Meurtres de la gare de Perpignan

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Gare de Perpignan

L'affaire des meurtres de la gare de Perpignan est une affaire criminelle française. Entre 1995 et 2001, 4 jeunes filles ont disparu, dont 3 retrouvées mortes, dans des conditions similaires, ce qui fit croire aux agissements d'un seul tueur en série avant que la police s'oriente vers la piste de tueurs séparés. En juin 2015, trois des quatre disparitions sont élucidées et impliquent deux meurtriers différents.

Historique[modifier | modifier le code]

Quatre jeunes filles au physique similaire disparaissent dans le quartier de la gare à Perpignan, vraisemblablement abordées ou emmenées de force par un automobiliste dans les rues Courteline et Henri-Ribère, probablement au niveau du « café Figuerres », situé à environ 600 mètres au sud de la gare, à l'angle de la rue Henri-Ribère et de l'avenue Julien-Panchot (42° 41′ 30″ N, 2° 52′ 57″ E) :

Mis à part Tatiana Andújar dont le corps ne fut jamais retrouvé, les trois autres victimes furent découvertes mortes et dénudées. Les organes génitaux de Mokhtaria Chaïb et Marie-Hélène Gonzalez furent mutilées (la tête et les mains de Marie-Hélène furent également sectionnées et ont été retrouvées dans des sac-poubelles 6 mois plus tard). Les effets personnels de toutes les victimes sont restés introuvables.

Il n'y aurait, à priori, aucun lien avec cette affaire et l'affaire Benitez car d'une part, ce dernier n'était pas domicilié à Perpignan au moment des faits et d'autre part, le profil du légionnaire et celui du meurtrier de la gare de Perpignan ne présentent pas des similitudes évidentes[3].

Premier meurtre élucidé[modifier | modifier le code]

À la suite de la quatrième disparition (celle de Fatima Idrahou) en février 2001, la ville de Perpignan est sous le feu des médias du monde entier spéculant sur la présence d'un tueur en série.
Sur les indications d'un témoin, qui avait noté le type, la couleur et une partie de l'immatriculation du véhicule dans lequel Fatima avait été emmenée de force[2], Marc Delpech, un tenancier de bar perpignanais, marié et père d’un enfant, est interpellé chez ses beaux-parents en Meurthe-et-Moselle le 23 février, soit 14 jours après le crime[2]. Il finit par passer aux aveux lors de sa garde à vue, en reconnaissant le meurtre de Fatima, qu’il connaissait pour avoir fréquenté le magasin Darty où la victime était caissière, et explique son geste par le fait que cette dernière n'avait pas cédé à ses avances[2]. Après qu'il eut affirmé aux enquêteurs avoir fait disparaître le corps au cap Béar à Port-Vendres, on retrouve finalement le cadavre dénudé de Fatima sur les bords de l’Étang de Canet, à deux pas du domicile du tueur présumé[4],[5].

Le , Marc Delpech est condamné à 30 ans de réclusion criminelle dont 20 ans de peine de sûreté, par la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales pour l'enlèvement, le viol et le meurtre de Fatima Idrahou, peine confirmée au procès en appel le .

Même si des soupçons pèsent sur lui (on a découvert à son domicile des coupures de presse relatant les quatre meurtres, ainsi qu’une troublante ébauche d’un roman policier intitulé « Tatiana » retrouvé sur son ordinateur, contenant très précisément les circonstances de l’enlèvement de Tatiana Andújar), il n'est toutefois pas poursuivi pour les trois précédentes disparitions[6].

Deux autres meurtres élucidés[modifier | modifier le code]

Mi-octobre 2014, l'ADN de l'agresseur de Mokhtaria Chaïb a été identifié comme étant celui de Jacques Rançon 54 ans, père de quatre enfants (issus de deux liaisons différentes), habitant à Perpignan depuis 1997, année-même du meurtre de Moktaria[7],[8],[9].

Ce magasinier originaire de Hailles, dans la Somme, déjà fiché et plusieurs fois condamné pour agressions sexuelles et violences dont 8 ans ferme pour le viol d'une femme par une cour d'assises en Picardie, est placé en garde à vue le 14 octobre 2014 et avoue deux jours plus tard le viol et le meurtre de Mokhtaria Chaïb[7],[10],[11]. Mis en examen et écroué pour « viol avec arme en récidive et assassinat », le tueur présumé, qui venait d'être libéré d'une condamnation à un an de prison pour menace de mort à l'encontre de la mère de ses deux derniers enfants[7], est mis hors de cause dans la disparition de Tatiana Andújar, étant incarcéré en Picardie au moment des faits, même si on ignore s'il avait alors bénéficié d'une permission de sortie[10],[11].

Il reste cependant suspect dans la mort de Marie-Hélène Gonzalez[10],[11],[12]. La police avait décelé deux autres traces ADN sur les lieux où le corps a été retrouvé[12].

Le 4 juin 2015, confondu grâce aux progrès de la génétique, Jacques Rançon avoue tout d'abord une tentative d'assassinat datant de mai 1998 sur une jeune fille âgée de 19 ans à l'époque, une tentative de meurtre désormais prescrite. La victime s'était manifestée dès mars 2015, ayant reconnu le visage du suspect sur des photos parues dans la presse[13]. Puis le 9 juin 2015, il avoue spontanément le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez[14],[15].

Autres suspects[modifier | modifier le code]

Seule la disparition de Tatiana Andújar reste à ce jour non élucidée.

Il est à relever que durant l'enquête, deux autres individus furent également suspectés.

Andrés Avelino Palomino Barrios[modifier | modifier le code]

À la suite de la disparition de Mokhtaria Chaïb, un suspect de nationalité péruvienne, Andrés Avelino Palomino Barrios[16], dont le diplôme de chirurgie apparaît douteux, est interpellé : c'est notamment un habitué du « café Figuerres ».

De nombreux faits sont en sa défaveur (ses connaissances en anatomie, des vols de matériels médicaux effectués dans les hôpitaux où il travaillait et des condamnations pour escroqueries). Lorsqu'on retrouve le corps de Mokhtaria Chaïb, il devient le suspect principal car un de ses cheveux est retrouvé près de la scène de crime, sur un passe-montagne abandonné. Il est pourtant relâché faute de preuves et aussi parce que c’est durant sa détention provisoire que Marie-Hélène Gonzalez sera assassinée, son ADN n'ayant pas été retrouvé sur les lieux du crime[17].

Cependant, il sera interpellé en 2009 en Espagne à Adra, pratiquant toujours la médecine sans diplôme avéré.

Le , Andrés Palomino Barrios est retrouvé mort, étranglé à son domicile à Valence (Espagne), alors qu'il devait passer en jugement dans ce pays pour exercice illégal de la médecine[18],[19],[20].

Esteban Reig[modifier | modifier le code]

Cependant, des soupçons se portent également depuis 2010 sur un ressortissant espagnol, Esteban Reig, un tueur psychopathe qui s’est suicidé par pendaison en détention dans la prison de Villefranche-sur-Saône en 2002 à l’âge de 47 ans.

Cet homme marié et père de quatre enfants, accro aux drogues dures, était un individu extrêmement violent. Toujours armé d’un couteau, il était capable du pire et avait même régulièrement menacé son épouse, ainsi que plusieurs autres personnes, de les « découper en morceaux ».

Il fut en effet condamné par les assises du Rhône pour le meurtre de son colocataire, Jean-Marie Guest, alors qu’il vivait à Lyon : après l’avoir poignardé à la suite d’une dispute, il avait soigneusement découpé le cadavre de sa victime (y compris les parties génitales) qu’il avait placé dans des sacs plastiques.

Faits troublants : il vivait à Perpignan au moment où les meurtres de Mokhtaria Chaïb et Marie-Hélène Gonzalez ont été commis en 1997 et 1998, et il fréquentait le quartier de la gare, particulièrement le « café Figuerres ».

Selon des confidences faites à ses compagnons de cellule, ainsi qu’à sa fille, il aurait reconnu avoir tué et dépecé deux femmes à Perpignan (dont une aurait été séquestrée), et a ajouté : « Je préfère les brunes, cheveux longs, assez typées, pas trop grandes, réservées. J'ai quand même eu tout type de femmes mais je préfère les filles du sud » (détails correspondant aux signalements de toutes les victimes de Perpignan). Des expertises supplémentaires (tests ADN) sont diligentées en juin 2010 par le parquet[21],[22], les techniques d'analyse et de recherche des traces ADN ayant évolué.

Nouvelles pistes[modifier | modifier le code]

À la suite de la diffusion de plusieurs reportages télévisés, plusieurs appels à témoins ont été lancés dans les médias, avec un numéro vert permanent, notamment en janvier 2012[23].

En avril 2013, le juge chargé de l'affaire diligente de nouvelles analyses ADN avec une technique récente, applicable sur des pièces à conviction pauvres en cellules[24].

Le , des empreintes génétiques sont mises en évidence sur plusieurs des objets saisis à l'endroit où Marie-Hélène Gonzalez avait été retrouvée morte à Perpignan le . Elles ne correspondent pas à celles d'Andres Palomino Barrios[16] longtemps suspecté du meurtre de la jeune fille[17].

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « Les meurtres de la gare de Perpignan » en octobre 2007 et décembre 2008 dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2.
  • « Les disparues de Perpignan » le 19 octobre 2008 dans Les faits Karl Zéro sur 13e rue
  • « Les meurtres mystérieux de Perpignan » le 15 janvier 2012 dans Non élucidé sur France 2.
  • « Les disparues de la gare » (troisième reportage) dans « ... en Languedoc-Roussillon » le 4, 11 et 19 novembre 2013 et 15, 22 et 30 septembre 2014 dans Crimes sur NRJ 12.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Tatiana, 17 ans, Mokhtaria, 19 ans, Marie-Hélène, 22 ans, trois innocences volées (chronologie animée) », sur L'Indépendant, (consulté le 17 octobre 2014)
  2. a, b, c et d « Fatima Idrahou a sans doute été violée », sur Le Nouvel observateur, (consulté le 17 octobre 2014)
  3. « Les experts : Perpignan », Article de Patricia Tourancheau publié le 22 septembre 2013 dans Libération
  4. « Le meurtrier présumé de Fatima avait menti » Article de Marc Tamon du 15 mars 2001 publié dans La Dépêche du Midi
  5. « L'enquête rebondit après la découverte du corps de Fatima » Article de Marc Tamon publié le 15 mars 2001 dans Le Parisien
  6. « Perpignan dans l'ombre d'un tueur » Article de Dominique Rizet du 24 mars 2006 publié dans Le Figaro
  7. a, b et c « Disparues de la gare de Perpignan : qui est Jacques Rançon ? », sur L'Indépendant, (consulté le 17 octobre 2014)
  8. « Disparues de la gare de Perpignan : un suspect en garde à vue », sur Midi libre,
  9. « Disparues de la gare de Perpignan : un suspect en garde à vue » Article publié le 14 octobre 2014 dans Le Point
  10. a, b et c « Disparues de Perpignan : le suspect avoue le meurtre de Mokhtaria Chaïb », sur Le Nouvel observateur, (consulté le 17 octobre 2014)
  11. a, b et c « Disparues de Perpignan: qui est Jacques R., mis en examen ? », sur L'Express, (consulté le 17 octobre 14)
  12. a et b « Les disparues de Perpignan : qu’en est-il des deux autres victimes ? », sur France TV Info, (consulté le 17 octobre 14)
  13. « La victime oubliée de Perpignan », sur Le Parisien, (consulté le 9 juin 2015)
  14. Laure Moysset, « Jacques Rançon avoue le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez: "Une grande satisfaction" pour l'avocat des familles », sur L'Indépendant, (consulté le 21 octobre 2015)
  15. « Disparues de Perpignan: Jacques Rançon avoue un deuxième meurtre », sur fr.news.yahoo.com, le 9 juin 2015 (consulté le 9 juin 2015)
  16. a et b Dans les pays hispaniques, ni les prénoms composés ni les noms de famille portent par défaut un trait d'union. Les noms de famille sont à leur tour composés du nom de famille transmis par le père et du nom de famille transmis par la mère. Dans le cas de ce suspect péruvien, le prénom est « Andrés Avelino » et les noms de famille sont « Palomino Barrios », où « Palomino » est le nom hérité du père et « Barrios » est celui hérité de la mère.
  17. a et b « Rebondissement dans l'affaire des "disparues de la gare de Perpignan" » Article du 2 octobre 2013 publié dans La Dépêche du Midi
  18. « Disparues de Perpignan : Mort mystérieuse du principal suspect » publié le 28 juin 2012 dans Direct Matin
  19. « Le suspect n° 1 des meurtres de la gare de Perpignan assassiné » Article publié le 27 juin 2012 dans Le Parisien
  20. « Disparues de Perpignan : Un ancien suspect retrouvé étranglé en Espagne » Article publié le 28 juin 2012 dans France-Soir
  21. Actualité criminologie Article sur Esteban Reig, site web "Au troisieme oeil.com"
  22. « Nouvelle piste pour les meurtres de la gare de Perpignan », Article de Christian Goutorbe publié le 9 juin 2010 dans La Dépêche du Midi
  23. « Nouvelles investigations dans l'affaire des "disparues de la gare" » Article de Laure Moysset du 16 janvier 2012 publié dans Midi libre
  24. « Disparues de la gare de Perpignan : nouvel espoir avec l'ADN » Site "la-clau.net", 28 avril 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]