Musée Nissim-de-Camondo

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 ne pas confondre avec l'hôtel de Camondo, situé à côté.
Musée Nissim de Camondo
Image illustrative de l'article Musée Nissim-de-Camondo
Informations géographiques
Pays Drapeau de la France France
Ville Paris
Adresse 63, rue de Monceau, 75008 Paris, France
Coordonnées 48° 52′ 44″ Nord 2° 18′ 46″ Est / 48.87889, 2.31278
Informations générales
Date d’inauguration
Collections mobilier et objets d'art du XVIIIe siècle français
Superficie
Informations visiteurs
Site web www.lesartsdecoratifs.fr

Géolocalisation sur la carte : 8e arrondissement de Paris

(Voir situation sur carte : 8e arrondissement de Paris)
Musée Nissim de Camondo

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Musée Nissim de Camondo

Le musée Nissim de Camondo, inauguré en décembre 1936, est situé dans le VIIIe arrondissement de Paris, dans l'hôtel de Camondo, construit par René Sergent entre 1911 et 1914 en bordure du parc Monceau. Il abrite une collection exceptionnelle de mobilier et d'objets d'art du XVIIIe siècle français dans une riche demeure grand-bourgeoise, préservée dans l'état où elle était habitée au début du XXe siècle.

Historique[modifier | modifier le code]

L'hôtel particulier fut construit en 1912 par l'architecte René Sergent, à la demande du comte Moïse de Camondo, en lieu et place de l'ancien hôtel qui avait appartenu à ses parents, démoli en 1911 à l'exception du bâtiment sur rue.

Le nouvel édifice s'inspire du Petit Trianon de Versailles. Moïse de Camondo y installa ses collections, qu'il ne cessa d'augmenter jusqu'à sa mort, le 14 novembre 1935.

Le jardin, comme dans nombre d'autres demeures prestigieuses de cette époque, est dessiné par le célèbre architecte-paysagiste Achille Duchêne.

Par testament, l'hôtel et les collections qu'il renfermait furent légués à l'Union centrale des arts décoratifs et pour devenir alors le musée Nissim-de-Camondo, en mémoire de son fils (1892-1917), lieutenant de l'escadrille MF 33 abattu en combat aérien le au-dessus du territoire de la commune de Leintrey en Meurthe-et-Moselle.

Le Musée[modifier | modifier le code]

Entrée rue de Monceau.
Le grand salon

Pour l’amour de l’art[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, les Camondo, une famille juive sépharade, avaient fondé une banque qui était devenue l’une des plus importantes de l’Empire ottoman.

Ils avaient été anoblis en 1867 par Victor-Emmanuel II en remerciement de leur soutien financier à la réunification de l’Italie.

À la fin du Second Empire, les deux frères Camondo, Abraham-Behor et Nissim, quittent Constantinople (aujourd'hui Istanbul) et se fixent à Paris où leur banque est établie depuis 1869.

Leurs fils, les cousins Isaac et Moïse, deviennent, sous la IIIe République, des collectionneurs avertis et des personnalités bien connues dans le monde de l’art.

Moïse se passionne presque exclusivement pour le XVIIIe siècle français; pendant plus de cinquante ans il achète aux ventes des plus grands amateurs d'art de l'époque : le baron Jérôme Pichon (1878), le baron Léopold Double (1881), Pierre Decourcelle (1911), Joseph Bardac, Mme de Polès (1927), Stroganoff (1931), Mme Louis Burat, Georges Haviland, Georges Blumenthal (1932), Charles Ephrussi, Mme C. Lelong, etc.

Dans un Paris devenu le centre européen du négoce d'art à la charnière des deux siècles, il réunit ainsi une collection unique de rares meubles et objets d'art décoratif issus du riche patrimoine de l'ancienne aristocratie française mis alors sur le marché, et un ensemble de boiseries anciennes pour leur servir de cadre. Depuis 1890, il est client régulier des Seligmann père et fils, célèbres antiquaires parisiens d'origine juive allemande :

  • Jacques, installé rue des Mathurins, puis 23, place Vendôme à Paris, ouvre en 1905 une galerie à New-York, et achète en 1909 l'ancien hôtel de Sagan rue Saint-Dominique; il vend entre autres à Moïse de Camondo des pièces de la fameuse collection Hertford-Wallace, qui ornaient la célèbre « folie » de Bagatelle et un appartement de maître au 2, rue Lafitte, achetées en 1914 à Lady Sackville-West, héritière du secrétaire, fils adoptif et légataire des Wallace; la même année, il lui cède un mobilier de salon Louis XVI pour la somme de 900 000 francs-or « payable en 28 mensualités sur 4 ans », qui est exposé dans le grand salon.
  • Arnold, devenu son fournisseur attitré et qui partage son goût pour la symétrie, lui déniche en Angleterre le pendant d'un « meuble d'appui » en laque par l'ébéniste Garnier, que les deux frères avaient vendu à Camondo trente ans avant[1].

Afin de mettre en valeur ses collections, il fait construire une vaste demeure d’apparence classique, mais dotée du dernier confort moderne.

La bibliothèque lambrissée

« Au printemps 1914, l'hôtel fraîchement terminé, plusieurs réceptions avaient été données : Le grand salon était le centre de l'animation. Les invités, admiratifs, s'y pressaient pour venir féliciter M. le Comte (qui) tendu et inquiet, s'était constamment tenu à proximité de ce petit bureau orné de plaques de porcelaine, redoutant une bousculade, guettant le geste maladroit qui n'aurait pas manqué de réduire ce chef-d'œuvre en miettes... »[2]. Mais en août suivant, la Première Guerre mondiale éclate et, en septembre 1917, son fils Nissim meurt célibataire à 26 ans dans un combat aérien.

Agencement et legs[modifier | modifier le code]

Jusqu’à sa mort en 1935, Camondo s’emploie à parachever son œuvre de « reconstitution d’une demeure aristocratique du XVIIIe siècle » :

« Seule comptait vraiment encore à ses yeux sa collection d'œuvres d'art. Jusqu'au bout, il songea à l'enrichir. Oserait-on dire : à la perfectionner ? Rien ne l'excitait plus comme de traquer l'œuvre introuvable »[3]. Bien que Camondo ait pour autre héritier sa fille Béatrice, il décide de léguer l’hôtel et les collections à l'Union Centrale des Arts Décoratifs (U.C.A.D.) et à l’État français, et il est inauguré et ouvert au public en décembre 1936. Le musée montre les collections dans la présentation choisie par lui :

« Il avait prévu l'agencement intérieur avec plus de méticulosité encore. Aucun meuble ne devait être bougé. Tout devait rester exactement dans l'état où il l'aurait laissé à sa mort. Ainsi les visiteurs auraient vraiment l'impression que l'hôtel est encore habité. D'ailleurs Moïse préconisait d'éviter la pose de mains courantes. Aucun conservateur ni gardien ne devait habiter là où il avait vécu, par souci de sécurité (...) Même le grand portrait de son père par Carolus-Duran et les photographies de son fils ne devaient pas changer de place. Tant pis si leur destin était de devenir les fantômes de la rue de Monceau »[4]. « Le nouveau maître des lieux, M. Messelet, arrivait, accompagné de M. Carle Dreyfus, afin de régler les derniers détails de la transformation définitive de l'hôtel en musée. Il fallait écarter les vases les plus fragiles, repousser quelques fauteuils, rouler certains tapis... rien ne sera plus comme avant..Dans le grand hall d'entrée, un photographe commençait d'installer ses lourds objectifs afin de fixer l'aménagement des salons avant toute modification »[5].

Le musée de 1940 à 1945[modifier | modifier le code]

Quatre ans plus tard, en 1940, les musées nationaux firent transporter tout son contenu, avec d'autres très importantes collections publiques et privées - dont celle des Rothschild et des David-Weill - au château de Valençay, alors habité par le duc de Talleyrand, prince de Sagan, dépôt d'œuvres d'art qui fut confié à Gérald Van der Kemp, et qui faillirent disparaître dans l'incendie allumé dans le château par la 2e division SS Das Reich. En 1944, Béatrice de Camondo, fille du donateur, est déportée vers le camp d’Auschwitz-Birkenau.

Le musée Camondo vide fut fermé jusqu'à la fin de la Guerre[6].

La « renaissance » de Camondo[modifier | modifier le code]

Depuis la création en 1985 du Comité pour Camondo, grâce à un mécénat international, la maison, dont le décor vieux de 70 ans et le mobilier avaient plus ou moins bien vieilli, a retrouvé peu à peu son lustre d'antan : tissus retissés à l’identique, meubles, tableaux et objets restaurés. La photographie sans flash est autorisée.

La gloire du goût français[modifier | modifier le code]

Escalier d'honneur.

Le portrait photographique de Nissim de Camondo en tenue militaire accueille toujours le visiteur à la billetterie.

Le circuit de visite débute dans l’imposant vestibule, au fond duquel trône un large escalier de pierre de taille et superbe rampe en fer forgé copiée sur celle d'un hôtel toulousain du XVIIIe siècle, dont la cage est ornée d'une grande « chancellerie » tissée aux Gobelins pour Michel Le Tellier, chancelier de France de 1677 à 1685, puis passée au marquis d'Argenson, titulaire de la charge de 1718 à 1720, qui y fit apposer ses armes.

C'est dans cette pièce d'entrée, à la décoration traditionnellement sobre, que les valets de pied attendaient leurs maîtres lors des réceptions.

La visite commence par les salons du premier étage. Le sourire d’une bacchante d’Élisabeth Vigée-Lebrun nous accueille dans le grand bureau, aux murs lambrissés de chêne recouverts des tapisseries d’Aubusson représentant Les Fables de La Fontaine.

Des meubles exquis, secrétaires à cylindre, tables, commodes ou bonheurs du jour, estampillés de plus grands ébénistes de l’époque : Jean-François Oeben, J.-B. Sené, Bernard Van Riesen Burgh (B.V.R.B.), ou Jean-Henri Riesener, sont disposés dans le grand salon sous le regard de Madame du Molay de Mme Vigée-Lebrun, ainsi que dans le salon des Huet (où sont montrées des Scènes champêtres de Huet) ou encore dans le petit bureau aux tentures de soie cramoisie, dans lequel est exposé un portrait de Necker, ainsi qu'un buste de l’Été, par Houdon. Le musée offre aussi à la vue de splendides appliques et cartels en bronze de style Rocaille, des tapis et des paravents issus de la Manufacture de la Savonnerie, des porcelaines de Sèvres et de Meissen. À l’étage se trouvent les appartements de la famille, ainsi qu’une lumineuse bibliothèque lambrissée de chêne sculpté, aux rayons garnis de livres reliés de maroquin rouge, dont certains plats aux armes des Talleyrand proviennent du château de Valençay, qui servit de refuge au contenu du musée de 1940 à 1945; la pièce bénéficie d'une vue dégagée sur le parc Monceau dont la partie lotie par les frères Péreire est ponctuée de célèbres hôtels particuliers.

La présence du collectionneur est particulièrement sensible dans le petit cabinet de porcelaines adjacent à la salle à manger, garni de placards vitrés, où il prenait ses repas quand il était seul. On y trouve une collection unique de différents services de porcelaines de Sèvres (1784-1809) d'après les « Oiseaux de Buffon » illustrés par Martinet. Le comte de Camondo a acheté le service de porcelaine tendre à pointillé vert (dit service Le Fevre, d'après son commanditaire[7]) auprès de l'antiquaire Seligmann[8]. Le visiteur remarque dans la salle à manger des pièces d'argenterie commandées par la Grande Catherine pour son favori Orloff. La présence du comte est également sensible dans le vaste salon bleu lui servant de bureau au premier étage et donnant sur les frondaisons du parc Monceau. Il a été aménagé en 1924 un an après le départ de sa fille Béatrice et de son mari Léon Reinach, en réunissant la chambre et le boudoir de celle-ci.

Dans les salles de bains entièrement carrelées attenant aux deux chambres à coucher de Moïse et de Nissim, « l’esprit XVIIIe » disparaît pour faire place au confort moderne du début du XXe siècle : éléments de faïence, robinetterie de cuivre nickelé (maison Kula).

L'ancien bureau de Nissim de Camondo

L'ancien bureau de Nissim, de ce style un peu anglicisant alors à la mode chez la grande bourgeoisie française, est décorée de tableaux du XIXe siècle, avec les thèmes traditionnels de la chasse et de l’équitation.

Celle de son père, ornée d'une boiserie (vers 1780) provenant d'une maison bordelaise, ressemble plus à un petit boudoir Louis XV, que n’auraient point dédaigné Mme de Pompadour ou Mme de Genlis.

Par désir d'assimilation ou souci de discrétion, les traces de judaïsme sont quasiment inexistantes dans cette demeure. Le visiteur aperçoit dans une vitrine des chandeliers en argent de chabbat et dans la cuisine, une étoile de David au fond d'un moule à kouglof en cuivre. Aucun autre signe religieux dans cette immense demeure bourgeoise. Une signification?

Le sens du confort[modifier | modifier le code]

En descendant au rez-de-chaussée, nous revenons à la Belle Époque, toute à sa célébration du confort domestique avec les ingénieuses dispositions techniques et architecturales nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service et le confort quotidien : chauffage à air filtré et pulsé, ascenseurs à air comprimé, système de nettoyage par le vide, corniches lumineuses, etc.

La cuisine, spectaculaire, témoigne de l’attention portée par le maître des lieux aux plaisirs de la bouche. Une énorme rôtisserie de fonte accompagne le fourneau central ; au mur reluisent des ustensiles de cuivre qui fleurent bon la cuisine traditionnelle.

Émouvante trace de présence humaine, l'odeur de tabac anglais qui a durablement imprégné les boiseries de l'office du chef.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Cuisine de l'hôtel Camondo.
  1. Nora Seni et Sophie Le Tarnec, Les Camondo ou l'éclipse d'une fortune, Actes Sud, 1997, p. 218 et 219
  2. Nora Seni et Sophie Le Tarnec, Les Camondo ou l'éclipse d'une fortune, Actes Sud, 1997, p. 218 et 219
  3. G. van der Kemp à José-Luis de Vilallonga ds "Gold Gotha" Seuil-le-Livre-de-Poche, 1972, p. 309, et Pierre Assouline, "Le dernier des Camondo", Gallimard, 1997, p. .259
  4. G. van der Kemp à José-Luis de Vilallonga ds "Gold Gotha" Seuil-le-Livre-de-Poche, 1972, p. 309, et Pierre Assouline, "Le dernier des Camondo", Gallimard, 1997 ; p. .253, 254
  5. G. van der Kemp à José-Luis de Vilallonga ds "Gold Gotha" Seuil-le-Livre-de-Poche, 1972, p. 309, et Pierre Assouline, "Le dernier des Camondo", Gallimard, 1997, p. .253, 254
  6. G. van der Kemp à José-Luis de Vilallonga ds "Gold Gotha" Seuil-le-Livre-de-Poche, 1972, p. 309, et Pierre Assouline, "Le dernier des Camondo", Gallimard, 1997, p. . 274
  7. Sylvie Legrand-Rossi, Le Musée Nissim de Camondo, Les arts décoratifs, Paris, 2009, p.44
  8. La plupart des pièces provenaient de la vente de la collection du baron Double en 1881

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Moïse de Camondo

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Joseph Bosc, le créateur de la grille copiée dans l'escalier d'honneur.
  • Le Mobilier du Musée Nissim de Camondo, Sylvie Legrand-Rossi, Éditions Faton et Les Arts Décoratifs, 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]