Le Ruisseau du Puits noir

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Le Ruisseau du Puits noir
Gustave Courbet-Le Ruisseau du puits noir-Musée des Augustins (RO 662).jpg
Le Ruisseau du Puits noir, Gustave Courbet
musée des Augustins de Toulouse
Artiste
Gustave Courbet
Date
vers 1865
Type
paysage
Technique
huile sur toile
Dimensions (H × L)
80 × 100 cm
No d’inventaire
RO 662Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Musée des Augustins, Toulouse
Inscription
G.COURBETVoir et modifier les données sur Wikidata

Le Ruisseau du Puits noir est un tableau du peintre français Gustave Courbet conservé au musée des Augustins de Toulouse. Davantage connu pour ses grandes compositions réalistes qui ont suscité de vives réactions de la part des critiques de l’époque, et pour son engagement politique dans les événements de la Commune, Courbet fut pourtant avant tout un peintre de paysages puisqu’ils représentent près des deux tiers de sa production. Le Ruisseau du Puits noir s’inscrit dans l’importante série consacrée à la représentation de la région d’origine du peintre : la Franche-Comté.

Historique de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Le tableau a été donné au musée des Augustins par Henri Béraldi en 1912. Il a été enregistré dans le cahier d’inventaire du musée sous le numéro RO 662[1]. Dans une lettre accompagnant son don, monsieur Béraldi précise que le tableau a été acheté par son beau-père en 1871 après la Commune[2]. Dans un premier temps, le tableau a été exposé dans la grande galerie du musée à droite de l’entrée sous le titre « Paysage : le puits noir ». Actuellement on peut l’admirer dans le Salon rouge où sont présentées les peintures des XIXe et début du XXe siècle.

Description[modifier | modifier le code]

Le tableau représente le Puits-Noir, nom d’un site proche d’Ornans dans le Doubs où coule dans une cavité sombre et étroite le ruisseau de la Brême au milieu d’une végétation dense. Au premier plan figure la Brême, surplombée d’une falaise imposante occupant la grande majorité de l’espace, laissant peu de place à la représentation du ciel dans l’angle gauche[1].

Contextes[modifier | modifier le code]

Le tableau a été réalisé à une période faste pour Courbet entre les années 1856 et 1870. En effet, malgré les scandales réguliers provoqués par certaines de ses toiles, il expose régulièrement au Salon et réunit autour de lui un cercle d’amateurs et de défenseurs qui assurent sa reconnaissance. Depuis la présentation du Ruisseau du Puits-Noir, vallée de la Loue, actuellement exposé à la National Gallery of Art de Washington à l’exposition universelle de 1855 ses peintures de paysages rencontrent un réel succès. Succès renforcé par l’achat officiel du Ruisseau couvert (musée d’Orsay) par le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-arts au service de Napoléon III.

Analyse[modifier | modifier le code]

Choix du sujet[modifier | modifier le code]

Courbet aimait représenter les paysages de campagne de sa terre natale dans les environnements d’Ornans dans le Doubs, loin du tumulte de la vie parisienne. Ce tableau fait partie d’une série de plus de quinze représentations du site du Puits-Noir parmi lesquelles on peut citer outre celle du musée d’Orsay, la version de la National Gallery of art de Washington, celles du Kunsthistorisches museum de Vienne, du musée Fabre de Montpellier, du musée d'art de Baltimore, de l’Art Institute of Chicago, du Rijksmuseum et du musée des beaux-arts de Besançon.

Texte alternatif pour l'image
Gustave Courbet, Le Ruisseau couvert (Le Puits-Noir) (1865), musée d’Orsay, Paris
Texte alternatif pour l'image
Gustave Courbet, Solitude ou le ruisseau couvert (1866), musée Fabre, Montpellier
Texte alternatif pour l'image
Gustave Courbet, Paysage avec rochers et chute d'eau (1872), Rijksmuseum Amsterdam

Réalisation de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Courbet peignait ses paysages en partie sur le motif accompagné de son âne Gérôme qui transportait son matériel. La palette du peintre est réduite à des nuances de verts et de gris appliqués directement au couteau à palette et à la brosse en touches épaisses sur une préparation sombre[1]. La matière dense et superposée opacifie les couleurs et traduit la compacité de la falaise et de la végétation luxuriante. Le tableau est signé en bas à droite en rouge « G. Courbet ». En le tableau a subi une restauration par M. Maréchal : rentoilage, changement de châssis, décrassage, vernissage[3].

Composition[modifier | modifier le code]

Pour rendre la réalité et la structure du site, Courbet a révolutionné les conventions de composition de la peinture de paysage. Il abandonne le principe illusionniste de ses maîtres et des peintres de l'École de Barbizon dont il est proche, pour rendre sa perception de la géographie intime du lieu. L’horizon est bouché par la masse frontale de la falaise et la densité de la végétation. L’opacité centrale du tableau attire le spectateur tout en faisant écran à son regard n’offrant aucune profondeur de champ. La lumière peine à s'infiltrer à travers la compacité des éléments composant le tableau.

Esthétique[modifier | modifier le code]

Si Courbet est officiellement reconnu comme le père du réalisme et que ses peintures de paysages témoignent d’une observation scrupuleuse de la nature, il exprime également son désir de représenter la communion avec les éléments naturels, héritage romantique de son maître Antoine-Jean Gros.

Choix de représentation[modifier | modifier le code]

Courbet aimait représenter les particularités géologiques du Doubs ses cours d’eau, grottes, cavités, puits etc . Selon Pierre Georgel : «Le site [du Puits-Noir] exerçait sur Courbet un attrait irraisonné. Lui rappelait-il l’espace aveugle et confiné de la matrice, qu’il semble obscurément associer au pays natal ? »[4]. Au-delà du paysage, Courbet aurait exprimé sa relation intime avec les éléments de sa région d’origine, un retour au sources au sein d’une nature protectrice et maternelle. La sexualité diffuse de ses paysages fait écho à ses nus et le rapprochement de la nature originelle et secrète du corps féminin hante le monde de Courbet. Ainsi la structure et la composition de L’Origine du monde, réalisé en 1866 et donc contemporain de cette série de tableaux, évoquent celles des paysages secrets et solitaires de l'artiste.[4]

Réception[modifier | modifier le code]

Courbet a divisé les critiques de son époque. S’il a été la source de nombreux scandales, ses paysages ont rencontré succès et renommée[1].

Postérité[modifier | modifier le code]

Sa perception sensible de la nature a ouvert la voie aux impressionnistes et son renouvellement du genre du paysage a fortement influencé Manet et Cézanne qui a écrit à propos de Courbet : « Son grand apport, c'est l'entrée lyrique de la nature, de l'odeur des feuilles mouillées, des parois moussues de la forêt, dans la peinture du dix-neuvième siècle ». Il apporte une nouvelle conception du paysage, il en transgresse les règles académiques et revendique la nécessité d'une relation intime avec le sujet pour rendre son authenticité : « L'art est indigène ou il n'est pas […] Il tient du sol, du climat, de la race - ou il est sans caractère. »[5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Notice no 05620000526, base Joconde, ministère français de la Culture
  2. Lettre de M. Béraldi adressée au conservateur du musée de Toulouse datée du 9 février 1906 conservée dans les archives du musée des Augustins
  3. Rapport de restauration conservé dans les archives du musée des Augustins
  4. a et b Pierre Georgel, Courbet : le poème de la nature, Gallimard, (ISBN 2-07-053132-5 et 9782070531325, OCLC 299867542, lire en ligne), p. 93
  5. Jules Castagnary, Salon de 1866 in Salons (1857-1870), Paris, Charpentier, 1892, p. 231

Références générales[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dossier d’œuvre n°RO 662 : Le Ruisseau du Puits Noir, Toulouse, Centre de documentation du musée des Augustins
  • Courbet. Artiste et promoteur de son œuvre : Exposition Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, 21 novembre 1998 au 21 février 1999 ; Nationalmuseum de Stockholm, 25 mars au 30 mai 1999, Paris, Flammarion
  • Pierre Georgel, Courbet. Le poème de la nature, Découvertes Gallimard, RMN, , 176 p. (ISBN 2-07-053132-5)
  • Gustave Courbet (1819-1877) : Exposition Grand Palais 30 septembre 1977-2 janvier 1978, Paris, RMN, , 277 p. (ISBN 2-7118-0071-7), n°92
  • Gustave Courbet : Exposition Galeries nationales du Grand Palais 13 octobre 2007-28 janvier 2008, RMN, , 480 p.
  • Gustave Courbet et la Franche-Comté : Exposition « Gustave Courbet et la Franche-Comté» musée des beaux-arts et d’archéologie de besançon 23 septembre-31 décembre 2000, Paris/Besançon, Somogy, , 189 p. (ISBN 2-85056-412-5)
  • Hommage au paysage comtois peint par Gustave Courbet et reprographié par Lucien Clergue : Exposition Musée départemental maison natale Gustave Courbet Ornans 23 juin-23 septembre 1979, Les Amis de Gustave Courbet, , 55 p.
  • Ernest Roschach et Henri Rachou, Catalogue des collections de peinture du musée de Toulouse, Édouard Privat, , 255 ; 59 (lire en ligne), n°662
  • La Tradition et l'innovation dans l'art français par les peintres des Salons : Exposition Musée municipal de Fukuoka 17 mars-25 mai 1989, Association pour l'exposition Asie-Pacifique, , 349 p.
  • Marco Goldin, Turner e gli impressionisti : La Grande storia del paesaggio moderno in Europa. Mostra Museo di Santa Giulia, Brescia, Oct. 28, 2006-Mar. 25, 2007, Linea d’ombra libri, , 471 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]