Épidémie de gastro-entérite et de syndrome hémolytique et urémique de 2011 en Europe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Schistocytes chez une personne atteinte de syndrome hémolytique et urémique.

L'épidémie de gastro-entérite et de syndrome hémolytique et urémique de 2011 en Europe (erronément appelée « crise du concombre » à cause du soupçon porté au départ sur des lots de concombres biologiques en provenance du sud de l'Espagne[1]), est une épidémie due à la bactérie Escherichia coli O104:H4 du type Escherichia coli entérohémorragiques (ECEH) ayant débuté en Allemagne à la mi-mai 2011[2], très probablement causée par des graines germées, la plus importante de ce type qu'il y ait jamais eu dans le monde. Elle a entraîné une crise alimentaire et économique dans la filière agricole espagnole[3],[4], puis dans tous les pays européens, d'autant qu'un embargo de la Russie sur tous les légumes en provenance de l'Union Européenne est venu s'ajouter à la méfiance des consommateurs[5],[6].

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

L'épidémie s'est propagée dans d'autres pays européens, tels que la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni, la France, l'Autriche et les Pays-Bas[réf. insuffisante].

En France, la précédente épidémie de ce type s'était produite en 2005[7]. Selon un spécialiste de l'institut Pasteur : « C'est la plus grosse épidémie de syndrome hémolytique et urémique (SHU) qu'il y ait jamais eu dans le monde. Tous types confondus d'ECEH »[8].

Conséquences sanitaires[modifier | modifier le code]

L'épidémie a fait 47 morts au 29 juin, dont 46 en Allemagne et une en Suède[9]. Plus de 4000 personnes ont été touchées dans douze pays[9], principalement des femmes d'un âge avancé[10].

Une psychose s'est installée en Allemagne à la suite des informations contradictoires sur les causes de cette épidémie[11].

Recherche de l'origine de la bactérie[modifier | modifier le code]

Le concombre, un temps suspecté et objet de méfiance de la part des consommateurs pendant toute la crise
Graines germées bio.

Dès le début de la crise, les concombres espagnols ont été publiquement accusés d'être à l'origine de la contamination avant d'être disculpés début juin 2011.

Graines germées[modifier | modifier le code]

Le 5 juin 2011, les études en Allemagne s'orientent vers la piste des graines germées de haricots mungo (germe de soja), ajoutées à certaines salades composées[12]. Le ministre de la santé allemand, Daniel Bahr, bien que prudent, dit avoir des « indices clairs qu'une entreprise d'Uelzen, dans le nord du pays, est apparemment une source d'infection »[13] mais les premiers tests se révèlent négatifs et le doute sur l'origine de cette crise se réinstalle pendant plusieurs jours[14]. Le 8 juin 2011, le tabloïd allemand Bild rapporte que la bactérie tueuse a été retrouvée sur les restes d'un concombre se trouvant dans la poubelle d'une famille malade vivant à Magdebourg[15] provoquant à nouveau une crainte autour de ce légume. Finalement, le 10 juin, le directeur de l'Institut fédéral de veille sanitaire (RHKI) en Allemagne, Reinhard Burger, confirme officiellement que les graines germées sont bien la cause de cette épidémie[16]. La conclusion n'est pas présentée comme irréfutable, mais plutôt comme le produit d'une « chaîne d'indices tellement importante » et d'une absence « d'autre piste sérieuse ». le 11 juin, les autorités allemandes déclarent que la ferme biologique Gärtnerhof à Bienenbüttel est à l'origine de la contamination[17].

La souche bactérienne responsable de la maladie a été identifiée comme étant Escherichia coli O104:H4, une souche rare[18] rendue pathogène par la production de Shiga-toxines dont la toxine Stx2[19]. Un cas avait précédemment été documenté en 2005, en Corée[20]. La recherche du « réservoir naturel » (tube digestif d'un animal à sang chaud) est toujours en cours, car cette souche n'a été retrouvée chez aucune espèce animale[9].

Une incertitude s'est exprimée sur l'existence d'un traitement efficace à proposer aux malades[21]. Le 2 juin, une étude du professeur Bill Keevil de l'Université de Southampton révèle que ces bactéries meurent au contact du cuivre[22].

Le 18 juin 2011, la souche est retrouvée dans un ruisseau près de Francfort et à proximité d'une station d'épuration[23].

Courant juillet 2011, quelques personnes ayant consommé des graines germées venant de Grande-Bretagne sont contaminées en Gironde près de Bordeaux, les analyses montrent un lien génétique entre les souches allemande et bordelaise[24] alors que cette souche est très rare[25].

Production biologique[modifier | modifier le code]

La production de graines germées pour consommation humaine, nécessitant un haut degré d'humidité et une température soutenue, est connue depuis longtemps pour être propice au développement de bactéries[26] et est donc soumise à une réglementation très stricte : pas de contact avec des animaux, ni fumier, ni « engrais naturels », inspection pour déceler la présence éventuelle de micro-organismes pathogènes etc. La présence de cette souche bactérienne dans la production de cette ferme biologique n'a donc pas encore été expliquée[27]. Certains commerçants de produits biologiques, en particulier ceux qui produisent principalement des germes de soja, s'inquiètent des retombées de cette crise sur leurs ventes[28].

Cette ferme, qui a stoppé sa production le 5 juin[29], aurait respecté les consignes de sécurité selon les autorités allemandes qui n'ont pas formé de plainte[30]. Il reste à ce jour un mystère sur la façon dont la bactérie a pu infecter la ferme biologique allemande.

Impact économique et politique[modifier | modifier le code]

Les ventes de légumes crus, notamment concombres, ont chuté en Europe début juin 2011 après sa mise en cause publique. Les pertes qui se chiffrent en millions d’euros (10 tonnes de concombres invendus ont, par exemple, été détruits dans une exploitation de Carquefou en Loire-Atlantique, France, le 6 juin 2011[31] et les producteurs espagnols évaluent leurs pertes à 225 millions d'euros par semaine), mais aussi du point de vue de la sécurité alimentaire, les commissaires européens chargés de l'Agriculture et de la Santé se sont réunis le 7 juin 2011[32]. Après avoir initialement annoncé une aide de 150 millions d'euros pour les producteurs de légumes, l'aide a été porté à 210 millions pour couvrir 70 % des pertes. L’Espagne réclame également une aide financière pour promouvoir ses légumes et ainsi regagner la confiance des consommateurs[33].

La gestion sanitaire par les autorités allemandes est largement critiquée, notamment à cause de l'organisation fédérale du pays qui relègue les problèmes de sécurité alimentaire au niveau des États-régions. La discrétion depuis le début de l'épidémie de la chancelière Angela Merkel et du ministre fédéral de la Santé Daniel Bahr nommé le 12 mai 2011, témoigne de cette faiblesse[34].

L’opposition réclame une cellule de crise centralisée[35].

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon l'analyse d'André Gunthert, l'“affaire de la bactérie tueuse” révèle deux crises : celle du système d'alerte et celle du journalisme qui relaie « aveuglément les dépêches » sans vérification[36]. Lors de l'épidémie, deux directeurs de recherche du CNRS ont publié une tribune dans le journal Libération (journal), prétendant que le Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aurait réalisé une étude en 1996 liant un tiers des 250 décès dus à une souche pathogène d'E. Coli à la consommation de produits biologiques, basée sur les affirmations de Alan McHughen[37], un scientifique canadien lié aux lobbies de l'agriculture conventionnelle[38], citant l'essayiste Dennis Avery dans un de ses livres[37] et qui bien que largement cité, est réfuté par le CDC lui-même affirmant n'avoir jamais conduit une étude de la sorte[39].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Nouvel Observateur - AFP, « Fin de l'alerte au concombre espagnol », sur http://tempsreel.nouvelobs.com,‎ 1/6/2011 (consulté le 2/6/2011)
  2. OMS, « Flambée de syndrome hémolytique et urémique en Allemagne », sur who.int (consulté le 3 juin 2011)
  3. Libération.fr, « «Crise du concombre» : l'origine de la contamination n'est toujours pas identifiée », Libération,‎ 31 mai 2011 (lire en ligne)
  4. France 24 et Sébastian Seibt, « L'agriculture touchée de plein fouet par la crise du concombre », France 24,‎ 1er juin 2011 (lire en ligne)
  5. « Bactérie : l'Union européenne dépourvue devant l'ampleur de la crise sanitaire », sur lesechos.fr (consulté le 6 juin 2011)
  6. « La Russie se protège de la bactérie tueuse en fermant ses frontières à l'Europe », sur lexpress.fr (consulté le 6 juin 2011)
  7. Ministère du travail, de l’emploi et de la santé, « Syndrome hémolytique et urémique (SHU) », sur sante.gouv.fr (consulté le 3 juin 2011)
  8. « Allemagne: la plus grosse épidémie de syndrome hémolytique et urémique », sur ladepeche.fr (consulté le 3 juin 2011)
  9. a, b et c Catherine Vincent, « Bactérie ECEH : la cause de l'épidémie reste mystérieuse », sur http://www.lemonde.fr (consulté le 30/6/2011)
  10. Bactérie : Les femmes sont les plus touchées
  11. « Bactérie tueuse : La psychose s'étend en Allemagne », Le Figaro,‎ 8 juin 2011 (lire en ligne)
  12. Sur le Figaro
  13. Journal Le Monde avec AFP et Reuters Bactérie tueuse : les graines germées présumées coupables, 6 juin 2011 - 11h05
  14. Bactérie tueuse : les graines germées hors de cause
  15. A.-L.B., « La bactérie tueuse a été retrouvée sur un concombre dans une poubelle en Allemagne », sur 20minutes.fr (consulté le 8 juin 2011)
  16. L'épidémie mortelle est due aux graines germées
  17. Bactérie tueuse : les graines germées source de l'épidémie
  18. lemonde.fr et AFP, « La souche bactérienne a bien été identifiée, mais pas le canal de transmission », Le Monde,‎ 2 juin 2011 (lire en ligne)
  19. Production de Shiga-toxine Stx2 par les Escherichia coli entérohémorragiques: influence du génotype stx2
  20. Yonsei University College of Medicine sur ncbi.nlm.nih.gov
  21. Le Parisien, « Bactérie tueuse : il n'existe aucun traitement efficace », sur leparisien.fr (consulté le 3 juin 2011)
  22. News Release University Southampton, « Study finds copper proves effective against new E. coli strains », sur soton.ac.uk (consulté le 3 juin 2011)
  23. « Allemagne: Eceh dans un ruisseau », sur Le Figaro (consulté le 25 juin 2011)
  24. [PDF] Surveillance sanitaire en Aquitaine, Point Hebdomadaire, Semaine 28 du 11/07/11 au 17/07/11 Rapport de l'INVS
  25. "E. coli" : la souche isolée en Gironde est "génétiquement apparentée" à la souche allemande sur LeMonde.fr
  26. Le Monde - le 08.06.2011 Les germes constituent un milieu très favorable au développement des bactéries
  27. Graines germées: la première crise de l'agriculture biologique
  28. Bactérie : les commerçants bio inquiets
  29. Communiqué de l'entreprise
  30. « E.Coli : les autorités disculpent la ferme bio »,‎ 11 juin 2011 (consulté le 25 juin 2011)
  31. Dans le Parisien
  32. « Bactérie Eceh : la réunion des ministres européens de l'agriculture avancée à mardi », sur nouvelobs.com (consulté le 6 juin 2011)
  33. Philippe Ricard et Frédéric Lemaître, « Bactérie tueuse : les pays européens dénoncent l'incapacité de l'Allemagne à gérer la crise sanitaire », Le Monde,‎ jeudi 9 juin 2011
  34. Flora Genoux, « Bactérie : le fédéralisme allemand à l'épreuve de la gestion de crise », sur lemonde.fr (consulté le 8 juin 2011)
  35. « En Allemagne, la gestion des autorités sanitaires critiquée », sur lesechos.fr (consulté le 6 juin 2011)
  36. « La “bactérie tueuse”, laboratoire du journalisme de communication », sur culturevisuelle.org (consulté le 25 juin 2011)
  37. a et b Biocontact, n° 216, septembre 2011, E. coli: les attaques récentes contre les produits bio reposaient sur... une étude qui n'existe pas!, Communiqué, p. 32
  38. http://www.lobbywatch.org/profile1.asp?PrId=88
  39. (en) Trevor Suslow,, « Organic Produce Production and Food Safety », Perishables Handling Quarterly, no 98,‎ May 1999 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]