Wampum

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Ceinture wampum offerte à William Penn au cours du Grand Traité de 1682

Un Wampum, ou sewan[réf. nécessaire], est une corde ou une ceinture utilisée par les Amérindiens du Nord-Est américain comme un objet rituel et religieux.

Le mot wampum est une abréviation de wampumpeague ou wampumpeake, un mot algonquin du sud de la Nouvelle-Angleterre. Récupérée par la langue anglaise au début du XVIIe siècle, cette expression signifierait tout simplement « enfilade de coquillages blancs »[1]. Bien que le terme wampum fut souvent utilisé pour désigner différents types de perles, de coquillages ou d'objets perlés, il réfère à un type de perles en particulier. Celles-ci se distinguent des autres par la combinaison de quatre critères : le matériel utilisé (certains coquillages marins provenant exclusivement des côtes de l'océan Atlantique), leur forme tubulaire, leur taille (environ 3 à 5 mm de diamètre sur 7 à 10 mm de longueur) et leur technique de fabrication qui nécessitait des outils de métal d'origine européenne.

Il importe de faire une distinction entre le wampum et les wampums. Lorsque l'on réfère à du wampum, on renvoie à la matière première, c'est-à-dire aux perles. Par contre, lorsque l'on parle des wampums, on réfère alors à des colliers, qui sont en fait des bandes perlées de plusieurs rangs de perles tissées. Ainsi, par extension, le mot wampums en est venu à désigner les colliers de wampum[2]. Par l'alternance des couleurs des perles, blanches et pourpres exclusivement, des motifs étaient généralement illustrés : carrés, losanges, hexagones, triangles, croix, lignes parallèles et/ou obliques, zigzags, cercles, pipes, haches, bâtiments, figures animales ou humaines, écritures, chiffres. Les Français nommeront les wampums colliers de porcelaine et les Anglais wampum belts. Ces deux expressions renvoient au même objet échangé lors des rencontres diplomatiques officielles.

Dans certaines études portant sur les wampums, on retrouve parfois l'expression ceinture de porcelaine, qui n'est en fait que la traduction de l'anglais wampum belt. Cette expression ne tient pas compte de la réalité historique. Dans les archives coloniales françaises, les wampums sont toujours désignés par colliers de porcelaine et les Français échangent de ces colliers de la même façon que les Anglais échangent des wampum belts. Enfin, il faut distinguer un collier d'une branche de porcelaine (string of wampum), cette dernière étant constituée de perles enfilées sur une corde seulement. On échangeait les branches à l'unité ou attachées ensemble pour former une simple unité de plusieurs centaines de perles.

Le commerce des perles de wampum[modifier | modifier le code]

Le commerce des perles discoïdales entre les groupes de la côte atlantique qui avaient accès aux coquillages marins et les groupes géographiquement éloignés de ces sources d'approvisionnement, tels les Iroquoiens et autres groupes de la région des Grands-Lacs, aurait débuté avant l'arrivée des Européens en Amérique. Par contre, ce n'est qu'après les contacts entre Européens et Amérindiens que les perles de formes tubulaires se seraient répandues à l'intérieur du continent. L'utilisation croissante de pointes de métal et outils européens auxquels les Amérindiens avaient désormais accès fit en sorte d'accroître considérablement la fabrication des perles, si bien que l'on finit par nommer la région de la côte est le pays du wampum, et les peuples algonquiens habitant le long des côtes atlantiques, tels les Narragansetts et les Péquots qui les produisaient, les Mint-masters[3].

Le wampum devint un bien d'échange important dans la traite des fourrures. C'est à partir de cette denrée que les Hollandais et les Anglais purent avoir accès aux milliers de fourrures nécessaires au commerce. Cherchant avant tout le profit, ils flairèrent rapidement le potentiel énorme du wampum. Il semble en effet que la meilleure façon d'inciter les Amérindiens habitant les régions de l'intérieur du continent à apporter leurs fourrures aux commerçants européens était de leur fournir du wampum : Wampum is the source and the mother of the beaver trade, and for goods only, without wampum, we cannot obtain beavers from the savages, explique en 1660 le gouverneur de la Nouvelle-Hollande, William Stuyvesant, aux directeurs de la West India Company qui siégeaient dans la mère-patrie[4].

Ces perles étaient acquises par les Hollandais auprès des Amérindiens producteurs en échange de différents objets de traite manufacturés en Europe. Avec ces perles, les Hollandais se tournaient ensuite vers les peuples amérindiens situés plus à l'ouest, qui eux leur fournissaient les fourrures. En expédiant les perles des côtes vers l'intérieur, on favorisait l'exportation des fourrures vers les colonies, où les investisseurs faisaient de larges profits en les envoyant en Europe. Lynn Ceci explique ainsi le mouvement de ces échanges qui prirent la forme d'un véritable triangle commercial (trade triangle) :

first, European investors sent trade goods – primarily cloth and metal tools – to the coastal New York region, to be exchanged there for the wampum of local Algonquians; Europeans next transported the wampum up the Hudson [rivière], where it was exchanged for the furs of inland natives, primarily Iroquois; finally, the furs were shipped back to Europe, where they were sold, yielding great profits to the original investors[5].

Alors que la traite prit de l'ampleur, des guerres de conquête visant à contrôler les sources d'approvisionnement en perles et en objets de traite eurent lieu entre les groupes impliqués dans le commerce. Par exemple les Mohawks (Iroquois) subjuguèrent les Mohicans (un peuple algonquin producteur de perles) vers 1629, et les Anglais attaquèrent les Péquots (aussi un peuple algonquien) vers 1637[6]. Il peut être utile de noter aussi que, dans un même esprit de compétition, des manufactures de perles de wampum seront établies par les colons européens le long des côtes pour faire concurrence à la production amérindienne.

L’usage du wampum comme « monnaie »[modifier | modifier le code]

La monnaie métallique manquant gravement dans les colonies hollandaises du fait que la West India Company refusait de fournir les colons avec des pièces de métal, ceux-ci se tournèrent vers le wampum pour en faire une monnaie. Si le choix de cette denrée s'appuie partiellement sur le fait qu'elle était très recherchée par les Amérindiens pourvoyeurs de fourrures, le wampum répondait aussi à d'autres critères qui le rendaient utilisable comme monnaie : les perles sont durables, maniables (petites et légères), accessibles (proximité des côtes) mais relativement rares et difficiles à produire (environ 36 à 48 perles par jour), ce qui contribue dans une certaine mesure à prévenir la contrefaçon. Enfin, leur caractère divisible les rendait très utiles : calculées en perles non-tissées ou en brasses[7], le wampum permettait de couvrir un large éventail de prix pour les biens et services. À partir du moment où le wampum fut déclaré monnaie légale en Nouvelle-Hollande, diverses lois et ordonnances furent établies de façon à régulariser la valeur des perles[8].

Quand ce n'était pas la surabondance des perles dans la circulation qui diminuait leur valeur, c'est leur mauvaise qualité qui la faisait fluctuer. En effet, comme les opérations de transformation du coquillage en perles n'étaient pas suffisamment encadrées dans les colonies hollandaises, des perles de mauvaise qualité ou encore fabriquées d'autres matériaux circulaient, ce qui provoqua l'insatisfaction des usagers. La contrefaçon mena les Anglais (qui utilisèrent le wampum comme monnaie de façon plus superficielle) à créer la première monnaie métallique de l'Amérique en 1652 au Massachusetts. Ce faisant, le wampum en circulation, de bonne ou de mauvaise qualité, désormais fortement dévalué, se vit déversé dans l'économie hollandaise qui s'en trouva déstabilisée par l'augmentation des coûts des biens.

Au courant des années suivantes, comme les commerçants anglais n'étaient plus attachés au wampum, ils purent en offrir davantage aux Amérindiens en échange de leurs fourrures, ce qui nuit encore plus à l'économie hollandaise qui, en 1664, s'effondrait[9]. Au Massachusetts, le wampum cessa d'être utilisé officiellement comme monnaie dès 1661 et l'année suivante, au Rhode Island, on mit aussi un terme à son utilisation comme monnaie, bien que dans la pratique, le wampum fut utilisé pour certaines transactions pendant quelques années encore[10].

En Nouvelle-France, à défaut d'avoir un accès aisé aux pièces de monnaie en usage en France à la même époque, les autorités se tournèrent vers différents matériaux, objets ou marchandises échangeables afin de leur donner une valeur de paiement libératoire. Par exemple, on utilisa des peaux d'orignaux ou de chats sauvages, du blé, du maïs ou des pois, et plus tard, en 1685, les fameuses monnaies de cartes signées par l'Intendant. Ces marchandises purent servir de monnaie parce qu'une autorité gouvernementale l'avait ainsi statué et institué en précisant les modalités de leur utilisation. Si les habitants et commerçants avaient généralement confiance en la signature de l'Intendant, des lois ou règlements pouvaient tout de même les obliger à accepter les marchandises proposées[11].

Par contre, il est clair que les Français n'ont jamais adopté le wampum comme moyen de paiement comme les Hollandais et Anglais l'ont fait à la même époque[12]. La raison est très simple : leur accès à cette source était beaucoup trop restreint, le wampum est rare en Nouvelle-France et celui qui est disponible doit servir à nourrir l'énorme réseau de relations diplomatiques avec les alliés amérindiens, réseau qui, d'un point de vue français, justifiait les prétentions coloniales sur le territoire. Les Français conservent des milliers de perles et des dizaines de colliers dans les magasins du Roi car ils savent qu'ils sont essentiels aux bonnes relations avec les nations autochtones alliées.

Rien ne permet de penser que les Amérindiens des Pays d'en haut, de la vallée du St-Laurent et de l'Iroquoisie utilisèrent les perles de wampum comme mesure de la valeur des objets échangés, ni dans leurs échanges marchands, entre eux, à l'interne, comme divers coquillages ont pu le faire dans certaines sociétés mélanésiennes, par exemple21. Alors que l'on échange vêtements, alcool, outils de métal, haches, chaudières, fusils, poudre, plomb, fourrures, viandes, poissons, filets, canots, maïs, tabac, bref tout ce dont on a besoin et qui ne se trouve pas sur notre territoire, rien ne nous porte à croire que le wampum ait eu une place prépondérante parmi les autres objets échangés. Comme l'a remarqué l'historien érudit André Vachon, à qui l'on doit certainement les premières recherches sérieuses publiées en français sur le wampum : "On n'a aucune indication, par exemple, que ce produit, fréquent objet d'échange entre nations, ait servi au sein d'une même tribu à l'achat de nourriture, d'ustensiles et de services, toutes choses du reste qui n'avaient probablement jamais été évaluées en termes de grains ou de brasses de porcelaine"22.

En fait, le système économique des sociétés iroquoiennes par lequel les richesses étaient distribuées n'exigeait pas ce genre de transactions monétaires. En prenant l'exemple de l'économie huronne, Heidenreich explique :

While a barter economy existed between the Huron and non-Huron tribes, there is no evidence of any kind of barter system between the Huron. There is no evidence that goods and services were redistributed in Huronia through commercial transactions or any kind of marketing system. Indeed, there is no evidence of the existence of market places, or hierarchy of villages based on marketing principles. Goods and services were exchanged on an entirely different basis. […] Unquestionably, the prime means by which goods were redistributed was through gift-giving. All members of a lineage would automatically share in the goods an individual member accumulated. […] Beyond the lineage, goods were diffused through a variety of institutionalized gift giving ceremonies23.

En lisant les livres de compte et les inventaires de ce que contenaient les magasins du roi au XVIIIe siècle, on constate que les Français dénombrent très souvent le nombre de rangs et de perles des colliers qu'ils ont reçus. Français, Anglais ou Américains, tous attribuent systématiquement une valeur en livres (ou selon l'unité en cours) aux wampums qu'ils reçoivent; tous convertissent la valeur symbolique de l'objet en valeur monétaire. On passe alors d'une valeur qualitative et subjective à une valeur quantitative et objective.

Notons aussi que l'absence d'un usage économique transparaît à travers deux aspects qui sont fondamentaux à l'étude des cultures, soit la mythologie et la linguistique. En effet, aucune notion économique n'apparaît dans le mythe fondateur iroquoien dans lequel les ancêtres mythologiques instituèrent la tradition de l'échange de colliers de wampum en diplomatie intertribale. De même, les études linguistiques montrent que les langues iroquoienne et algonquine ne font aucune référence à la monnaie ou à une quelconque idée économique lorsqu'elles désignent les colliers de wampum24.

Il importe enfin de préciser qu'au moment où l'échange de colliers de wampum atteint un sommet (deuxième partie du XVIIIe siècle), l'utilisation du wampum comme monnaie d'échange dans les colonies européennes n'est plus en cours depuis déjà un siècle. Même si le wampum fut distribué à une certaine époque à très grande échelle, jamais il ne connut de taux de saturation, jamais il ne subit une dévalorisation au sein des groupes iroquoiens. Les perles ont bel et bien sorti de la circulation commerciale dans ces colonies, mais leur usage diplomatique (sous forme de colliers) est demeuré intense pendant tout le siècle qui suivit. Il appert que dans certaines régions du Nord-Est, on appréciait le wampum pour d'autres raisons que ses propriétés économiques ou pour son usage marchand. En somme, une fois les perles tissées en colliers, leur fonction devenait toute autre.

L'utilisation du wampum à des fins diplomatiques : les colliers de porcelaine[modifier | modifier le code]

Les critères selon lesquels on accorde de la valeur au wampum dépendent autant de la géographie que de la culture des groupes qui l'utilisent. Si le commerce triangulaire de Lynn Ceci est pleinement utile à notre compréhension du rôle du wampum dans la dynamique économique des colonies hollandaises et anglaises du début du XVIIe siècle, il ne permet toutefois pas de comprendre les nombreux autres aspects de l'utilisation du wampum. Car en dehors de cette dynamique marchande, le wampum connaissait un sort tout autre.

Les peuples iroquoiens de l'intérieur des terres firent un usage tout particulier du wampum en l'utilisant dans leurs rencontres diplomatiques officielles avec les groupes voisins ou étrangers. Ces perles étaient alors tissées en des colliers de diverses tailles pouvant contenir de quelques centaines à plus de dix milles perles. Ces colliers étaient offerts pour supporter le discours prononcé, pour le rendre légitime et officiel. L'échange de wampums se réalisait selon des règles protocolaires précises et particulières et selon des rituels parfois empruntés au mythe fondateur iroquois.[13]

À l'époque coloniale, ce système diplomatique régissait une grande partie du Nord-Est américain. À cet égard, une délimitation géographique plutôt que culturelle s'avère être plus pertinente. En plus de retrouver cet usage chez les Iroquois et chez les Andastes, on le retrouvait chez certains groupes algonquins occupant le Nord du fleuve Saint-Laurent et la vallée de l'Outaouais de même que chez les Hurons-Wendat de la Baie Georgienne, qui l'auraient même diffusé dans la vallée du Saint-Laurent et dans les Grands-Lacs lors de leur dispersion vers 1650. L'espace géopolitique et culturel du Pays d'en Haut (région des Grands-Lacs) tel que défini par Gilles Havard serait partiellement inclus dans ce que l'on pourrait nommer le cœur ou le noyau de cette tradition où l'usage des wampums en diplomatie est essentiel.[14]

Le développement de l'usage des wampums dans le cadre de relations internationales se réalisa donc dans cet espace spécifique, là où la rencontre, le contact s'est effectué avec une grande intensité, avec beaucoup de diplomatie et de jeux politiques. La diplomatie étant le lieu du métissage et de l'interculturalité, c'est dans ce contexte que l'échange et le don de wampums et autres présents s'est développé à travers une série de protocoles syncrétiques créés pour mieux communiquer. Car lors de ces rencontres formelles, nous sommes en contexte diplomatique, et nous devons nous conformer à ce que les chercheurs américains nomment le wampum protocol. On élève alors le discours à un niveau abstrait, imagé et indirect. On parle avec des images, on échange des paroles matérialisées par des colliers de wampum. Accepter un wampum, c'est accepter la parole qui vient d'être prononcée. Refuser un collier, c'est refuser son accord à la parole qui nous était adressée.

La plupart des observateurs de l'époque remarquèrent le rôle central que jouaient les wampums dans les rencontres internationales et dans l'entretien de bonnes relations diplomatiques :

"Les sauvages de l’Amérique Septentrionale ont été de tout tems dans l’usage de se servir de coliers, tant pour les ornements que pour traiter les affaires de leur nation. Ces coliers sont si nécessaires à ceux qui parlent d'affaires, au nom des nations, qu'on n'ajouteroit aucune foy à leurs paroles si préalablement ils ne présentoient à celuy avec lequel ils ont à traiter un colier qu'ils étendent devant luy. Après le discours fini, le sauvage auquel on s'adresse prend le collier et en remet un autre à la place pour faire sa réponse. S'il se trouve plusieurs propositions à faire, il est présenté autant de coliers ou autant de branches de porcelaines.".[15]

En fait, il faut savoir que de façon générale, les rencontres entre groupes amérindiens étaient toutes caractérisées par un échange de présents, échange qui permettait le renouvellement constant des alliances entre les groupes.[16]. Si l'échange de wampum s'insère dans un système plus général d'échange de biens, c'est que le don de présents trouve un produit adéquat à sa nature dans le wampum.[17] Ainsi, les présents étaient-ils autant la preuve tangible et matérielle du discours prononcé qu'un témoignage de bonne volonté et de bons sentiments:

"Les presens parmy les peuples font toutes les affaires du pays : ils essuient les larmes, ils apaisent la colere, ils ouvrent la porte dans les pays étrangers, ils delivrent les prisonniers, ils resuscitent les morts. On ne parle quasi et on ne respond que par des presens : c'est pour cela que dans les harangues, le present passe pour une parole. On fait des presens pour animer les hommes à la guerre, pour les convier à la Paix, pour attirer une famille ou une nation à venir prendre place et demeurer auprès de vous, pour satisfaire ou payer ceux qui ont receu quelque injure ou quelque blessure, notamment s'il y a eu du sang de répandu"[18].

Les colliers qui étaient échangés lors des rencontres formelles étaient souvent conservés pendant plusieurs années afin que les messages qu'ils portaient soient maintenus et conservés. À cette fin, le gardien des wampums s'assurait que leur signification soit répétée périodiquement devant les membres de la communauté. Les wampums étaient donc porteurs de messages, ils contenaient les paroles prononcées qui étaient, en quelque sorte, encodées dans l'objet. En ce sens, les wampums échangés fixaient les termes des ententes qui allaient régir l'avenir tout en témoignant des ententes passées. La majorité des témoins de l'époque qui ont observé ces pratiques ont remarqué ce rôle d'« archives » que l'on prêtait aux wampums[19]. Au milieu du XVIIIe siècle, le chevalier de la Pause expliquait :

"Les colliers et branches de porcelaines sont l'agent universel ches les sauvages; […] c'est le lien des nations et des particuliers, c'est un gage inviolable et sacré quy donne la sanction aux parolles, aux promesses et aux traités; comme ils n'ont point l'usage de l'écriture, ils se font une mémoire locale au moyen de ces colliers, dont chacun signifie une affaire particulière, ou une circonstance d'affaires; les chefs du village en sont les dépositaires et les font connoître aux jeunes gens, quy aprennent ainssy listoire et les engagemens de leur nation"[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hewitt (1915 : 619)
  2. Beauchamp (1978 : 328); Ceci (1989: 63); Fenton (1971 : 440); Orchard (1929: 61).
  3. Beauchamp (1978 : 330-331, 338); Ceci (1980 : 844 n30), (1982: 100); Orchard, (1929 : 68); Vachon (1970 : 268).
  4. Ceci (1980 : 841).
  5. Ceci (1982 : 98). Voir aussi Ceci (1980 : 844); Fenton (1971 : 441).
  6. Ceci (1980 : 844-845); Fenton (1971 : 442).
  7. C'est-à-dire enfilées sur un fil ou une corde d'une longueur spécifique. La brasse française était une mesure de longueur équivalant à 1,62 mètre tandis que la brasse anglaise (fathom) équivalait à 1,83 mètre.
  8. Beauchamp (1978 : 351-356); Rosendale (1895); Woodward (1932). Pour une analyse économique passablement complète du wampum comme monnaie, voir le texteMoney Substitutes in New Netherland and Early New York: Wampum à l'adresse Internet suivante : http://www.coins.nd.edu/ColCoin/ColCoinIntros/NNWampum.html (à jour le 9 novembre 2007).
  9. Ceci (1980 : 846-847).
  10. Rosendale (1895: 18).
  11. McCullough (1987: 21).
  12. Herman (1956 : 28); Shortt (1925); Vachon (1970: 276).
  13. Sur les protocoles et rituels entourant l'échange de colliers, voir entre autres, Druke (1985 : 92-96); Lainey (2004 : 38-49).
  14. Havard (2003 : 11-14). On reprend ici l'idée formulée par Marshall J. Becker selon laquelle la région du centre (core area) qui comprenait à la base trois confédérations iroquoiennes, les Iroquois, les Hurons et les Andastes (Susquehannock en anglais), se distingue de la « périphérie », région où l'usage des wampums en diplomatie est rare sinon absent. Les travaux de Becker montrent que les peuples algonquiens côtiers n'utilisaient pas les colliers de wampum entre eux, dans leurs relations diplomatiques, et ce bien que les peuples voisins plus au nord et à l'ouest leur en offraient et leur en présentaient à l'occasion. Bref, bien que la tradition d'échange des wampums se soit répandue dans le Nord-Est américain, de la vaste région des Grands-Lacs à l'Ouest jusque dans les Maritimes, il est clair que tous les groupes en présence, Européens inclus, n'utilisèrent pas le wampum de la même manière; voir Becker (à paraître).
  15. « Memoire concernant les Coliers de Porcelaine des Sauvages, leurs differents usages et la matière dont ils sont composés », anonyme, n.d. [circa 1726-1727] : 24.
  16. Sur le don et l'échange de présents pendant l'époque coloniale, on ne saurait omettre de consulter l'ouvrage pionnier de Wilbur R. Jacobs (1950). Voir aussi Cook (1995); Jaenen (1985)
  17. Mary Druke est en accord avec ce point lorsqu'elle affirme: « Wampum as a physical substance was not the essential thing in confirming speech or agreement. What mattered most was the process of exchange of presents. Numerous records show objects being substituted for wampum at one time or another though wampum was most preferable »; Druke (1985 : 89, voir aussi p. 92). Timothy Smith dénombre quarante usages différents du wampum seulement, selon les contextes, les nations impliquées et les époques; Smith (1983 : 27-28).
  18. Relations des Jésuites (vol. 3, 1642 : 53).
  19. Voir Lainey (2004 : 54-56).
  20. « Les ‘Mémoires' du chevalier de la Pause », RAPQ, (1933 : 325).


Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]