Mohamed Salah Mzali
| Mohamed Salah Mzali محمد الصالح مزالي | |
Portrait de Mohamed Salah Mzali. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Grand vizir de Tunis | |
| – (3 mois et 15 jours) |
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| Monarque | Lamine Bey |
| Gouvernement | Mzali |
| Prédécesseur | Slaheddine Baccouche |
| Successeur | Tahar Ben Ammar |
| Ministre tunisien du Commerce | |
| – (6 ans, 7 mois et 10 jours) |
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| Monarque | Lamine Bey |
| Premier ministre | Slaheddine Baccouche M'hamed Chenik Slaheddine Baccouche |
| Gouvernement | Baccouche I Chenik II Baccouche II |
| Prédécesseur | Aziz Djellouli |
| Successeur | Hédi Ben Raïs |
| Ministre tunisien des Habous | |
| – (4 ans, 2 mois et 4 jours) |
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| Monarque | Lamine Bey |
| Premier ministre | Slaheddine Baccouche |
| Gouvernement | Baccouche I |
| Prédécesseur | Aziz Djellouli |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Monastir (Tunisie) |
| Date de décès | (à 88 ans) |
| Nationalité | tunisienne |
| Diplômé de | Université de Lyon |
| Profession | Enseignant Historien |
| Religion | Islam |
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| Grand vizir de Tunis | |
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Mohamed Salah Mzali (en arabe : محمد الصالح مزالي, Muḥammad aṣ-Ṣālaḥ Mzālī), né le à Monastir et mort le , est un enseignant, historien, haut fonctionnaire et homme politique tunisien.
Issu d'une famille de notables du makhzen monastirien, il mène une double carrière de commis de l'État et d'enseignant avant d'accéder, sous le protectorat, à plusieurs portefeuilles ministériels. Il est l'un des premiers docteurs en droit tunisiens et, selon ses éditeurs, le premier Tunisien à soutenir une thèse de doctorat en économie, en 1921.
Nommé grand vizir et président du Conseil le par Lamine Bey, il négocie les accords Mzali-Voizard, qui prévoient un conseil des ministres à majorité tunisienne présidé pour la première fois par un Tunisien. Désavoués par le Néo-Destour, les accords deviennent impopulaires et provoquent la chute de son gouvernement après une centaine de jours. Au lendemain de l'indépendance, il est poursuivi pour sa collaboration avec les autorités françaises, emprisonné puis réhabilité en 1966.
Historien et érudit, il consacre ses dernières décennies à sauver les archives de Kheireddine Pacha et à l'inscrire dans l'historiographie nationale. Longtemps effacé de la mémoire officielle, son parcours fait l'objet d'une réévaluation savante à partir de 2023, à l'initiative de son petit-neveu, l'universitaire Elyès Jouini, qui réédite ses mémoires et lui consacre un colloque et un ouvrage collectif.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines et formation
[modifier | modifier le code]Mohamed Salah Mzali est issu d'une famille de notables de Monastir dont les membres ont servi dans la magistrature, l'armée et l'administration, à la confluence des familles Mzali, Nouira et Sakka[1]. Il est le cousin issu de germain d'Habib Bourguiba, dont il est l'aîné de cinq ans[1].
Élève au collège Sadiki puis au lycée Carnot de Tunis, où il obtient le grand prix d'honneur de chacun de ces établissements, il prépare à distance, depuis Tunis, une licence de droit à la université de Lyon, puis un doctorat en droit, mention sciences politiques et économiques[1],[2]. En 1921, il soutient la première thèse d'économie politique consacrée à la Tunisie, L'Évolution économique de la Tunisie, publiée la même année[1]. Selon l'historienne Kmar Bendana, il s'inscrit dans la cohorte des « premiers Tunisiens » diplômés de l'université à partir des années 1920, aux côtés de figures comme Salah-Eddine Tlatli, premier agrégé d'histoire, ou Mohamed Attia, premier agrégé d'arabe[3].
Carrière administrative et enseignement
[modifier | modifier le code]Mzali mène une carrière administrative de près de trente ans : il travaille pour la section d'État, le ministère de la Justice, le caïdat de Bizerte et les archives générales. Chef de la section du Charaâ (droit musulman) en 1927, il est nommé caïd de Bizerte en 1934, puis affecté aux archives générales en 1942[1].
Parallèlement, il enseigne durant plus de vingt ans au collège Sadiki, à la Zitouna (section du notariat, de 1931 à 1934) et à l'École supérieure de commerce[1].
Carrière ministérielle
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Durant une dizaine d'années, Mzali dirige successivement les ministères des Habous, des Affaires sociales, du Commerce et de l'Artisanat, puis de l'Industrie, notamment dans le second gouvernement de M'hamed Chenik en 1950[1]. Il est arrêté et déporté dans le Sud du pays avec l'ensemble du gouvernement lors de la répression de .
Grand vizirat (1954)
[modifier | modifier le code]Relâché un an plus tard, il est choisi par les autorités coloniales pour former un gouvernement en . Le , il est nommé grand vizir et président du Conseil[4]. Il négocie avec le résident général de France, Pierre Voizard, les accords Mzali-Voizard qui prévoient notamment un conseil des ministres à majorité tunisienne, présidé pour la première fois par un Tunisien[2].
Son gouvernement, bien que composé d'administrateurs réputés compétents, est peu populaire et vivement critiqué pour sa collaboration avec les autorités françaises ; il ne reçoit pas le soutien du Néo-Destour[3]. Après un moment de flottement, les accords sont rejetés par le parti et deviennent largement impopulaires ; ces fonctions, qui ne durent qu'une centaine de jours (-), mènent Mzali à sa perte[3]. La crise débouche sur la démission de son gouvernement le [4].
Disgrâce et réhabilitation
[modifier | modifier le code]Au lendemain de l'indépendance, Mzali fait partie des personnalités jugées par la Haute Cour chargée de sanctionner les collaborateurs du protectorat[1]. Poursuivi pour sa collaboration et pour avoir contrecarré la résistance à l'occupant durant ses fonctions, il voit ses biens confisqués et est frappé d'indignité nationale. Il bénéficie en 1966 d'une grâce amnistiante qui le réhabilite et le réintègre dans la dignité nationale[1].
Selon Elyès Jouini, l'hostilité d'Habib Bourguiba à son égard tient d'abord à ce qu'il n'a pas reconnu ce dernier comme chef du mouvement national[1].
Engagements et profil intellectuel
[modifier | modifier le code]Homme de culture, lettré polyglotte, Mzali s'intéresse aussi bien aux langues anciennes qu'aux littératures antique et française. Il est membre du comité directeur de l'Institut de Carthage et du comité de rédaction de la Revue tunisienne, et collabore à des revues comme Al Fajr et Al Majalla zeitounia[1].
Il soutient en 1930 l'ouvrage réformiste de Tahar Haddad, Notre femme dans la législation islamique et la société, et contribue à la création d'un corps d'assistantes sociales destinées aux Tunisiennes[1].
Mzali compte parmi les rares Tunisiens musulmans - avec Slaheddine Baccouche - affiliés à la franc-maçonnerie sous le protectorat[5],[6]. D'après les recherches de l'historien Mohamed Lotfi Chaïbi et les indications d'Elyès Jouini, son adhésion remonterait au début des années 1920. Passé « maître » en 1923, il aurait été « vénérable » vers 1927-1928[7]. Il est d'abord rattaché à la loge « La Volonté » de la Grande Loge de France, figurant ainsi, au grade de 14e et avec la mention « député en 1930 », au chapitre « La Volonté Sub Rosa » sur la liste officielle des francs-maçons dressée sous le régime de Vichy[8] . Il rejoint, selon l'historien Khalifa Chater, la loge « L'Étoile de Carthage » du Grand Orient de France vers 1931, puis présente sa démission le [7],[5],[1].
Malgré cette démission, il figure encore sur les listes dressées en 1941, celles-ci ayant été établies à partir des tableaux des loges pour la période 1920-1940[8]. En application des lois de Vichy dissolvant les sociétés secrètes, il est déchu de sa charge de caïd de Bizerte en 1941 en raison de cette affiliation ; il est alors le seul Tunisien parmi les 63 dignitaires et officiers maçonniques recensés par la liste officielle publiée en de la même année[5].
Pour Chaïbi, cet engagement éclaire la trajectoire politique de Mzali. Proche des valeurs portées par la franc-maçonnerie coloniale de l'époque (laïcité, patriotisme plutôt que nationalisme, émancipation plutôt qu'indépendance), il se montre partisan d'une réforme du régime du protectorat davantage que de l'indépendance, ce qui contribuerait à expliquer son isolement et le faible soutien dont il bénéficie auprès de l'opinion tunisienne lors de sa présidence du Conseil en 1954[7].
Œuvre d'historien et d'écrivain
[modifier | modifier le code]Après son éviction de la vie publique, Mzali consacre l'essentiel de ses trois dernières décennies à un travail d'historien portant sur la Tunisie du XIXe siècle et, en particulier, sur le réformateur Kheireddine Pacha. En sauvant une grande partie des archives de ce dernier, qu'il publie notamment avec Jean Pignon, il contribue de manière décisive à l'inscrire dans l'historiographie nationale[9],[3]. Sa production, abondante et dispersée dans de nombreuses revues, couvre des domaines variés, de l'agriculture aux us et coutumes locaux[3]. L'économiste Anis Marrakchi voit par ailleurs dans sa réflexion économique une rupture dans la pensée tunisienne, marquée par une dénonciation du corporatisme et du mercantilisme[3].
Ses mémoires, Au fil de ma vie, sont considérées comme une plume singulière de la littérature tunisienne[9]. L'universitaire Samia Kassab-Charfi en souligne la portée littéraire et philosophique, l'écriture inspirée des moralistes français du XVIe siècle et l'ouverture à l'altérité qui la traverse[3].
Il est par ailleurs lauréat de l'Alliance française, de l'Académie des Jeux floraux et d'autres concours littéraires.
Postérité
[modifier | modifier le code]En 1972, Mzali publie ses mémoires, Au fil de ma vie, aux éditions Hassan Mzali. Cinquante ans plus tard, son petit-neveu Elyès Jouini en établit une édition critique annotée, rééditée en 2023 en coédition entre l'Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, Cérès et l'Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts (Beït El Hikma), et complétée par une monographie, Mohamed-Salah Mzali, l'intellectuel et l'homme d'État[9],[10]. L'ouvrage est préfacé par l'historienne Kmar Bendana[10].
Cette entreprise s'accompagne d'un colloque interdisciplinaire, « La Tunisie du makhzen à l'État national », tenu les et à Beït El Hikma, dont les actes paraissent en 2025 en accès ouvert[3],[11]. En 2024, la réédition vaut à Jouini le prix Maréchal-Louis-Hubert-Lyautey de l'Académie des sciences d'outre-mer[12].
Les historiens soulignent que les accords Mzali-Voizard ont été perçus comme une avancée par les uns et comme une compromission par les autres, et interrogent la part d'anachronisme d'un homme cherchant à concilier le bey et la France à la veille de l'indépendance[3],[10].
Publications
[modifier | modifier le code]Mzali est l'auteur de plusieurs ouvrages rédigés en arabe et en français.
Arabe
[modifier | modifier le code]- (ar) الوراثة على العرش الحسيني ومدى احترام نظامها [« La succession au trône husseinite et le respect dont jouit son système »], Tunis, Maison tunisienne de l'édition, (OCLC 4770481372).
- (ar) من رسائل ابن أبي الضياف تتمة لإتحاف أهل الزمان [« D'après les lettres d'Ibn Abi Dhiaf, une continuation de Présent aux hommes de notre temps »], Tunis, Maison tunisienne de l'édition, (OCLC 929699430).
Français
[modifier | modifier le code]- L'évolution économique de la Tunisie, Tunis, Société anonyme de l'imprimerie rapide, , 159 p.[13].
- La situation en Tunisie à la veille du protectorat : d'après les lettres de Conti à Khéreddine et d'autres documents inédits, Tunis, Maison tunisienne de l'édition, , 57 p. (OCLC 1735923).
- L'hérédité dans la dynastie husseinite : évolution et violations, Tunis, Maison tunisienne de l'édition, , 80 p. (OCLC 462193934).
- Khérédine, homme d'État : documents historiques annotés, Tunis, Maison tunisienne de l'édition, , 324 p. (OCLC 2150336) (avec Jean Pignon).
- Au fil de ma vie : souvenirs d'un Tunisien, Tunis, Hassan Mzali, , 380 p. (OCLC 3464506)[14].
- Les beys de Tunis et le roi des Français, Tunis, Maison tunisienne de l'édition, , 165 p. (OCLC 1604259192).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Christian Lochon, « Au fil de ma vie : suivi de Mohamed-Salah Mzali, l'intellectuel et l'homme d'État », sur Académie des sciences d'outre-mer (consulté le ).
- 1 2 « Qui est Mohamed Salah Mzali » [PDF], sur Leaders (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Selma Hentati, « Mohamed-Salah Mzali (1896-1984) : la Tunisie du makhzen à l'État national », sur Le carnet de l'IRMC, (consulté le ).
- 1 2 Charles-André Julien, Et la Tunisie devint indépendante : 1951-1957, Paris, Jeune Afrique, , 215 p. (ISBN 978-2852583726), p. 124.
- 1 2 3 Khalifa Chater, « La Franc-maçonnerie en Tunisie à l'épreuve de la colonisation (1930-1956) », Cahiers de la Méditerranée, no 72, , p. 367-375 (ISSN 1773-0201, DOI 10.4000/cdlm.1177, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Frida Dahmani, « Au Maghreb, la franc-maçonnerie sort de son sommeil », Jeune Afrique, (ISSN 1950-1285, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 Mohamed Lotfi Chaïbi, « À propos de l'affiliation maçonnique de M.-S. Mzali et ses sources », dans Elyès Jouini (dir.), La Tunisie du makhzen à l'État national, Tunis, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, (ISBN 978-9938798807, lire en ligne), p. 191-205.
- 1 2 « Liste des officiers et dignitaires membres des sociétés secrètes dissoutes », Journal officiel de l'État français, , cité par « Liste des francs-maçons de Tunisie stigmatisés par le régime de Vichy » [PDF], sur entreprises-coloniales.fr (consulté le ).
- 1 2 3 « Au fil de ma vie (mémoires), suivi de Mohamed-Salah Mzali, l'intellectuel et l'homme d'État », sur Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (consulté le ).
- 1 2 3 « Mohamed-Salah Mzali, l'intellectuel et l'homme d'État : un éclairage inédit sur une figure majeure de l'histoire tunisienne », sur webmanagercenter.com, (consulté le ).
- ↑ « Beït El Hikma : parution de La Tunisie du makhzen à l'État national : à la lumière de l'itinéraire de Mohamed-Salah Mzali », La Presse de Tunisie, (ISSN 0330-9991, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Prix Maréchal Louis Hubert Lyautey 2024 : Elyès Jouini récompensé pour la réédition des mémoires de Mohamed-Salah Mzali », sur webmanagercenter.com, (consulté le ).
- ↑ « L'évolution économique de la Tunisie », sur Bibliothèque nationale de Tunisie (consulté le ).
- ↑ « Au fil de ma vie de Mohamed Salah Mzali : 38 ans et pas une ride », sur Leaders, (consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Mohamed-Salah Mzali (édition établie et annotée par Elyès Jouini) (préf. Kmar Bendana), Au fil de ma vie : suivi de Mohamed-Salah Mzali, l'intellectuel et l'homme d'État, Tunis, Cérès/Beït El Hikma/IRMC, , 768 p. (ISBN 978-9973198402).
- Elyès Jouini (dir.), La Tunisie du makhzen à l'État national : à la lumière de l'itinéraire de Mohamed-Salah Mzali, Tunis, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, coll. « Recherches contemporaines », , 348 p. (ISBN 978-9938796131, lire en ligne).
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Grand vizir de Tunis au XXe siècle
- Ministre tunisien du Commerce
- Historien tunisien du XXe siècle
- Personnalité du mouvement national tunisien
- Personnalité de la franc-maçonnerie française
- Élève du Collège Sadiki
- Étudiant de l'université de Lyon
- Naissance en février 1896
- Naissance à Monastir
- Décès en novembre 1984
- Décès à 88 ans