Iroquoiens du Saint-Laurent

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Ne doit pas être confondu avec Iroquois.
Territoire occupé par les Iroquoiens du Saint-Laurent, vers 1535.

Les Iroquoiens du Saint-Laurent vivaient, jusqu'à la fin du XVIe siècle, le long du fleuve Saint-Laurent au Québec et en Ontario, Canada, et dans l'État de New York, États-Unis. Nos connaissances des Iroquoiens du Saint-Laurent proviennent des écrits de Jacques Cartier et des études récentes en archéologie et en linguistique comparée.

Iroquoiens du St-Laurent du temps de Jacques Cartier, au XVIe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hochelaga (village).

Il y avait eu un peuplement amérindien sur l’île de Montréal. Lors de son deuxième voyage en Amérique du Nord, en 1535-1536, l'explorateur Jacques Cartier a vu plusieurs villages iroquoiens sur la rive nord du fleuve dans les environs de la ville moderne de Québec, dont les villages de Stadaconé et d'Hochelaga, ce dernier à l'emplacement de l'actuelle Montréal. Les traces d'autres villages contemporains ont été découvertes par des archéologues à l'Ouest, près de l'exutoire du lac Ontario. Les Iroquoiens du Saint-Laurent vivaient dans des villages localisés à quelques kilomètres des berges du fleuve. Une palissade de bois protégeait chaque village dont la population pouvait atteindre 2 000 personnes ou plus. Jacques Cartier a observé ce très gros village de 50 maisons longues que ses habitants appelaient Hochelaga, et où vivaient de 2000 à 3 000 personnes[1].

Controverse sur l'emplacement du village d'Hochelaga[modifier | modifier le code]

Il était situé, selon le compte rendu du célèbre explorateur, « Brief récit de la navigation faicte es ysles de Canada », au pied du mont Royal, nommé en l’honneur de François Ier. La localisation exacte du village de Hochelaga, tout comme celui de Stadaconé à Québec, demeure, par ailleurs, inconnue.

Deux hypothèses sont évoquées[1] :

  • Si Cartier est passé par le Saint-Laurent, ce serait près de l’Université McGill.
  • S’il est passé par la rivière des Prairies, ce serait à Outremont.

Les Hochelaguiens[modifier | modifier le code]

Selon les historiens, les premiers habitants de Montréal étaient des Iroquoiens du Saint-Laurent, peuple appartenant à un large groupe linguistique et culturel. Ce groupe comporte, entre autres, les Hurons-Wendat, et diverses nations iroquoises, dont les Agnés (Mohawks)[1].

Les Canadiens de Stadaconé[modifier | modifier le code]

Les habitants de Stadaconé, sur le site de Québec, étaient eux aussi des Iroquoiens du Saint-Laurent, que Cartier nomme les Canadiens, mais il ne nous a laissé aucune description des habitations des autres villages iroquoiens dans les environs de Québec.

Autres peuples sillonant le Saint-Laurent au XVIIe[modifier | modifier le code]

Des amérindiens accueillent Samuel de Champlain, à bord du Don de Dieu, lors de son arrivée à Québec en 1608. Cette image est cependant une représentation fictive puisque lors de son premier voyage à Québec, Champlain s'est arrêté à Tadoussac avec son navire et a poursuivi vers Québec en barque pour y arriver le [2]. La population iroquoienne avait déserté la vallée du Saint-Laurent. Des nomades algonquiens traversent ces lieux afin de pêcher l’anguille et troquer[3].

Au moment de l'arrivée de Samuel de Champlain, les Algonquins et les Iroquois pratiquaient la chasse et la pêche dans la vallée du Saint-Laurent, mais ni l'une ni l'autre tribu n'avait établi de villages permanents dans la vallée.

Les Agnés (Mohawks), habitaient dans ce qui est aujourd'hui l’État de New York, mais ils ne s'étaient pas établis dans le territoire actuel du Québec. Ils remontaient le lac Champlain par la rivière Richelieu que les Français nommèrent Rivière des Iroquois et le fleuve Saint-Laurent, afin de pêcher, de chasser et de commercer.

Les Algonquins aussi se déplaçaient sur le fleuve[1].

Dispersion des Iroquoiens[modifier | modifier le code]

Au moment de l'arrivée de Samuel de Champlain et de l'établissement de la ville de Québec en 1608, il n'y avait plus aucune trace des Iroquoiens du Saint-Laurent rencontrés par Cartier quelque 75 ans auparavant. Leur disparition a donné naissance à plusieurs hypothèses : une guerre avec les Iroquois ou les Hurons, l'impact des maladies contagieuses du Vieux Monde ou leur migration vers la région des Grands Lacs.

Les indices archéologiques suggèrent fortement qu'il y a eu des guerres avec les tribus iroquoises et huronnes dans le but de contrôler les routes commerciales avec les Européens. Au milieu du XVIe siècle, la vallée du Saint-Laurent était probablement devenue une zone convoitée et les Iroquoiens du Saint-Laurent en ont payé le prix. Des indices laissent croire que des survivants auraient trouvé refuge chez les Hurons, les Mohawks et les Algonquins.

Une étude de 2017 porte sur la disparition de villages iroquoiens situés le long du Saint-Laurent après l’arrivée de Jacques Cartier et avant celle de Samuel de Champlain.

Cette étude se fonde sur 200 sites iroquoiens du Québec, de l’Ontario et du nord de l’État de New York ; elle évoque une piste pour expliquer cette disparition : la rivalité pour le commerce avec les Européens. Ces villages jouaient un rôle central dans le commerce entre iroquoiens, notamment les Hurons-Wendat et les Iroquois; cependant ils étaient sans alliance politique de défense. La convoitise des Hurons-Wendat et des Iroquois a pu dégénérer en guerres et amener leur défaite et dispersion. On estime que dès 1580, les sites de culture des Iroquoiens du Saint-Laurent avaient complètement disparu[4],[5].

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Laurentien (langue).

Les Iroquoiens du Saint-Laurent parlaient probablement plusieurs dialectes. Leur langue, souvent appelée le laurentien par les linguistes, fait partie de la famille des langues iroquoiennes qui comprend notamment le mohawk, le wendat et le cherokee. Étant donné notre connaissance limitée de la langue des Iroquoiens du Saint-Laurent, connaissance qui se résume à une liste de 200 mots dressée par Jacques Cartier lors de ses premiers voyages, il est bien possible que les Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent, dont le territoire s'étendait sur près de 600 km, parlaient plusieurs langues distinctes.

Un mot de la langue des Iroquoiens du Saint-Laurent est toujours en usage : le mot « canada », qui signifiait village dans la langue des habitants de Stadaconé. Jacques Cartier écrivait dans le récit de son deuxième voyage qu'ils appellent une ville « canada ». Cartier employait aussi le nom Canada pour désigner les régions autour du village de Stadaconé ainsi que le fleuve, la « rivière de Canada ». Par ailleurs, les langues mohawk et oneida ont toutes les deux un mot très semblable signifiant village. En mohawk moderne, on écrit kaná:da.

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

La redistribution des ressources était un mécanisme important de leur organisation sociale. Les richesses personnelles n'étaient pas prisées. L'Iroquoien doit se consacrer à assurer autonomie avec responsabilité. Malgré son indépendance, sa communauté, sa lignée maternelle et sa famille nucléaire se partagent les conséquences. La maison-longue est la résidence de base des Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent. D'une largeur de six à sept mètres, de hauteur légèrement inférieure, sa longueur dépendait du nombre de familles à y accueillir. La maison-longue pouvait atteindre plus de trente mètres afin d'abriter jusqu'à une dizaine de familles se partageant cinq foyers[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie et autres médias[modifier | modifier le code]

  • (en) John P. Hart, Jennifer Birch et Christian Gates St-Pierre, « Effects of population dispersal on regional signaling networks: An example from northern Iroquoia », Science Advances, vol. 3, no. 8, e1700497,‎ (DOI 10.1126/sciadv.1700497, présentation en ligne, lire en ligne)
  • Alain Dubuc, « Les premiers Montréalais », La Presse Plus,‎ (lire en ligne)
  • Mathieu Perreault, « Une étude tente d'expliquer la disparition de villages iroquoiens », La Presse,‎ (lire en ligne)
  • Claude Chapdelaine, « Les Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent (Vers 1500) », Musée McCord,
  • Claude Chapdelaine (1989). Le site Mandeville à Tracy: Variabilité culturelle des Iroquoiens du Saint-Laurent. Montréal, Recherches Amérindiennes au Québec.
  • Clermont, N., et M. Gagné, 2004: People of the Drumlins. A Passion for the Past. Papers in Honour of James F. Pendergast. Canadian Museum of Civilization, Mercury Series, Archaeology paper 164 : 77-86.
  • Roland Tremblay (2006). Les Iroquoiens du Saint-Laurent : peuple du maïs. Montréal: Éditions de l'Homme.
  • Roland Tremblay. (1999). "Regards sur le passé: réflexions sur l'identité des habitants de la vallée du Saint-Laurent au XVIe siècle", Recherches amérindiennes au Québec. Volume 29. No.1 Pages 41–52.
  • Serge Bouchard et al. (1989). Peuples autochtones de l'Amérique du Nord. De la réduction à la coexistence. Québec: Télé-université (Pages 93–95, "La disparition des Iroquoiens laurentiens").
  • Jacques Cartier. (1545). Relation originale de Jacques Cartier. Paris: Tross (édition de 1863).
  • James F. Pendergast. (1998). "The Confusing Identities Attributed to Stadacona and Hochelaga", Revue d'études canadiennes. Volume 32. Pages 149-167.
  • Bruce G. Trigger et James F. Pendergast. (1978). "Saint Lawrence Iroquoians", Handbook of North American Indians. Volume 15. Pages 357-361.
  • Bruce G. Trigger et William R. Swagerty (1996). "Entertaining Strangers: North America in the Sixteenth Century", dans The Cambridge History of the Native Peoples of the Americas. Cambridge: Cambridge University Press. Pages 325-398, à 335.
  • Bruce G. Trigger. (1991). Les enfants d'Aataentsic: l'histoire du peuple huron. Montréal: Libre Expression. (Pages 206-220, La disparition des Iroquoiens du Saint-Laurent).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Droulers-Tsiionhiakwatha, le plus important et le mieux conservé des sites connus associés aux Iroquoiens du Saint-Laurent au Canada. Quelques-uns des bâtiments reconstruits du village qui est excavé sur la colline voisine. On estime que la colline recèle 7 millions d'artefacts.