Adlène Hicheur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

Adlène Hicheur

Naissance 4 décembre 1976 (1976-12-04) (36 ans)
Sétif (Algérie[1])
Domicile Genève, Suisse
Nationalité franco-algérienne
Champs Physique des particules
Institutions CERN

Adlène Hicheur (né en 1976 à Sétif en Algérie) est un physicien des particules franco-algérien[2], travaillant au CERN au moment de son arrestation en octobre 2009 pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Sommaire

Biographie [modifier]

Après un Master de physique théorique de l’École normale supérieure de Lyon, il rejoint le Laboratoire d'Annecy-le-Vieux de physique des particules pour préparer une thèse sur l’expérience BaBar située au Centre de l’accélérateur linéaire de Stanford. Cette thèse, soutenue en 2003, traite de la production de mésons Eta prime de haute énergie dans les désintégrations de mésons B.

Il est ensuite post-doctorant en Angleterre au Laboratoire Rutherford Appleton (en), où il travaille sur le détecteur ATLAS au Large Hadron Collider. Il rejoint ensuite le département de physique des hautes énergies de l'École polytechnique fédérale de Lausanne où il travaille sur l'expérience LHCb du CERN, tout en enseignant aux étudiants de classe de physique, jusqu'à son arrestation en octobre 2009.

Arrestation [modifier]

Le 8 octobre 2009, Adlène Hicheur est arrêté au petit matin dans l'appartement de ses parents à Vienne (Isère), où il était de passage. Trois jours plus tard, il est mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et placé en détention provisoire à la prison de Fresnes[3],[4],[5],[6],[7],[8].

Il aurait été en contact via Internet avec l’organisation terroriste Al-Qaida au Maghreb islamique. Deux semaines après son arrestation les médias algériens rapprochent son cas de celui de Lotfi Raissi, soupçonné de terrorisme avant d'être libéré sans être inculpé[9].

Frédéric Péchenard, directeur général de la Police nationale, déclare en novembre 2009 que Hicheur projetait un attentat contre le 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy (Haute-Savoie), d'où sont parties des compagnies pour l'Afghanistan[10]. Ces accusations sont réitérées par Bernard Squarcini, patron de la DCRI, qui se félicitait en septembre 2010 que ses services aient déjoué l'attentat prévu par Adlène Hicheur, « cet ingénieur du Cern qui avait proposé ses services via Internet à Al-Qaida au Maghreb islamique »[11].

Comité de soutien international [modifier]

Un comité international de soutien à Adlène Hicheur est créé par ses amis collègues pour demander une enquête équitable[8],[12]. Dans ses lettres au président de la république et au ministre de la justice, signées par plus de cent physiciens du monde entier, le comité de soutien souligne que de simples présomptions de contacts sur internet ne sauraient justifier près de vingt-et-un mois de détention provisoire. Il demande la libération, au besoin assortie d’un contrôle judiciaire, d'Adlène Hicheur jusqu’à ce que l’instruction présente ses conclusions. Le comité souligne que si des faits concrets et avérés devaient le mettre en cause, Adlène Hicheur doit avoir droit à un procès contradictoire dans des délais raisonnables, tandis qu’en l’absence de charges convaincantes il doit être innocenté et dédommagé du préjudice grave causé par une incarcération injustifiée[13],[14].

Des demandes similaires ont été envoyées par le comité des droits de l’homme de la société française de physique (Prof. G.Panczer), le CODHOS de l’académie des sciences (Présidé par le prix Nobel Claude Cohen Tanoudji) et la sénatrice de Paris Madame Nicole Borvo, seule personnalité politique à avoir accepté de s’engager. Les réponses reçues, assez similaires dans leur forme, soulignent que les droits de la défense sont respectés par la justice et la loi et insistent sur l’impossibilité d’intervenir dans une affaire en cours d’instruction.

  • Réponse du Ministre de la justice au comité de soutien[15].
  • Réponse du Garde des sceaux à la Société Française de Physique (SFP)[16] en date du 30 mai 2011.
  • Réponse du Garde des sceaux à la sénatrice N. Borvo[17] en date du 30 juin 2011.

Collectif viennois de soutien à Adlène Hicheur [modifier]

Un collectif viennois de soutien à Adlène Hicheur créé par ses amis d'enfance, a lancé un appel, qui a recueilli plus de 6 000 signatures, à un procès équitable pour Adlène Hicheur début mars 2012[18],[19].

Ce collectif a participé avec le comité international, à une conférence de presse aux cotés des inculpés dans l'affaire Tarnac le 15 mars 2012 au siège de la Ligue des Droits de l'Homme[20]. Les méthodes d'exception de la justice antiterroriste y ont été dénoncées pour les affaires Tarnac et Hicheur[21].

État des procédures judiciaires [modifier]

Le 7 juin 2011, le Juge des libertés et de la détention renouvelle le mandat de dépôt pour quatre mois ce qui porte la durée de la détention provisoire à deux ans, le maximum autorisé par la loi avant la clôture de l'instruction. À la suite de l'appel de cette décision, la Chambre de l'instruction confirme le maintien en détention début juillet malgré le mémoire des avocats qui souligne le « caractère injustifié » de la détention provisoire, Adlène Hicheur présentant, selon eux, toutes les garanties de présentation devant la justice.

Adlène Hicheur et ses avocats ont fait plus de vingt demandes de liberté depuis le début de l’affaire, toutes étant refusées. Ayant épuisé tous les recours légaux, Hicheur dépose un dossier auprès de la Cour Européenne des droits de l'homme arguant que sa détention provisoire est arbitrairement longue, injustifiée et uniquement motivée par des généralités (association de malfaiteurs en relation avec une affaire terroriste)[22],[23].

Le 30 mars 2012, le parquet requiert six ans de prison ferme à son encontre[24],[25], sur la base d'échanges de mails qu'il avait entretenus sous divers pseudonymes avec un responsable présumé d'al Qaida au Maghreb Islamique, dont l'identité n'a jamais été démontrée au procès[26],[27].

Adlène Hicheur est le seul mis en examen dans cette affaire conduite sous le chef d'inculpation d' "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme", un cas exceptionnel dans les affaires antiterroristes.

État de santé [modifier]

À la suite d'une double hernie discale, Adlène Hicheur a été en congé maladie de février à juillet 2009, avant de reprendre son travail de collaborateur scientifique à l'EPFL à mi-temps[28]. Il est depuis sous traitement antalgique au long cours. Dans son arrêté du 15 mars 2011, la Cour de cassation a jugé son état médical compatible avec la détention[29].

Il a été souligné par les avocats devant la chambre de l'instruction que cette maladie chronique a un retentissement psychologique accentué par la détention. À la suite de son transport à Paris et de sa garde à vue, les conséquences de cette maladie ont nécessité l'hospitalisation d'Adlène Hicheur à l'infirmerie de la maison d'arrêt de Fresnes durant les quatre premiers mois de son incarcération[30].

Condamnation et libération [modifier]

Le 4 mai 2012, il est condamné à quatre ans de prison ferme, toutefois, il est libéré onze jours plus tard, le 15 mai 2012 grâce au jeu des remises de peine [31]. Il a passé 949 jours en prison dont 939 jours en détention provisoire et 10 jours dont il disposait pour faire appel après le verdict. Cette peine couvrant au jour près la détention provisoire était redoutée par les soutiens à Adlène Hicheur qui avaient signé, avec un mis en examen dans l'affaire Tarnac, une tribune dans le journal Le Monde dans laquelle ils condamnaient le délit de "pré-terrorisme" et la nature politique de l'affaire, quelques jours avant l'annonce du verdict[32].

Notes et références [modifier]

  1. Qui est Adlène Hicheur
  2. Un physicien du Cern jugé pour ses liens avec al-Qaida, Le Figaro, 29 mars 2012
  3. «Collisionneur» de soupçons, L'Humanité, 22 novembre 2010
  4. Physicist working at CERN arrested, Nature news,9 octobre 2009
  5. Particle physicist 'falsely accused', claims brother, Nature news,13 octobre 2009
  6. Un physicien mis en examen pour ses liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique, Le Monde, 14 octobre 2009
  7. Le « brillant » chercheur était « ciblé » par les services français, France Soir, 29 juillet 2009
  8. a et b Un comité de soutien pour Adlene Hicheur, soupçonné de terrorisme, Le Dauphiné Libéré, 17 décembre 2010
  9. Adlène Hicheur: Une seconde affaire Raïssi ?, Le jour d'Algérie, 17 octobre 2009
  10. L'ingénieur du CERN soupçonné de terrorisme ciblait les chasseurs alpins, lemonde.fr, 17 novembre 2009
  11. Squarcini : « Nous déjouons deux attentats par an », lefigaro.fr, 29 juin 2010
  12. Comité international de soutien à Adlène Hicheur
  13. Première lettre du comité de soutien au Président de la République
  14. Seconde lettre du comité de soutien au Président de la République
  15. Réponse du Garde des sceaux au comité de soutien en date du 8 février 2011
  16. Réponse du Garde des sceaux à la Société Française de Physique (SFP)
  17. Réponse du Garde des sceaux à la sénatrice N.Borvo
  18. Site officiel du Collectif Viennois de Soutien à Adlène Hicheur
  19. Le Dauphiné, le 24 mars 2012
  20. France Info, le 15 mars 2012
  21. Les Inrocks, le 16 mars 2012
  22. Case H. v. France (21489/11) : Detained for 18 months pending secret investigation, European Court of Human Rights News, 2 mars 2011
  23. arrêté de la Cour de cassation daté du mardi 9 novembre 2010
  24. Les mystères de l'affaire Hicheur (article du 15 mars 2012)
  25. Terrorisme: 6 ans requis contre Hicheur
  26. Le Monde, le 31 mars 2012
  27. New York Times, le 4 mai 2012
  28. La vie très discrète du docteurH., physicien présumé terroriste 24 heures, vendredi 16 octobre 2009
  29. arrêté de la Cour de cassation daté du 15 mars 2011
  30. Accusé de «surfs gênants», AdlèneH. croupit toujours à Fresnes 24 heures, 6 avril 2010
  31. Physics World, le 16 mai 2012
  32. Le Monde, le 30 avril 2012

Liens externes [modifier]