Henri François d'Aguesseau

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Henri François d'Aguesseau
Portrait en buste du chancelier d'Aguesseau,par Robert Tournières.
Portrait en buste du chancelier d'Aguesseau,
par Robert Tournières.
Fonctions
Chancelier de France
Prédécesseur Daniel Voysin de La Noiraye
Successeur Marc René de Voyer de Paulmy d'Argenson (1652-1721)
Chancelier de France
Prédécesseur Germain Louis Chauvelin
Successeur Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Limoges
Date de décès
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Père Henri d'Aguesseau (1638-1716)
Mère Anne Le Picart de Périgny
Conjoint Anne Françoise Lefèvre d'Ormesson (1678-1735)
Religion jansénisme

Henri François d'Aguesseau, seigneur de Fresnes[1], est un magistrat et parlementaire français, né le à Limoges et mort le à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Henri François d'Aguesseau, fils d'Henri d'Aguesseau, maître des requêtes et intendant, du Limousin, de Guyenne puis du Languedoc, et de Claire Eugénie Le Picart de Périgny, nièce d'Omer Talon, était issu d'une famille parlementaire récemment anoblie (1594) et fut élevé dans un milieu fortement influencé par le jansénisme. Lui-même épousa, le 4 octobre 1694, Anne Françoise Lefèvre d'Ormesson (1678-1735), également issue d'une grande famille de robe. Ce mariage représentait, selon un contemporain, Achille de Harlay, « l'alliance du mérite et de la vertu ».

Le parlementaire[modifier | modifier le code]

Après avoir étudié le droit sous la direction de Jean Domat, dont l'influence se fait sentir à la fois dans ses écrits et dans son œuvre législative, d'Aguesseau fit une brillante carrière au service du roi. D'abord avocat du roi au parquet du Châtelet (1689), il devint en 1691, avocat général au Parlement de Paris, où il se fit remarquer par son éloquence. Le 24 septembre 1700, il fut nommé procureur général, toujours au Parlement de Paris. Dans ces fonctions, il défendit les libertés de l'Église gallicane et résista à la promulgation de la bulle Unigenitus de 1713 condamnant le jansénisme, très bien implanté dans les milieux parlementaires. Il dut contribuer, contre ses propres principes, à faire accepter par les Parlements la bulle papale Unigenitus de 1713 condamnant le jansénisme : il consentit à l'exil des parlementaires rebelles et fit exercer le pouvoir d'enregistrement par le Grand Conseil.

Il fut l'invité des salons littéraires et des fêtes des Grandes Nuits de Sceaux de la duchesse du Maine en son Château de Sceaux, dans le cercle des Chevaliers de la Mouche à Miel.

Le ministre[modifier | modifier le code]

Buste du Chancelier d'Aguesseau par Jean-Baptiste Stouf.

Le Régent le nomma chancelier et Garde des sceaux en février 1717 mais l'opposition de d'Aguesseau au système de Law lui valut d'être privé des sceaux et exilé dans sa terre de Fresnes dès l'année suivante (janvier 1718).

D'Aguesseau fut rappelé en juin 1720 après la chute du financier pour apaiser l'opinion. On dit que John Law lui-même avait préconisé son rappel et que cette circonstance jeta une ombre sur la popularité du chancelier.

Il fut à nouveau renvoyé le 21 août 1722 à l'avènement du cardinal Dubois comme principal ministre.

Il se retira dans sa propriété de Fresnes où il passa cinq années qu'il devait ensuite se remémorer avec délices. Il étudia les Écritures et la jurisprudence, sans omettre la philosophie et la littérature, et même le jardinage.

Après la mort du Régent, il fut rappelé en 1727 par le cardinal Fleury et fut nommé chancelier le 15 août de cette année, même s'il ne devait retrouver les sceaux que dix ans plus tard. lors de la disgrâce de Chauvelin. Il rendit un lustre considérable à la fonction de chancelier de France, qui avait été fort abaissée sous ses prédécesseurs, perdant notamment l'essentiel du pouvoir de législation au profit du contrôleur général des finances. Le 25 avril 1728, il fut nommé membre honoraire de l'Académie des sciences. Il en fut deux fois le président, en 1729 et 1738[2].

Fleury demanda à d'Aguesseau de poursuivre l'œuvre de codification du droit engagée sous Louis XIV. Entre 1731 et 1747, d'Aguesseau fit adopter par Louis XV quatre importantes ordonnances sur les donations (1731), les testaments (1735), le faux (1737) et les substitutions fidéicommissaires (1747). Elles furent préparées par un Bureau de législation placé auprès du chancelier et par des enquêtes auprès des cours supérieures. Les Parlements firent obstacle à la poursuite de ce travail. Les réformes de d'Aguesseau améliorèrent également les procédures judiciaires et tendirent à assurer davantage d'uniformité dans l'application des lois.

Néanmoins, en matière de droit des sûretés, appelé à se prononcer sur un projet de création d'un office de Conservateur des Hypothèques, vraisemblablement dans les années 1730-1750[3], le chancelier est beaucoup plus réservé et donne un avis bien tranché : « Rien n'était plus contraire au bien et à l'avantage de toutes les familles que de faire trop connaitre l'état et la situation de la fortune des particuliers[4] » et plus loin « […] en ruinant le débiteur, on ruine aussi le créancier[5] ».

Comme garde des sceaux de France, d'Aguesseau se montra souvent indécis, et manqua de fermeté à l'égard des cours souveraines, dont il a pu encourager involontairement la tendance à la rébellion contre le pouvoir royal. En 1746, il signe le privilège de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert.

Il démissionna de ses fonctions de chancelier le 27 novembre 1750, prit sa retraite et mourut l'année suivante, le 9 février 1751.

Magistrat et juriste éminent, orateur éloquent, d'Aguesseau n'était pas moins remarquable par ses qualités sociales, par sa piété et son immense instruction. Il s'était beaucoup occupé de philosophie : il a laissé des Méditations métaphysiques, où il suit les pas de René Descartes. Il a conçu un système de philosophie politique qui allie rationalisme cartésien, égalitarisme, morale janséniste et gallicanisme, et qui eut une influence considérable au XVIIIe siècle, où d'Aguesseau fut le maître à penser d'un grand nombre de magistrats et de juristes. Son œuvre législative est considérée, à juste titre, comme aux origines de la codification napoléonienne.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Sur la place devant l'église Notre-Dame-d'Auteuil, se trouve un obélisque en marbre brèche rouge, dédié « aux mânes d'Aguesseau » (Henri François d'Aguesseau), érigé en 1753, et restauré l'an IX de la république. Le socle, gravé de textes latins sur deux faces porte sur la quatrième cette inscription : « La Nature ne fait que prêter les Grands Hommes à la Terre. Ils s'élèvent, brillent, disparaissent : Leur exemple et leurs ouvrages restent »
  • L'une des quatre statues devant l'escalier du Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale est à son effigie.
  • La façade de l'Hôtel de Limoges, sa ville natale, porte un médaillon de céramique le représentant.
  • Statue de 1783 et réduction en marbre par Pierre-François Berruer présenté au Salon de 1779 et conservé au Musée du Louvre.
  • Statue de Louis-Denis Caillouette en 1853-1857, présenté dans une niche de l'aile Mollien du musée du Louvre.
  • Son nom a été donné à la promotion de l'École nationale d'administration sortie en 1982.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les Œuvres du chancelier d'Aguesseau ont été imprimées en 13 volumes in-4 (1759-1789), mais l'édition la plus complète est celle de l'éminent juriste Jean-Marie Pardessus, publiée en 16 volumes in-8 (1818-1820). Sa correspondance a été éditée séparément par Dominique Bernard Rives (1823). Une sélection de ses principales œuvres parut, en deux volumes, sous le titre Œuvres choisies, avec une notice biographique, chez E. Falconnet (Paris, 1865).

La plus grande partie de ses travaux concerne des matières directement liées avec son activité politique, mais on y trouve aussi un Traité sur la monnaie, plusieurs essais théologiques, une biographie de son père qui est intéressante pour la manière dont il rend compte de l'éducation qu'il reçut de celui-ci dans sa prime jeunesse, et des méditations métaphysiques, qu'il a écrites pour tenter de démontrer qu'indépendamment de toute révélation et de toute loi positive, il y avait, dans la constitution de l'esprit humain, tout ce qui peut rendre l'homme maître de lui-même et de sa destinée.

Antoine-Léonard Thomas a écrit son Éloge. Auguste-Aimé Boullée, en 1835, et Francis Monnier, en 1859, ont donné une Histoire de la vie et des ouvrages du chancelier d'Aguesseau.

Résidences[modifier | modifier le code]

L'hôtel d'Aguesseau à Paris, emplacement du no 41 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré (détruit en 1842) a été la résidence de son frère, le conseiller au Parlement de Paris d'Aguesseau de Valjouan. Il est entré dans l'héritage du chancelier sans que celui-ci n'en fasse jamais sa résidence.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marquis de Magny, Deuxième registre du livre d'or de la noblesse de France, Paris, secrétariat du collège héraldique, (lire en ligne).
  2. Voir la liste des Membres de l'Académie des sciences depuis sa création (en 1666).
  3. Le mémoire Projet d'Établissement de Conservateurs des Hypothèques, publié dans les Œuvres de M. le Chancelier d'Aguesseau (1789), n'est pas daté.
  4. Henri François d'Aguesseau, Œuvres de M. le Chancelier D'Aguesseau : Treizième et dernier volume, Paris, Libraires associés, (lire en ligne), p. 621.
  5. Henri François d'Aguesseau, Œuvres de M. le Chancelier d'Aguesseau : Treizième et dernier volume, Paris, Libraires associés, (lire en ligne), p. 623.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Auguste-Aimé Boullée, Histoire de la vie et des ouvrages du chancelier d'Aguesseau, Paris, Desenne, 1835, en deux tomes
  • (fr) Francis Monnier, Le Chancelier d'Aguesseau, sa conduite et ses idées politiques, son influence sur le mouvement des esprits pendant la première moitié du XVIIIe siècle, Paris, Slatkine- Megariotis reprints Genève 1975, (lire en ligne)
  • (fr) Isabelle Storez, Le chancelier Henri François d'Aguesseau (1668-1751). Monarchiste et libéral, Paris: Publisud, 1996, 635 p.
  • (fr) Arnaud de Maurepas et Antoine Boulant, Les ministres et les ministères du siècle des Lumières (1715-1789). Étude et dictionnaire, Paris, Christian-JAS, 1996, 452 p.
  • (fr) « D’Aguesseau », numéro 52 de la Revue Corpus, mis en œuvre et introduit par Isabelle Storez-Brancourt, avec la collaboration de Mmes et MM. Christophe Blanquie, Louis de Carbonnières, Laurent Fedi, Françoise Hildesheimer, Patrick Latour, Claude Polin, Agnès Ravel-Cordonnier. Notice chronologique et bibliographie d’I. Storez-Brancourt. Publié avec le concours du CNL et de l’Université de Paris X-Nanterre, juillet 2007, 245 p.
  • (fr) Laurent Fedi, "La pédagogie du chancelier d'Aguesseau", dans La chouette et l'encrier, Kimé, 2011, ch. 1.

Source partielle[modifier | modifier le code]

  • Cet article comprend des extraits du Dictionnaire Bouillet. Il est possible de supprimer cette indication, si le texte reflète le savoir actuel sur ce thème, si les sources sont citées, s'il satisfait aux exigences linguistiques actuelles et s'il ne contient pas de propos qui vont à l'encontre des règles de neutralité de Wikipédia.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]