Louis Racine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Racine.
Louis Racine
Louis Racine.jpg
Louis Racine. Par Carmontelle. Chantilly, Musée Condé.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 70 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Fratrie
Autres informations
Membre de

Louis Racine est un poète français né à Paris le et mort à Paris le second fils et septième et dernier enfant du dramaturge Jean Racine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis Racine perdit son père à l'âge de six ans. Il fit ses études au Collège de Beauvais sous la direction de Charles Rollin, puis, pour complaire à sa mère, il fit son droit et devint avocat. Puis, constatant que le barreau ne lui convenait pas, il se tourna vers la carrière ecclésiastique et entra chez les Oratoriens de Notre-Dame des Vertus où il resta trois ans. Le chancelier d'Aguesseau le prit sous sa protection. Chez celui-ci, à Fresnes, il acheva son poème de La Grâce (publié en 1720), qu'il avait commencé à l'Oratoire.

Grâce à l'amitié du chancelier d'Aguesseau, il entra en 1719 à l'Académie des Inscriptions, ce qui pouvait se justifier car il connaissait, outre le grec et le latin, l'hébreu et l'italien. En revanche, sa candidature à l'Académie française fut repoussée par le cardinal de Fleury en raison du jansénisme qui inspire le poème de La Grâce[1].

En compensation, le cardinal de Fleury lui recommanda de faire carrière dans les fermes. En 1722, Louis Racine fut nommé inspecteur général des fermes du roi en Provence, en résidence à Marseille. Il fut ensuite nommé directeur des fermes à Salins, à Moulins puis à Lyon, où il se maria en 1728 avec Marie Presle de L'Écluse, fille d'un conseiller à la cour des monnaies de cette ville. Il devint directeur des gabelles à Soissons (1732) puis fut reçu à la Table de marbre comme maître particulier des Eaux et Forêts du duché de Valois.

En 1742, il publia son poème de La Religion. En 1746, il quitta l'administration et revint à Paris. En 1750, il fut battu une seconde fois à l'Académie française. Il perdit son fils aîné en 1755 à Cadix, victime de l'inondation causée par le tremblement de terre de Lisbonne. Ce fut pour lui un coup terrible et il cessa d'écrire, se bornant à traduire le Paradis perdu de Milton, et se plongea dans la dévotion. Il mourut en 1763.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Boileau, qui avait suivi les débuts de Louis Racine, lui avait déclaré : « Il faut que vous soyez bien hardi pour oser faire des vers avec le nom que vous portez ! Ce n'est pas que je regarde comme impossible que vous deveniez un jour capable d'en faire de bons ; mais je me méfie de ce qui est sans exemple, et depuis que le monde est monde on n'a pas vu de grand poète fils d'un grand poète. »

« Petit-fils d'un grand-père », selon Voltaire, Louis Racine n'en fut pas moins un des bons poètes du XVIIIe siècle. Le poème de La Religion, a dit La Harpe « n'est pas un ouvrage du premier ordre, c'est un des meilleurs du second ». Mais, comme le remarque son protecteur, le chancelier d'Aguesseau : « Son génie ne le porte point à l'invention. »

Le poème de La Grâce prétend mettre en vers saint Augustin et saint Thomas : « J'ai souvent employé, dit l'auteur, les termes de l'Écriture sainte et des Pères, et c'est en cela que consiste le mérite de mon travail. »

Le poème de La Religion a été très célèbre et souvent réimprimé. Le sujet est tiré des Pensées de Pascal et du Discours sur l'histoire universelle de Bossuet. Il s'agit de montrer l'accord de la religion, de la raison et de la vérité. Instruit par les déboires que lui avait causés le poème de La Grâce, l'auteur a dissimulé son jansénisme, et se montre avant tout cartésien :

Rassurons-nous pourtant, le jour commence à naître.
Nous allons tous penser, Descartes va paraître.

Outre ces deux poèmes didactiques, Louis Racine a composé sept odes dont une Ode sur l'harmonie (1736) et une Ode sur la paix (1736), quatre épîtres assez didactiques, dont deux sur l'âme des bêtes.

Il a publié de très intéressants Mémoires sur la vie de Jean Racine, souvent reproduits dans les éditions anciennes des œuvres de Racine. On y trouve également des renseignements utiles sur Boileau et des anecdotes amusantes. Ses Odes saintes, tirées pour la plupart des psaumes, diluent l'énergique concision des textes sacrés dans un flot de métaphores, mais sont intéressantes par des recherches de versification faisant varier les mètres et la forme des strophes à l'intérieur d'un même poème.

Il est également l'auteur de Réflexions sur la poésie (1747) dans lesquelles il se montre fidèle disciple de Boileau, préconisant l'imitation de la nature et des Anciens, méprisant Ronsard et la poésie de la Renaissance : « Le plaisir de la poésie, comme celui de la peinture, est produit en nous par l'imitation [...] tout ce qui est bien imité nous plaît. » Mais il soutient également que « l'essence de la poésie consiste dans l'enthousiasme » et que « le langage poétique [est] celui des passions ». Il insiste également sur l'importance de la versification et des figures de rhétorique (périphrases, métaphores, comparaisons, alliances de mots) : « La nature inspire d'abord la rapidité du style et la hardiesse des figures : l'art vient ensuite et pour rendre le style poétique encore plus harmonieux, le resserre dans les bornes de la versification. »

En définitive, c'est avant tout un très beau poème de Paul Verlaine dans Sagesse qui assure l'immortalité à Louis Racine :[réf. nécessaire]

Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie !
De n'avoir pas suivi les leçons de Rollin,
N'être pas né dans le grand siècle à son déclin,
Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie...

Liste chronologique[modifier | modifier le code]

Les Œuvres de Louis Racine ont été publiées par Julien-Louis Geoffroy en 1808 (Paris, Le Normant, 6 vol. in-8°) (texte intégral sur la base Gallica : tomes I II III IV V VI).

Sur les autres projets Wikimedia :

  • La Grâce, poème en 4 chants, 1720 (texte intégral sur la base Gallica)
  • Épître à M. de Valincourt, 1722
  • Épître au comte de Clermont, 1723
  • Première épître à la duchesse de Noailles, 1723
  • Ode sur la solitude, 1723
  • Comparaison de l'Iphigénie d'Euripide avec l'Iphigénie de Racine, 1727
  • Épître à Mme la duchesse de Noailles sur l'âme des bêtes, 1728
  • Réflexions sur l'Andromaque d'Euripide et l'Andromaque de Racine, 1732
  • Ode sur l'harmonie, 1736
  • Ode sur la paix, 1736
  • La Religion, poème en 6 chants, 1742 (texte intégral sur la base Gallica)
  • La ville de Paris au Roy, entrant à Paris à son retour de Metz, épître, 1744
  • Réflexions sur la poésie, 1747
  • De la déclamation théâtrale des anciens, 1747
  • Mémoires sur la vie de Jean Racine, 1747 et 1752
  • Le Paradis perdu... traduction nouvelle avec des notes, la vie de l'auteur, un discours sur son poème les remarques d'Addison, et, à l'occasion de ces remarques, un discours sur le poème épique, traduit en français, 1755
  • Psaumes traduits et mis en vers, 1762
  • Traité de la poésie dramatique ancienne et moderne

Citations[modifier | modifier le code]

L'Éternel se leva : Satan du haut des airs,
Comme l'éclair qui fuit, tomba jusqu'aux enfers.
(Épîtres)
Tous les siècles entiers sont un jour à sa vue
(La Grâce)
Le ciel fondit en pluie, et le juste parut
(La Grâce)
...Que de vastes contrées
Assises loin du jour dans l'ombre de la mort !
(La Grâce)
Il confond l'orgueilleux qui cherche à tout savoir.
Pour les sages du monde il voile ses mystères...
Tandis qu'il les révèle à ces humbles esprits.
(La Grâce)
Mon cœur...
Fait le mal qu'il déteste et fuit le bien qu'il aime.
(La Grâce)
Tel que brille l'éclair qui touche au même instant
Des portes de l'Aurore aux bornes du couchant,
Tel que le trait fend l'air sans y marquer sa trace ;
Tel, et plus prompt encor, part le coup de la grâce.
(La Grâce)
Monstre de vanité, prodige de misère,
Je ne suis à la fois que néant et grandeur.
(La Religion)
L'amertume secrète empoisonne toujours
L'onde qui nous paraît si claire dans son cours.
(La Religion)
Boileau, Corneille, et toi que je n'ose nommer,
Vos esprits n'étaient-ils qu'étincelles légères ?
(La Religion)
Dieu de paix ! que de sang a coulé sous ton nom !
(La Religion)
Le Verbe égal à Dieu, splendeur de sa lumière
Avant que les mortels sortis de la poussiere,
Aux rayons du soleil eussent ouvert les yeux :
Avant la terre, avant la naissance des cieux,
Éternelle puissance, et sagesse suprême,
Le verbe était en Dieu, fils de Dieu, Dieu lui-même.
(La Religion)

Références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Maurice Allem, Anthologie poétique française, XVIIIe siècle, Paris, Garnier Frères, 1919
  • Émile Faguet, Histoire de la poésie française, tome VIII, p. 15-143
  • Cardinal Georges Grente (dir.), Dictionnaire des lettres françaises. Le XVIIIe siècle, nlle. édition revue et mise à jour sous la direction de François Moureau, Paris, Fayard, 1995, p. 1082-1085
  • « Louis Racine », dans Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, 2 volumes [détail de l’édition](Wikisource)
  • Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières. 1715-1789, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2003 - (ISBN 2-221-04810-5)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. Bonnefon, « Une correspondance inédite de Louis Racine et de Brossette », Revue d'histoire de la littérature, 1898
  • B. Croce, « Luigi Racine e i suoi concetti della poesia », Critica, XXXIX, 1941, p. 256-261
  • Ed. Guitton, « Un poème hardi et singulier : La Grâce de Louis Racine », in La Régence, Centre aixois d'études et de recherches sur le XVIIIe siècle, Armand Colin, 1970
  • Jovy, « La bibliothèque des Racine », Bulletin du bibliophile, 1932, p. 156-164
  • Abbé Adrien de La Roque, Lettres inédites de Jean et Louis Racine, 1862
  • Abbé Adrien de La Roque, Vie de Louis Racine, suivie d'une notice sur les autres enfants de Jean Racine, par l'un de ses arrière-petits-fils, Paris, Firmin Didot frères, 1852
  • Klara Padanyi, « Apologétique et Lumières dans La Religion de Louis Racine », L'Histoire au XVIIIe siècle, coll. d'Aix-en-Provence, mai 1975, Aix-en-Provence, 1980
  • Klara Padanyi, « De la Grâce à la Religion. Du jansénisme aux Lumières dans les œuvres de Louis Racine », Acta litteraria Academiae scientiarum hungaricae, 1975, fasc. 3-4
  • Abbé Pêcheur, « Louis Racine à Soissons, sa société, ses relations et ses travaux », Bulletin de la Société des Archivistes de Soissons, 1899
  • Johannes Remmy, Louis Racine (1692-1763), Köln, 1937
  • Watts, « Voltaire's verse against Louis Racine "De la grâce" », Modern language notes, 1925

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cet épisode lui servira de leçon : dans son poème La Religion, Louis Racine a cherché à dissimuler l'inspiration janséniste et il alla jusqu'à corriger les traductions faites par son père des hymnes du bréviaire romain pour en faire disparaître toute trace de jansénisme.

Liens externes[modifier | modifier le code]