Jacques Doucet (couturier)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jacques Doucet et Doucet.
Jacques Doucet
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 76 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Une création de Jacques Doucet dessinée par George Barbier.

Jacques Doucet, né le à Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un grand couturier, collectionneur et mécène français, personnalité de la vie artistique et littéraire parisienne des années 1880-1920.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le grand couturier[modifier | modifier le code]

Étiquette de la maison de couture Doucet

Propriétaire d’un magasin hérité de sa mère, rue de la Paix, Jacques Doucet fonde à Paris une des premières maisons de haute couture. Sa riche clientèle d’actrices et de femmes du monde — Réjane, Sarah Bernhardt, Liane de Pougy, la Belle Otéro — lui assure une fortune et lui permet de satisfaire ses passions d’amateur d’art et de bibliophile. Il forma Paul Poiret (1898-1901) et eut Madeleine Vionnet parmi ses assistantes.

En 1925, le financier Georges Aubert prend le contrôle de la maison Doucet et provoque un rapprochement avec la maison de Georges Dœuillet. Après la crise de 1929, la nouvelle société Dœuillet-Doucet perdure jusqu'en 1937.

Le collectionneur et mécène[modifier | modifier le code]

L'hôtel particulier de Jacques Doucet, 33 rue Saint-James, Neuilly-sur-Seine, 1929. Joseph Csaky conçut l'escalier, Henri Laurens la fontaine, Jacques Lipchitz le manteau de la cheminée, Eileen Gray sa table aux chars de desserte, Louis Marcoussis un tapis cubiste. Le sculpteur Gustave Miklos et d'autres ont collaboré à la décoration du studio.
Vue du Salon de M. Doucet par Pierre Gatier (gravure, 1911).

Jacques Doucet collectionneur d'art du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Enrichi par son activité de couturier, Jacques Doucet pose les premières pierres d'une importante collection d'objets d'art consacrée au XVIIIe siècle. Il rassemble des tableaux, dessins, sculptures, œuvres d'ébénisterie et de marqueterie, des estampes et des livres. Sa collection, qui réunit des pièces de provenance prestigieuse, est ouverte aux amateurs et chercheurs qui en font la demande. Parmi les pièces remarquables, on compte les Bulles de Savon de Chardin.

En 1912, il vend cette première collection, peut-être à la suite d'une déception amoureuse. La vente publique, qui fait événement, engendre 13 884 460 francs d’adjudications, ce qui en fait la vente la plus chère de son temps. Outre les prix atteints, cette vente est remarquable en ce qu'elle donne lieu à un catalogue de vente particulièrement documenté, illustré et investi d'une dimension scientifique : il a été rédigé par des spécialistes, historiens de l'art et conservateurs de musée[1].

Collectionneur et mécène des artistes contemporains[modifier | modifier le code]

Conseillé par Henri-Pierre Roché ou André Breton, Jacques Doucet constitue un nouvel ensemble composé de pièces modernes ou contemporaines, Manet, Constantin Brancusi Cézanne, Degas, Van Gogh, Henri Matisse, Pablo Picasso, Marie Laurencin, Joan Miro, Francis Picabia et des pièces Art déco de Marcel Coard, Joseph Csaky, Jean Dunand, Eileen Gray, Pierre Legrain, etc. En 1924, il est le premier propriétaire des Demoiselles d'Avignon de Picasso : achetées sans avoir été déroulées parce qu'elles traînaient dans un coin de l'atelier du peintre, elles seront estimées quelques mois plus tard entre deux et trois cent mille francs[2].

La bibliothèque de Jacques Doucet et le soutien à la recherche en histoire de l'art et archéologie[modifier | modifier le code]

Mais Jacques Doucet a des visées plus vastes. Dès 1905, il finance des « cellules de recherche » sur l'histoire de l'art dans son exhaustivité. Il commande de véritables programmes de recherche, s'entourant d'éminents spécialistes. Il s'intéresse à tout et achète sans compter. Il est même l'un des premiers à comprendre la valeur des manuscrits. Constatant la pénurie documentaire dont souffre l'histoire de l'art, il constitue, avec l'aide de son premier bibliothécaire René-Jean, puis de nombreux spécialistes (Edouard Chavannes, Émile Espérandieu, Fernand Mazerolle, Paul Perdrizet, Henri Saladin, Noël Clément-Janin, etc.) une bibliothèque couvrant l'art de tous les temps et de tous les pays. Il tient en outre à acquérir les sources elles-mêmes (lettres autographes, catalogues de ventes, journaux d'artistes), nécessaires à tout historien d'art. Outre les livres et les manuscrits, cette bibliothèque, installée dans six appartements mitoyens de la rue Spontini, comporte un important fonds de photographies documentaires et une collection d'estampes et de dessins remarquable.

Afin de faciliter le travail des historiens de l'art, Jacques Doucet initie et finance à partir de 1910 la publication du Répertoire d'Art et d'Archéologie, une bibliographie générale de tout ce qui se publie en histoire de l'art et archéologie (ouvrages, articles, catalogues de vente). Continué par la Bibliothèque d'art et d'archéologie puis par le CNRS, le Répertoire d'Art et d'Archéologie cesse de paraître en 1989[3].

En 1917, Jacques Doucet offre sa bibliothèque d'histoire de l'art à l'Université de Paris : elle deviendra la Bibliothèque d'art et d'archéologie, fondation Jacques Doucet, puis, en 2003, la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, collection Jacques Doucet.

La bibliothèque littéraire Jacques Doucet[modifier | modifier le code]

Ami d'André Suarès, il collectionne ses manuscrits, s’intéresse à ceux de la génération précédente — Stendhal, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud — et de la génération contemporaine : Apollinaire, Gide, Cocteau, Mauriac, Montherlant, Maurois, Morand, Valéry, Proust, Giraudoux. Il fait recouvrir ces manuscrits de reliures modernes avant de donner cette bibliothèque littéraire à l’Université de Paris en 1929 : elle deviendra la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Jacques Doucet a également eu un rôle de mécène auprès de nombreux écrivains tels que André Suarès, Max Jacob, Reverdy, André Breton, Louis Aragon.

Le Musée Angladon à Avignon, créé par ses héritiers, abrite une partie importante de son ancienne collection.

Créations[modifier | modifier le code]

Planches extraites de la Gazette du Bon Ton :

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vincent Bouvet, « Jacques Doucet », Beaux Arts magazine n° 21, Levallois, février 1985, pp. 58-65.
  • Germain Bazin, Histoire de l'histoire de l'art, Paris, Albin Michel, 1986, pp. 470-473.
  • Michel Ragon, « Jacques Doucet », Cimaise n° 204, Paris, janvier-mars 1990, pp. 85-104.
  • Pierre Gassier (dir.), De Goya à Matisse : estampes de la Collection Jacques Doucet [catalogue d'exposition], Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 1992.
  • Andrée Doucet, Jacques Doucet et la poésie, Paris, Galilée, 2002.
  • Bernard Comment & François Chapon, Doucet de fonds en combles : Trésors d'une bibliothèque d'art, Paris, Herscher, 2004.
  • Michel Collot, Yves Peyré et Maryse Vassevière (eds.), La bibliothèque littéraire Jacques Doucet : Archive de la modernité. Actes du colloque tenu en Sorbonne les 5, 6 et 7 février 2004, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle & Ed. des Cendres, 2007.
  • Édouard Graham, Les écrivains de Jacques Doucet, Paris, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, 2011.
  • Chantal Georgel (dir.), Jacques Doucet, collectionneur et mécène, Paris, Les Arts Décoratifs et Institut national d'histoire de l'art, 2016.
  • André Breton, Lettres à Jacques Doucet (1920-1926), Édition d'Étienne-Alain Hubert, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 2016.

Biographies[modifier | modifier le code]

  • François Chapon, Mystère et splendeurs de Jacques Doucet 1853-1929, Paris : JC Lattès, 1983.
  • François Chapon, C'était Jacques Doucet, Paris : Fayard, 2006.
  • Bernard Comment, François Chapon, Doucet de fonds en combles : trésors d'une bibliothèque d'art,  Paris : Institut national d'histoire de l'art/Herscher, 2004.
  • Chantal Georgel (dir.), Jacques Doucet. Collectionneur et Mécène, Paris : Institut national d’histoire de l’art/ Les Arts Décoratifs, 2016.

Écrits de Jacques Doucet[modifier | modifier le code]

  • Jacques Doucet, Lustrales, Porrentruy : Éditions des Portes de France, 1946.
  • Jacques Doucet, La vue seconde, Paris : P. Seghers, 1950.
  • Jacques Doucet & André Suarès, Le condottiere et le magicien, correspondance établie, choisie et préfacée par François Chapon, Paris : Julliard, 1994.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sébastien Quéquet, « Science politique et marché de l’art : la vente Doucet de 1912 », Jacques Doucet, collectionneur et mécène,‎ (ISBN 978-2-916914-67-1)
  2. Lettre du 17 janvier 1926 d'Henri-Pierre Roché à Jacques Doucet.
  3. « Répertoire d'Art et d'Archéologie », sur https://www.inha.fr/ (consulté le 25 aout 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]