Microscope (satellite)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Microscope.
Microscope
Données générales
Organisation Drapeau : France CNES
Drapeau : France ONERA
Programme Myriade
Domaine Vérification du principe d'équivalence faible
Statut opérationnel
Autres noms Micro-satellite à traînée compensée pour l’observation du principe d’équivalence
Lancement
Lanceur Soyouz ST-B/Fregat-MT
Durée de vie 2 ans
Identifiant COSPAR 2016-025B
Caractéristiques techniques
Masse au lancement 303 kg
Orbite Orbite héliosynchrone
Périapside 711 km
Site Site officiel
Principaux instruments
T-SAGE Accéléromètre

Microscope, de son nom complet Micro-satellite à traînée compensée pour l’observation du principe d’équivalence, est un satellite scientifique français qui doit permettre de vérifier avec une précision inégalée de 10-15 le principe d'équivalence faible. Celui-ci constitue un des principaux postulats de la relativité générale. Le satellite a été placé sur une orbite héliosynchrone le 25 avril 2016, il est prévu qu'il fonctionne pendant 2 ans. La mission utilise une plate-forme de la série Myriade pour un poids total de 303 kg. La mission est financée et pilotée par le CNES.

L'expérience T-SAGE qui constitue l'unique charge utile de ce satellite est développée par l'ONERA. Elle est constituée de 2 masses de densités différentes qui sont soumises au seul champ de gravité. L'accéléromètre embarqué tentera de détecter une différence dans la vitesse de chute des deux masses qui invaliderait le principe d'équivalence. Des propulseurs à gaz froid capables de délivrer des poussées très faibles doivent annuler toute influence autre que celle du champ de gravité telle que la traînée du satellite.

Histoire[modifier | modifier le code]

La mission Microscope (acronyme de Micro Satellite à trainée Compensée pour l'Observation du Principe d'Équivalence), est sélectionnée en 1999 par l'agence spatiale française, le CNES, sur proposition de l'ONERA et de l'Observatoire de la Côte d'Azur. Le développement de l'expérience prend du retard à la suite de l'abandon de micro-propulseurs ioniques à effet de champ (en) (FEEP) qui ne présentaient pas les caractéristiques requises pour répondre aux besoins de la mission. Par ailleurs la mission est confrontée à un dépassement des coûts lié aux problèmes de développement du lanceur Vega retenu initialement et à la nécessité de désorbiter le satellite en fin de mission pour se conformer à la réglementation en matière de débris spatiaux[1]. Le lancement initialement prévu en 2004 est reporté à plusieurs reprises et a finalement lieu en avril 2016[2].

Objectifs, améliorations par rapport aux précédents tests[modifier | modifier le code]

L'objectif de cette expérience est de tester le principe d'équivalence faible décrit par Einstein. Ce principe stipule l'égalité de la masse grave, c'est-à-dire placée dans un champ de gravité et de la masse inerte, responsable de l'inertie des corps. Selon ce principe la trajectoire d'une masse ponctuelle (se confondant pratiquement à un point) dans un champ gravitationnel ne dépend que de sa position initiale et de sa vitesse et est indépendante de sa structure et de sa composition. Il s'agit d'un des principaux postulats de la relativité générale. Il est jusqu'à présent vérifié à quelques 10-13 g[3]. Néanmoins certaines théories proposées pour l'unification de la relativité générale et de la mécanique quantique, telles que la théorie des cordes ou la Supergravité, prévoient une possible violation de ce principe à des échelles inférieures. Microscope, en s'isolant des contraintes inhérentes à l'environnement terrestre, permettra de descendre jusqu'à une précision de 10-15 g.

Lorsque l'on veut effectuer des mesures très précises, il est nécessaire de contrôler tous les paramètres de l'expérience : il faut que rien ne vienne la perturber. Pour tester le principe d'équivalence, on a besoin que les masses en chute libre, nécessaires à l'expérience, soient plongées dans le même champ gravitationnel or, ce dernier fluctue sur Terre. En effet, plus on se rapproche du centre de la Terre et plus il est important, de plus il n'est pas homogène sur l'ensemble de la surface à cause de l'activité humaine notamment[Quoi ?]. D'où l'idée de se placer en orbite autour de la Terre pour être dans un champ plus uniforme, moins perturbé. En s'affranchissant ainsi des variations des gradients de gravité, la mission Microscope a pour but d'atteindre une précision 100 fois plus grande que celle des tests effectués sur Terre.

Description de l'expérience[modifier | modifier le code]

Principe[modifier | modifier le code]

Pour tester le principe d'équivalence, le système mis en orbite autour de la Terre se compose de deux accéléromètres différentiels. Chaque accéléromètre comprend deux masses concentriques cylindriques. Le but de l'expérience est de vérifier avec une extrême précision que deux masses différentes, en chute libre dans le même champ de pesanteur, subissent la même accélération. L'accéléromètre qui servira à calibrer l'expérience, et donc à déterminer sa précision, renferme deux masses identiques en platine. Le second accéléromètre chargé d'identifier une violation éventuelle du principe d'équivalence faible comprend une masse en platine et l'autre en titane.

Les micro-propulseurs à gaz froid du satellite viennent compenser toutes les autres forces qui pourraient s'exercer sur les masses afin que ces dernières soient effectivement en chute libre et sur la même orbite. D'autre part, il faut que, pour chaque système de deux masses, ces dernières soient centrées avec une précision de l'ordre d'une dizaine de micromètres et que leur différence de position soit inférieure au micromètre. Ces exigences sont satisfaites par un système de servocommande : des forces électrostatiques vont maintenir les masses tests en place.

C'est aussi grâce à ces systèmes que l'on va pouvoir mesurer l'accélération des masses et la variation de leur orbite. En effet, lorsque les masses vont chuter, il va falloir que les forces électrostatiques compensent cette chute et donc varient pour pouvoir maintenir les masses au centre. On pourra donc relier ces écarts de forces à l'accélération et à la trajectoire et comparer leurs valeurs pour les différentes masses pour vérifier la théorie. Si les trajectoires sont différentes alors le principe d'équivalence n'est pas vérifié.

Les contraintes liées à l'environnement spatial[modifier | modifier le code]

En menant l'expérience dans l'espace on s'affranchit des contraintes environnementales terrestres, mais d'autres contraintes doivent être prises en compte en orbite. En effet, pour que le test du principe d'équivalence soit réalisé de façon pertinente, il faut que les masses que l'on compare se trouvent dans des conditions identiques :

  • Elles doivent voyager sur la même orbite et posséder le même centre de masse : cela implique que les masses soient concentriques et que leur position soit réglée très précisément (de l'ordre du micromètre) grâce à de nombreux actuateurs, forces électrostatiques et grâce aux micro-propulseurs qui compensent les effets de traînée dus aux particules atmosphériques.
  • Le satellite doit offrir une grande stabilité spatiale et en température car ces paramètres sont susceptibles de modifier la chute des masses. C'est pourquoi les accéléromètres comportent des petites cavités de vide pour isoler thermiquement et fournir un abri magnétique aux masses. On estime à moins de 1 % la variation de la température sur une orbite.
  • Une autre contrainte est liée à l’étalonnage du système : elle ne peut s'effectuer qu'en orbite pour mesurer précisément la sensibilité du système.
  • Un tel système embarqué est limité par sa taille et son poids. En effet, ce type de micro-satellite ne peut accueillir une masse embarquée que de l'ordre de 25 kg. Ainsi on ne peut pas choisir n'importe quelle valeur ou nombre de masses.

Cependant, si on arrive à s'affranchir des toutes ces contraintes avec des moyens technologiques permettant une grande précision, l'objectif de Microscope pourra être atteint.

Satellite[modifier | modifier le code]

Le satellite Microscope, qui emporte l'expérience, a une masse totale de 300 kg et ses dimensions sous la coiffe du lanceur sont de 1,4 m x 1 m x 1,5 m. Il est stabilisé 3 axes. Pour déterminer l'orientation du satellite, le système de contrôle d'attitude utilise des capteurs solaires, un magnétomètre 3 axes et un viseur d'étoiles pointé dans la direction opposée à celle du Soleil. Le contrôle thermique est assuré uniquement de manière passive. Microscope utilise une plateforme de la série Myriade développée pour répondre de manière générique aux besoins de l'agence spatiale française modifiée pour emporter des équipements spécifiques à cette mission[4] :

Charge utile[modifier | modifier le code]

La charge utile du satellite est constituée par l'expérience T-SAGE (Twin-Space Accelerometer for Gravity Experiment) développée par le département Mesures Physiques de l'ONERA. T-SAGE utilise des accéléromètres dérivés des instruments STAR et SuperStar développés respectivement pour les missions spatiales CHAMP (2000) et GRACE (2002) qui ont cartographié avec une grande précision le champ gravitationnel de la Terre[5].

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Le satellite Microscope est lancé en orbite vers le 25 avril 2016 par une fusée Soyouz ST-B/Fregat-MT tirée depuis la Base de lancement de Kourou. Ce lanceur embarque également le satellite Sentinel-1B de l'Agence spatiale européenne et 3 CubeSats. Microscope est placé sur une orbite héliosynchrone à 711 km d'altitude. La mission a une durée planifiée de 2 ans et débute par une phase d'étalonnage de plusieurs mois[6].

Étalonnage[modifier | modifier le code]

Une fois le satellite en orbite la première étape de la mission est l'étalonnage du système. En effet, cette tâche est un pré-requis pour atteindre une précision globale de 10−15 g.

Dans cette étape, il va falloir déterminer tous les écarts induits par les composants du système, la précision en position des masses, des accéléromètres, celle du système global sur son orbite... Comme les accéléromètres sont des instruments très sensibles, l'étape d'étalonnage ne peut se faire qu'en orbite.

L'étalonnage détermine l'influence des contraintes extérieures évoquées ci-dessus sur le système. Pour obtenir la précision souhaitée, il est nécessaire de connaître la position des masses à 10 µm près, l'influence de la gravité sur l'orbite sélectionnée... Il faut aussi pouvoir aligner les axes des accéléromètres à 0,01 radian près. Toutes ces conditions nécessitent l'utilisation d'une technologie de pointe, car le moindre écart de précision limiterait fortement les chances de succès des mesures.

Expérimentation[modifier | modifier le code]

Une fois toutes les étapes d'étalonnage effectuées, on peut passer au test du principe d'équivalence.

Référence
Pour commencer, on utilise seulement l'accéléromètre différentiel contenant les deux masses identiques. On laisse les masses en chute libre et on regarde si elles tombent de la même façon puis on réitère l'opération d'étalonnage précédente. Cette étape va nous permettre de vérifier qu'il n'y a pas eu de décalage induit par le mouvement des masses en comparant le début et la fin de l'expérience. Si c'est le cas, on sera en mesure de le quantifier pour améliorer la précision du test. D'autre part on va pouvoir déterminer l'exactitude de la mesure en comparant la chute des deux masses identiques.
Test du principe d'équivalence
Voici enfin l'étape qui va permettre de valider ou non le principe d'équivalence avec une précision encore jamais atteinte. On utilise alors le second accéléromètre différentiel qui comporte les deux masses faites d'un matériau différents. Une fois la mesure effectuée on recommence l'étape d'étalonnage comme précédemment. On mesure l'écart de trajectoire entre les deux masses en chute libre et ensuite il ne reste plus qu'à interpréter les données recueillies par le système.

L'expérimentation est censée durer 6 mois environ. Durant ce laps de temps, le système peut être utilisé sous différents modes selon le résultat voulu.

Exploitation des données[modifier | modifier le code]

Si le principe d'équivalence est vérifié alors, lorsque les masses, initialement sur la même orbite, tombent en chute libre elles doivent rester sur cette même orbite. Si au contraire le principe n'est pas vérifié, alors le système va devoir générer des forces électrostatiques différentes sur chacune des masses pour les garder sur la même orbite. C'est donc l'intensité de ces forces qui va être mesurée et leur différence sera analysée jusqu'à la précision maximale de l'expérience.

Conséquences possibles des résultats[modifier | modifier le code]

  • Physique théorique

Si le principe d'équivalence est invalidé alors cela pourrait permettre de donner un moyen de tester une partie de la théorie des cordes par exemple. Cette dernière suppose en effet qu'il existe une force extrêmement faible qui modifierait légèrement la gravité selon la composition des objets. En conséquence, il faudrait prendre en compte cette nouvelle force dans toutes les théories déjà élaborées.

Si le principe reste validé on dispose alors de précisions supplémentaires quant à l'élaboration de la « théorie du tout ». Dans tous les cas, le résultat obtenu amènera encore les scientifiques à effectuer des tests encore plus poussés et donc à mettre en œuvre de nouvelles prouesses technologiques.

  • Technologie des micro-satellites et des équipements de précision embarqués.

La mise en œuvre d'une telle expérience en orbite autour de la Terre nécessite l'élaboration de systèmes de plus en plus sophistiqués. C'est un moteur de recherche et d'améliorations au niveau des micro-satellites et des équipements de précision embarqués. Scientifiques et ingénieurs doivent trouver les meilleurs moyens de concilier précision et contraintes environnementales.

Désorbitation du satellite[modifier | modifier le code]

Le satellite emporte un dispositif spécifique destiné à accélérer la désorbitation du satellite afin de se mettre en conformité avec la règlementation visant à limiter les débris spatiaux en orbite. L'équipement IDEAS (Innovative DEorbiting Aerobrake System) est constitué par deux structures souples qui sont gonflées en fin de mission avec de l'azote stocké sous haute pression. En augmentant la surface soumise aux forces de trainée de 6,3 m², l'altitude du satellite diminue plus rapidement ce qui réduit le temps de séjour en orbite. Cet équipement a une masse totale de 12 kg[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie/références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]