Sels de lithium

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Les sels de lithium constituent la base chimique d'un traitement stabilisateur de l'humeur, utilisé notamment dans le trouble bipolaire. Depuis leur introduction dans la pharmacopée psychiatrique, les sels de lithium ont été parmi les structures ioniques les plus étudiées dans la littérature médicale, les publications sur leur efficacité dans les troubles de l’humeur atteignant parfois une cinquantaine d’articles par an. En se basant sur ces données, les sels de lithium peuvent être considérés comme le seul traitement stabilisateur de l'humeur de référence actuellement disponible, si les critères stricts de définition d’un thymorégulateur sont respectés à savoir une action anti-maniaque et anti-dépressive en aigu et en prophylaxie. C'est le traitement de première intention dans les troubles bipolaires[1]

Le cation lithium Li+ avait déjà à la Belle Époque la réputation affirmée de dissoudre les concrétions d'urates, en particulier les concrétions sous-cutanées ou tophi : c'est pourquoi les sels de lithium, à commencer par l'oxyde de lithium Li2O ou la lithine LiOH et leurs dérivés, étaient employés en solutions aqueuses diluées contre la goutte. La lithiase urinaire, ainsi que les différents symptômes goutteux ou rhumatismaux, étaient déjà soignés par le benzoate de lithium, le citrate de lithium et le carbonate de lithium, pour ce dernier à des doses atteignant 0,5 g par jour. Il existait aussi quelques eaux thermales à réputation antigoutteuses, en particulier à Châtelguyon, Contrexéville, Dax, La Bourboule, Luxeuil, Martigny, Royat, Saint-Nectaire, Santenay, Vichy, Vittel, ... L'analyse chimique a prouvé que ces eaux contenaient des ions lithium en quantités parfois notables.

Description[modifier | modifier le code]

L'élément chimique lithium, tout comme la lithine, dérive du terme grec lithos, qui signifie pierre, parce que l'élément ou l'hydroxyde de lithium est extrait d'un minerai. C'est un élément chimique alcalin, proche du sodium et du potassium. Il est largement répandu dans la nature, il est extrait des mines de la Caroline du Nord. L'organisme humain contient des quantités infimes de lithium. Il est prescrit en thérapeutique sous forme de sels (carbonate, sulfate ou acétate de lithium), essentiellement pour la prévention des rechutes des troubles de l’humeur (action thymorégulatrice, du grec thumos, humeur).

En France, il est commercialisé sous la forme de carbonate de lithium, sous le nom Téralithe®, comprimés dosés à 250 mg à libération immédiate et à 400 mg à libération prolongée. La forme gluconate de lithium en ampoules buvables n'est plus commercialisée[réf. nécessaire].

Boîte de Téralithe® 400 mg à libération prolongée
Boîte de Téralithe® 400 mg à libération prolongée

Historique des différents usages[modifier | modifier le code]

La découverte, ou plutôt la distinction chimique, des sels de lithium a été faite en 1817 par un étudiant suédois du nom de Johan Arfwedson. Pourtant, il semble que l’utilisation des eaux alcalines ou lithiées dans le traitement de la manie, rapportée pour la première fois dans les écrits de Soranus d’Éphèse (IIe siècle av. J.-C.), remonterait au Ve siècle av. J.-C.

L'élément lithium fut utilisé en thérapeutique dès 1850 pour le traitement de la goutte et des rhumatismes après que Alexander Lipowitz eut démontré la solubilité dans l’eau de l’urate de lithium. La dose recommandée en 1857 par Alfred Baring Garrod, devint dès lors un standard et apparut relativement sécuritaire puisque les intoxications au lithium n’étaient pas cliniquement significatives et ce, en dépit de l’usage répandu du lithium en prophylaxie anti-rhumatismale. À la même époque, le bromure de lithium était utilisé comme sédatif. Dès 1871, Hammond recommandait le bromure de lithium à titre de traitement le plus efficace des épisodes aigus de manie et de mélancolie. La dose prescrite s’avéra très élevée et suffisante pour entraîner une intoxication tant par le lithium que par le bromure. Par la suite, de 1880 jusqu’au début du XXe siècle, l’usage du lithium sous forme d’eau minérale se répandit dans le public pour traiter de nombreux malaises. En 1907, 43 produits médicinaux contenant du lithium étaient répertoriés dans le catalogue chimique nommé Merck Index et plusieurs effets secondaires tels faiblesse généralisée, tremblements, diarrhée, vomissements, ataxie et dysarthrie étaient déjà constatés. Les sels de lithium furent peu utilisés jusque vers la fin des années 1940.

À partir de 1948, les citoyens américains ayant besoin d’une diète pauvre en sodium eurent la possibilité de substituer le sel de table par une solution contenant 25 % de chlorure de lithium. L’usage des sels de lithium comme suppléments alimentaires était illimité. En 1949, après que plusieurs décès eurent été rapportés chez des individus soumis à des diètes pauvres en sodium, la Food and Drug administration ou FDA, interdit tout usage des sels de lithium, tant comme médicament que comme supplément alimentaire. En 1949, John Cade, un psychiatre australien, mit en évidence les effets bénéfiques du carbonate de lithium dans la phase manie de la psychose maniaco-dépressive. La dose recommandée s’avéra efficace contre la manie mais suffisamment élevée et administrée assez longtemps pour causer des intoxications graves. Durant la décennie suivante, plusieurs rapports confirmèrent les découvertes de Cade, la plupart de ces rapports venant de France[réf. nécessaire].

En raison du potentiel toxique du lithium, cette thérapeutique fut, à toute fin pratique, ignorée jusqu’au milieu des années 50. Dès 1954, Mogens Schou tentait de doser le lithium dans le sang des sujets traités afin d’établir le seuil à partir duquel le lithium exerçait ces effets psychotropes et le niveau à partir duquel il exerçait ses effets toxiques. Ce n’est pourtant qu’en 1967, que l’intervalle thérapeutique de 0,6 à 1,3 mmol/L fut proposé. Ces travaux menés au Danemark hâtèrent l’acceptation de ce traitement aux États-Unis. En 1971, après une décennie d’études cliniques portant tant sur l’efficacité que sur la toxicité du lithium, la FDA autorisa son utilisation dans le traitement de la maladie bipolaire.

Régulateur d'humeur[modifier | modifier le code]

Le lithium est le régulateur de l’humeur le plus couramment utilisé dans le traitement des troubles bipolaires. Il est efficace chez près des trois-quarts des patients maniaco-dépressifs. Le lithium est un simple élément qui fait partie du groupe des métaux alcalins comprenant aussi le sodium et le potassium avec qui il partage plusieurs propriétés. Le mécanisme par lequel le lithium parvient à amoindrir autant les phases maniaques que les phases dépressives des troubles bipolaires est encore mal connu. Il pourrait altérer le transport du sodium à travers la membrane cellulaire et modifier ainsi la conduction nerveuse. Il augmenterait aussi l'activité du système sérotoninergique. Il pourrait également agir sur un système de second messager dans le neurone post-synaptique. En effet, certains neurotransmetteurs, lorsqu’ils se fixent sur leur récepteur post-synaptique, déclenchent une cascade de réactions biochimiques, dont l’une implique le second messager phosphatidylinositol. Le lithium inhiberait l’enzyme chargée de transformer l’inositol phosphate en inositol libre, d'où une accumulation d’inositol phosphate qui pourrait avoir de nombreux effets dans le neurone post-synaptique.

La principale difficulté liée à l'utilisation du lithium demeure son dosage, qui doit être très précis pour minimiser ses effets secondaires pouvant aller de la nausée, la diarrhée, la perte d’appétit ou la soif à l’insuffisance rénale. Si le traitement au lithium est de longue durée, les sels de lithium peuvent se déposer dans les reins et obstruer les tubes collecteurs et contournés, et entraîner de très graves ennuis rénaux.(source: hôpital de Nîmes-Service Néphrologie).

Efficacité du traitement psychiatrique[modifier | modifier le code]

Il est plus efficace dans la prévention des phases maniaques que dans celle des phases dépressives[2], toutefois il diminue le risque de suicide et les conduites d'automutilation[3]. Le lithium réduit aussi l'impulsivité hétéroagressive [4]. l'efficacité de ce médicament a une composante génétique[5].

Effets indésirables[modifier | modifier le code]

Il n'altère que peu la fonction rénale[6]. Il peut exister une hypothyroïdie, une hyperparathyroïdie ainsi qu'un gain de poids[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Amdisen A. Clinical features and management of lithium poisoning. Med Toxicol Adverse Drug Exp. 1988 Jan-Dec; 3(1):18-32.PubMed
  • (en) Loo H, Puech AJ, Boulenger JP. Lithium dans Pharmacologie clinique. Base de la thérapeutique, Giroud JP, Mathé G, Meyniel G (eds), 2e édition, Expansion Scientifique Française, Paris, 1971, pp.1264-1273.
  • (en) Yeragani VK, Gershon S. Hammond and lithium: historical update. Biol Psychiatry. 1986 Sep; 21(11):1101‑2.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cinquante ans de traitement par le lithium dir : M. SCHOU L'Encéphale Vol 26, N° 2 - avril 2000
  2. Geddes JR, Burgess S, Hawton K, Jamison K, Goodwin GM, Long-term lithium therapy for bipolar disorder: systematic review and meta-analysis of randomized controlled trialls, Am J Psychiatry, 2004;161:217–222
  3. Cipriani A, Hawton K, Stockton S, Geddes JR, Lithium in the prevention of suicide in mood disorders: updated systematic review and meta-analysis, BMJ, 2013;346:f3646
  4. Sheard, M. H., Marini, J. L., Bridges, C. I., & Wagner, E. (1976). The effect of lithium on impulsive aggressive behavior in man. Am J Psychiatry, 133(12), 1409-13.
  5. Hou L, Heilbronner U, Degenhardt F et al. Genetic variants associated with response to lithium treatment in bipolar disorder: a genome-wide association study, Lancet, 2016;387:1085–1093
  6. Paul R, Minay J, Cardwell C, Fogarty D, Kelly C, Review: meta-analysis of the effects of lithium usage on serum creatinine levels, J Psychopharmacol, 2010;24:1425–1431
  7. McKnight RF, Adida M, Budge K et al. Lithium toxicity profile: a systematic review and meta-analysis, Lancet; 2012