Jean-Henri Riesener
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Roger Vandercruse (beau-frère) |
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Jean-Henri Riesener est un ébéniste français d'origine allemande (né le à Gladbeck, en Westphalie, et mort à Paris le ).
Biographie
[modifier | modifier le code]Né en 1734 en Allemagne (Westphalie), il est le fils d'un huissier du tribunal de l'électeur de Cologne[1]. Jean-Henri Riesener, comme de nombreux ébénistes de son temps, vient à Paris afin d'y accomplir sa future formation. Il arrive à Paris vers 1755 et entre dans l'atelier de Jean-François Oeben, lui-même immigré allemand[2]. À la mort de celui-ci en 1763, il prit la direction de son atelier et épousa la veuve de son ancien maître, Françoise-Marguerite Vandercruse, sœur de l'ébéniste Roger Vandercruse, au grand désespoir d'un des autres élèves d'Oeben, son rival, Jean-François Leleu. Tant que Riesener n'eut pas sa propre maîtrise, il utilisa l'estampille de J.-F. Oeben[2] : jusqu'en 1767, ses meubles portent le nom de son prédécesseur Jean-François Oeben.
Reçu maître en 1768, il fut nommé « ébéniste ordinaire du roi » en 1774 et devient le fournisseur officiel de la Couronne[2]. Pendant les années 1769 à 1784,il fournit la cour et la famille royale — notamment la reine Marie-Antoinette —, en meubles fastueux de style néo-classique. Il est considéré comme l'un des meilleurs représentants du style transition et achève notamment en 1769 le célèbre secrétaire à cylindre de Louis XV, ou « bureau du Roi », commencé par Oeben neuf ans plus tôt[1],[3].
Riesener s'entoure d'une clientèle fabuleuse, il est l’ébéniste à la mode, le Tout-Paris veut acheter ses meubles, son succès dépasse largement les frontières au point qu'il livre dans toutes les cours d'Europe ; bien que d'origine allemande, il représente l'art français et l'art du luxe à la française[4].
Mais les meubles de Riesener coûtent cher, et son principal client, la Couronne, ne peut plus honorer les factures. Fontanieu lui reproche ses prix excessifs. En 1783, le nouvel intendant général Marc-Antoine Thierry de Ville-d'Avray[5] juge les prix de l'ébéniste beaucoup trop élevés, voire ridicules. L'atelier si prolifique et tellement en vue de Riesener va décroître rapidement au point même de se faire évincer du prestigieux Garde-meuble de la Couronne, au profit d'un autre ébéniste, allemand lui aussi, Guillaume Beneman. En 1789, la révolution éclate.
En , on procède à la vente des trésors de Versailles, on vide le mobilier, on organise des ventes gigantesques ; Riesener rachète une partie de ses meubles à des prix inférieurs à ceux auxquels la Couronne les lui avait achetés mais ne parvient pas à les revendre, une grande partie de sa clientèle ayant disparu, et la mode en la matière ayant évolué. Ce mobilier d'exception ne trouve plus d'acquéreurs.
Ses clients prestigieux ont fui la Terreur et se sont réfugiés en Angleterre. Riesener perd définitivement toutes commandes et il emploie ses compagnons ébénistes à la réalisation de crosses de fusils. Il ferme son atelier définitivement en 1801 et meurt en 1806, à 71 ans[2].
Son fils, Henri-François Riesener (1767-1828), peintre[2], fut un des élèves de David.
La production de Riesener
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Une production raffinée
[modifier | modifier le code]Parmi les particularités de son style, il convient de noter, outre la présence de riches décors de marqueterie perpétuant la tradition d'Oeben, l'utilisation de bronzes dorés d'une très grande finesse ; il est l'un des premiers à dissimuler systématiquement leurs fixations. Avec l'aide de Pierre-Élisabeth de Fontanieu, intendant du Garde-Meuble de la Couronne, Riesener est celui qui fit évoluer le style Louis XV vers le style Louis XVI.
Le dessin et le registre décoratif de Riesener sont parfaitement maîtrisés. Les proportions sont fortes et en même temps légères. Les ensembles d’acajou de couleur soutenue sont puissants, mais les formes et la variété des acajous lui donnent beaucoup d’élégance. Il a l’art et la manière de choisir les essences afin de créer des volumes. À l'exemple de sa commode destinée à la chambre du Roi et conservée au musée de Sèvres, sa production se caractérise : par un bâti soigné, monté en chêne, à l’image de la qualité voulue par l'ébéniste ; le dessus est lisse assemblé à queues d’aronde dans les côtés ; le dos est composé de deux grands panneaux embrevés dans un cadre, lui-même glissé en rainures dans les montants arrière ; les tiroirs eux aussi montés en chêne sur quartier, dit aussi chêne de Hongrie.
Une particularité de composition chez Riesener s'avère les demi-cadres soulignant le ressaut central. Cette composition et ses variantes se retrouvent sur presque toutes ses commodes. La maîtrise et l’art du maître se retrouvent également dans la réalisation des montants avec des pans coupés avant, présentant la double difficulté d'être en ressaut mais aussi incurvés. Autre spécificité de l’ébéniste : l’amorce des montants arrières.
Les commodes Louis XVI de Riesener
[modifier | modifier le code]Sur la commode Louis XVI, Riesener procède à une originalité qui va devenir sa marque de fabrique, il réalise un ressaut en façade qui se pose comme un tableau. Ce tableau décoratif peut se définir en élément d'architecture accompagné de moulures et d'un jeu du bois ou bien sur des commodes prestigieuses, il y appose des panneaux de laque ou des trophées en marqueteries, signature de son art.
Riesener réalise ses commodes comme de véritables œuvres d'art et afin d'alléger la ligne, l'ébéniste incurve les côtés, une véritable prouesse dans l'art de l'ébénisterie. Les bronzes de ses meubles sont absolument exceptionnels et la qualité d'exécution remarquable.
Des modèles de bronzes caractéristiques
[modifier | modifier le code]Le registre des bronzes chez Riesener est un univers complet. Héritée de son maître J.-F. Oeben, il dispose d’une forge pour le fer (serrures, compas, mécanismes secrets…) et d’un four pour la réalisation des bronzes. Les ciselures sont d’une grande finesse, proches de l’orfèvrerie. Riesener dessine et réalise ses modèles qui se distinguent de ceux de tous ses confrères. Une autre particularité de la production de Riesener qui se distingue de l'ensemble de la production parisienne de cette époque, est l'emploi de ces bronzes qui se retrouvent sur plusieurs commodes de cette période (1774-1784) : les sabots en chausson en feuilles d’eau ou en feuilles d’acanthe et les grandes entrées de serrure composées de guirlandes ajourées — telle la commode commandée par Marie-Antoinette en date du 15 mai 1784.
L'un des enjeux de l'étude de ces bronzes est la capacité à les rattacher à des bronziers actifs à Paris à la fin du XVIIIe siècle. En ce sens, le travail qui continue d'être entrepris par Christian Baulez, conservateur général honoraire du patrimoine, est fondamental. Depuis 2017 en effet, ce dernier publie régulièrement des articles où, à l'aune de sources d'archives inédites, il parvient à retracer l'origine de ces montures de bronze et les relations que Riesener entretenait avec les différents bronziers. Ainsi, ses travaux permettent d'établir l'hypothèse que dans son travail, Riesener s'est entouré des meilleurs bronziers de son temps : Étienne Martincourt (v. 1730-1796) pour les ornements végétaux ou arabesques en chutes, culots, poignées, entrées de serrures ou frises et bas-reliefs allégoriques[6] ; François Rémond (reçu maître doreur en 1774)[7]; ou encore les frères Damerat[8], notamment pour les frises d'enfants qui agrémentent un certain nombre de meubles de Riesener.
La polychromie des marqueteries
[modifier | modifier le code]L’introduction en France des bois exotiques, à partir de la seconde moitié du XVIIᵉ siècle et tout au long du XVIIIᵉ siècle, suscite un vif engouement parmi les ébénistes, en raison de leur polychromie naturelle. Riesener s’inscrit dans cette tendance et exploite toute la gamme chromatique que lui offrent les essences exotiques, indigènes ou artificiellement teintées[9]. Il cherche notamment à reproduire les couleurs et les textures de matériaux précieux tels que le marbre, le porphyre, le lapis-lazuli ou encore les jaspes. Pour composer de véritables « tableaux de bois », Riesener utilise des fragments de bois prédécoupés, préalablement teintés et ombrés (notamment grâce au sable chaud, qui assombrit le bois). Cette méthode lui permet de varier les motifs tout en puisant dans un même stock de matériaux. La surface des marqueteries est ensuite gravée et remplie de mastics colorés, renforçant ainsi leur richesse décorative[10].

Cependant, les altérations provoquées par la lumière modifient progressivement l’aspect originel de ses créations. Comme pour d’autres meubles du XVIIIᵉ siècle, les couleurs d’origine s’estompent fortement sous l’effet de la lumière, de l’usure et des traitements destinés à raviver des teintes décolorées. Un exemple significatif est fourni par le revers d’un panneau d’un secrétaire à cylindre réalisé vers 1775-1780, conservé dans les collections royales britanniques : retiré lors de la restauration du meuble en 2014, il révèle l’intensité des coloris d’origine. Des études récentes menées par Marc-André Paulin, chef de travaux d’art au C2RMF (département des arts décoratifs), explorent la nature chimique des teintes utilisées par Riesener, en particulier les gris et les bleus. Il compare les mentions colorées du journal du Garde-Meuble à l’état actuel des meubles, puis soumet des éprouvettes de bois à des protocoles d’imprégnation, à des protections de surface et à un vieillissement simulé afin de tester les transformations des pigments dans le temps[9].
Le Riesener Project
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Jean-Henri Riesener et ses meubles ont fait l'objet d'un projet de recherche de six ans mené par les restaurateurs et conservateurs de la Wallace Collection, du Waddesdon Manor et de la Royal Collection. Un examen attentif des trente pièces de mobilier Riesener dans les trois collections, ainsi que des recherches sur l'histoire de l'art et les archives, ont révélé beaucoup de choses auparavant inconnues sur les matériaux et les techniques utilisés par l'ébéniste, ainsi que sur ses pratiques d'atelier. Le projet a également exploré le développement du marché des meubles de Riesener au XIXe siècle et l'influence que ses conceptions et ses techniques d'ébénisterie ont eue sur les fabricants de meubles ultérieurs[11].

Les résultats du projet ont conduit à la publication de la première grande monographie sur Riesener[12], tandis que l'examen technique détaillé des matériaux, de la structure et de l'état des objets, ainsi que l'analyse scientifique, ont permis de créer des modèles 3D interactifs. Les modèles révèlent la grande complexité de la fabrication de tels meubles, ainsi que l'ingéniosité de Riesener en tant qu'artisan. Ils peuvent être explorés à travers un microsite complet et un parcours dédié à Riesener, ainsi que des entrées de catalogue, des essais, des vidéos et des dessins isométriques[12].
Œuvres exposées
[modifier | modifier le code]- Autriche
- Vienne, Osterreichisches Museum.
- États-Unis d'Amérique
- Boston, musée des beaux-arts de Boston, collection Forsyth Wickes.
- Cleveland, Cleveland Museum of Art.
- Chicago, Art Institute.
- Détroit, Détroit Institute of Arts.
- Malibu, Getty Museum.
- New York, collection Frick.
- New York, Metropolitan Museum of Art.
- Philadelphie, Philadelphia Museum of Art.
- San Marino, collection Huntington.
- Saint Louis, Saint Louis Art Museum.
- Washington, Hillwood Museum.
- Washington, National Gallery of Art.
- France
- Bernay, Musée des beaux-arts de Bernay.
- Compiègne, château.
- Chantilly, musée Condé, commode de la chambre de Louis XVI, destinée à Versailles.
- Fontainebleau, château.
- Lyon, musée des Arts décoratifs.
- Paris, Archives nationales.
- Paris, musée des arts décoratifs.
- Paris, musée Carnavalet.
- Paris, musée du Louvre.
- Paris, musée Nissim-de-Camondo.
- Sèvres, musée national de Céramique.
- Saint-Jean-Cap-Ferrat, villa Ephrussi.
- Versailles, au musée national du château et des Trianons se trouve la plus belle collection de meubles de J.-H. Riesener. Il faut y voir la célèbre « table des Muses » (une partie à Trianon).
Outre ces meubles exposés dans des musées, d'autres créations d’ébénisterie se trouvent au sein du Mobilier national dans différents lieux dont le Palais de l'Élysée : les présidents Valéry Giscard d'Estaing puis Emmanuel Macron ont retenu un bureau de Jean-Henri Riesener. Sur ce même bureau, un de leurs prédécesseurs, Raymond Poincaré, aurait signé le décret de dévaluation du franc en juin 1926[13].
- Pays-Bas
- Amsterdam, Rijksmuseum.
- Portugal
- Lisbonne, collection Galouste Gulbenkian.
- Royaume-Uni
- Aylesbury, Waddesdon Manor.
- Londres, Buckingham Palace.
- Londres, collection Wallace.
- Londres, Victoria and Albert Museum, collection Jones.
- Russie
- Saint-Pétersbourg, palais Pavlovsk.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Jean-Henri Riesener. German cabinetmaker », sur Encyclopædia Britannica
- Colombe Samoyault-Verlet, « Riesener Jean-Henri », sur Encyclopædia Universalis
- ↑ Albane Cogné, Stéphane Blond et Gilles Montègre, Les Circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, , p. 117
- ↑ Harry Bellet, « Beau comme l’antique », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, éd. Perrin, 2010.
- ↑ Christian Baulez, « Martincourt et Riesener, une collaboration fructueuse et méconnue », L'Estampille - L'objet d'art, no 531, , p. 56-65
- ↑ Christian Baulez, « François Rémond, virtuose du bronze doré à la carrière prolifique », L'Estampille - L'objet d'art, no 616, , p. 64-75
- ↑ Christian Baulez, « Riesener et les frères Damerat, l'alliance d'artisans d'exception », L'Estampille - L'objet d'art, no 618, , p. 72-83
- Marc-André Paulin, « L’art de la couleur selon Jean-Henri Riesener », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles. Sociétés de cour en Europe, XVIe-XIXe siècle - European Court Societies, 16th to 19th Centuries, no 10, (ISSN 1958-9271, DOI 10.4000/crcv.13350, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Mia Jackson, « "Executed in the taste of painting":Riesener's marquetry designs », dans Helen Jacobsen, Rufus Bird, Mia Jackson, Jean-Henri Riesener: Cabinetmaker to Louis XVI and Marie Antoinette, Londres, The Wallace Collection, , 284 p. (ISBN 978-1-78130-090-9), p. 40 - 47
- ↑ (en) « The Riesener Project », sur www.wallacecollection.org (consulté le )
- Helen Jacobsen et al., Jean-Henri Riesener. Cabinetmaker to Louis XVI and Marie-Antoinette., Londres, Philip Wilson Publishers, (ISBN 978-1-78130-090-9)
- ↑ Jean-Michel Normand, « Le bureau de Valéry Giscard d’Estaing à l’Elysée, marqueur du changement dans la continuité », Le Monde, (lire en ligne)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Christian Baulez, « Martincourt et Riesener, une collaboration fructueuse et méconnue », L'Estampille - L'objet d'art, no 531, février 2017, p. 56-65.
- Christian Baulez, « François Rémond, virtuose du bronze doré à la carrière prolifique », L'Estampille - L'objet d'art, no 616, novembre 2024, p. 64-75.
- Christian Baulez, « Riesener et les frères Damerat, l'alliance d'artisans d'exception », L'Estampille - L'objet d'art, no 618, janvier 2025, p. 72-83.
- Helen Jacobsen, Bird Rufus et Mia Jackson, Jean-Henri Riesener : cabinetmaker to Louis XVI & Marie Antoinette : furniture in the Wallace Collection, The Royal Collection & Waddesdon Manor, London, New York, Philip Wilson Publishers, 2020.
- Alexandre Pradère, « Jean-Henri Riesener », Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, Éditions du Chêne, 1989, p. 371-387.
- Pierre Verlet, Möbel von J.H. Riesener, Franz Schneekluth Verlag, Darmstadt, 1957 (en allemand).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
