Rodolphe Darzens

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Rodolphe Darzens
Rodolphe Darzens Anthologie.png

Rodolphe Darzens en 1887.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Rodolphe Pierre Alphonse DarzensVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
Distinction

Rodolphe Darzens, né le à Moscou et mort le à Paris, est un journaliste sportif, directeur de théâtre, écrivain et poète symboliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire du pays basque, Rodolphe Pierre Alphonse Darzens est le frère du chimiste Auguste Darzens, né en 1867.

Les deux frères passèrent leur enfance en Russie. Leur père, Amable-Rodolphe Darzens, négociant, effectuait une ou deux fois par an la liaison avec la France, échangeant d'un pays à l'autre les valeurs artistiques, les articles de luxe ou les produits nouveaux. Les vins du Midi parvinrent probablement pour la première fois au-delà du Danube par son intermédiaire. Sa mère, Juliette-Eulalie, née Guillemard, apparentée à la famille de Léon Frapié, musicienne et pianiste accomplie, avait fait ses débuts au Conservatoire de Paris, qu'elle abandonna lors de son mariage.

Rodolphe fait ses études secondaires au lycée Fontanes (Paris). Dès ses 18 ans, il s'engage dans l'armée pour effectuer son service mais est réformé au bout de huit mois pour une blessure à l'œil.

Selon Eugène Ledrain, attiré très jeune par la poésie, il « se laissa d’abord influencer par Charles Baudelaire et Aloysius Bertrand, tout en se créant des attaches avec de purs Parnassiens »[1].

Il est un temps secrétaire de rédaction de La Jeune France et livre quelques textes au périodique publié par Le Chat noir (1885).

Il est membre du groupe formé autour de la revue La Pléïade qu'il fonde et dirige avec Éphraïm Mikhaël, sous le patronage de Théodore de Banville, de mars à novembre 1886[2], soit sept numéros où l'on croise entre autres Saint-Pol-Roux (sous le nom de « Paul Roux »).

Darzens n'est pas le découvreur d'Arthur Rimbaud, mais le premier à entreprendre une véritable enquête autour du personnage, devenu, grâce à Paul Verlaine et son essai sur Les Poètes maudits (1884) un mythe, tant on savait peu de choses sur lui. Entre avril et juin 1886, la revue La Vogue dirigée par Gustave Kahn publie pour la première fois Arthur Rimbaud et ce, sans doute grâce à l'enquête littéraire que Darzens avait entrepris un an plus tôt, mettant la main sur la plaquette d'Une saison en enfer (Bruxelles, 1873), déclenchant un nouvel intérêt pour le poète dont on était sans nouvelle depuis dix ans. Cependant, alors que le manuscrit des Illuminations était découvert par Charles de Sivry, Darzens reconstituait la biographie de Rimbaud — qu'il localisait comme parti à Harar depuis 1880 — , avec documents à l'appui, et composait un recueil qu'il intitula Reliquaire, publié chez Léon Genonceaux en 1891 à 550 exemplaires et qui contient 37 poèmes inédits : peu après la publication, dont Darzens n'était pas satisfait, il apprend la mort du poète à Marseille.

Le 19 octobre 1888 est représenté au Théâtre Libre L'Amante du Christ, une mise en scène autour de la figure de Marie-Madeleine, qui provoque un peu de scandale : Il devient le secrétaire d'André Antoine jusqu'en 1894. Il édite huit fascicules intitulés Le Théâtre libre illustré du 21 octobre 1889 au 13 juin 1890 illustrés par Lucien Métivet (publiés chez Dentu).

Grand, très sportif, il était aussi un séducteur assez impulsif : il se bat une dizaine de fois en duel (cf. ci-dessous). Il passait, dit-on, certaines de ses soirées à lutter, masqué, sur le ring des attractions programmées aux Folies Bergères. Cycliste, il affronte sur le vélodrome d'Hiver l'Américain Arthur-Augustus Zimmerman qu'il avait fait venir en France à ses frais.

En 1890, il lance la Revue d'aujourd'hui et introduit, le premier, Henrik Ibsen au répertoire français. Il livre quelques articles à La Vie populaire (1889-1893) et à La Plume.

À partir de 1901, il livre quelques reportages sportifs à L'Auto-Vélo.

Il est, de 1917 à 1935, le directeur du Théâtre des arts situé au 78 bis boulevard des Batignolles. Il prend aussi la direction du Théâtre Moncey et c'est là qu'il lance Georges Pitoëff.

En 1923, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur[3], sous le parrainage de Georges Charlet, directeur du Journal qui lui commandait des reportages sportifs depuis 1892. C'est également pour Le Journal qu'il organisa un certain nombre d'événements sportifs comme la course en canots automobiles entre Paris et Trouville.

Ayant reconnu très tôt en Marcel Pagnol un talent pour le théâtre, celui-ci goûtait fort sa poésie, et lui dédie en 1926 sa pièce Jazz. Il a été le moniteur de boxe de Michel Simon, et le librettiste de Cléo de Mérode.

Le duelliste[modifier | modifier le code]

Il s'illustre dans une dizaine de duels, parmi lesquels :

  • Jean Moréas le 20 mai 1888, à l'épée[4]. La maîtresse de Darzens, Élisabeth Dayre, future madame Gustave Kahn, surnommée dans les cercles littéraires « L'Anthologie » tant elle était réputée pour être volage, l'avait finalement quitté, en 1887, pour Moréas, lequel avait été vilipendé par Darzens dans sa revue La Pléiade[5]. Darzens avait envoyé plusieurs fois ses témoins et agressé physiquement trois fois son rival quand celui-ci finit par consentir au duel. Après avoir touché son adversaire beaucoup plus grand que lui, Moréas se retrouva dans un corps à corps puis saisit l'épée de Darzens de sa main gauche. Le duel fut interrompu par les témoins, dont Villiers de L'Isle-Adam et Darzens reconnut le courage de son adversaire, mais Moréas fut accablé par la presse politique, où se manifesta l'antisémitisme habituel, et le qualifiant « sous l'accusation de félonie et traîtrise » comme auteur « du coup du juif » : Moréas, en réaction, provoqua en duels, mais en vain, plusieurs de ses railleurs[6].
  • Julien Leclercq le 31 décembre 1890, à l'épée. En demandant la main de la sœur de Darzens, Leclercq s'était vu en devoir de produire un certificat médical attestant qu'il n'était pas pédéraste[7] et les deux hommes en étaient venus aux mains[8]. Les témoins de Leclercq étaient Jules Renard et Paul Gauguin[8].

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Le Psautier de l'amie, poèmes, Paris, s.n., 1885.
  • La Nuit : premières poésies, 1882-1884, Paris, Henri Jouve, 1885.
  • L'Amante du Christ : scène évangélique, en vers, préface d'Eugène Ledrain, frontispice gravé par Félicien Rops, Paris, Alphonse Lemerre, 1888.
  • Strophes artificielles, Paris, Alphonse Lemerre, 1888.
  • Nuits à Paris : note sur une ville avec 100 croquis d'Adolphe Willette, Paris, Édouard Dentu, 1889 — réédité à Paris, Viviane Hamy, 1994 avec une préface de Jean-Jacques Lefrère.
  • Comment furent écrites par Rodolphe Darzens les « Nuits à Paris » et de quelle manière les illustra le peintre Adolphe Willette. Plaquette critique ornée de trois dessins inédits du même artiste et d'un fac-simile, s.l., Aux frais d'un bibliophile bien connu, 1890.
  • Les revenants, drame familial en 3 actes d'Henrik Ibsen, traduit par Rodolphe Darzens, Paris, Tresse & Stock, 1890.
  • Ukko'Till : roman de moeurs, frontispice de Jules Chéret, Paris, Édouard Dentu, 1891.
  • Présentation et édition du Reliquaire. poésies d'Arthur Rimbaud, 41 poèmes, Paris, Léon Genonceaux éditeur, 1891.
  • Poèmes d'amour, illustré par 10 lithographies d'A. Willette, Paris, Éditions Le Journal, 1895.
  • Le Roman d'un clown, Paris, Flammarion, 1898.
  • Amour de clown, roman photo, Paris, Per Lamm Nilsson, 1902.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Rodolphe Darzens », dans Anthologie des poètes français du XIXe siècle, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1888, p. 334-343.
  2. « La Pléïade. 1886 et 1889 », sur Livres en blog, 15 septembre 2010.
  3. Base Léonore cote 19800035/460/61474, en ligne.
  4. « Biographie » par M. Jutrin, dans Ephraïm Mikhaël, Œuvres complètes : aux origines du symbolisme, L'âge d'homme, Lausanne, 1995, p. 21.
  5. « Un duel au temps du Symbolisme : la rencontre Darzens-Moréas » par Jean-Jacques Lefrère, dans Le Champ littéraire 1860-1900 : études offertes à Michael Pakenham, Rodopi, 1996, p. 294-295.
  6. « Un duel au temps du Symbolisme : la rencontre Darzens-Moréas » par Jean-Jacques Lefrère, dans Le Champ littéraire 1860-1900 : études offertes à Michael Pakenham, Rodopi, 1996, p. 303.
  7. J. Renard, Journal, p. 55, Gallimard, 1935.
  8. a et b J. Renard, Journal, p. 56, Gallimard, 1935.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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