Vita Sackville-West

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Vita Sackville-West par Philip Alexius de Laszlo (1910).

Victoria Mary Sackville-West, Lady Nicolson, plus connue sous le nom de Vita Sackville-West, est une poétesse, romancière, essayiste, biographe, traductrice et jardinière anglaise, née le et morte le .

Son long poème narratif, The Land, reçut le Hawthornden Prize en 1927. Elle l'obtint une seconde fois, devenant le premier écrivain dans ce cas, en 1933 avec ses Collected Poems.

Elle est connue pour avoir participé à la création de ses jardins à Sissinghurst Castle, dans le Kent, pour sa vie aristocratique exubérante, son mariage solide avec Harold Nicolson, et ses amours passionnées avec des femmes comme Violet Trefusis et la romancière Virginia Woolf.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

« Vita n'est pas faite pour la diplomatie, ni pour s'occuper d'un tas de bedints (petits bourgeois). Elle devrait être une grande dame, très riche, et pouvoir vivre à son gré, sans connaître aucune lutte, aucun problème. Hier, elle m'a dit qu'elle aimerait vivre seule dans une tour avec des livres ! »

— Lettre de lady Sackville-West, 1912 (citée par Nigel Nicolson, op. cit. p. 122)

Victoria-Mary Sackville-West naquit à Knole House dans le Kent, fille unique de Lionel Edward Sackville-West, 3e baron de Sackville, et de son épouse - et cousine germaine - Victoria, qui fut intime d'hommes illustres et généralement très riches comme William Waldorf Astor ou sir John Murray Scott, secrétaire de la veuve du célèbre collectionneur Richard Wallace, qui lui légua en 1912 une notable partie du patrimoine Hertford-Wallace.

Étant une femme, la loi anglaise l'empêchait d'hériter un jour de cet immense château élizabéthain et de ses domaines, ce qui affecta le reste de sa vie.

Elle porta toujours le surnom de "Vita".

Mariage[modifier | modifier le code]

Vita Sackville-West en 1918, par William Strang.

En 1913, Vita Sackville-West épousa Harold Nicolson, diplomate de 1909 à 1929, puis journaliste, membre du Parlement, auteur de biographies et de romans. Winston Churchill le nomma sous-secrétaire d'État à l'Information pendant une partie de la Seconde Guerre mondiale. Harold Nicolson tint pendant trente ans, de 1936 à sa mort en 1968, un journal qui fut édité en 1966 sous le titre Diaries and letters, traduit en français sous le titre de Journal des années tragiques (1936-1942) (Bernard Grasset, 1971).

Harold Nicolson fut de manière déterminante un compagnon bisexuel dans ce qu'on appellerait à présent un mariage ouvert. Ils eurent tous deux des liaisons homosexuelles, ce qui n'empêcha pas une relation étroite entre les époux, comme en témoigne une correspondance presque quotidienne (publiée après leur mort par leur fils Nigel), et un entretien qu'ils donnèrent à la radio de la BBC après la Seconde Guerre mondiale.

Le couple eut deux enfants, Benedict Nicolson (1914-1978), historien de l'art, et Nigel Nicolson (1917-2004), politicien et écrivain.

Sa mère, rendue riche par l'héritage Scott; lui fit à son mariage une rente annuelle de 250 000 livres; après avoir acquis la maison du 182, Ebury Street à Londres, puis le "cottage délabré" de Long Barn, à seulement trois kilomètres de Knole, qu'elle restaura et agrandit sur les conseils de sir Edwin Lutyens, dernier compagnon de lady Sackville (+ 1936) dans les années 1930, la famille acheta le château de Sissinghurst dans la campagne du Kent, région appelée « le jardin de l'Angleterre » auquel leur nom reste attaché.

Relation avec Violet Trefusis[modifier | modifier le code]

La liaison qui marqua le plus durablement Vita Sackville-West fut celle qu'elle entretint avec la romancière Violet Trefusis, fille d'Alice Keppel, maîtresse officielle du roi Édouard VII.

Vita avait douze ans lorsqu'elle rencontra Violet, qui en avait dix. Elles fréquentèrent la même école pendant plusieurs années. Toutes deux mariées, elles partirent plusieurs fois en voyage, la plupart du temps en France, où Vita Sackville-West se déguisait en jeune homme quand elles sortaient. Leur liaison se termina mal, Violet Trefusis poursuivant Vita Sackville-West de ses assiduités, jusqu'à ce que les liaisons de cette dernière avec d'autres femmes prennent le dessus. Violet Trefusis cependant refusa toujours la rupture.

Le roman Challenge témoigne de cette histoire : Vita Sackville-West et Violet Trefusis commencèrent à écrire le livre ensemble, le personnage masculin, Julian, étant le surnom de Vita quand elle se faisait passer pour un homme. Sa mère, Lady Sackville, trouva l'autoportrait assez évident pour demander que le roman ne paraisse pas en Angleterre ; le fils de Vita, Nigel Nicolson (1973, p. 194), cependant, en fait l'éloge :

« Elle s'est battue pour le droit d'aimer, hommes et femmes, rejetant les conventions selon lesquelles le mariage exige un amour exclusif, et que les femmes ne devraient aimer que les hommes, et les hommes uniquement les femmes. Pour cela, elle était prête à tout abandonner… Comment pourrait-elle regretter que ce savoir puisse atteindre les oreilles d'une nouvelle génération qui plus est infiniment plus compréhensive que la sienne ? »

Histoire d'amour avec Virginia Woolf[modifier | modifier le code]

L'aventure pour laquelle on se souvient le plus de Vita Sackville-West est celle qu'elle eut avec la grande romancière Virginia Woolf à la fin des années 1920. Virgina Woolf écrivit l'un de ses romans les plus célèbres, Orlando, décrit par le fils de Vita, Nigel Nicolson, comme "la plus longue et la plus charmante lettre d'amour de la littérature", sous l'inspiration de cette liaison saphique.

De manière inhabituelle, l'époque de la conception d'Orlando est bien documentée : Virgina Woolf écrivit dans son journal le 5 octobre 1927 : "C'est instantanément qu'une nouvelle stimulation anime mon esprit : une biographie commençant en 1500 et se poursuivant de nos jours, appelée Orlando : Vita ; avec pour seul changement le passage d'un sexe à l'autre " (extrait publié de manière posthume par son mari Leonard Woolf).

Autres amours[modifier | modifier le code]

En 1931, Vita Sackville-West s'engagea dans une liaison avec la journaliste Evelyn Irons qui lui avait demandé un entretien après le succès de The Edwardians[1]. Elle fréquenta aussi Mary Garman et d'autres femmes. [réf. nécessaire]

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Au temps du roi Édouard (The Edwardians, 1930) et Toute passion abolie (All Passion Spent, 1931) sont sans doute ses romans les plus connus de nos jours. Dans le second, Lady Slane, une femme mûre, recouvre un sens de la liberté et de la fantaisie longtemps refoulé après une vie vouée aux conventions. Ce roman a été fidèlement adapté par la BBC en 1986 avec Dame Wendy Hiller. Son roman de science fiction Grand Canyon (1942) est un conte édifiant (ainsi qu'elle l'appelle) sur l'invasion des États-Unis par les nazis. La chute inattendue en fait davantage qu'un roman d'invasion typique.

En tant que poète Vita Sackville-West fut deux fois lauréate du Hawthornden Prize (en 1927 et en 1933), cas unique dans l'histoire de ce prix littéraire; en 1946 elle fut faite "Companion of Honour" pour ses services rendus à la littérature.

L'année suivante, elle tint une colonne hebdomadaire dans The Observer, intitulée In your Garden; en 1948 elle devint membre fondateur du comité des jardins du National Trust.

Postérité[modifier | modifier le code]

La plaque commémorative d'Ebury Street.

Sissinghurst Castle est maintenant géré par le National Trust. Ses jardins sont les plus visités d'Angleterre.

Une plaque commémorative lui rend hommage, ainsi qu'à Harold Nicolson, sur la maison d'Ebury Street à Londres (London SW1).


Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Ouvrages en langue française[modifier | modifier le code]

  • Escales sans nom (Stock, 1987) ;
  • L'Héritier : une histoire d'amour (Salvy, 1998) ;
  • Ceux des îles (Salvy, 1994) ;
  • Toute passion abolie (Salvy, 1991, puis Autrement/Littératures, 2005) ;
  • Plus jamais d'invités ! (Autrement/Littératures, 2007) ;
  • Pepita (Salvy, 1997) ;
  • Une Anglaise en Orient (Anatolia, 1993 , puis éditions 10/18, 1995) ;
  • Au temps du roi Édouard (Grasset, 2005) ;
  • Une aristocrate en Asie (Le Rocher, 2000, puis Payot/Rivages, 2006) ;
  • Histoire de famille (Salvy, 1995) ;
  • Les Invités de Pâques (Salvy, 1990) ;
  • Séducteurs en Équateur (Christian Bourgois, 2001) ;
  • Correspondance (Stock, 1985) ;
  • Haute société (Autrement/Littératures, 2008) ;
  • Paola (Autrement/Littératures, 2009) ;
  • Correspondance 1923-1941, avec Virginia Woolf (Stock, 2010)  ;
  • Infidélités (Autrement/Littératures, 2013)
  • Le Diable à Westease (Autrement/Littératures, 2014)

Ouvrages en langue anglaise[modifier | modifier le code]

Poésie
  • Poems of West and East (1917)
  • Orchard and Vineyard (1921)
  • The Land (1927)
  • The Garden (1946)
Romans
  • Heritage (1919)
  • The Dragon in Swallows Water (1921)
  • The Heir (1922)
  • Challenge (1923)
  • Grey Waters (1923)
  • Seducers in Escuardo (1924)
  • The Edwardians (1930)
  • All Passion Spent (1931)
  • The Death of Noble Godavary and Gottfried Künstler (1932)
  • Thirty Clocks Strike the Hour (1932)
  • Family History (1932)
  • The Dark Island (1934)
  • Grand Canyon (1942)
  • Devil at Westease (1947)
  • The Easter Party (1953)
  • No Signposts in the Sea (1961)
Essais et correspondance
  • Passenger to Teheran (Hogarth Press, 1926, reprinted Tauris Parke Paperbacks 2007, ISBN 978-1-84511-343-8)
  • Knole and the Sackvilles (1922)
  • Saint Joan of Arc (Doubleday 1936, reprinted M. Joseph 1969)
  • Pepita (Doubleday, 1937, reprinted Hogarth Press 1970)
  • The Eagle and The Dove (M. Joseph, 1943)
  • Daughter of France: The Life of Marie Louise d'Orleans (Doubleday, 1959)
  • Letters of Virginia Woolf and Vita Sackville-West, Turnaround Publisher Services, 2004
Traductions

Études et biographies[modifier | modifier le code]

  • (en) David Cannadine: Portrait of More Than a Marriage: Harold Nicholson and Vita Sackville-West Revisited. From Aspects of Aristocracy, p. 210-42. (Yale University Press, 1994) ISBN 0-300-05981-7
  • (en) Robert Cross and Ann Ravenscroft-Hulme: Vita Sackville-West: A Bibliography (Oak Knoll Press, 1999) ISBN 1-58456-004-5
  • (fr) Victoria Glendinning, Vita, La Vie de Vita Sackville-West, Albin Michel, 1987
  • (fr) Nigel Nicolson, Portrait d'un mariage, Stock (1973)
  • (de) Peggy Wolf: Sternenlieder und Grabgesänge. Vita Sackville-West: Eine kommentierte Bibliographie der deutschsprachigen Veröffentlichungen von ihr und über sie 1930 - 2005. Daphne-Verlag, Göttingen, 2006. ISBN 3-89137-041-5

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Felix Brenner, « Obituary: Evelyn Irons », The Independent (London),‎ April 25, 2000 (lire en ligne)