Nicole Clarence

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Nicole Clarence
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Biographie
Naissance
Décès
(à 85 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Annette, Dominique, Jacqueline Audibert, Martial
Nationalité
Activité

Résistante dans les mouvements Franc-Tireur, Mouvements Unis de la Résistance, Buckmaster Journaliste

Peintre
Autres informations
Membre de
Distinctions

Nicole Clarence, née le à Paris et morte le à Paris, est une résistante et journaliste française.

Membre du mouvement Franc-Tireur, elle œuvre pendant plusieurs années dans la Résistance française intérieure avant d'être arrêtée et déportée[1],[2]. Elle s'évade lors d'une Marche de la mort en avril 1945. Elle devient par la suite journaliste pour l'agence Magnum, les magazines Elle et Madame Figaro[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Nicole Clarence naît dans une famille d'origine juive mais athée, originaire du nord de la France et d'Alsace-Lorraine, relativement aisée[1]. Son père est négociant de laine, et sa mère s’occupe du foyer familial[2]. Elle a un frère plus âgé. Elle entre en première année d’études commerciales juste avant que la guerre ne soit déclarée[1].

En juin 1940, après la défaite française, la famille de Nicole Clarence quitte Paris pour la zone sud. Ils s'installent dans un premier temps à Toulon, puis Nice[4]. Nicole entre grâce à son frère aux Éclaireurs de France, association de scoutisme laïque masculine, et devient cheftaine d'une meute de louveteaux. Elle a notamment dans son groupe Jean Jacob, le frère de Simone Veil et de Denise Vernay[5]. En 1942, sa famille déménage à Marseille, où elle poursuit son engagement de cheftaine les week-end et travaille à la permanence des Éclaireurs de France la semaine[1].

Participation à la Résistance intérieure française[modifier | modifier le code]

Jouissant d'une grande liberté de mouvement du fait de son affiliation aux Éclaireurs de France, elle réalise ses premières actions de résistance en 1941-1942[6] : des repérages de bâtiments allemands le long des côtes[1].

A cette période, son père est arrêté comme juif et franc-maçon, puis libéré[1]. Sa famille étant recherchée, ils partent s'installer en Savoie près d'Annecy. Lors d'un stage d'art dramatique des Éclaireurs de France, dirigé par Eugène Claudius-Petit, elle est mise en relation avec Jean-Pierre Lévy, fondateur du mouvement de résistance Franc-Tireur et Élie Péju[7]. A la même époque, par l'intermédiaire d'un ami d'enfance, elle héberge avec l'accord de ses parents du matériel de radio clandestine, émettant pour Radio Londres. Elle passe également des messages. En 1942, alors qu'elle transporte un message codé entre Annecy et Grenoble, elle est arrêtée par un membre de la Gestapo qui l'agresse sexuellement, lui vole son argent et la relâche sans avoir découvert son message[1].

Elle quitte alors ses parents, déménage à Lyon et intègre le secrétariat national du mouvement Franc-Tireur : son nom de code est Annette[8]. Durant toute l'année 1943, elle y assure un travail de liaison, de transport d'armes et de plastic, de tracts et de journaux - le mouvement Franc-Tireur éditant un journal clandestin[1]. Elle réalise des faux-papiers. Elle entre en contact par l'intermédiaire d'un cousin avec le réseau Buckmaster Acolyte, réseau anglais du S.O.E. chargé des actions de sabotage et du soutien à la Résistance intérieure française. Elle participe dans ce cadre à des opérations de réception de parachutages d’armes et d’argent dans la région de Roanne[2].

Repérée par la Gestapo, en septembre 1943, les responsables de son réseau décident de la transférer à Paris, après avoir communiqué codes et mission à Denise Vernay, qui la remplace à Lyon, et dont elle avait fait la connaissance à Nice lors de son engagement aux Éclaireurs de France[9],[5]. Sous le pseudonyme de Dominique[8], elle intègre les Mouvements Unis de Résistance (M.U.R.), qui se fondent en 1944 dans le Mouvement de Libération Nationale (M.L.N.), sous la direction de Jacques Jourda. Elle possède alors plusieurs fausses identités.

Arrestation et déportation[modifier | modifier le code]

En août 1944, un agent du bureau du M.L.N où elle travaille est arrêtée et torturée : elle livre les noms d'une grande partie des membres du réseau[1]. Nicole Clarence est arrêtée le 4 août 1944, conduite à la Gestapo rue de la Pompe, où elle subit de nombreux interrogatoires et est torturée. Elle est incarcérée à la prison de Fresnes le 10 août. Elle est déportée sous le nom de Nicole Audibert, le 15 août 1944 vers le camp de Ravensbrück dans le convoi des 75 000, convoi de femmes principalement composé de résistantes[10]. En septembre, elle est transférée au Kommando Schöenefeld près de Leipzig[4] et y est contrainte de travailler dans une usine à la fabrication d'obus allemands, pendant huit mois. Comme un certain nombre de déportées, elle tient avec ces co-détenues un carnet de recettes pour supporter la déportation[11],[12],[13].

Face à l'avance des troupes alliées, le Kommando est évacué le 15 avril 1945 emmené dans une Marche de la mort vers l'ouest, par groupe de 5 000. Comme Raymonde Tillon-Nédelec, Nicole Clarence s'échappe, avec huit autres prisonnières, sur la route et finit, après quelques jours d’errance, par rejoindre des troupes américaines. Elle est rapatriée à Paris le 21 mai 1945 à l’hôtel Lutétia[6],[14]. Cette évasion est racontée dans un livre de Suzanne Maudet[15].

À la fin de la guerre, elle est nommée sous-lieutenant des Forces Françaises Libres[3],[16] et adhère à l'Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR)[17].

Journaliste[modifier | modifier le code]

Nicole Clarence se marie en 1946 avec un résistant également revenu de déportation, avec qui elle aura une fille.

A partir de 1957, elle travaille pour l'agence Magnum, à Paris et à New York en tant que journaliste[3]. Dans les années 1960, elle dirige le service photo au magazine Elle[13]. En 1964, elle y publie Le journal de Nicole vingt ans après, un témoignage de son arrestation et de sa déportation[13]. Elle travaille également pour Madame Figaro[3],[18].

Au cours de ces années de journalisme, elle se lie d'amitié notamment Monique Jacot, Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud[19].

Plus tard, elle quitte le journalisme pour se consacrer à sa passion, la peinture.

Nicole Clarence meurt à Paris le , à l’âge de 85 ans.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Suzanne Maudet, Neuf filles jeunes qui ne voulaient pas mourir : récit de l'évasion de neuf déportées, Leipzig-Colditz, 14-21 avril 1945, Paris, Arléa, , 135 p. (ISBN 2-86959-656-1)
  • Les Évadées (Ont Snapt) de Jetske Spanjer et Ange Wieberding, 2009 (Pays Bas), 56 min.
  • Marie-Thérèse Coudert, Elles, la résistance, Paris, Messidor Scandéditions, , 189 p. (ISBN 2-209-05542-3), Notice Nicole Clarence

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Marie-Louise Couderc, Notice Nicole Clarence in Elles, la résistance, Paris, Messidor/Temps Actuels, , 189 p. (ISBN 2-209-05542-3 et 978-2-209-05542-5, OCLC 11548393, lire en ligne)
  2. a b et c Bruno Permezel, Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours : 2824 engagements, Edition BGA Permezel, , 740 p. (ISBN 978-2-909992-91-4, lire en ligne)
  3. a b c et d « Nicole Clarence », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 25 avril 2020)
  4. a et b « Nicole Clarence — Paroles de libérés », sur paroles-de-liberes.ens-lyon.fr (consulté le 26 avril 2020)
  5. a et b Marie Rameau, Des femmes en résistance : 1939-1945, Paris, Editions Autrement, , 135 p. (ISBN 978-2-7467-1112-9, lire en ligne)
  6. a et b (en) « Nicole Clarence CNRD », sur USC Shoah Foundation (consulté le 26 avril 2020)
  7. Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque, Le scoutisme laïque dans la résistance à l'occupation allemande et au gouvernement de Vichy : de la Résistance à l'éducation à la citoyenneté., Millau, Accents du Sud, , 105 p. (ISBN 978-2-915253-10-8, lire en ligne)
  8. a b et c Jean-Paul Lefebvre-Filleau et Odile de Vasselot, Femmes de la Résistance 1940-1945, Éditions du Rocher, , 680 p. (ISBN 978-2-268-10341-9, lire en ligne)
  9. Dominique Missika, Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs, Paris, Éditions le Seuil, 256 p. (ISBN 978-2-02-140054-0 et 2-02-140054-9, OCLC 1055643931, lire en ligne)
  10. Alain Vincenot, « Déportation : Le dernier convoi parti de la région parisienne », France-Soir,‎ (lire en ligne)
  11. Fanny Belvisi, « Festins imaginaires (Anne Georget) : des recettes de cuisine contre la barbarie », sur Le Blog documentaire, (consulté le 27 avril 2020)
  12. « Évasions l’art sans liberté - Musée International des Arts Modestes », sur miam.org (consulté le 27 avril 2020)
  13. a b et c Nicole Clarence, « Le journal de Nicole vingt ans après », Elle, vol. 962,‎ (lire en ligne)
  14. Cercle d'étude de la déportation et de la Shoah-Amicale d'Auschwitz et Union des Déportés d'Auschwitz, Les évasions des Marches de la mort : janvier-février et avril-mai 1945, Paris, Cercle d'étude de la déportation de la Shoah - Amicale d'Auschwitz, , 186 p. (ISBN 978-2-917828-19-9, lire en ligne)
  15. Suzanne Maudet, Neuf jeunes filles qui ne voulaient pas mourir : Récit de l'évasion de neuf déportées, Leipzig-Colditz, 14-21 avril 1945, Arléa, (lire en ligne)
  16. Edouard Axelrad, Les derniers jours de la déportation, Félin, , 119 p. (ISBN 978-2-86645-592-7, lire en ligne)
  17. « Témoignages de Nicole Clarence - Archives de l'ADIR », sur www.calames.abes.fr (consulté le 3 mai 2020)
  18. a et b La Rédaction, « Nicole Clarence, résistante et journaliste est décédée. | », sur www.lyoncapitale.fr, (consulté le 25 avril 2020)
  19. « Témoignages sur Nicole Clarence », sur nicoleclarence.com (consulté le 3 mai 2020)
  20. « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », sur Gallica, (consulté le 25 avril 2020)
  21. « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », sur Gallica, (consulté le 25 avril 2020)
  22. « Légion d'honneur », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 25 avril 2020)

Liens externes[modifier | modifier le code]