Vexations

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Partition de Vexations pour piano.

Vexations est une œuvre pour piano composée par Erik Satie en 1893. En tête de partition, le compositeur a écrit cette « Note de l'auteur » :

« Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses ».

L'œuvre (de forme A - A1 - A - A2) est une répétition d'un motif unique A, sur une mesure à treize temps, et ses harmonisations (ou variations[1],[2]) A1, A2 joués 840 fois de suite sans arrêt. Le tempo se lit Très lent sans indication métronomique. Le motif de la partition se joue en deux minutes environ, selon l'interprétation[3]. L'exécution complète de l'œuvre peut varier entre quatorze et vingt-quatre heures, voire vingt-huit[4] ou trente-cinq[5], selon le tempo adopté par le ou les interprètes.

L’œuvre ne fut ni imprimée ni jouée du vivant d'Erik Satie[6]. Le compositeur américain John Cage fut le premier à prendre l'initiative d'une interprétation intégrale de l'œuvre, dix pianistes (dont le jeune John Cale[7]) se relayant pour la jouer pendant plus de 18 heures, en 1963, à New York[8],[9]. Le New York Times présenta ainsi le concert : « Une longue, longue, longue nuit (et journée) au piano [...] Quoi qu'il en fût, cela a fait l'histoire musicale »[6]. Cage fut plus prolixe et décrivit son expérience ainsi[3] :

« Ce qui advint, c'est que nous étions très fatigués, naturellement, après une telle longueur de musique, et je conduisis jusque chez moi. Je dormis exceptionnellement longtemps, et lorsque je me levai, je me sentis différent de tout ce que j'avais ressenti auparavant. Et de plus mon environnement me semblait étranger, bien que ce soit le lieu où je vis. En d'autres termes, j'avais changé, et le Monde avait changé. »

L'œuvre exercera sur les minimalistes un attrait certain, avec des exécutions auxquelles participeront Meredith Monk en 1966, ou Gavin Bryars, Christopher Hobbs à Leicester en 1971[8] et Jean-Michel Bossini (Compositeur, Performer) à Aix-en-Provence en 2004[10] avec une interprétation intégrale en solo au piano pendant 19 heures sans interruption du 4 au 5 mai 2004 à l’école d’art d’Aix-en Provence.

La première exécution intégrale en Europe par un seul pianiste, Thomas Bloch (plus connu pour être un interprète spécialiste des ondes Martenot, du glassharmonica et du cristal Baschet), eut lieu en juin 1984, à la Galerie d'art Jade à Colmar (France). Elle dura 24 heures (de midi à midi). Le même pianiste rejoua les Vexations dans le petit studio où vécut Erik Satie, rue Cortot (Montmartre), à Paris, le 21 juin 1985 (de minuit à minuit), à l'invitation de la Fondation Erik Satie et de sa présidente, Ornella Volta. Il l'interpréta encore intégralement, toujours pendant 24 heures, lors du Holland Festival à Amsterdam, en 1988, à l'American Hotel, en présence de John Cage à qui le Festival était consacré cette année-là.

Le pianiste québécois Rober Racine a également exécuté à plusieurs reprises Vexations, en novembre 1978 en 14 heures et 8 minutes, en décembre de la même année en 17 heures et 59 minutes, en janvier 1979 en 19 heures et enfin quatre mois plus tard en 17 heures.

L'interprétation prit même une tournure politique en étant jouée huit fois, du 29 septembre au 6 octobre 2001 à Buenos Aires (soit 6 720 fois le thème), en protestation contre la politique budgétaire du ministre de l'économie argentin[6].

Parmi les interprétations intégrales les plus récentes, on citera notamment celle proposée par Musée en musique dans le patio Musée de Grenoble le 15 décembre 2002 dix-huit pianistes se sont succédé de 9 h à 1 h 30 du matin, à la Cité de la musique le 8 février 2009 entre 8 heures et 3 h 15 du matin, 21 pianistes se succédant autour d'Alexandre Tharaud, le 16 et 17 mai 2009 de 18 heures à 16 heures, par Mark Lockett au Centre d'Art et de Littérature, La Coopérative de Montolieu[11], ou le 4 décembre 2010 de 7 h à 22 h par Nicolas Horvath au Centre des Congrès de Perpignan lors du Téléthon[12]. Il est à noter que cette dernière performance a été intégralement retransmise en direct sur internet, ce qui, pour les Vexations, est une première.

En septembre 2010, un groupe de rock japonais - Core of Bells - invite le guitariste d'avant-garde Taku Sugimoto pour enregistrer une interprétation de Vexations (durée 9 min 51 s) parue sur CD[13].

Le 12 décembre 2012, le pianiste français Nicolas Horvath habitué des Vexations, est invité par le Palais de Tokyo et y donne une version solo non-stop de 35 heures. Commençant le 12 décembre à midi, et se terminant le 13 décembre à 23 heures, elle est actuellement la version piano solo et non-stop la plus longue jamais exécutée[5].

L'œuvre a été donnée une nouvelle fois dans la nuit du 1er au 2 octobre 2016 par les élèves et les membres du conservatoire de Paris au cours du marathon musical de 11 heures[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Webmaster, « Vexations d'Erik Satie », sur www.partitions-piano.fr (consulté le 18 avril 2018)
  2. (en) Media Art Net, « Media Art Net | Satie, Erik: Vexations », sur www.medienkunstnetz.de, (consulté le 18 avril 2018)
  3. a et b Brian Levison et Frances Farrer, Musique classique : 500 ans de concerts, artistes incroyables, compositeurs hors norme, chefs d'orchestres déjantés, et autres bizarreries..., Le Rheu, LME, , 253 p. (ISBN 978-2-36026-011-9), p. 238
  4. (en) « Satie-Vexations: entire recording and performance analysis », sur musicweb.hmt-hannover.de (consulté le 18 avril 2018)
  5. a et b Les Vexations d'Erik Satie : récital marathon, Palais de Tokyo. 12/12/2012 12h - 13/12/2012 23h.
  6. a, b et c Violeta Nigro-Giunta, « Vexations. Les deux temps d’une œuvre », Marges, no 19,‎ , p. 61–73 (ISSN 1767-7114, DOI 10.4000/marges.965, lire en ligne)
  7. (en) Nick Shave, « Erik Satie: Prepare yourself … », sur the Guardian, (consulté le 18 avril 2018)
  8. a et b Nyman (1974), p. 68
  9. (en) Sam Sweet, « A Dangerous and Evil Piano Piece », The New Yorker,‎ (ISSN 0028-792X, lire en ligne)
  10. http://www.jeanmichelbossini.com/VEXATIONS.html
  11. https://www.ladepeche.fr/article/2009/05/21/609947-Montolieu-Performance-musicale.html
  12. http://www.pianobleu.com/actuel/communique20101130.html
  13. http://www.japanimprov.com/indies/chaozchaos/lostbanchos.html
  14. http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-performance/16550-sleep?date=1475341200