Qasida

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La qasida (en arabe : قصيدة) ou qaside (en persan : قصیده)[1], est une forme poétique originaire de l'Arabie préislamique. Il s'agit typiquement d'une ode non-strophique, monomètre et monorime, d'une longueur minimum de 7 vers mais variant généralement entre 50 et 100 vers[2]. La qasida intégra la littérature persane, où elle constitue surtout un poème lyrique laudatif adressé au prince.

La qasida arabe[modifier | modifier le code]

Développée à l'époque préislamique, puis théorisée au IXe siècle par Ibn Qutayba la qasida et les genres qui lui sont associés deviendront le modèle de la poésie classique et l'emblème de l'héritage bédouin dans la littérature arabe[3].

Origines[modifier | modifier le code]

On ignore les étapes du développement de la qasida. Les plus anciennes qasidas authentiques dont nous disposons[4] pourraient remonter aux premières années du VIe siècle et présentent le même degré d'élaboration formelle et idéale que les grandes odes plus tardives, et surtout paraissent respecter les mêmes conventions, ce qui indique l'existence d'une tradition poétique beaucoup plus ancienne[5]. La critique arabe classique considérait le poète légendaire Muhalhil, l'oncle d'Imrou'l Qays, comme l'inventeur de la qasida[6].

L'Hymne de Qâniya, hymne sudarabique découverte au Yémen en 1973, datée du Ier au IIIe siècle, monorime et peut-être monomètre, pourrait être un ancêtre de la qasida préislamique[7]. Elle témoigne en tout cas d'une activité poétique liée au sacré dans la péninsule arabique, trois à cinq siècles avant les "premiers poètes" dont la tradition classique a conservé le souvenir.

La qasida tripartite[modifier | modifier le code]

Ibn Qutayba théorise la qasida au IXe siècle dans l'introduction de son livre La poésie et les poètes. Il la définit comme étant composée de trois parties, chacune remplissant une fonction précise, liée à des thèmes de préférence : 1) le nasib, un prologue nostalgique où le poète se lamente sur le campement abandonné de la bien-aimée, qu'il renonce à poursuivre ; 2) le rahil, le départ du poète vers la personnalité à laquelle sera adressé le poème ; 3) le gharad, "l'objectif" ou le thème central du poème, surtout panégyrique de la tribu du poète ou de son protecteur ou satire de ses ennemis[8].

Structure de base Thèmes liés
Nasib
  • Lamentation sur les vestiges du campement
  • Évocation nostalgique de la bien-aimée
  • Départ de la bien aimée avec sa tribu
  • La nature sauvage qui réinvestit le camp abandonné
Rahil
  • Description du désert
  • Description des animaux sauvages
  • Description de la monture (jument ou chamelle)
  • Sapience
Gharad
  • Objet-même du poème (louange, satire, jactance, thrène, sapience...)

Cependant il faut noter que ce modèle ne se retrouve pas toujours dans la pratique, à commencer par les qasidas les plus admirées par la tradition classique, les Mu'allaqât[9]. On retrouve souvent les trois parties telles qu'elles sont formulées par Ibn Qutayba, mais les poètes font preuve de liberté quant à l'ordre des thèmes abordés et à l'importance donnée à chaque grande partie. La mu'allaqa de Amr Ibn Kulthum commence par une scène bachique, après laquelle seulement vient le nasib traditionnel[10]. Certaines par exemple ne comportent quasiment pas, voire pas du tout, de rahil.

La qasida persane[modifier | modifier le code]

La qasida intégra très tôt la poésie persane, dans laquelle elle occupe un place particulière en raison de l'abondante critique littéraire dont elle a fait l'objet. La qasida persane est avant tout un poème lyrique laudatif composé pour une fête princière. Mais les thèmes sont choisis en fonction des circonstances : élégie funèbre, poème pour un jour de victoire ou un tremblement de terre. La critique persane reprend la terminologie de la poésie arabe pour la décrire. La qasida persane est monomètre et monorime, mais présente des différences importantes avec sa cousine arabe[11].

Du point de vue de la forme, la qasida persane est organisée en distiques. Un distique regroupe deux vers, chaque vers comporte deux hémistiches. Théoriquement, le poème doit comporter entre quinze et trente distiques pour être appelé qasida. La rime revient au dernier hémistiche de chaque distique. Chaque vers doit être indépendant des vers voisins par son sens[12].

On retrouve trois parties dans la qasida persane : 1) l’exorde, qui attire l'attention en abordant les thèmes de l'amour, de la nature et du vin ; 2) l'éloge du prince ou du protecteur (partie centrale du poème) 3) la demande : le poète présente sa requête «à mots couverts»[13]. La rémunération du poète est laissée à l'appréciation du prince de l'excellence du poème (ou de sa médiocrité).

Une des qasidas les plus populaires et les plus connues est la Qasida burda (« Poème du manteau ») de Imam al-Bousiri, qui est inspirée de la qasida éponyme de Kaab Ibn Zuhayr. La tradition rapporte que Kaab récita cette qasida au prophète au moment de sa conversion, pour faire oublier les satires qu'il avait composées sur la communauté musulmane en train de se former. Le prophète l'admira tant qu'il lui offrit sa son manteau[14].

Dans la musique[modifier | modifier le code]

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Le terme désigne aussi un genre de la musique bédouine se composant d'un tachrih et d'un ay-ay où les vocalises, sur un bourdon de flûte, alternent avec des soli d'une flûte qui est elle-même soutenue par le bourdon d'une autre flûte. Ce chant évoque réellement le bourdonnement d'un essaim d'abeilles et la voix change de registre selon le contenu sémantique des vers et d'un raqs, partie rythmée destinée à la danse.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il existe d'autres retranscriptions, notamment : qasîda, qaçida ou qasideh et ghasideh)
  2. "Ḳaṣīda." Encyclopédie de l’I slam. Brill Online, 2 01 4. Reference. BULAC (Bibliothèque univ ersitairedes langues et civ ilisations ). 02 April 2 01 4 < http://referenceworks.brillonline.com .prext.num .bulac.fr/entries/ency clopedie-de-l-islam /kasida-COM_0461 >
  3. ZAKHARIA Katia et TOELLE Heidi, À la découverte de la littérature arabe, du VIe siècle à nos jours, éd. Flammarion coll. Champs essais, Paris, 2009, pp.63-64
  4. Notamment celles de Murakkish l'Ancien et de Ta'abbata Sharran dans les Mufaddaliyyât, ou encore la Lâmiyyat al-Arab de Chanfara, si on prend le parti de son authenticité.
  5. (ar) DAYF, Chawqî, Târîkh al-adab al-'arabî, al-'Asr al-jâhilî (T.1), éd. Dâr al-Ma'ârif, al-Qâhira, 2013 (33e édition), p.183
  6. (ar) AL-JUMAHÎ, Ibn Sallâm, Tabaqât fuhûl al-shu'arâ' , tahqîq M. M. Shâkir, éd. Dâr al-Madanî, 1974 (2e édition), pp.7-55
  7. ROBIN Christian. Les plus anciens monuments de la langue arabe. In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, N°61, 1991. pp. 113-125.
  8. ZAKHARIA Katia et TOELLE Heidi, A la découverte de la littérature arabe, du VIe siècle à nos jours, éd. Flammarion coll. Champs essais, Paris, 2009, pp.63-64
  9. Les Suspendues (Al-Mu'allaqât), trad. et prés. Heidi TOELLE, éd. Flammarion, coll. GF, Paris, 2009, p.7-62
  10. Les Suspendues (Al-Mu'allaqât), trad. et prés. Heidi TOELLE, éd. Flammarion, coll. GF, Paris, 2009, pp.195-197
  11. "Ḳaṣīda." Encyclopédie de l’I slam. Brill Online, 2 01 4. Reference. BULAC (Bibliothèque univ ersitairedes langues et civ ilisations ). 02 April 2 01 4 < http://referenceworks.brillonline.com .prext.num .bulac.fr/entries/ency clopedie-de-l-islam /kasida-COM_0461 >
  12. "Ḳaṣīda." Encyclopédie de l’I slam. Brill Online, 2 01 4. Reference. BULAC (Bibliothèque univ ersitairedes langues et civ ilisations ). 02 April 2 01 4 < http://referenceworks.brillonline.com .prext.num .bulac.fr/entries/ency clopedie-de-l-islam /kasida-COM_0461 >
  13. Selon al-Radûyânî, cité dans : "Ḳaṣīda." Encyclopédie de l’I slam. Brill Online, 2 01 4. Reference. BULAC (Bibliothèque univ ersitairedes langues et civ ilisations ). 02 April 2 01 4 < http://referenceworks.brillonline.com .prext.num .bulac.fr/entries/ency clopedie-de-l-islam /kasida-COM_0461 >
  14. ZAKHARIA Katia et TOELLE Heidi, A la découverte de la littérature arabe, du VIe siècle à nos jours, éd. Flammarion coll. Champs essais, Paris, 2009, p.54

Liens externes[modifier | modifier le code]