde, plus particulièrement où les pratiques religieuses traditionnelles sont encore très vivantes (en Afrique, en Inde ou au Japon par exemple).

Leurs fonctions diffèrent selon les lieux et elles ont pu évoluer avec le temps et selon les cultures.

En Europe, ils semblent avoir été des éléments importants du paysage mythologique et de la pratique des cultes celtiques, anglosaxons anciens, germaniques, de la Grèce antique, du Proche-Orient, culture romaine, slave et nordiques.
Ils semblent souvent associés à des cultures polythéistes et auraient régressé ou disparu avec la progression du christianisme.

Les forêts sacrées et bois sacrés continuent à jouer un rôle très important en Afrique même si les ces sanctuaires boisés et les pratiques religieuses qui leur sont associées subissent la concurrence de l'Islam et du Christianisme[1].

En Afrique de l'Ouest, dans des régions parfois densément ou depuis longtemps aménagées et exploitées par l'Homme, ils ont contribué à conserver des échantillons de biodiversité forestière particulièrement intéressante en tant qu'« îlots forestiers » relativement épargnés par la surexploitation voire de toute exploitation (hormis parfois du bois-mort, avec alors une raréfaction des espèces saproxylophages)[2]en tant que lieux de mémoire et de protection de plantes liturgiques, plantes indicatrices de lieux de culte ou plantes abritant des divinités, ce sont des lieux où les arbres de la forêt primaire ou descendant de la forêt primaire, et leur biodiversité associée (lianes, strate herbacée, faune, fonge, etc.) sont souvent restés protégé par des tabous culturels et religieux communautaires[3].

Des arbres ou lieux boisés sacrés existaient aussi, dont dans les temples ou cimetières dans certaines cultures.
L'écologue japonais Akira Miyawaki les a considéré comme des refuges pour les gènes ou variétés anciennes d'arbres et plantes devenus rares. C'est un pool génétique ancien qu'il a pu utiliser pour régénérer avec succès un grand nombre de bois et forêts de protection au Japon.

En Afrique du Nord, les cimetières, parce qu'ils ont été protégés du bétail et des chèvres en particulier sont souvent des lieux plus verts et boisés que leur environnement. Ils servent de refuge à la biodiversité, fait reconnu par la conférence mondiale sur la biodiversité de Nagoya (octobre 2010, Japon)

Statut actuel, devenir[modifier | modifier le code]

Dans certains cas le ramassage du bois-mort y est toléré, mais pas la coupe d'arbres vivants.

Partout, les bois sacrés tendent à disparaître sous la pression de la déforestation ou de l'industrie de la sylviculture, et avec le recul des traditions animistes.

La petite taille de ces îlots leur isolement écologique ne permet cependant pas la conservation des espèces qui nécessitent des habitats de grande taille ou bien insérés dans un réseau écologique, ni d'une diversité génétique importante. Comme beaucoup de petites réserves naturelles, ils contribuent cependant à protéger une partie du patrimoine naturel, en particulier concernant les plante et notamment les arbres et probablement concernant les microorganismes du sol (microfaune, microbes et microfonge dont la biodiversité (biodiversité du sol) fait l'objet d'un intérêt croissant de la part des scientifiques et d'industriel du secteur des biotechnologies).

Dénominations[modifier | modifier le code]

Les bois ou bosquets sacrés ont par exemple été nommés

  • Lucus (pour les Romains),
  • Alsos (αλσος) est le nom grec des bois sacrés, qui a donné par exemple Altis, bois sacré d'Olympie
  • Temenos (pour les gréco-romains),
  • Hörgr (pour les Vikings)
  • Nemeton (culture celtique). Pendant le temps de la christianisation de l'Estonie par les envahisseurs allemands de départ au XIIe siècle il y avait une pratique courante de construire des églises sur les sites des bosquets sacrés.

Les bois ou forêts sacrés étaient généralement le lieu de cérémonies et rites religieux ou d'initiations. Ils sont considérés par les populations qui les protègent comme le lieu ou refuge d'esprits ou de dieux.
On pouvait parfois y enterrer les dignitaires, héros et personnalité religieuses.

Arbres sacrés[modifier | modifier le code]

Ces bois sacrés peuvent aussi contenir un ou plusieurs arbres sacrés, Arbre à prières ou particulièrement vénérés pour des raisons culturelles, esthétiques et/ou religieuses, plus ou moins anciennes voire immémoriales.

Vers une reconnaissance par l'ONU et la communauté internationale[modifier | modifier le code]

À Nagoya, en octobre 2010, 25 principes éthiques à intégrer volontairement dans tous « les cas d’activités/interactions avec les communautés autochtones et locales » concernant des questions liées à la biodiversité ont été proposés par l'ONU à la conférence des Parties de la Convention de Rio sur la diversité biologique

Exemples de bois ou forêts sacrés[modifier | modifier le code]

Illustrations complémentaires[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, Payot, 1970.
  • Sir James Frazer, Le Rameau d'or, Laffont, 1981.
  • C. Garcia, J.-P. Pascal, C. G. Kushalappa, 2006, « Les forêts sacrées du Kodagu en Inde : écologie et religion », dans Bois et forêts des tropiques, 2006, no 288, p. 5-13.
  • D. Juhé-Beaulaton (dir.), Forêts sacrées et sanctuaires boisés. Des créations culturelles et biologiques, Paris, Karthala, 2010, 280 p.
  • M. J. Sheridan & C. Nyamweru, African Sacred Groves, ecological Dynamics and social Change, Ohio, Unisa, James Currey Press, 2008.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sheridan & Nyamweru, 2008; Juhé-Beaulaton (Dir.), 2010
  2. Chevalier, A. (1948). Biogéographie et Écologie de la forêt dense ombrophile de la Côte d'Ivoire ; Revue internationale de botanique appliquée et d'agriculture tropicale, 28(305-306), 101-115.
  3. Juhé-Beaulaton, D. (1999). http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/08/93/23/PDF/Juhe-Hist.Veg.pdf Arbres et bois sacrés: lieux de mémoire de l'ancienne Côte des Esclaves] ; Histoire d'Afrique. Enjeux de mémoire.

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