Shlomo Carlebach

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Shlomo Carlebach
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Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalités
Formation
Beth Medrash Govoha (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Hartwig Naftali Carlebach (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religion
Grave of Shlomo Carlebach.jpg
Vue de la sépulture.

Shlomo Carlebach (שלמה קרליבך) est un rabbin, auteur, compositeur et interprète en plus de sa formation d'enseignant, né le et décédé le . Il composa plusieurs milliers de nigounim, chansons tristes ou entraînantes, et s'inspira dans la plupart de ses compositions du texte biblique du Tanakh.

En plus de la nouvelle impulsion spirituelle qu'il donna aux milieux juifs des années 1960-70, Carlebach influença tout le courant hassidique ainsi que ses chanteurs, tel Mordechai ben David ou Avraham Fried, et nombre d'hommages musicaux lui sont encore régulièrement rendus de par le monde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Shlomo Carlebach naît à Berlin où son père, Rabbi Hartwig Naftali Carlebach (1889-1967), officie en tant que rabbin orthodoxe. Devant la montée du nazisme, la famille Carlebach décide de fuir l'Allemagne. En 1931, elle s'installe en Autriche, à Baden, puis en 1933, en Suisse avant d'arriver aux États-Unis et de s'installer à New York. Cependant, au cours de l'année 1938, le jeune Shlomo alors âgé de 13 ans est renvoyé en Europe, en Lituanie, pour y étudier à la Yeshiva, l'école talmudique. Quand en 1939 son père prend la direction d'une petite synagogue new-yorkaise, Kehilat Yaakov, à l'adresse West 79th Street, Shlomo rentre aux États-Unis via la Grande-Bretagne afin d'aider son père, évitant ainsi le sort réservé aux juifs d'Europe de l'Est pendant la Shoah. Il perd d'ailleurs une grande part de sa famille dans les camps d'extermination, ce qui inspirera beaucoup sa musique. Lorsqu'en 1967 son père décède, lui et son frère jumeau, Eli Haim, prendront la tête de la petite communauté.

Shlomo Carlebach devient rapidement une figure centrale de la musique juive, et ce dès la fin des années 1960. Il fonde la "Maison de l'Amour et la prière" à San Francisco, une synagogue de style commune qui répond à la jeune communauté hippie et à l'air du temps en quête de spiritualité. Sa popularité dans le milieu juif à l'époque hippie touche de nombreuses congrégations religieuses nord-américaines et israéliennes. A travers les années, il voyage fréquemment de par le monde pour donner des concerts[1],[2] et se produire lors de festivals ou d'événements religieux ou musicaux. Il fait l'objet d'articles dans la presse et participe aussi à des émissions radiophoniques ou télévisées[3] ; le succès de ses chansons devient international dans le monde juif.

En 1972, il épouse une enseignante de Toronto, Elaine Neila Glick. Ils ont eu deux filles : Nedara (Dari) et Neshama devenue auteur-compositeur et interprète de chansons.

Le , le Rav Shlomo Carlebach décède subitement d'une attaque cardiaque alors qu'il est en avion prêt à partir vers le Canada et juste après un acte public de repentance[4]. Ayant distribué tout son argent en œuvres de charité, il meurt sans le sou, et c'est une collecte qui permettra d'organiser ses funérailles. Il est enterré au cimetière de Har HaMenouhot, à Jérusalem. Un office commémoratif est célébré chaque année, le 16 Hechvan, sur la tombe de Carlebach. D'autres événements commémoratifs ont lieu en Israël et dans le monde.

Dénonciation et controverse[modifier | modifier le code]

Après la mort du "rabbin hippie", un certain nombre de femmes[5] se plaignent de son inconduite à leur égard, et un article à ce sujet paraît en 1998[6]. Shlomo Carlebach était connu pour ses effusions d'affection mais ces personnes témoignent d'avances et d'attouchements indécents quand elles étaient adolescentes ou jeunes femmes, ainsi que d'autres contacts sexuels non-consentis. Le mouvement #MeToo de 2017 ravive ces paroles[7] et en encourage d'autres[8] à émerger. Les témoignages de femmes victimes et de dirigeants communautaires[9] ayant eu connaissance des faits allégués sont si nombreux que certaines communautés et personnalités juives[9] américaines, canadiennes ou israéliennes repensent aujourd'hui leurs relations avec la musique et l'apport hassidique de Carlebach[10],[7],[11]. D'autres en revanche considèrent qu'il ne s'agit que d'allégations extrapolées voire infondées[12], tel son biographe[13].

Œuvre musicale[modifier | modifier le code]

Rabbi Shlomo Carlebach (à gauche) avec le rabbin Yitzchak Ginsburgh.

Son inspiration est hassidique[14].

Carlebach est considéré comme l'un des plus importants compositeurs liturgiques juifs du XXème siècle. Il a créé une nouvelle approche musicale du judaïsme, mélange d'extase du hassidisme avec des histoires et des airs mélancoliques radicalement nouveaux[15]. Aujourd'hui, sa musique est si inséparable des offices de prières juives à travers tous les courants du judaïsme que beaucoup de gens ignorent souvent que les mélodies qu'ils chantent ou apprécient sont de Carlebach et non pas des airs traditionnels[16].

Il a composé des milliers de mélodies et a enregistré plus de 25 albums. Aujourd'hui, son influence musicale[16] reste vive auprès des communautés juives des divers continents où il a voyagé, donné des concerts et participé à de multiples manifestations festives ou musicales[14].

Un film documentaire sur S. Carlebach réalisé par Boaz Shahak,You Never Know, est montré au Festival de Jérusalem en 2008. Et en 2013, une comédie musicale à Broadway intitulée "Soul Doctor"[17] retraçant la vie de Shlomo Carlebach et ses relations avec la chanteuse et activiste des droits civiques Nina Simone[18] est primée[19].

Philosophie et influences[modifier | modifier le code]

Carlebach réussit dans les années 1960-70 à canaliser le mouvement hippie et révolutionnaire vers un retour à la Torah pour de nombreux juifs désenchantés ou perdus, un rapprochement de tous les juifs du monde et un retour à la religion. Issu d'un milieu orthodoxe, il devient proche du mouvement Chabad puis évolue vers des conceptions plus libérales et l'abandon de la ségrégation sexuelle. Ainsi, il encourage les femmes dans leur émancipation à travers l'étude, l'enseignement et l'ordination pour un leadership religieux féminin. Il est persuadé que la guérison du monde viendra par l'amour inconditionnel et répète que son rêve serait d'embrasser chaque juif (voire chaque être humain) du monde[6]. C'est un leader de communautés, un homme inspiré, généreux et chaleureux, qui convainc chacun qu'il est saint et unique avec une propre connexion au divin.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Natan Ophir (Offenbacher), Rabbi Shlomo Carlebach : life, mission, and legacy, Jerusalem New York, Urim Publications, (ISBN 978-9-655-24143-3).

Discographie (non exhaustive)[modifier | modifier le code]

  • Haneshama Lach [Songs of My Soul] - 1959
  • Barchi Nafshi [Sing My Heart] - 1960
  • Shlomo Carlebach Live - 1961
  • Wake Up World (Rare) - 1962
  • At The Village Gate - 1963
  • In The Palace Of The King - 1965
  • I Heard the Wall Singing [2 vol.] - 1968
  • Days Are Coming - 1973
  • Uvnei Yerushalayim - 1970s
  • Am Yisrael Chai - 1973
  • V'Ha'eir Eineinu - 1970s
  • Yisrael B'tach BaShem - 1973-4
  • Hisoriri - 1970s
  • Live in Tel-Aviv [Heichal HaTarbut] - 1976
  • Nachamu Ami - 1983
  • Shvochin Asader - 1988
  • Carlebach in Jerusalem [Al Eileh] - 1980s
  • Live in Concert for the Jews of Russia - 1980s
  • Even Ma'asu HaBonim - 1990s
  • Shlomo Sings with the Children Of Israel - 1990
  • Shabbos with Shlomo - 1992

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.youtube.com/watch?v=Kfn_SG7Z3Ys
  2. https://www.youtube.com/watch?v=u_xHmY6ttIo
  3. Dernière interview télévisée (en ligne) [1]
  4. Selon un témoignage publié le 25/03/2017 dans le groupe Facebook Brenda Turtle's Kolel, précisant que la scène eut lieu au restaurant de l'Avenue Plaza Hotel à Brooklyn (New-York), devant l'hareidi Yossel W. Yossel, son commensal, les clients et les serveurs, une ou deux heures avant le décès de S. Carlebach.
  5. http://jewishsurvivors.blogspot.fr/2007/02/arielas-story-survivor-of-shlomo.html
  6. a et b (en) Sarah Blustain, « Rabbi Shlomo Carlebach’s Shadow Side », Lilith,‎ 1998 et 2013 (lire en ligne)
  7. a et b https://www.timesofisrael.com/after-metoo-some-congregations-weigh-changing-their-tune-on-shlomo-carlebach/
  8. http://blogs.timesofisrael.com/my-sisters-i-hear-you/
  9. a et b (en) Ben Sales, « In the #MeToo era, these synagogues are banning Shlomo Carlebach songs » [« À l'époque de #MeToo, ces synagogues interdisent les chansons de Shlomo Carlebach »], JTA, Jewish Telegraphic Agency,‎ (lire en ligne)[Tr. franç. automatique]
  10. https://hareiani.com/2016/11/20/a-follow-up-on-carlebach-and-the-abuse-he-committed/
  11. https://www.jweekly.com/2017/12/12/purging-music-shlomo-carlebach-age-metoo/
  12. (en) Adam Dickter, « Facing a Mixed Legacy : First Carlebach conference to grapple with issue of abuse head on; opposition to street naming » [« Face à un héritage mixte - Première conférence sur Carlebach et la question de l'abus : opposition à la dénomination d'une rue »], The Jewish Week,‎ (lire en ligne) [traduction en français en ligne]
  13. « Ses étreintes et ses gestes affectueux ont sauvé beaucoup d'âmes solitaires, mais cela a aussi dissuadé, et parfois offensé, ceux qui n'appréciaient pas ses intentions », écrit le Dr. Natan Ophir dans sa biographie sur S. Carlebach.
  14. a et b Emission télévisée lui étant consacrée avec quelques enregistrements de ses chansons (en ligne) [2]
  15. "Des textes limités et des chansons volontairement répétitives de style hassidique écrites, chantées et entrecoupées de ses propres histoires et d'un message religieux inspirant", selon M. Bryan Edelman, professeur de musique et d'éducation à l'Université Gratz, directrice du Département de musique de Tyson, coordonnatrice des programmes académiques universitaires de musique juive.[3]
  16. a et b (en) Marsha Bryan Edelman (trad. automatique Google), « Reinventing Hasidic Music : Shlomo Carlebach » [« Réinventer la musique hassidique : Shlomo Carlebach »], sur MyJewishLearning.com, (consulté le 20 avril 2018)
  17. Extrait en ligne : [4]
  18. https://www.timesofisrael.com/on-broadway-carlebachs-music-gets-a-new-pulpit/
  19. Eric Anderson a reçu un Drama Desk Award en tant qu'acteur exceptionnel dans une nomination musicale pour son interprétation de Shlomo Carlebach.