Cristal Baschet

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Le Cristal Baschet
Image illustrative de l'article Cristal Baschet
F. et B. Baschet avec « Le Trapu » , l’un des premiers Cristals Baschet (1960)

Classification Verges encastrées
Famille Structures Sonores Baschet
Tessiture Fa0-Sol5
Œuvres principales La Marche de l'empereur, Le Testament d'Orphée
Instrumentistes célèbres Jacques et Yvonne Lasry, Thomas Bloch, Michel Deneuve
Principaux facteurs François Baschet, Bernard Baschet, Association Structure Sonore Baschet
Articles connexes Glassharmonica, Euphone

Le Cristal Baschet est un instrument de musique contemporain mis au point en 1952 par les frères Bernard et François Baschet. Les premiers montages des frères Baschet sont des corps sonores posés sur le piano du compositeur Jacques Lasry ; assemblés ils deviendront la sous-famille dite « percussions multi-timbres ».

Fabrication[modifier | modifier le code]

Genèse et fondements acoustiques[modifier | modifier le code]

Avant de concevoir le Cristal Baschet et, plus généralement, les Structures Sonores Baschet, François et Bernard Baschet effectuent de nombreuses recherches acoustiques à travers les ouvrages et expérimentations de célèbres physiciens et acousticiens tels que Henri Bouasse, Ernst Chladni, Lord Rayleigh, Helmholtz et bien d'autres[1] ponctuées de travaux et d’expérimentations diverses. Au début des années 1950, ces recherches permettent de concevoir leur propre définition de ce qu’est un instrument de musique[2]. Il s'agit de la réunion d’au moins trois des quatre éléments suivants :

1- Un élément donnant une vibration périodique (corde, anche, membrane, plaque...)
2- Une forme d’énergie pour activer le vibrateur (archet, vent, percussion...)
3- Un dispositif permettant d’évoluer au sein de la gamme (clavier, système de clés, frettes...)
4- Un amplificateur de son (caisse de résonance, pavillon, table d’harmonie...)

Il pouvait également être ajouté des vibrateurs sympathiques afin d’ajouter des formants dans le son, d’en enrichir le timbre. Par ce système combinatoire, les frères Baschet travaillèrent sur l’élaboration d’une table récapitulative leur permettant de décrire les instruments existant et ceux pouvant être créés par la suite[3]. Après une autre période d’expérimentations acoustiques les frères Baschet choisissent d’exploiter les possibilités sonores offertes par les tiges et plaques encastrées par une seule extrémité. Ils se basèrent sur les travaux de l’acousticien Français Henri Bouasse dont les études sur ces éléments vibrants n’avaient jamais donné lieu à des recherches abouties du point de vue organologique[4]. Les frères Baschet, dont l’ambition première fut de créer une famille d’instruments nouvelle et cohérente, orientent donc leurs recherches sur cette catégorie de vibrateur.

Le fonctionnement acoustique du Cristal Baschet[modifier | modifier le code]

Rôle acoustique des différents composants du Cristal Baschet.

C’est en se basant sur leur propre définition de ce qu’est un instrument de musique que les frères Baschet donnèrent naissance à une lutherie innovante qui compose l’intégralité des Structures Sonores Baschet.

L’élément vibrant [modifier | modifier le code]

Le vibrateur du cristal Baschet est une tige métallique encastrée par une seule extrémité dans un sommier métallique plus lourd. L’énergie vibratoire de la tige se propage dans cette pièce avant d’être irradiée dans l’air par l’intermédiaire d’un radiateur de son.

Mode de mise en vibration[modifier | modifier le code]

L’élément vibrant du Cristal Baschet (la tige métallique) est mis en vibration par une baguette de verre (également qualifiée d’archet de verre) que l’on frotte avec les doigts humides. Ce mode de mise en vibration ne doit cependant pas être assimilé à celui du Glassharmonica de Benjamin Franklin dans la mesure où les tiges de verre n’ont qu’un rôle d’excitateur. Elles ne produisent pas de son et ne font que transmettre leurs vibrations. Il est également possible de produire le son par percussion. Il faut, pour cela, se munir de différents marteaux utilisés traditionnellement en percussion. Avec ce mode de jeu, il ne faut cependant pas frapper les tiges de verre au risque de les briser, mais directement les parties métalliques.

Cristal Baschet de 1956 équipé de vessies pneumatiques, de cordes de piano dressées et d'archets de verre orientés verticalement.

Tempérament, dispositif de hauteur[modifier | modifier le code]

Les archets de verre servent chacun à exciter une note à une hauteur précise. La hauteur de la note (sa fréquence fondamentale) est conditionnée par la longueur de la tige métallique. Les archets de verre furent d’abord verticaux avant de devenir horizontaux à la demande d’Yvonne Lasry. Ce changement eu une grande incidence sur le mode de jeu et le tempérament et permis par la suite de nombreuses améliorations techniques de l’instrument. Les baguettes de verre purent ainsi être rapprochées, permettant un accroissement de la tessiture de l’instrument qui peut s’étendre jusqu’à 5 octaves dans les grands Cristals allant de Fa0-Sol5. De plus, l’instrument autrefois accordé en tierces mineures est ainsi devenu chromatique mais peut également être accordé différemment. Le jeu du Cristal Baschet se caractérise par un va-et-vient constant de la main humide qui caresse les tiges de verre. Les accords, les sons entretenus et divers jeux sur la vélocité sont possibles.

La radiation du son [modifier | modifier le code]

Les premiers radiateurs du Cristal Baschet furent des vessies pneumatiques[5]. Ce mode de diffusion est hérité d’une invention de François Baschet : la guitare gonflable. La dynamique du son donné par les vessies est faible avec un timbre très doux. Des cordes de piano dressées, que l'on retrouve toujours sur les Cristals Baschet contemporains, était ajoutées, appelées "moustaches", afin d'enrichir le timbre en aigus[6]. Les frères Baschet entreprirent un vaste travail de recherche des différentes matières et formes permettant de créer des radiateurs sonores. Ils utilisèrent par exemple des tôles en acier pliés selon l'effet sonore désiré ou des cônes en carton, en résine epoxy ou polyester. Le travail sur ces radiateurs permet de varier le timbre et l'enveloppe dynamique du son de l’instrument[7]. Des fûts cylindriques furent également utilisés pour le cristal basse. Dans le cas présent, la vibration est transmise à une plaque mince de contreplaqué suspendue et retenue par une membrane en caoutchouc. La vibration est donc transmise à la colonne d’air à l’intérieur d’un fût métallique amplifiant ainsi le son.

Le Cristal Baschet est toujours exclusivement fabriqué aujourd'hui par l'association Structures Sonores Baschet fondée par Bernard Baschet.

Classification et fonctionnement[modifier | modifier le code]

Le Cristal Baschet est parfois assimilé à un Euphone ; instrument inventé par Ernst Chladni en 1798. L’Euphone et le Cristal Baschet partagent uniquement le fait d’avoir en commun l'élément excitateur : des tiges de verre que l’on frotte avec des doigts préalablement humidifiés. L’utilisation de tiges de verre comme élément excitateur d’un élément vibrant est, par ailleurs, un procédé qui serait antérieur à l’Euphone lui-même car utilisé dans les laboratoires à l’aube du XIXe siècle.

Chez l’Euphone, les éléments vibrants sont des rubans de métal (lames plates indépendantes les unes des autres) en fer ou en cuivre, des plaques suspendues aux 23/100èmes de leur longueur (comme les métallophones, vibraphones, carillons, xylophones...). Tout comme pour le Cristal Baschet, l'excitateur est une tige de verre qui, dans le cas de l'Euphone, est collée par une extrémité au centre de la plaque vibrante. Toutefois, le système de couplage de l'instrument de Chladni est incomplet car il ne possède pas de diffuseurs, ni de table d'harmonie.

Représentation simplifiée du Cristal Baschet.

En revanche, le fonctionnement acoustique du Cristal Baschet est différent. L’élément vibrant, à savoir la verge de métal, est encastré dans une masse métallique très lourde et ayant donc une très forte impédance mécanique. Les corps métalliques sont très denses. La propagation du son y est facilitée du fait que les atomes sont liées les unes aux autres par un lien très fort. La vibration de grande amplitude et de faible pression produite par la verge métallique se propage de façon inaudible sous la forme de vibrations de faible amplitude mais ayant une pression considérable pouvant atteindre la demi tonne par centimètre carré. Enfin, la présence de résonateurs fixés sur les sommiers métalliques en des endroits précis permet de retransformer la vibration en ondes audibles dans l’air dont l’impédance est faible. Par ailleurs, la modularité des résonateurs est également un élément caractéristique des structures sonores Baschet et permet ainsi des grandes possibilités quant au travail sur la texture sonore.

Ces particularités de traitement acoustique confèrent au Cristal Baschet un statut particulier par rapport aux autres instruments de musique dont le mode de mise en vibration peut être similaire. Cette mise en vibration par l’intermédiaire d’un corps dense et donc à l'impédance très élevée offre au Cristal Baschet une grande modularité de timbres.

À partir de cette lutherie nouvelle accompagnant toutes les Structures Sonores Baschet, les frères Baschet ont créé le Cristal Baschet et ont déposé les brevets en France, aux États-Unis et en Allemagne[8]. Aucun lien de parenté ne fut attribué à Ernst Chladni tant cette forme de lutherie inventée par les frères Baschet est différente et le nombre de similitude avec l’Euphone est limité. Le lien de parenté entre l’Euphone et le Cristal Baschet ne se limite donc qu’au mode de mise en vibration induit par une attitude expérimentale similaire.

Répertoire[modifier | modifier le code]

Thomas Bloch et le cristal Baschet

À son origine, il est utilisé dans le domaine de la musique concrète (style musical avant-gardiste introduit par Pierre Schaeffer et Pierre Henry) et trouve peu à peu sa technique et son répertoire, principalement grâce aux « cristallistes » Jacques et Yvonne Lasry (1952) puis Michel Deneuve qui s'y consacre dès 1978 ou encore Thomas Bloch.

Un atelier de pratique instrumentale du Cristal Baschet a été ouvert en 1993 au Conservatoire d'Albi avec Cathy Tardieu [9] qui le conduit toujours. Une classe de Cristal Baschet a également été ouverte au Conservatoire de Brive la Gaillarde en 2003 par Michel Deneuve. Cette classe est conduite depuis 2010 par Antoine Mas.


Le Cristal Baschet a été mis à profit dans des domaines très divers : spectacle de danse, musique de film (La Marche de l'Empereur, Traffic, Solaris, Le testament d'Orphée...), théâtre, jazz, improvisation, contes (Bruno de La Salle), musique contemporaine, chanson et rock. Dans ces deux derniers domaines, le multi-instrumentiste Thomas Bloch a joué avec Manu Dibango, Fred Frith, Phil Minton, Lindsay Cooper, David Coulter, Vanessa Paradis, Arthur H et le Bachibouzouk Band, Zazie, Jad Wio, Marie Laforêt, Zoé, Lokua Kanza, Daft Punk[10]...

Parmi les compositeurs, citons : François Bayle, Michel Deneuve, Luc Ferrari, Guy Reibel, Jacques Lasry, Bernard Baschet, Etienne Rolin, Toru Takemitsu, Jean Michel Jarre, Cliff Martinez, Michel Redolfi, Damon Albarn[11] / Gorillaz, Tom Waits, Philippe Sarde, Jean Philippe Calvin, Horatiu Radulescu, Bruno Giner, Eric Fischer, Emmanuel Séjourné, Roger Steptoe, Alain Voirpy, Karinn Helbert, Jean-Michel Hasler, etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Michel Deneuve au cristal Baschet, 2000
  1. (en) François Baschet, Les Sculptures Sonores: The Sound Sculptures of Bernard and François Baschet", Soundworld, , p. 12-13
  2. François Baschet, Mémoires sonores, L'Harmattan, , p. 132-133
  3. François Baschet, Mémoires sonores, L'Harmattan, , p. 135-136
  4. Bernard Baschet, Organologie des structures sonores Baschet, (lire en ligne), p. 2-3
  5. (en) François Baschet, Les Sculptures Sonores: The Sound Sculptures of Bernard and François Baschet", Soundworld, , p. 34-35
  6. (en) François Baschet, Les Sculptures Sonores: The Sound Sculptures of Bernard and François Baschet", Soundworld, , p. 36-37
  7. (en) François Baschet, Les Sculptures Sonores: The Sound Sculptures of Bernard and François Baschet", Soundworld, , p. 66-67
  8. Brevets déposés par les frères Baschet
  9. Les ateliers de Cristal Baschet sur le site internet du conservatoire de musique et danse du Tarn
  10. Thomas Bloch et ses collaborations en tant que "cristalliste"
  11. Damon Albarn works in his studio (London) with music supervisor David Coulter and French multi-instrumentalist virtuoso Thomas Bloch during the preparation of his first opera : "Monkey: Journey to the West", in April 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]